SAL\T-GERMA1N-DES- PRÉS
(Sur ln place de ce nom.!
L’église de l’antique abbaye de Saint-Germain-des-Prés est l’un des monuments les plus intéressants du vieux Paris. Fondée en 543 par Childebert 1", au milieu de vastes prairies, on lui donna le nom de Sainte-Croix et de Saint-Vincent, avant qu’elle prit celui de saint Germain, évêque de Paris, qui l’avait dédiée en 558 et y fut inhumé en 576.
Cette basilique primitive ressemblait plutôt à une forteresse qu’à une église, ayant la forme d’une croix dont trois extrémités étaient garnies de trois grosses tours carrées. La principale existe encore à l’entrée de l’église, semblable au donjon d’une forteresse.
La façade n’était ornée que par un porche très-bas qui a été reconstruit dans le xvi* siècle, et dont la voûte portait huit statues qu’on croit contemporaines de la fondation. Elles représentaient Clotaire , Ultrogothe, Childebert, Clodomir, Clotilde, Clovis et saint Remi.
Quant à l’intérieur, les arceaux de chaque fenêtre, dit un contemporain, étaient supportés par des colonnes de
marbre précieux ; des garnitures rehaussées d'or brillaient au plafond et sur les murs; les toits, composés de lames de bronze doré, frappés par le soleil, éblouissaient les yeux. Aussi appelait -on cet édifice « le palais de Germain. »
Childebert fut enterré dans la basilique qu’il avait fondée, et après lui Ultrogothe, Chilpéric I*', Frédégonde, dont le tombeau très-curieux se trouve aujourd’hui à Saint-Denis.
Pillée deux fois par les Normands et presque détruite en 861, l’église fut réparée par l’évêque Gozlin en 869, et de nouveau dévastée en 885. Restée en ruine jusqu’à la fin du x* siècle, elle fut alors reconstruite presque entièrement par l’abbé Morard, mort en 1014, et dont le tombeau a été retrouvé au-dessous du maître-autel.,
C’est à cette reconstruction de l’abbé Morard qu’appartiennent les deux tours latérales, la flèche de la tour d’entrée et le chœur. Mais les travaux de cette réédification ne furent terminés qu’en 1163, époque à laquelle le pape Alexandre III fit de nouveau la dédicace de l’église, et confirma le privilège dont jouissait l’abbaye de dépendre immédiatement du saint-siège, sans être soumise en aucune manière à la juridiction épiscopale.
L’abbé de Saint-Gcrmain-des-Prés exerçait l’autorité seigneuriale, pleine et entière, sur le territoire de l’abbaye. Ses officiers de justice étaient l’évêque de Paris lui-même, pour le spirituel ; et, pour le temporel, le gouverneur de Paris, le prévôt de l’lle, l’échevinage, l’Université, le Châtelet et le Parlement. Aussi ne donnait-on le titre d’abbé qu’à des personnages très-illustres, et presque toujours à un cardinal. Casimir V, jésuite et cardinal avant d’être roi de Pologne, quitta le sceptre et la main de justice pour la crosse et la mitre d’abbé de Saint-Germain-des-Prés.
L’abbaye ayant reçu la règle de Saint-Benoit, fit partie
de la congrégation de Saint-Maur, à partir de 1507. Elle possédait une bibliothèque considérable et justement célèbre, qui faillit être entièrement détruite par l’explosion d’une poudrière, en 1794. Un certain nombre de volumes furent perdus; mais tous les manuscrits furent sauvés. Maintenant, ils constituent la principale richesse de la Bibliothèque impériale, où ils forment un fonds particulier.
L’église de Saint-Germain-des-Prés a 65 mètres de longueur, sur 21 mètres de largeur et 19 mètres de hauteur. Quoique des réparations faites au xvii* siècle aient été fort nuisibles à l’édifice sous le rapport de l’art, il doit être regardé comme infiniment précieux . c’est le seul monument religieux de Paris où l’on trouve des vestiges de construction mérovingienne. Sa partie la plus ancienne et la plus curieuse, après la tour d’entrée, est la nef, formée par cinq arcades en plein cintre, dont les piliers, composés de quatre colonnes de dimension différente, ont des chapiteaux chargés d'ornements bizarres, de fleurs, d’oiseaux, d’animaux chimériques. Ces sculptures datent de la fin du x* ou plus probablement des premières années du xi* siècle.
Outre les tombes des rois mérovingiens cités plus haut et de plusieurs princes et princesses de la maison de Condé, cette église renfermait celles de Jean-Casimir, roi de Pologne, qui fut abbé de Saint-Germain-des-Prés; du cardinal de Furstemberg, de la famille Douglas, et des savants bénédictins Mabillon et Montfaucon.