PALAIS-ROYAL
(Rue Saint-Honoré, 2M.J '
Ce palais, bâti de 1629 à 1639 pour le cardinal de Richelieu, par Jacques Lemercier, sur l’emplacement de deux grands hôtels celui de Rambouillet et celui du connétable d’ Armagnac, fut primitivement désigné sous le nom de Palais-liichelieu ou de Palais-Cardinal.
Outre une chapelle dont les ornements étaient en or massif, une bibliothèque, des collections de tableaux, de statues, d’antiquités et de curiosités, les parties importantes de ce palais étaient, à droite, deux galeries : l’une peinte par Philippe de Champagne, et représentant les grandes actions du cardinal; l’autre oi’née des portraits des hommes illustres de la France, peinte par Champagne, Youet et d’Egmont; à gauche, une salle de
spectacle pouvant contenir trois mille personnes, et qui, selon Sauvai, était « le théâtre de France le plus commode et le plus royal. »
Ce théâtre fut inauguré en 1639 par la première représentation de Mirame, tragédie composée par Richelieu lui-mérae, avec l’aide de Desmarets. Le roi, la reine et toute la cour y assistaient.
C'est dans cette magnifique demeure que Richelieu mourut le 4 décembre 1642. Il en avait fait don par testament à Louis XIII , mais celui-ci n’eut pas le temps d'en prendre possession.
Anne d'Autriche, reine de France et régente du royaume, l'habita en 1643 avec ses deux fils. C’est de ce temps que date son nom de Palais-Royal. La cour y résida jusqu’après la Fronde; en 1652, Louis XIV le céda à la reine d’Angleterre, veuve de Charles I«r.
Celle-ci, qui l’habita jusqu’en 1661, y fit célébrer le mariage de sa fille avec Philippe, duc d’Orléans. Le Palais-Royal devint alors, il est vrai, la demeure des nouveaux époux et le séjour d’une cour brillante ; mais ce ne fut qu’en 1692 qu’il fut donné par Louis XIV au duc d’Orléans, son frère, à titre d’apanage.
Le régent, fils de ce dernier, décora ce palais de tableaux appartenant aux plus grands maîtres, et en fit le théâtre ordinaire de ses orgies et de ses fameux soupers, qu’il renouvelait chaque nuit, pour y recevoir ses roués en compagnie de scs mattresscs. Lorsque le czar Pierre le Grand visita Paris, eu 1717, c’est au Palais-Royal qu’il descendit. Trois ans après, en 1720, le régent y donnait asile à Law, poursuivi par une émeute populaire.
Le duc d’Orléans, petit-fils du régent et père du roi Louis-Philippe, détruisit, en 1780, l’ancien et magnifique jardin du palais; fit ouvrir les rues de Valois, de Beaujolais et de Montpcnsicr, et renferma l’espace restant de
trois côtés dans des constructions régulières, qui formèrent les galeries actuellement existantes.
Ces galeries, livrées sur-le-cliamp à l’industrie, transformèrent ce palais en un splendide bazar, où l’on rencontrait alors autant de prostituées que de chalands.
Le Palais-Uoyal porta d’abord, sous la Révolution, le nom de Palais-Égalité.
Le premier consul en fit le palais du Trihunat, qui siégea, de 1801 à 1807, dans une salle bâtie pour lui; elle fut démolie en 1827. La bourse et le tribuual de commerce y furent également transférés en 1804.
! • A l’époque de la Restauration, le duc d’Orléans, ayant
repris possession de la demeure de ses pères, y dépensa douze millions pour la faire restaurer et compléter. Les galeries de bois, avec leurs boutiques de modistes et de libraires, leur population de prostituées, disparurent et •. firent place à la belle galerie vitrée.
Depuis la révolution de février 1848, ce palais avait reçu le nom de Palais .X allouai ; mais depuis, on lui a rendu le nom «de Palais-Royal.
La façade sur la place, bâtie par Moreau, présente deux pavillons à colonnes doriques et ioniques, avec un fronton orné de figures par Fajoti. lin portique à trois arcades, garnies de portes d’une dimension imposante, réunit ces pavillons. Le même ordre architectural se reproduit aux deux ailes, couronnées de frontons triangu- laires à figures sculptées. Le grand escalier, situé sous le vestibule d’honneur, et construit par Desorgues, est cité pour sa magnifique ordonnance comme pour sa rampe, véritable chef-d’œuvre de serrurerie.
La première cour est la cour d’honneur; la seconde est tlanquée, des deux côtés, d’arcades que surmontent deux étages de bâtiments. Vis-à-vis du palais est une galerie *
vitrée, élevée par l'architecte Fontaine ; elle est spacieuse, fort riche, et bordée d’élégants magasins.
Le jardin, qui vient après, fist encadré d’une part par la galerie vitrée; de l’autre, par trois superbes corps de bâtiment construits sur un plan uniforme par l’architecte Louis, et sous lesquels circulent de vastes galeries à arcades, dont les brillantes et nombreuses boutiques forment un bazar sans rival au monde.
C’est là que l’on rencontre à chaque pas les plus luxueux magasins de joaillerie, d’orfèvrerie, etc., et les resturants ou cafés en vogue, tels que Vérv, Véfour, les Frères- Provençaux; les cafés Corazza, de Foy et de la Rotonde.
La suppression des jeux publics, qui y occupaient quatre locaux, a eu pour effet de moraliser le séjour du Palais-Royal. 11 est surtout fréquenté par les nombreux étrangers qu’attire la splendide réputation dont il jouit dans l’univers entier.
Parmi les appartements du palais, on remarque la salle des Aides de camp, les salles de Réception et de Société, le salon Bleu, la galerie Dorée et la salle dite du Trône dans les premiers temps du règne de Louis-Philippe, qui ne cessa d’habiter ce palais que le 1" octobre 1831.
Il y avait aussi une belle collection de tableaux; malheureusement, quelques-unes de ces merveilles ont été détruites ou détériorées en février 1848, et ensuite par le séjour de la garde marine mobile, dont l’état-major était installé dans le palais et ses dépendances.
Mais toutes les traces de ces dégradations ont disparu depuis qu’on a complètement et magnifiquement restauré le Palais-Royal, où résident aujourd’hui le prince Jérôme Napoléon et son fils.
Le jardin, replanté de chaque côté des quatre allées de tilleuls, forme un parallélogramme de 230 mètres sur 100<, Au milieu sont deux parterres séparés par un bassin
circulaire à jet d’eau en gerbe. On y voit deux copies de Diane et de l’Apollon du Belvédère; un Enfant jouant avec un bouc, par Lemoine ; un Baigneur, par Despercieux; Ulysse, par Bro; une Nymphe blessée par un serpent, de Nanteuil. " • . ■'
Près de cette dernière statue est un canon fort connu,
• dont l’explosion, au moment du passage du soleil au méridien, sert de régulateur au public et aux horlogers d’a- -
lentour. ’. ' '•