LES RUES SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS , DE SÈVRES, DU FOUR, DE BUCI, ETC
La longue et tortueuse voie que nous allons parcourir, engendrée par l’abbaye Saint-Germain-des-Prés, commence au vieux. Paris et finit au nouveau.
La rue Saint-Andrc-des-Arts s’ouvrit primitivement sous les jardins du palais des Thermes, qui s’appelaient, au xie siècle, Liars,— d’où le nom de cette rue, qu’il faudrait écrire .drs, — se nomma d’abord chemin de l'Abbaye, et se ferma vers le point où débouche la rue des Grands-Augustins, où se trouvait sans doute une porte. Celte porte, bâtie ou rebâtie en *1350, par Simon de Buci, président au parlement, dont l’hôtel se trouvait dans le voisinage, fut livrée, en 1418, aux Bourguignons, par Perrinet-Leclerc, qui demeurait à l’entrée de la rue Saint-André. Les Anglais la firent murer; mais elle se rouvrit en 1539: de sorte que les chefs protestants purent s’enfuir, le jour de la Saint-Barthélemv, par cette porte, que l’on démolit en
L’église de Saint-André, démolie en 1807, s’élevait là où est maintenant la place de ce nom. Le fameux ligueur Aubry en fut curé; l’historien de Thou , Jacques Cartier, le savant Tillemont et André Duchesne, le jurisconsulte Dumoulin, Henri d’Aguesseau, le frère du chancelier Lamotte-Houdard , le président Cousin, l’abbé Lebaticux, le généalogiste d’Ilozier, l’illustre graveur Robert Nanleuil, le prince de Conti, qui fut élu roi de Pologne, avaient leur
sépulture dans cette église, que la Révolution transforma en club, et où elle célébra le stupide culte de la Raison.
La rue Saint-André-des-Arts renfermait les hôtels du cardinal Bertrand, prés de la rue de l'Hirondelle; des comtes d’Eu et du chancelier Poyet, prés de la rue Pavée; d’Orléans, appartenant au frère de Charles VI, s'étendant de la rue de l'Éperon à la porte Buci, et où habitait Yalentine de Milan,' lorsqu’elle vint demander justice du meurtre de son mari, assassiné par ordre du duc de Bourgogne. On sait que Louis XI donna une partie de cet hôtel à Jacques Cartier, qui s’en fit construire une belle maison. On y remarquait également celle du président Lecoigneux.
Royon, écrivain royaliste, habitait au n° 38; et, au n° 40, Billaud-Varenne.
La rue de Buci continue la rue Saint-André jusqu’à la place Sainte-Marguerite. C'est à l’entrée de cette rue, presque en face du cabaret Landelle, où Collé, Planard et Crébillon avaient chanté tant de joyeux refrains, que les horribles journées de septembre commencèrent, en 1792, par le massacre des prêtres que l’on conduisait à la prison de l’Abbaye. — Plus loin se trouvait le jeu de paume de la Croix-Blanche , où Molière ouvrit son Théâtre illustre, en 1650.
La rue du Four, qui doit son nom à un four banal de l’abbaye de Saint-Germain, commence à la place Sainte- Marguerite, et finit à la Croix-Rouge, qui doit son nom à une croix jadis placée au centre de ce carrefour.
Là s’ouvre la rue de Sèvres, autrefois appelée rue de la Muladrerie et des Petites- Maisons, ressemblant à un faubourg et renfermant surtout des hospices et des maisons religieuses pour se fermer à la barrière du même nom, près de l'abattoir de Grenelle. C’est dans cet abattoir que M. Mulot a travaillé, durant sept années (1834-1841), à
percer un puits artésien, ayant 548 mètres de profondeur, pour donner un million de litres d’eau par jour .au quartier Saint-Jacques, qui les reçoit au moyen des réservoirs de l’Estrapade.
Les principales rues qui débouchent dans celles de Saint-André-des-Arts, de Buci, du Four et de Sèvres, sont :
1* La rue Haute feuille, où se trouvaient beaucoup d’hôtels et le collège des Pièmontais , dont il reste encore une chapelle transformée en café ;
2° La rue Git-le-Cœur, où se trouvait l’hôtel de Louis de Sancerre, connétable de France, que François Ier acheta pour la duchesse d’Étampes, et qui appartint successivement aux maisons d’O, Séguier et de Luynes;
3* La rue des Grands- Augustins , portant le nom d’un couvent situé près de la Seine et qui s’appelait , au xin* siècle, rue des Écoles Saint-Denis, à, cause d’un collège bâti par les religieux de Saint-Denis sur l’emplacement de la rue Christine. — Sur cette rue débouche celle de Soioze, où s’élevait l’hôtel d’ Hercule, qui servit de logis à l’empereur Philippe le Beau, en 1499, et qui fut donné par François 1er au chancelier Duprat, dont le petit-fils, Nantouillet, festoya malgré lui Charles IX; le duc d’Anjou, depuis Henri 111 ; et le roi de Navarre, depuis Henri IV ;
• 4° La rue Dauphine, grande artère, mais n’ayant rien de remarquable;
5° La rue Mazarine, , tirant son nom de Mararin , anciennement appelée rue des Fossés-de-Nesle , parce qu’elle était construite sur le fossé de la vieille enceinte qui bordait l’hôtel de Nesle, et de Y Antienne-Comédie, parce qu’on y établit, en 1669, le premier théâtre de l’Opéra;
6° La rue de V Ancienne-Comédie, ancienne rue des Fossés-Sainï-Gtrmain , où la Comédie-Française, l’an 1687, se lit construire une belle salle, en face du café Procope ,
lieu de réunion de tous les écrivains du xvm* siecle. Pendant que Lekain, Lecouvreur, Clairon, etc., se faisaient applaudir à ce théâtre, Voltaire, Laraotte, Piron , Marmontel, Duelos, Fréron faisaient de ce café une sorte de succursale de l’Académie-Française : le café Procope existe encore; mais le théâtre, bâti sur les dessins de d’Orbay et portant cette inscription : Hôtel des comédiens du Roi, entretenus par Sa Majesté, n’existe plus depuis 1770;
7° La rue de Seine, où se trouvaient l'hôtel de la reine Marguerite, dont la façade principale donnait sur le quai Malaquais, et l’hôtel de 1a Rochefoucauld-LiaVicourt, bâti par les comtes de Montpensier, non loin de la rue des Marais , où vécurent Racine et mademoiselle Lecouvreur, où mourut mademoiselle Clairon (n° 19);
8° La place Sainte- Marguerite, où était la prison de l'Abbaye;
9* Les rues Montfaucon et Mabillon, portant le nom de deux savants bénédictins qui furent enterrés dans l’église Saint-Germain;
10° La rue du Cherche- Midi, où mourut l’évèque Grégoire, conventionnel régicide (n° 44 1; le général Hulin, ancien gouverneur de Paris et président de la commission qui condamna le duc d’Enghien (n° 73); et Carat, membre de trois assemblées révolutionnaires, ministre de la justice en 1793;
1 1° Enfin, le boulevard des Invalides, où l’on ne signale que l’institution des Jeunes aveugles.