BERSABÉE ET LES VILLES BIBLIQUES AU MIDI D'HÉBRON
Pour traverser cette contrée, il est nécessaire de s'entendre avec un drogman, qui aura à fournir les clievaux, les tentes, les provisions nécessaires pour le voyage et une escorte de deux soldats turcs. Le pays est à peu près désert. Ses souvenirs et ses ruines offrent moins d'intérêt au pèlerin qu'à l'archéologue et à l'étudiant de la topographie biblique.
Depuis la transporta lion de ses habitants à Babylone par Nabuchodonosor (587 av. J.-C), le midi de Juda, y compris Ôébron, fut envahi par les Iduméens, descendants d'Esaii et ennemis implacables de ceux de Jacob. Ils ont continué à occuper le pays après le retour des Juifs de la captivité, et même après la destruction de la nation juive au ii* s. de notre ère.
Nous nous bornerons donc à faire une description sommaire de cette contrée, en énumérant ses villes bibliques avec leurs principaux souvenirs.
D'Hébron èl Bersabée«
Au sortir d'Hébron, on suit le chemin dans la direction S.-E. A 3 km. i/2, on laisse à g. Yaqîn, village perché sur le sommet d'un rocher avec une mosquée dédiée à Caïn, fils d'Adam. C'est là ville chananéenne d'Haccaïn ou Accaîn donnée à la tribu de Juda ^ (F. Hébron, p. 252).
3 km. plus loin, on arrive à Tell ez Z!f, colline couverte des ruines de Zipli, ville de Juda *. A l'E. s'étend le Désert de Ziph, campagne autrefois couverte de broussailles, dans laquelle se réfugia David, pour échapper à la fureur du roi Saûl ^. Le Khirbet Istamboûl, qui est dans le voisinage, correspond à la ville d'Aristoboullas que Cyrille de Scythopolis indique dans cette contrée ^.
S'avançant 4 km. de plus au S., on rencontre une ancienne localité en ruines y Khirbet elKermel, sur les flancs d'une montagne (819 m.). C'est
1. Jos., XV, 57. - 2. Jos., XV, 55. - 3. I R., XXIII, 14-15. - 4. Vita .S, Euthym.
258 Voyage VIL amm D'Eébron
la ville de Garmel et le mont Garmel de Juda ^ Saûl y érigea un arc de triomphe pour célébrer sa victoire sur les Amalécites *. Au iv* s., Garmel était encore une localité importante et possédait une garnison romaine. Le christianisme y fleurit jusqu'à l'invasion des Arabes et on y voit encoi'e les débris de 3 églises et d'un château-fort.
A 2 km. plus au S., on rencontre le Khirbet Main et le Tell Maîn (935 m.). Les vastes ruines qu'on y voit sont celles de Maon, ville de Juda 3 et patrie d'Abigaîl qui, à la mort de son mari Nabal, devint l'épouse de David ^ A l'E., s'étend le Désert de Maon, où David errait également lorsqu'il fuyait devant Saùl.
A 6 km. à l'O. de Teli Main, vient le village d'es Sémoua, peut-être l'ancienne ville d'Esthemo, qui fut assignée aux lévites ^. Autour du village se dressent des tombeaux juifs, 2 mausolées, un château-fort et d'autres ruines importantes.
A 7 km. au S. de TelL Main, on rencontre le Khirbet Qoureiteim, communément identifié avec Carloth Hesbon <*>. Au milieu de ses ruines on remarque les vestiges d'une église du xii* s. On croit généralement que le traître Judas, appelé Iscarioth, c.-à-d. de Carioth, pour le distinguer de saint Jude, était originaire de ce lieu. Mais il est difficile d'admettre que ce pays, habité depuis 6 siècles presqu'exclusivemenl par des Iduméens, ait fourni un apôtre, même un Judas. Il existe un autre Carioth, au N. de Juda, sur la frontière de la Samarie [V. p. 326.)
On laisse à dr. deux anciennes localités appelées Gouonein et h oqa ou la Supérieure (746 m.) et Gououein et Tahta ou l'Inférieure, distante l'une de l'autre de 10 min. seulement. C'est la ville d'Anlm ', dont la désinence indique la forme du duel. Au temps d'Eusèbe, Anim se composait d'une ville chrétienne nommée Anéa à l'E., et d'une ville juive, plus importante, nommée Anaia, à l'O. ^.
A 8 km. au S. du Khirbet (Joureiteim se présente un monticule arrondi couvert de ruines, qui porte le nom de Tell Arâd. C'est la ville chananéenue d'Arad. Lorsque les Israélites s'avancèrent sous la conduite de Moïse, le roi d'Arad marcha contre eux et leur infligea une défaite. Ceux-ci revinrent à la charge, tuèrent le roi et saccagèrent Arad ^. Plus tard, Josué battit le nouveau roi et s'empara de la ville d'Héred ou Arad ^^. Au vi* s., Arad était le siège d'un évêché.
On traverse ensuite la plaine de Farah et on arrive (11 km.) à une colline artificielle Tell et Mélèh ou et Milh, site d'une ville importante. On propose de l'identifier avec la ville de Molada ^% appelée plus tard Malalha. C'est là qu'Agrippa l"^se réfugia à son retour de Rome jusqu'à la mort de Tibère ^*. Comme mîlh signifie sel en hébreu de même qu'en arabe, on a pris ce lieu pour la ville de Sel du livre de Josué". Mais dans la Bible, cette dernière est indiquée non loin d'Engaddi, et l'on doit la chercher près deKhasm Ousdoûm, la montagne de sel.
On laisse au S. (10 km.) Khirbet Arârah, la ville d'Aroër de Juda '* et l'on remonte au N.-O., passant, après 2 h. de marche, près de Tell es Saouéh, colline proéminente jonchée de ruines. On l'identifie avec Jésué, ville x|ue le livre de Néhémie indique non loin de Molada ^\
10 km. plus loin, on atteint Tell es Séba, qui serait SaJbée, ville de Juda donnée à la tribu de Siméon ^^. Cependant, quelques critiques ne voient pas dans Sabée une ville différente de Bersabée qui fut assignée aux descendants de Siméon. Cette tribu, distinguée par sa bravoure, obtint plusieurs villes du midi du territoire dé Juda, comme une avant-garde qui avait à protéger le pays d'Israël contre les ennemis du Sud.
1. Jos., XV, 55. - 2. I R., XV, 12. - 3. Jos., XV, 55. - 4. I R., XXV., 2. 3. Jos., XV, 50 ; — XVI, 14. — 6. Jos., XV, 25. — 7. Jos., XV, 5. — 8. O. S., 26. — 9. Nomb., XXI. -10. Jos., XII, 14. — 11. Jos., XV, 26.-12. A. J , XVIII, VI, 6. — 13. Jos., XV, 61 et 62. - 14. I R., XXX, 28. - 15. Néh., XI, 26. — 16. Jos , XIX, 2.
àBersabée. bersabée Voyage VIL 259
Bersabée.
A 3 km. 1/2 à l'O. de Tell es Séha, on arrive à Bir es Séba (240 m.), la célèbre Beirsabèe.
Abraham, ayant creusé un puits, voulut s'en assurer la possession. Il conclut une alliance avec le roi de Gérare (aujourd'hui Oumm ed Djeirdr), au N.-O., non loin de la mer. L'alliance lut confirmée par un serment réciproque fait sur le puits. Abraham y ajouta une nouvelle sanction en offrant au roi 7 jeunes brebis ^. Le puits, liir, reçut le nom AeSéba, Jurement, du mot Sébuah, prêter serment. Birséba peut aussi siunifier Puits des Sept, le chiffre, sacré par excellence, des agneaux olleris au roi à cette occasion. On y voit trois puits circulaires, offrant tous les trois des caractères de haute antiquité. Deux d'entre eux conlicnnent une eau claire et excellente ; le 3' est à sec. Celui du milieu a 3 m. 50 de diam. avec une profondeur de 42 m. Le 2\ à 300 pas à l'O. k précédent, a un diam. de 1 m. 65, avec la même profondeur ; le 3*, à V)'] pas à l'E., flk 2 m. de diam. et une profondeur de 14 m. ; il ne contient presque jamais d'eau.
C'est de ce lieu que partit Abraham avec son fils Isaac pour immoler ce dernier au mont Moriah. Le patriarche revint ensuite à Bersabée, et y demeura quelque temps. Plus tard, Isaac vint s'y fixer à son tour, et la nuit juème de son arrivée, Dieu lui apparut pour renouveler ses promesses. Le lendemain, Isaac y dressa un autel. Jacob aussi s'y arrêta avant son départ pour l'Egypte. Cette ville étant la plus importante du midi de la Terre promise, on désigna l'ensemble du pays d'Israël par la locution « depuis Dan jusqu'à Bersabée. »
Le prophète Elle, fuyant la colère de Jézabel, alla à Bersabée. Là il congédia son serviteur et s'enfonça dans le désert qui s'ouvre au S.-E. des puits. C'est dans ce même désert que la pauvre Agar avait erré avec son fils Ismaël, lorsqu'ils furent chassés de la tente d'Abraham. Outre le nom de Bersabée, ce désert porte aussi celui de désert de Juda et même de Maou, do Sin, de Cadès et de Sur, à cause du voisinage de (es lieux.
Au temps de saint Jérôme, Bersabée était le siège d'un évêché et possédait une garnison romaine.
De Bersabée k Hébron.
De Bersabée on remonte au N.-N.-E. par le Ouâdi el Khalîl et à 20 km. de distance on arrive en face de Khirbet Attir, à l'E., qui est probablement la ville lévitique dé Jéther 2.
L'û lieu plus loin, au N.-E., vient Khirbet Zanoitta, avec des ruines ii"ès intéressantes. Ce lieu répond à la ville de Zanoé ^.
De là on atteint (U km.) Khirbet Dhahériyéh, village qui, d'après l'opinion commune, occupe l'emplacement de Dablr, habitée au temps de Josué, par les Ènacim, race de géants *. La ville était si bien défendue que Caleb, pour stimuler l'ardeur de ses guerriers, promit sa sœur Asa en mariage à qui entrerait le premier dans la place forte. Othoniel, son neveu, fut l'heureux héros et épousa Asa. Les lévites y obtinrent une résidence.
Originairement la ville s'appelait Gariath-Sépher, la ville du Livre, H Gailatli-Seima, dont le sens est obscur, mais peut signifier ville de la Loi. Débir, en hébreu, veut dire reculée au fond. Dnaheriyéh, en arabe, a le même sens. Le village est bâti avec d'antiques matériaux. Au «•nlre s'élève une tour de construction romaine. Parmi les nombreuses
1. Gen., XXI, 22 30. - 2. Jos., XV, 48 ; - XX, 14. - 4 Jos., X, 39 ; — XI, 21 ; - XV, 49.