‹ Nouveau guide à ParisChapitre 57 sur 266 · HOTEL DES MONNAIES · texte numérisé non relu

HOTEL DES MONNAIES

(Quai de Conti ,11.)

Cet établissement, où le gouvernement frappe monnaie, remonte, en France, au temps des rois de la seconde race. 11 fut primitivement situé dans File de la Cité; on le transféra ensuite rue de la Vieille- Monnaie, et, depuis le xx\e siècle, il se trouve dans la rue de la Monnaie.

En 1708, l'édifice de la rue de la Monnaie tombant en ruine, l'abbé Terray fut chargé de ^transporter les monnaies à Y hôtel de Conti, que la ville de Paris avait acheté, en 1750, moyennant 160,000 livres, pour y bâtir un hôtel de ville. Après avoir approuvé les plans dressés par l’architecte Jacques tUenis-Antoiue), ce ministre posa la première pierre du nouvel édifice en 1771.

La façade principale, de près de 120 mètres de long sur 24 de haut, est composée de deux ailes qui s’appuient sur un avant-corps soutenu par six colonnes d’ordre ionique, élevées sur cinq arcades et supportant un large entablement. Six statues la décorent : la Prudence, la Force, le Commerce, l’Abondance, la Paix, la Loi, par Le Comte, Pigalle et Moucbi.

Sur l'autre façade, dans la rue Guénégaud, s'élève les quatre Éléments.

L’intérieur de l’hôtel est divisé en trois grandes cou et plusieurs autres moins vastes, encadrées de bâtimenl La plus spacieuse est entourée d’une galerie de 40 mètr de longueur. Le vestibule du principal corps de logis e orné de vingt-quatre colonnes doriques cannelées.

A droite est l’escalier qui conduit aux salles de se vice, dont une est soutenue par vingt colonnes d’ord corinthien, en stuc. Les salles les plus curieuses sc celles de la Fonderie, des Laminoirs , du Recuit, d Ajusteurs, de Y Impression , et celle qui rénferme le mu monétaire , collection unique dans toute l'Europe.

11 nous serait impossible d'énumérer ici les richess de cette collection; citons-en néanmoins quelques-unei par exemple, les deux médailles du temps de Chilc bert l'r t511-568), et toutes celles des rois et gouven ments jusqu’à l’époque actuelle. La série des médail . frappées sous Louis XIV est la plus remarquable : or trouve les portraits de ce roi depuis son enfance jusq son âge le plus avancé.

Toutes les nations du monde y sont représentées; t< les faits historiques de la France y sont consacrés.

“ ■' ' impiumeiue impériale.

(Rue Vieille-du-Tenipli* , SB.’

L’hôtel où cet établissement fut transféré en 1808, où il se trouve présentement, s’appelait jadis hôtel Rohan, mais il était plus connu sous le nom de /’o/< Cardinal.

François 1*' est regardé comme le fondateur de l’i primer ie impériale, à cause de la protection qu’il acco

aux Morel et aux Estienne, qui les premiers portèrent le titre honorifique A' imprimeurs du roi; et, en outre, parce que Garamond, célèbre graveur, avait été chargé par ce prince de graver, d’après les manuscrits d'Ange Végèce , les beaux caractères grecs qu’on appelait aussi grecs du roi.

Mais la fondation réelle de l’Imprimerie impériale ne remonte pas au delà du règne de Louis XIII. Ce fut sous le ministère du duc de Luynes qu’on vit pour la première fois une imprimerie consacrée aux besoins du Gouvernement.

Le 2 février 1620, le roi Louis Xlll rendit une ordonnance qui constitua en faveur des sieurs Nurel et Mettayer le premier privilège des imprimeurs royaux, en leur accordant le droit exclusif d’imprimer les édits, les ordonnances, les déclarations et toutes les publications officielles.

Richelieu, qui devint premier mipistre l’année suivante, 1621, s’empara de cette idée, et, lui donnant aussitôt toute l’extension dont elle était susceptible , mérita d’ètre considéré comme le véritable fondateur de l’Imprimerie, telle qu’elle existe. C’est par lui, en effet, qu’elle devint un établissement de l'État et qu’elle fut placée, en 1642, sous la direction de Sébastien Cramoisy et sous la surintendance de Sublet des Noyers.

Le cardinal de Richelieu avait installé cette imprimerie au Louvre; plus tard, on la transporta à Y hôtel de Toulouse, aujourd’hui Banque de France; enfin, en 1808, Napoléon la lit établir à l’hôtel de Strasbourg, qu’on appelait aussi Palais-Cardinal, parce qu'il avait été construit, en 1712, pour Armand Gaston, cardinal de Rohan.

C’était une dépendance de l’hôtel Soubise, avec lequel il communiquait autrefois par les jardins.

Cet établissement, qui, dans l'espace de 1848 à 1852,

s'est appelé successivement; Imprimerie royale, ln merie nationale et Imprimerie impériale, relève du nistère de la justice. Il a pour objet l’impression du letin des Lois, d’ouvrages scientiliques, de livres étranf et de .tous les imprimés nécessaires aux divers ser des ministères et des administrations publiques : tr, considérable qui consomme par an 100,000 rames viron de papier et qui occupe 750 ouvriers. Un y coi 56 corps ou alphabets pour les langues orient 46 types romains et 126,000 groupes chinois.

Sous le rapport de son immense matériel, l’Imprin impériale n’a pas de rivale en Europe.

PALAIS DK JUSTICE.

fRne de la BarUleriC, dans la Cité.)

Ce palais est un des plus anciens monuments de P On ne peut préciser la date de sa fondation ; on toutefois, que sous la domination romaine il exi sur cet emplacement un édifice où les autorités n cipales résidaient.

11 est à peu près certain que ce palais fortifié s plus tard de demeure à plusieurs rois de la pren race. Au dire de la plupart des historiens, c'est dan palais que les enfants de Clodomir furent massacrés leurs oncles.

Sous la seconde race, il fut habité par les comte Taris. Eudes le fortifia contre les Normands et s’y ét£ quand il cessa d’ôtre comte pour devenir roi. Au r les monarques se partageaient entre les Thermes, struits hors de l'enceinte fortifiée, et ce palais cous au milieu même des fortifications. Mais lorsque le p

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des Thermes, tombant en ruine, eut été abandonné, le palais de la Cité devint la seule résidence des rois.

Robert le Pieux l'ayant fait reconstruire entièrement, on le désignait encore, au temps de Louis le Gros et de Louis le Jeune, sous le nom de Nouveau Palais. Tous leurs successeurs jusqu'à Charles V y vécurent et presque tous y moururent.

Saint Louis changea complètement les distributions de ce palais, et puis l'agrandit eu y construisant la grande salle, plusieurs chambres qui portent son nom et dont la principale était celle qui est devenue depuis la Grande Chambra du Parlement , enfin la sainte Chapelle, qu’on vient de restaurer et à laquelle nous consacrerons un article spécial. (Vov. Mowmevts rf.mgieux.)

A cette époque, le palais formait à l’extérieur un amas de tourelles de construction massive, et de hautes murailles; le jardintoccupait le terrain où sont aujourd’hui les cours Neuve et de Lamoignon. Sur le point où est la rue de Ilarlay, il était séparé, par un bras de la Seine, de deux petites Iles appelées ; l’ile aux Juifs et Pile à la Gourdaine.

L’intérieur de l'édifice contrastait avec la sombre apparence de l'extérieur. Les appartements étaient richement décorés, particulièrement la grande salle, dont on admirait les hauts et plantureux lambris tout rehaussés d'or et d’azur. Mathieu Paris dit que Henri 111, roi d’Angleterre, fut reçu par saint Louis, l’an 125Î, « dans le plus » beau palais du roi de France, lequel est situé au milieu » de la cité parisienne. »

En 1313, Philippe le Bel fit faire de nouveaux agrandissements dans ce palais, dont une partie devint dès cette époque le siège de la justice. Charles V le quitta pour l’hôtel Saint-Paul ; mais Charles VI y fit de fréquents séjours.

Le Parlement et d’autres corps judiciaires l’occupaie presque entièrement sous Charles Vil, Louis XI et Charles Vil On voit cependant François 1er y demeurer en 1531,

« rendre le pain bénit dans l'église Saint-Barthélem comme premier paroissien. » Cette église de Saint-Barth lemy était située rue de la Barillerie. Chapelle roya du palais, dès le règne de Hugues Capot, elle avait é érigée en paroisse en 1140. On l'a démolie à l’époque i la Révolution ; et c’est sur son emplacement que la sal du Prado et les maisons voisines ont été bâties.

Quoique le palais fût devenu la résidence du Parlemei la grande salle continua de servir à nos rois pour r cevoir les ambassadeurs, donner de somptueux repas, célébrer les noces des enfants de France.

La Conciergerie, qui avait été jusqu’alors la demeure d portiers du palais, devint une prison.

Deux incendies, l’un en 1618, l’autA en 1776, o consumé le palais de Justice, qui fut reconstruit d’abor en 1622 , par Jacques Debrosse , l’architecte du Luxei bourg, ensuite par Moreau, Desmaisons, Couture et A toine. « 11 reste bien peu de chose aujourd'hui, grâce cette catastrophe, dit Victor Hugo, grâce surtout aux < verses restaurations successives qui ont achevé ce qu’ei avait épargné, il reste bien peu de chose de cette pr mière demeure des rois de France, de ce palais aîné i Louvre, déjà si vieux du temps de Philippe le Bel, qu’ y cherchait les traces des magniiiques bâtiments élev par le roi Robert et décrits par Helgaldus.

» Presque tout a disparu. Qu’est devenue la chamb de la chancellerie, où saint Louis consomma sonmariag le jardin où il rendait la justice? Où est la chambre l’empereur Sigismond? celle de Charles IV? celle de Jea Sans-terre? Où est l’escalier d’où Charles VI promulg son édit de grâce? la dalle où Marcel égorgea, en pi

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sence du Dauphin, Robert de Clermont et le maréchal de Champagne? le guichet où fprent lacérées les bulles' de l’antipape Bénédict , et d’où repartirent ceux qui les avaient apportées, chapés et mitres en dérision, et faisant amende honorable par tout Paris ? et la grande salle, avec sa dorure, son azur, ses ogives, ses statues, ses piliers, son immense voûte toute déchiquetée de sculptures? et la chambre dorée ? et le lion de pierre qui se tenait à la porte, la tète baissée, la queue entre les jambes, comme les lions du trône de Salomon, dans l’attitude humiliée qui convient à la force devant la justice? et les belles portes? et les beaux vitraux? et les ferrures ciselées qui décourageaient Biséornette ? et les délicates menuiseries de Hancy?...,

» Qu’a fait le temps, qu’ont fait les hommes de ces merveilles? Que nous a-t-on donné pour tout cela, pour toute cette histoire gauloise, pour tout cet art gothique? les lourds cintres surbaissés de M. Debrosse, ce gauche architecte du portail Saint-Gervais, voilà pour l’art ; et quant à l’histoire, nous avons les souvenirs bavards du gros pilier, encore tout retentissant des commérages des Patru (t). a

Nous ne devons pas nous associer complètement aux critiques si éloquentes de notre grand poète, afin de rester dans notre rôle modeste d’historien. Quoi qu’il en soit, la façade principale du Palais s'élève sur la cour d’honneur, dite cour de Mai. On y arrive par un escalier de 20 mètres de large. L’avant-corps de ce bâtiment se compose de quatre colonnes d’ordre dorique supportant un entablement à balustrade. 11 est orué de quatre statues allégoriques et couronné d’un dôme quadrangulaire. Dans l’aile droite se trouve un vaste escalier qui

(i) Notre-Dame de Paris.

conduit à la grande salle du palais. La cour est fe par une belle grille en fer, richement dorée et ornéi attributs de la Justice.

Il faut surtout visiter une galerie, dans le style i renaissance, où sont exposés les portraits des princi légistes français, et la salle des Pas-l'erdus, const par J. Debrosse et soutenue par des piliers. Sa long est de 74 mètres et sa largeur de 28. Elle renferm monument à la mémoire de Malesherbes, défenseu Louis XVI, par Bosio et Cortot.

Ce monument allait être détruit par l’émeute popu’ qui avait déjà saccagé l'archevêché , le 13 février I lorsqu’un jeune magistrat, M. Hortensius de Saint- A dont le nom a figuré depuis avec distinction dans assemblées parlementaires, harangua le peuple, lui r chu ses actes barbares, le lit rentrer en lui-même sauva la statue de Malesherbes, en présentant le d senr de Louis XVI comme un des héros de l’humani

Au moyen âge, cette salle des Pas-Perdus était la cipale salie du palais : saint Louis l’avait reconstruite une grande magnificence pour la faire servir aux gn solennités de la monarchie; et Victor Hugo, en qui sorte, l’a ressuscitée. Franchissons avec lui le seu cette rare salle. « Au-dessus de nos tètes une d( voûte en ogive, lambrissée en sculptures de bois, p d’azur, tleurdelisée en or; sous nos pieds, un pavé i natif de marbre blanc et noir.

» A quelques pas de nous, un énorme pilier, pui autre, puis un autre, en tout sept piliers dans la gueur de la salle, soutenant au milieu de sa largeu retombées de la double voûte. Autour des quatre miers piliers, des boutiques de marchands, toutes él lantes de verre et de clinquant; autour des trois niers, des bancs de bois de chêne, usés et polis pi

haut-de-chausses des plaideurs et la robe des procureurs.

# A l’entour de la salle, le long de la haute muraille, entre les portes, entre les croisées, entre les piliers, l’interminable rangée des statues de tous les rois de France depuis Pharamond ; les rois fainéants, les bras pendants et les yeux baissés; les rois Taillants et bataillards, la tète et les mains hardiment levées au ciel. Puis aux longues fenêtres ogives, des vitraux de mille couleurs; aux larges issues de la salle, de riches portes finement sculptées; et le tout, voûtes, piliers, murailles, chambranles, lambris, portes, statues, recouvert du haut en bas d’une splendide enluminure bleu et or... (1). »

On le sait, puisque Victor Hugo vient de le dire, une des galeries de ce palais était garnie des deux côtés de boutiques de toute espèce, et principalement de librairie, qui lui avaient valu anciennement le nom de Palais-Marchand.

La Cour de cassation, la Cour d’appel, le tribunal de première instance et le tribunal de simple police siègent au palais de Justice.

C’est dans la chambre de saint Louis, l’ancienne grande chambre du Parlement, occupée aujourd’hui par la Cour de cassation, que pendant dix-huit mois le tribunal révolutionnaire a rendu ses arrêts de mort.

La galerie qui mène à la Cour de cassation a été restaurée récemment et richement ornementée. La tour carrée qui fait l'angle du quai a été réparée; la belle horloge, qui donnait son nom à cette tour et au quai luimême, vient d’être rétablie telle qu’elle était au temps de Henri III.

Une aile de bâtiments a été ajoutée du côté de la rue de la Sainte-Chapelle; aussi,, les grands travaux entrepris

(1) Notre-Dame de Paris.

PARIS. il

depuis plusieurs années pour l’agrandissement et l'eu; lissement du palais de Justice, donneront-ils bientôt c que unité à cet assemblage informe, conlus, mais p resque, de constructions de tous les âges.

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