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HÉBRON

rabbins juifs et samaritains lireul naître une foule de légendes qui s'accréditèrent facilement au moyen âge. Ainsi, à l'O. de la ville, au S. du Djebel Remeidéh, on montre le Champ Damascène ou de la terre rouge^ avec laquelle Dieu forma le premier homme. Plus haut, à Aïn Djîdeidèh^ se voit la grotte où Adam et Eve se cachèrent après avoir été chassés du paradis. La aussi ils pleurèrent Abel tué car Caïn. Le lieu du fratricide fut fixé à 5 km. au S.-E. d'Hébron, là ou s'élevait très probablement la ville d'Ha-Gain ou Accain, que le livre de Josué (XV, 57) énnmère parmi les cités du midi de Juda. Les musulmans y ont élevé une mosquée à la mémoire de Caïn, sous le nom de Nébi Yakin, et y vénèrent son tombeau.

Outre Adam et Eve% le patriarche Joseph aussi reçut des rabbins sa sépulture dans la grotte de Makpéla ^. Saewuif (11()2) visita le tombeau du fils de Jacob «à l'extrémité de l'enceinte fortifiée. » A cette même place,, à l'angle N.-O. de la grande mosquée, les musulmans vénèrent le tombeau de Sidna Yousef en Naddjâr, de notre seigneur Joseph le Charpentier. Autant de légendes sur lesquelles nous n'avons plus à revenir.

A la mort de Sara, Abraham acheta d'Ephroa, pour 400 sicles d'argent, le champ qui renfermait une caverne double, Makpéla, pour lui servir de tombeau de famille, et y ensevelit son épouse. Plus tard, il fut déposé lui-même à côté de Sara. Isaac à son tour fut réuni à son père, ainsi que Rebecca et Lia. Finalement Jacob, dont le corps fut rapporté d'Egypte, y reçut la sépulture.

Lorsque les Israélites envahirent la terre de Chanaan, Oham» roi de Kiriat Arba, se ligua contre eux avec Adonisédech, roi de Jébus, et trois autres princes ; mais ils furent vaincus à Gabaon et mis à nxoH à Macéda. Josué s'empara ensuite d'Hébron et fît passer ses habitants au fil de l'épée. Dans le partage de la Terre promise, elle échut à la tribu de Juda et fut cédée à Caleb. Elle fut aussi désignée comme une des six villes de refuge et assignée aux fils d'Aaron. A la mort de Saûl, David en fit sa capitale temporaire. Sept ans après, le roi fît mourir Baana et Réchab qui avaient tué Isboseth, le dernier fils de Saûl ; leurs mains et leurs pieds furent suspendus (( audessus de la piscine d'Hébron. » Après cela, les anciens de toutes les tribus d'Israël vinrent à Hébron reconnaître l'autorité royale de David Le roi quitta alors la ville et s'empara de Jérusalem, où il établit définitivement sa résidence. Absalon fît d'Hébron le centre de sa révolte, et Roboam fortifia la ville.

Pendant la captivité de Babylone, elle tomba au pouvoir des Iduméens qui s'y maintinrent jusqu'à ce qu'ils fussent égorgés par le général romain Géréaiis, peu avant le siège de Jérusalem pai» Titus. Judas Machabée en avait déjà rasé les murs, mais sans exterminer sa population.

Au temps d'Eusèbe, Hébron n'était plus qu'un village. Sous les empereurs grecs, la vénération dont les chrétiens entou-

'1. Talm, hah.Eruhin, 53. — 2. A. J., II, viii, 2.

raient la mémoire d'Abraham, lui rendit une partie de son antique importance. Avec la conquête de la Palestine par les Arabes, elle devint une des quatre villes sacrées de l'Islam. En 1100, flébron fut prise par les Croisés et donnée comme fief à Gerhard d'Avesne, et en 1167, elle devint le siège d'un évéché latin, sous le titre de Saint- Abraham. C'est sous le nom de château de Saint-Abraham que les chroniqueurs de l'époque désignent souvent la ville elle-même. Reprise par Saladin en 1187, elle ne joua depuis dans l'histoire qu'un rôle assez effacé. En 1834, Ibrahim eut à triompher de l'opposition de ses habitants. Après les avoir battus près des Vasques de Salomon, il alla ruiner une partie de leur ville.

Etat actuel.

Hébron est aujourd'hui une des villes les plus importantes et les plus florissantes de la Palestine. Siège d'un Kalmmakamlik, elle possède une population d'environ 20.000 Musulmans et 2.000 Juifs allemands, espagnols et polonais. La ville se divise en plusieurs quartiers. Le 1", le moins considérable, est le Hâret Bâb ez Zaouiyéh qu'on rencontre à droite en entrant. Sur la colline Djebel Remeidéh, au S.-O., se trouve la mosquée de Deir el Arba/in^ couvent des Quarante. En face, vers le N.B., sur le versant du Djebel Béloûn, s'étend le Hâret es Scheikh, le quartier du Scheikh Ali Bakka, qui fit construire, en 1269, la mosquée dont on aperçoit l'élégant minaret hexagonal. Ce minaret fut construit en 1303, par Témir Seif ed Din Salàr. Un aqueduc traverse ce quartier et conduit les eaux d'Ain Keskaléh au nord de la grande mosquée, dans une piscine voûtée appelée Bir Sarâh, puits de Sara. Dans le voisinage se trouve aussi le puits d'Abraham et celui de Jacob. A Hébron et dans sa riante campagne, on ne compte pas moins de 10 puits et de 25 sources. Le Hâret el Baram, le quartier de l'Enceinte sacrée, adossé an Djebel Djaâbrek, se divise en plusieurs petits quartiers dont les principaux sont : Au N.-E., le Hâret el Qalâah qui renferme la forteresse restaurée à différentes époques. Toute délabrée qu'elle est, elle sert de caserne à la garnison de la ville; le Hâret el Akkabi,Aes Fabricants d'outrés, à ro., et le Hâret el Qazzazîn, des Verriers, au S. du Hâret el Bâb^ à dr. de la route. Ce dernier est habité principalement par des Israélites. La fabrication des outres avec des peaux de chèvre, el celle d'objets en verroterie sont depuis des siècles les deux branches d'industrie les plus importantes de la ville. Les Israélites s'occupent spécialement de la fabrication du vin, qui est excellent.

Dans le lit de la vallée, à l'O. et au S.-O. du Haram, sont

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creusés deux grands réservoirs, qui par leur constraetlon rappellent les Vasques de SalomoD. Le premier, ISirket el Qazsiaiîn, eal long de 26 m., large de il et profoDd de S m. 30. Il e9t irréguUer et mal conditionné, mais très ancien. Le second, Birket es Souitan, {orme un carré de iO m. de cdlë avec 6 m. 50 en profondeur. Il est d'une structure solide, régulière et d'un beau travail. Kalaoun Seill ed Din, sultan d'Egypte, le fit res.taurer en iWO. C'est là, croit-on, a la piscine d'Hébron, n audessus de laquelle David Gt pendre les deux assassina d'Isboselti. L'D autre grand quartier. Bdret el Meschârqah, occupe les pentes escarpées du Djebel Q:ubbel el Djanib, au S, de la vilJe. Au N. de cette colline, on volt les bïtimeots de la (yaaTantavne destinés aux pèlerins rovonanl de La Mecque. Au N,-E. du lazaret s'étend un vaste cimetière musulman.

Haram el EhalU.

c'est l'eneelnte sacrée de la grotte de in parallélogramme de 60 m. 30 de long sur 3i de large, bftti en magni^ Gques blocs en bossage avec reiend.

La hauteur moyenne des assises est de I m. 10, et la longueur des blocs dépasse parfois 7 m. Le socle de l'édifice. unt9 fois arrivé à la hauteur de i'.SO, c'est-à-dire au niveau du sol intérieur de l'enceinte, se termine par un retrait en plan incliné.

Au-deesus du soubassement, les murs sont ornés de conlrelorts ou pilastres engagés, sans chapiteau, mais supportant une grosse cornicbe. On en compte lo sur tes grandes faces et 8 sur les petites, ayant tous 1-,15 de largeur el O',£o de saillie.

Les pilastres aux quatre angles ont de cùlé et d'autre une largeur de Pian du Huram el KhaJll. £-,73. Partout les murS ont une

épaisseur de 2*,S0, y compris les contreforts, et atteignent une hauteur moyenne de 12 m. audessus du niveau de la rue à l'O.

Les Arabes ont surélevé la construclian antique par un mur crénelé haut de 3 ii i m. et flanqué à chaque angle d'un minaret. il ne reste plus que celui du S..E. et celui du N.O. Au N. et au S., un escalier monte au Haram, dont l'entrée est, d'ailleurs, sévèrement défendue à ceux qui n'appartiennent pas à l'Islam. On

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permet cependant aux chrétiens et aux juifs d'avancer dans l'escalier méridional (H) jusqu'au 6* degré, où l'on rencontre une étroite ouverture dans un des blocs, qui, dit-on, s'étend jusqu'au sépulcre d'Abraham. C'est là, que depuis cinq siècles au moins ^ les Israélites vont chaque vendredi faire leurs lamentations, comme au Mur des Pleurs à Jérusalem.

L'appareil de ces murailles est identique à celui du Haram esch Schérif à Jérusalem. Le soubassement oflre absolument le même caractère que celui du Mur des Pleurs. De plus au N.-O. du Haram de Jérusalem, les ingénieurs anglais ont constaté que le mur n'est uni que jusiju'au niveau de la cour intérieure située entre la caserne et la mosquée d'Omar. Là, comme à Hébron, le socle se termine par un chanfrein, et est surmonté ensuite d'un mur orné de pilastres*.

Le Pèlerin de Bordeaux visita déjà « un monument reclangulaire en pierre d'une merveilleuse beauté, où reposent Abraham, Isaac et Jacob, Sara, Rebecca et Lia. » Josèphe, parlant de ces patriarches, écrit également : « On en voit encore dans cette même ville les monuments construits en beau marbre d'un travail fort élégant-'. » Les blocs gigantesques sont, en effet, d'une pierre qui imite la beauté du marbre, et l'expression a on voit encore aujourd'hui » semble indiquer que la construction était alors déjà bien ancienne.

A qui revient la gloire d'avoir créé ce bel hypogée? On l'ignore. Les archéologues qui voient dans toute l'enceinte de la mosquée d'Omar une œuvre hérodienne, parce qu'elle offre partout le même appareil que les murs élevés par Hérode à l'angle S.-O. du Temple, attribuent volontiers à ce roi la construction du Haram el Klialll. On connaît bien les motifs qui ont poussé Hérode à renouveler le Temple de Jérusalem ; mais on ignore quel intérêt pouvait avoir cet Iduméen, plus païen que Jiiif, à exécuter un si beau travail à Hébron. Josèphe aurait-il, dans ce cas, négligé de nommer l'auteur d'une telle œuvre, quand partout ailleurs il parle avec emphase des entreprises d'Hérode, presque sou contemporain?

D'autres archéologues n'oublient pas que la construction en grands matériaux, à joints vifs et avec refend sur le parement extérieur, était chose traditionnelle en Phénicie et en Syrie bien longtemps avant Hérode. Dans ce cas, rien n'aurait été plus facile aux constructeurs de l'angle S. 0. du Haram de Jérusalem que d'imiter les procédés de leurs devanciers, pour éviter les disparates. C'est pourquoi ces archéologues font remonter le Haram d'Hébron aux rois de Juda, (|ui à Roboani, la constructeur des fortifications de la ville, qui à Salomon ou même à David. Sous Nabuchodonosor, Hébron devint une ville iduméenne ; cela explique peut-être, pourquoi elle tient si peu de place dans les écrits postexiliens.

Intérieur du Haram. L'enceinte sacrée comprend une église avec narthcx, convertie en mosquée, et une cour à ciel ouvert. Six oratoires renferment les cénotaphes des trois patriarches et de leurs trois épouses. Sous le sol se trouve la double caverne Makpéla avec leurs sépulcres. Avec l'autorisation du sultan, le prince de Galles, actuellement sur le trône d'Angleterre, visita la mosquée en 1862, le marquis de Bute en 1866 et les princes Victor et Georges de Galles en 1881, accompagnés par les plus éminents explorateurs de la Palestine ; mais personne ne put

1. Jichus ha Tsadikim (1361). — 2. Perrot, Hist. de l'Art, IV, 273. - 3.G.J.,1V, IX, 7.

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pénétrer dans la caverne sépulcrale. On peut Jeter un coup d'œil sur la cour et ses bâtiments en se faisant conduire près de la mosquée Ibfi Othman on Jdoualiyéh^ sur la hauteur qui domine le Haram au N.-E.

Vers 570, Antonin de Plaisance y (rouva une basilique avec un portique carré et un atrium découvert et divisé au milieu par uue grille ; d'un côté entraient les clirétiens, de l'autre les juifs. Dans un coin de l'aile k. de la mosquée, ou lit encore une inscription grecque, remontant au moins au temps de Justinien. C'est une inrocation adressée à Abraham par certains personnages qui lui ont élevé la basilique. La basilique fut reconslruile au xu* s. i)ar les Latins : desservie d'abord par des chanoines réguliers, elle devint cathédrale en 1167, et vingt ans plus Lard. eUe fut transformée en mosquée.

L'église occupe la partie méridionale de l'enceinte. Elle est formée de ti*ois nefs d'égale largeur, mesurant ensemble 28 m. 25, et est divisée ])ar quatre piliers à chapiteaux semi-byzantins en trois travées d'inégale longueur, mesurant 21 m. 30 du S. au N. I^ nef centrale, plus haute ((ue les latérales, est éclairée de côté et d'autre par un rang de trois lenôtres à ogive peu prononcée. Tout l'édifice est voûté à arête, et les toitures sont recouvertes de plomb.

Dans l'église même se trouvent les cénotaphes d'Isaac et de Rebecca (B,C . Il n'y existe plus aucune communication avec les sépulcres des patriarches; un pavé en marbre a même fait dis{>araitre toute trace de l'ancienne entrée, et il est probable que depuis bien des siècles, même aucun musulman n'est descendu dans la double grotte. Un orifice étroit de margelle de puits (F) permet de plonger le regard dans uue grotte obscure, dont le sol est jonché de papiers. C'est ^r là que les mahométaus adressent leurs suppliques par écrit particulièrement à Isaac le Jaloiu: Quiconque a visité le tombeau de ce patriarche, disent les gardiens de la mosquée, a été frappé de cécité.

Dans le double porche ou narthex, se voient les oratoires d'Abraham et de Sara (D, Dj et dans la cour, ceux de Jacob et de Lia avec leurs cénotaphes, tous recouverts de plusieurs tapis de soie verte magnifiquement brodés en or. De la cour, une porte pratiquée dans le mur d'enceinte conduit au monument de Joseph le Charpentier.

Bérakkah.

Mentionnons encore une localité biblique dont le souvenir se rattache intimement à celui de Mambré. Cest Béni-Natm, petit village situé à 5 km. d'Hébron, à l'E.-S.-E., sur une hauteur [9dj m.), d'où l'on domine le midi de la mer Morte. Ce lieu, qui naguère portait encore le nom de Kefr Bereik ^ est le Caphar Barucha que saint Epiphane place à trois milles d'Hébron -, et saint Jérôme à l'orient de cette ville ^. La campagne voisine est l'étnêq Bérakkah, la vallée des Bénédictions de l'Ecriture sainte. C'est là que le roi Josaphat et tout son peuple rendirent mille actions de grâce au Seigneur, en voyant étendus morts devant eux les redoutables ennemis qui, partis d'Engaddi par la montée de Sis, marchaient contre Israël^. Caphar Barucha,

l. Guérin, Judée, Ifl, 154. — 2. Adv. haer., f. — 3. Ep. CVIll. - '*. Il Par., XX, 26.

d'hébron a bersabée 257

dit saint Jérôme, est le lieu jusqu'où Abraham conduisit les célestes visiteurs se rendant à Sodome. C'est là qu'il implora la miséricorde divine pour les villes coupables. C'est là aussi que, le lendemain, le patriarche vit les cendres enflammées s'élever de Sodome et de Gomorrhe comme la fumée d'une fournaise.

Li mosquée dédiée à Lot, neveu d'Abraham, est une ancienne église. On y montre le tombeau de Lot, Qabr Lout, que Jean de Wurzbourg (1165) et Jean de Maundeville ont déjà visité (( à 3 milles à l'orient d'Hébron. »

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