‹ Nouveau guide à ParisChapitre 97 sur 266 · ÉGLISE DE LA SORBONNE · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE LA SORBONNE

(Place de la Sorbonne.)

L’église et le collège de Sorbonne furent fondés, en 1253, par Robert de Sorbon, et placés sous l’invocation de

la sainte Vierge. Rebâtie en 1326, l'église fut dédiée à sainte Ursule.

En 1626, le cardinal de Richelieu la fit reconstruire par Lemercier; mais les travaux n’en furent achevés qu'en 1653. L’ensemble de l’édifice offre trois corps de bâtiment autour d’une cour carrée, aux quatre coins de laquelle s’élèvent des pavillons. Une partie de cette cour étant plus élevée que l'autre, l'église y gagne en majesté. Son portail est décoré des ordres corinthien et composite. A l’intérieur on remarque le tombeau du cardinal de Richelieu, chef-d’œuvre de Girardon.

Douzième arrondissement.

SAlNT-ÉTIE!*i\E-DlJ-MOI\T.

Cure de I" classe.

• (Rue de ln Montagne-Sainte-Geneviève.)

C’est un des monuments de Paris les plus curieux par son architecture, aussi étrange que hardie, et par le caractère de son ornementation intérieure.

Fondée à la fin du xii* siècle, à côté et sous la dépendance de l'abbaye de Sainte-Geneviève, pour servir de paroisse à la population croissante de ce quartier, cette église, devenue insuffisante au xvi* siècle, fut rebâtie en

La partie la plus ancienne de l’édifice actuel, c’est-à-dire l'aile et les chapelles méridionales, sont de cette époque, où le style ogival se mêlait à l’architecture de la Renaissance. Les travaux se poursuivirent sous Henri II et Charles IX. En 1606, on bâtit la chapelle de la Commu-

nion, et bientôt après on termina la construction extérieure en élevant le portail ou la façade principale.

Cette façade, affectant la forme pyramidale, offre un bizarre mélange de style grec et sarrasin. La première pierre en fut posée en 1610 par la première femme de Henri IV, Marguerite de Valois, qui contribua aux frais du bâtiment pour la somme de 3,000 livres.

Le portique est décoré de quatre colonnes composites, dont les cannelures sont coupées transversalement par des pleins ou bandeaux circulaires chargés d’ornements en bas-relief. La clef de l’arc de la porte est d’une grande richesse; elle est liée aux chapiteaux des colonnes par des guirlandes du plus beau travail.

Mais la partie de cette façade qui mérite plus que toute autre l’admiration, c’est une frise profondément fouillée, et qui, quoiqu’un peu confuse par l’-ahondance même de ses ornements, rappelle pourtant la plus belle époque de l’architecture romane.

Au-dessus de la façade, un peu à gauche, s’élève la haute tour carrée, surmontée d’un campanile et accouplée à une petite tourelle très-mince, où se trouve l’escalier.

Lorsqu’on entre dans l’église, l'oeil est d’abord frappé, de la coupe hardie du jubé, qui sépare le chœur de la nef. On appelle jubé, dans les anciennes églises, une espèce de pont, surmonté d’un tambour ou pupitre sur lequel on montait pour lire l’Évangile. L’étymologie du mot jubé vient de ce que le diacre ou le sous-diacre, avant de faire la lecture de l’Évangile , demande au célébrant sa bénédiction en commençant ainsi : Jubé, Domine, benedir.ere, etc.

Le jubé de Saint-Étienne-du-Mont est un des plus beaux de France, et sans contredit le plus hardi et le mieux conservé. La longue voûte surbaissée n’est soutenue au

milieu que par deux faisceaux de frêles colonnettes accouplées, qui, se séparant en nervures, viennent se résoudre au milieu en une clef de voûte pendante de la plus grande délicatesse.

Les deux escaliers à jour par lesquels on monte au jubé ne méritent pas moins d’admiration; ils tournent autour de deux colonnes, et sont portés en l’air par encorbellement, c’est-à-dire soutenus seulement par leur noyau, l’autre côté restant suspendu sans appui.

Le jubé, ainsi que les deux charmantes portes à jour qui en font pour ainsi dire la continuation et qui achèvent de séparer le chœur de la nef, est orné de bonnes sculptures de Biart père.

La chaire à prêcher est une des plus belles de Paris. Les panneaux, ornés de bas-reliefs, sont séparés par des Vertus, figures assises, d’un travail exquis. Sur l’abatvoix, un ange levant une trompette semble appeler les fidèles. Enfin, le monument entier est soutenu par une statue colossale de Samson , agenouillé sur un lion terrassé et tenant à la main une mâchoire d’âne, son attribut ordinaire.

Les colonnes de la nef sont jointes par des arcades construites au xvn* siècle; celles du chœur, dont les fûts ont une longueur démesurée, sont dépourvues de chapiteaux, et les nervures des voûtes naissent du rond même de la colonne, particularité que l’on ne voit que dans l’église Notre-Dame-des-Champs , à Paris, et dans la jolie église de Pierrefonds, près de Compiègne, village si connu pour les belles ruines de son château.

Les vitraux, œuvre du xvie siècle, sont très-estimés. Parmi ceux qui ont échappé à la destruction, les plus curieux sont une Descente du Saint-Esprit et un Martyre de saint André. Peu d’églises, à Paris, renferment des tableaux plus précieux. Il suffit de signaler un grand ta-

bleau allégorique, par Largillière; lin Saint Pierre guérissant des malades, par Jouvenet; la Prédication de saint Étienne, par Abel de Pujol; Sainte Geneviève priant le ciel d’apaiser un orage, par Grenier; la Mort de saint Louis, par Rouget; dans la chapelle de la Vierge, une Annonciation, la Visitation et l’Adoration des mages, par Caminade; enfin, une Invocation à la madone, par Schnetz, scène italienne pleine d^âine et de sentiment, où l'artiste a réuni aux pieds de la Mère des Sept-Douleurs un abrégé de tous les maux qui affligent l’humanité.

Plusieurs personnages, célèbres à différents titres, sont enterrés dans les caveaux de Saint-Étienne-du-Mont. On cite Eustache Lesueur, le Raphaël français, mort en 1655; le célèbre botaniste Tournefort, mort en 1708; Racine et Pascal, dont les épitaphes se lisent dans l’église, près la porte d'une des sacristies.

L’inscription de Racine, composée par Boileau, retirée des ruines de l’église de Tort-Royal en 1800, fut placée à Saint-Étienne par les soins de M. de Chabrol de Volvic, alors préfet de la Seine, en face de celle de l’auteur des Lettres provinciales, mort en -1662, à l'âge de trente-neuf ans.

Près de là, dans une des chapelles méridionales, on vénère un sarcophage de pierre, entouré d’une quantité de cierges entretenus par la piété des fidèles. Une inscription nous apprend que sainte Geneviève y fut déposée, et qu’elle y resta cent vingt ans, jusqu’à l’époque où une châsse, ouvrage de saint Éloi , reçut les ossements de la patronne de Paris.

Cette chapelle est tapissée d'ex-voto de toutes espèces.

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