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LES RUES DE LA HARPE, 1)' ENFER ET DE VAUGIRARD

Les souvenirs historiques de la rue de la Harpe sont assez nombreux. Au coin de la rue des Deux-Portes était un hôtel du xvie siècle, où vécut l'abbé de Choisy, où mourut Crébillon, d’où sortit Chaumette allant mourir sur l’écha-

faud, et Hégésippe Moreau, allant mourir à l’hôpital. Mme Roland demeurait en face de la rue Racine, quand " elle fut arrêtée pour être conduite au tribunal révolutionnaire, comme appartenant à la faction des Girondins; enfin, l’imprimeur Monnoro, dont la femme figurait la déesse de la Raison, habitait au n° 171, quand il fut arrêté pour être conduit au même tribunal, comme appartenant à la faction des Hébertistes.

Entre toutes les rues qui débouchent dans la rue de la Harpe, il n’en est point de plus fameuse que celle de l’École-de-Médecine, autrefois rue des Cordeliers, à cause du couvent de ce nom qui s’y trouvait. La Révolution transforma cette communauté en un club terriblement célèbre, où Danton fit ses motions les plus violentes. Plusieurs couventionnels habitèrent dans son voisinage. Danton habita successivement la cour du Commerce et la rue des Cordeliers; Marat, dans cette dernière rue, qui porta son nom, quand Charlotte Cordav l’eut immolé; Simon, le geôlier ou mieux le bourreau de Louis XY11, dans la même rue; Camille Desmoulins et Fabre d’Églantine, rue et place de l’Odéon; Billaud-Varenne, rue Saint-Andrédes-Arts; Barbaroux et Chambon, rue Mazarine; Marmel, procureur de la Commune, rue Serpente, et Robert Lindet, rue Mignon.

La rue d’Enfer nous rappelle de plus doux souvenirs: c’est là que la duchesse d'Angoulème et Mme de Châteaubriand fondèrent, en 1819, l’infirmerie Marie-Thérèse, pour les prêtres infirmes et malades. A côté de cette institution de bienfaisance, ou voit une maison modeste, où l’illustre auteqr du Génie du Christianisme passa les dernières et calmes années d’une existence brillante, mais orageuse.

11 y a dans la rue de Yaugirard, ancienne voie romaine qui aboutissait autrefois à la place Saint-Michel, de

vastes édifices publics : l’Odéon, le grand et le petit Luxembourg, des couvents où la Terreur fit nombre de victimes, et de belles maisons particulières. C’est là qu’était situé l’hôtel de Mm* de Lafayette, où demeurait la Rochefoucauld, et où se réunissaient autant de beaux esprits que de belles et grandes dames, parmi lesquelles il ne faut pas oublier Mme de Sévigné, qui immortalisa cet hôtel dans ses écrits.

Plus loin, à l’écart et en pleine campagne, se trouvait la maison où la veuve de Scarron vivait retirée et solitaire pour élever secrètement les enfants de M,,,e de Montespan. L’auteur tragique Lekain est mort au n° 11, en 1778.

Bien des rues débouchent dans la rue de Vaugirard; les plus remarquables sont :

La rue de Coudé, où fut arrêté Georges Cadoudal, dans la maison sise au coin de la rue des Quatre-Vents, et où demeurait le diplomate Alquier (n° 28);

La rue de Tournon, où était l’hôtel de Montpensier, n° 3, bordant une partie de la rue du Fetit-Bourbon : c'est là que la fameuse duchesse de Montpensier ameuta le peuple, en apprenant la mort du duc et du cardinal de Guise, et, d'après Sauvai, devint ainsi le flambeau de la Ligue qui embrasa tout le royaume; l'hôtel de Brancas, où a demeuré Laplace, au n* 6; l’hôtel du maréchal d’Ancre, devenu plus tard l’hôtel de Nivernais, aujourd’hui caserne, au n° 10; l’hôtel d’Entraigues, où mourut M,,u' d’Houdelot, en 1813, au n° 12; et, un peu plus loin, la maison où vécut Théroignc de Méricourt, l'une des plus tristes héroïnes de la Révolution, morte folle à la Salpêtrière, en 1827 ;

La rue du Regard, qui renfermait les nombreux hôtels de la Guiche, de Bannes, de Croï, de Toulouse, etc.

La rue Notre-Dame-des-Champs, où se trouvait, le bel hôtel construit par l’abbé Terray;

Le boulevard Montparnasse, où se trouve le bal de la Grande-Chaumière, qui est le rendez-vous général des étudiants.

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