VOYAGE VIII
DE JÉRUSALEM à BÉTHANIE, JÉRICHO ET LA MER MORTE
Le pèlerin qui n€ redoute pas la grande chaleur, ne doit pas renoncer à l'intéressante excursion dans cette contrée si pittoresque et si essentiellement biblique.
De Jérusalem à Jéricho en Toiture, 4 h. — Au Jourdain et à la nier Morte, 2 h. — Aller et retour 1 jour 1/2. Prix de la voiture, 40 à GO frs.
Si l'on fait l'excursion à cheyal, on peut passer par Mar-Sabas. Ceux qui Tont à Jéricho en voiture, ce qui est bien préférable, laisseront pour un autre jour la visite de cette laure, qui est a 3 h. de Jérusalem.
On trouve à Jéricho 4 hôtels tous relativement confortables.
En quittant Jérusalem l'après-midi, on a l'avantage de ponvoir visiter le Jourdain et la m«r Morte le lendemain matin avant la grande chaleur.
Eo sortant de la ville^ on suit la route qui descen<l à Gethsémani. Elle remonte le long du torrent de Cédron et passe entre le mont des Oliviers et le mont du Scandale couronné par le nouvel établissement des Pères Bénédictins de France. A la hauteur de Dâtn el Baoua, l'Outre des Vents, {738 m.), elle se dirige vers TE. Depuis l'époque des Croisés, on montre dans ces parages^ à g., le champ où Notre-Seigneur, allant de Béthanie à Jérusalem, maudit un figuier plein de feuilles mais sans fruits. Marc, XI, 12-23).
On passe ensuite près de l'abattoir, à droite, et après on trajet de 40 min. on arrive à Béthanie (708 m.).
Béthanie,
Histoire. Béthanie, qui d'après Eusèbe signifie Maison de Tristes&e^ mais plus exactement Maison des Dattiers, Beït-Hinë, selon l'interprétation du Talmud, est ce bourg où Jésus aimait à séjourner, parce que là demeuraient Marthe, Marie et Lazare.
A Béthanie, Marie répandit un vase de parfum sur les pieds de Notre-Seigneur que Simon le Lépreux avait invité à sa table. 'y. s. Jean, Xll, 1-10, n* 68). — Dans la maison de Lazare, le <livin Maître fit entendre cette grande parole qui résume toute h destinée de l'homme : Une seule chose est nécessaire (S. Luc, X, 38-42). — Au sortir de Béthanie, Jésus envoya en avant deux <le ses disciples chercher l'ânesse qui devait le porter, quand il fit son entrée triomphale à Jérusalem. (F. Luc, XIX, i9:4i,
262 Voyage VIll. bethame De Jérusalem
n» 52). — Près de Bélhaaie, Marlhc et Marie étaient venues à sa rencontre et eurent avec lui le touchant entrelien raconté par S. Jean (F. Jean, XI, 12-30). C'est enûn à Béthaoie que le Sauveur ressusci'a Lazare mort depuis 4 jours. On peut ajouter que Lazare, Marthe et Marie étaient du nombre des disciples qui s'embarquèrent sur un navire faisant voile pour Marseille, aQn d'apporter la bonne nouvelle au pays des Gaules.
Béthanie se trouvait à 15 stades (2 km. 700 m.) de Jérusalem ^ Eusèbe indique le sépulcre au 2* mille (3 km.) d'Aelia. C'est là, dit-il, qu'on montre le tombeau de Lazare. Le Pèlerin de Bordeaux rencontre le même tombeau à 1.500 pas du mont des Oliviers et saint Jérôme nous apprend qu'une église avait été construite sur le sépulcre du disciple. Le boui^, situé au N.-O. du tombeau de saint Lazare, comme l'attestent les nombreuses citernes qu'on y voit, semble avoir disparu peu à jieu à la suite des guerres livrées sous les murs de Jérusalem au temps de Vespasien et d'Adrien. L'église de Saint-Lazare devint un nouveau centre d'habitations. Vers la fin du iv* s., la pèlerine gauloise, sainte Sylvie, raconte que le 7* vendredi de carême (l'avant-dernière semaine), les chrétiens franchissaient le mont des Oliviers, s'arrêtaient d'abord dans l'église située sur la route, « à l'endroit où eut lieu le colloque entre Jésus, Marthe et Maine, » et arrivaient à 500 pas plus loin au Lasarion, sépulcre vide du disciple ressuscité *. Ce nom fut conservé depuis, et les Arabes le prononcent el-Azariyéh. Antonin de Plaisance visita ce sanctuaire eu 570, et malgré les incursions des Samaritains et des Perses, et l'invasion des Arabes, Arculfe (670), l'Anonyme de Tan 808, Bernard le Moine Franc (870) et Saewulf (1102) y trouvèrent toujours le sépulcre de saint Lazare dans une église desservie par quelques prêtres du couvent voisin.
En 1106, Daniel le Russe y trouva « une grande église richement peinte, m à 25 m. à l'E. du sépulcre de saint Lazare. Au S.-E. du sanctuaire, on découvrit récemment les ruines d'une grande église à trois nefs. Comme il est difficile d'admettre que l'église de Daniel ait pu être l'œuvre des Croisés, il est vraisemblable qu'elle fut reconstruite par la reine Mélissende qui fonda à Béthanie en 113i une riche abbîfyc « avec une belle église » pour sa soeur Yvette ou Judith, religieuse de Sainte-Anne 3. Les chanoines du Saint-Sépulcre renoncèrent en faveur des Bénédictines de Sainte-Anne à tous les droits qu'ils avaient jusqu'alors sur Saint-Lazare *. Après la prise de Jérusalem par Saladin (1187), les Bénédictines de Béthanie durent se réfugier à Saint-Jean d'Acre et les édifices sacrés commencèrent dès lors à tomber en ruines.
Tombeau de S. Lazare. Le tombeau de saint Lazare, dont Origène parle déjà (185-254), est une grotte taillée dans une roche de calcaire très friable. Il est formé d'un vestibule de 3 m. de côté, d'où l'on descend par un escalier étroit de 3 marches dans une autre pièce de 2 m. en tous sens. C'est le sépulcre proprement dit, dont l'entrée avait été fermée par une dalle placée horizontalement, comme, du reste, saint Jean le dit clairement : « C'était une grotte et une pierre était posée dessus ^. » Le vestibule dans lequel se tenait Jésus lorsque, les larmes aux yeux, il commanda de soulever la pierre, et qu'il
1. Jean, XI, 18. — 2. Peregr. S. S., 83, 81). — 3. Guill. de Tyr, Hist., XV, XXVI. — 4. Guill. de Tyr. — 5. Jean, XI, 83, t. g.
à Jéricho, bÉthanie Voyage VIll, 263
ordonna à Lazare de sortir, fut transformé en chapelle, comme l'indiquent les absidioles et l'autel qu'on y voit. La chambre sépulcrale elle-même fut toute lambrissée de marbre et reçut aussi un petit autel, d'après les relations des anciens pèlerins ; mais ces décorations firent disparaître la banquette mortuaire. A cause du poids de l'église, on fortifia la grotte par un revètemeot en maçonnerie et on ferma les vides par une voûte d'arête ogivale, qui est du xii* siècle.
Bien que ce glorieux sépulcre ait ainsi perdu son aspect primitif, les pèlerins, sous la conduite des Frères-Mineurs, ne s'empressèrent pas moins d'aller prier dans ce lieu mémorable. Mais vers la fin du xvi' s., les musulmans transformèrent les raines de l'église en mosquée, dont l'accès était interdit aux chrétiens, et, par le fait, le sanctuaire leur devint Inaccessible. L'entrée primitive, qui ouvrait dans la mosquée, fut elle-même murée.
Cependant, moyennant une forte somme d'argent, le P. Custode de Terre sainte, Ange de Messine (1612-1615), obtint la permission d'ouvrir une nouvelle entrée du côté de la rue, et depuis on descend dans le vestibule par 24 marches, aujourd'hui fort usées. Les Pères Franciscains et, avec leur autorisation, d'autres prêtres latins y célèbrent de temps en temps la Messe, spécialement le vendredi de la 4* semaine de carême et aax fêtes de saint Lazare et de saintes Marie et Marthe.
C'est dans le vestibule qu'il convient de lire le récit émouvant de la résurrection de saint Lazare (F. S. Jean, XI, 1-45, n» 67).
Visite. Béthanie, ou el Azariyéh^ est aujourd'hui un amas confus de maisons en pierres provenant la plupart d'anciens édifices religieux. Les habitants, 250 environ, sont tous musulmans.
En remontant du tombeau de saint Lazare et suivant le sentier qui se présente à g., on passe devant une tour en ruine, environnée d'un large fossé remblayé. Elle mesure 11 m. de côté et les murs ont 4 m. d'épaisseur; les parements sont formés de belles et grandes pierres dont quelques-unes ont 2 m. de longueur. Cette tour fut construite sous le roi Foulques d'Anjou pour la protection de l'abbaye; mais les matériaux proviennent d'un fort plus ancien.
Le champ situé au N.-O. de la tour est indiqué depuis le xui* siècle pour l'emplacement de la maison de Simon le Lépreux. A g. du même chemin, on voit dans un enclos, de beaux restes de sculptures de style roman de transition, qui rappellent les plus riches monuments de France du xn* s. Là se trouvait l'abbaye fondée par Mélissende. Villibrand d'Oldenbourg (1261) et Burchard de Mont-Sion (1283) y voient l'emplacement de la maison de saintes Marthe et Marie. Les maisons
264 Voy, VIII. FOXï. DES APOTRES De Jérusalem
qui couvraient ces nobles ruines furent achetées en 1868 per la Custodie de Terre sainte. Les Franciscains ont aussi acquis les maisons construites dans les ruines de l'ancienne église à trois nefs attenante à l'abbaye, à ÏE.
Bordj el Hammâr. A 1 km. d'el Âzariyéh, on aperçoit à dr. une petite église avec coupole à côté d'un couvent de moines grecs non-unis. Ce lieu s'appelle /^ordj el £fammdr, la Tour des Anes. En y creusant les fondements, on découvrit les vestiges d'une modeste abside et d'anciens sépulcres. Au xiv' s., les pèlerins ne connnaissant plus l'ancienne route de Jérusalem à Jéricho par le mont des Oliviers, indiquèrent ici la Pierre du Colloque^ c'est-à-dire le lieu de Ja rencontre de Jésus avec Marthe et Marie. Nous avons déjà vu (p. 262) qu'au iV^ s. comme au xii% ce lieu se montrait à la chapelle actuelle de Belhphagé.
Pour le même motif, on prit pour Bahurimle village ù*Aboudis qu'on voit devant soi sur une colline flanquée de profondes vallées, et qui est sur le territoire de la tribu de Juda.
Abner, conduisant Michol, lille de Saûl, de Gallim, ville beujamile^, à Hébroii, s'arrêta à Bahurim et renvoya le mari Phaltiel, sans doute parce qu'il allait entrer dans le territoire de la tribu de Juda qui avait reconnu l'autorité de David *.
Puis, pendant la révolte d'Absalon, David s'enfuit à Jéricho passant « par le mont des Oliviers ». Lorsqu'il vint à Bahurim, SémtVi, un Benjamite, sortit de la ville pour lui lancer des pierres et des malédictions -^ Peu après, deux messagers fidèles du roi, Jonathan et Achimaas, découverts dans leur cachette d'Aïn Rogel, Fontaine des Espions, aujourd'hui : Fontaine de la Vier^re, durent s enfuir devant les satellites d'Absalon et se cachèrent dans une citerne à Bahurim *. Le Targura Jonathan identifie toujours Bahurim avec Almath, en hébreu Alémeth, ville de Benjamin î*, qui n'est autre que VAlmon du livre de Jusué (XXI, .18). Le site répond exactement aux ruines du moderne Almit qui se trouve sur une ancienne route de Jérusalem à Jéricho à 1 kil. 1/2 au X.-E. d'Anéta, Anathot, et à 4 km 1/2 au N.-N.-E. de Jérusalem. C'est en effet par là qu'Antonin de Plaisance visita Bahurim ; remarquons, pourtant, qu'Almon et Bahurim étaient deux villes, voisines sans doute, mais différentes.
On découvre ensuite au sommet d'une montagne vers le S. Deir Dousi, le célèbre monastère de S. Thcodose, disciple de S. Euthyrae et compagnom de S. Sabas. La route descend alors une pente lapide par de nombreux lacets. On voit d'abord à dr. au fond de la vallée Ain el ilouhendis, la source de l'Architecte, puis on atteint la Fontaine des Apôtres, en arabe Ain el Haud, la fontaine de l'Auge (471 m.]. L'eau est bonne mais elle contient de petites sangsues. Les ruines du khan qu'on y voit et le monument qui abrite l'auge dans laquelle se déverse la source, sont de construction arabe. Les voilures s'arrêtent devant une auberge tenue par un Grec.
1. Cf. Is.,X,30.-2.IIR.,ITI,16. -3. H R., XVI, 5. - 4. II R., XVII. 18. - 5. I Par., VII, 8.
à Jéricho, aébi molsa Voyage Vlll. 265
Cette source est TAIn-Scfaeinès, la Fontaine du Soleil de la
Bible ^; elle n'apparaît sous le nom de Fontaine des Apôtres que
depuis le «v* s.
£o6chemès est située sar les confins de la tribu de Juda et de Benjamin. D'Aïn-Rogel, la limite passe par Enscliemès, puis entre Adominim et Débéra (que nous rencontrerons plus loin), pour suivre le torrent du Ouâdi et Qeit jusqu'au Jourdain, près de Beth Ho?la, aujourd'hui Hadjlà*. Du tondent de Cédron iuEqa'à Jéricho, la route carrossable suit à peu près la délimitation des deux tribus.
Au bout d'un quart d'heure, on passe devant l'entrée du Ouâdi el Djemâl, vallée des Chameaux, et à 2 km. 1/2 à dr. de la Fontaine des Apdtres, se dresse une haute colline appelée aujourd'hui encore ArAk es^Schems, le Rocher du Soleil, ce qui rappelle d'une manière frappante la Fontaine du Soleil de la Bible ^.
Deux km. plus loin, on laisse à dr. le Ouâdi Moufâk, vallée
dQ Sifflement du vent.
Un chemin se détache de ïa route pour aller au Khan el Ahmûr, le caravansérail des Pierres rouges, détruit par Ibrahim Pacha, quand il battit les Bédouins dans cette région. On croit que ce khan a été construit sur les ruines du célèbre monastère de saint Eothynie. I^ voie se dirige ensuite vers Nébi-Moasa(9 kil.), célèbre sanctuaire musulman (luminant la mer Morte. La légende arabe raconte que Moïse, déjà âgé de 120 ans el voulant fuir la mort, vînt de TE. du Jourdain à l'O. de la mer Morte. Là il hit endormi et enseveli par les anges dans un sépulcre blanc à Textérieur el tout noir à l'intérieur. Nébi-Mousa possède un important gîte de calcaire bitumineux, dont les Aralx's se servent pour entretenir les feux de campement. Chaque année, un vendredi d'avril, des milliers de musulmans vont passer 8 jours au prélendu tombeau de MoUse. A la procession qui s'organise avec grande pompe et grand fracas à Jénisalem, on remar<|ue surtout beaucoup de derviches fanatisés.
Après s'être avancé de 4 km., on franchit sur un pont le Ouâdi Sidr^ la vallée du Lotus ou jujubier épineux (lotus lamprocarpusj, qu'on retrouvera partout dans les environs do Jéricho. Arrivée dans un vallon, à 212 m. au-dessus du niveau de la Méditerranée, la route remonte quelque peu jusqu'au Khan Hatroûr (3 km.). C'est ici que débouche l'ancienne route do Jérusalem, celle suivie par Notre-Seigneur, quand il se rendit à Jéricho ou de Jéricho à la Ville sainte. On continuera des lors l'excursion par la route dos temps bibliques.
Khan-Hathroûr oa Hôtellerie du Bon Samaritain.
La route monte jusqu'au Khan Hathroûr (270 m.). Le khan vient d'être reconstruit à neuf; mais dans la cour on voit encore de beaux pans de murs antiques, avec des restes considérables de pavements en mosaïques fines de plusieurs couleurs, qui ne
1. Jos., XV, 7 ; XVIII, 17. — 2. Jos., XVIII, 16 21. - 3. S. W. P., ill, 42
266 Voy. VIII. BON SAMARITAIN De Jérusalem
sont pas postérieures au xii* s. L'eau est bonne et l'on trouve dans l'auberge des rafraîchissements et des objets de curiosité.
La tradition localise Ici l'hôtellerie où le bon Samaritain de la parabole confia son blessé à l'hôtelier (F. Luc, X, 30-37, n» 48).
Le choix du site est des plus heureux, car la contrée est aiïreusement solitaire, et de temps immémorial, il y avait ici un caravansérail. Le khan occupe le sommet de deux montées fort raides.
Au N.-E. s'élève le Qalaat ed Doumm, château du Sang (315 m.), qui est l'Adommln, le Sang, de la Bible. Ce nom est dû sans doute à la marne de couleur rouge-brique qu'on voit dans le voisinage, surtout du côté de l'O. Au S. du khan, la région s'appelle Thogreit ed Debr et rappelle la ville de Débir ou Debera que le livre de Josué indique en face d'Adommim.
Le texte ori(;inal dit : « Et la frontière monte (depuis la mer Morte) vers Débir, depuis le vallon d'Achor, vers le septentrion regardant Gal^ala, qui est vis-à vis de la montée d'Adommim, laquelle est au midi du torrents » Le torrent est celui du Ouâdi el (jelt qui est le prolongement de la vallée d'Achor, et qui passe au nord du Talât ed Doumin à mi-chemin entre Jérusalem et Jéricho. Le château-fort, dont on voit les ruines sur la colline, a été construit par les Croisés et la garde en fut confiée aux Templiers. On l'appelait le château Maldouin ou la Tour Rouge. Marin Sanuto en parle encore au xiv* s. Celte tour a i-emplacé une forteresse beaucoup plus ancienne, comme nous le savons par Eusèbe et saint Jérôme. Le premier dit : « Adommim, petite ville de Juda, aujourd'hui en ruine, entre Aelia et Jéricho, est appelée de nos jours Maledomni ; on y voit un château-fort *. » Saint Jérôme ajoute : « Les Grecs l'appellent la montée des Rouges... à cause du sang qui y fut si souvent versé par les voleurs ; il est situé sur les contins de Juda et de Benjamin, qui de Jérusalem descendent à Jéricho. On y voit un fort gardé par des soldats pour la protection des voyageurs. Notre-Seigneur rappelle ce lieu de massacre et de sang dans la parabole de l'homme qui descendit de Jérusalem à Jéricho *. »
Débir ou Debera veut dire en arrière ou recnlé, et Thoghreii ed Debr signilie en arabe le passage par derrière. M. J. Schwarz voit dans le dernier mot plutôt un nom propre et rend Thoghreit ed Debr par lieu de rassemblement de Débir, une des stations des Israélites qui venaient à Jérusalem pour les grandes fêtes ^. Le texte biblique, comme on le reconnaît généralement, autorise pleinement cette interprétation.
On s'arrache avec peine à un lieu où notre divin Maitre et tant de saints pèlerins de l'Ancien et du Nouveau Teslament ont reposé leurs membres fatigués.
En 2'i min. on descend vers le Ouâdi er Ruwâni, la vallée des Romains, qui plus loin s'appellera Akoubet el Akrâd, la montée des Kourdes, puis Ouâdi Talât ed Doumm^ vallée de la montée d'Adommim. En descendant de voiture, k la première rencontre d'un aqueduc ruiné (27 min.), et en parcourant une distance de 70 pas vers le N., on arrive au bord du Ouâdi el Qelt enfoncé
1 Jos., XV, 7. — 2. 0. s., 24. - 3. 0. S., 23. — 4. D. h. Land., 67.
à Jéricho. débir Voyage VIII. 267
entre des murailles de rochers gigantesques. Là on a une vue splendide sur le Deir el Qelt^ Tantique couvent de Couziba, cramponé, comme un nid d'hirondelle, contre la paroi de la montagne au-dessus d'un gouffre.
L'origine de ce couvent semble remonter aux Esséniens ; en tout cas, sa fondation est antérieure ii celle des monastères de saint Euthyme. Une tradition indépendante, paralt-il, des évangiles apocryphes, veut que S. Joachim se soit réfugié en ce lieu pour demander au Seigneur- de faire cesser la stérilité de son épouse, sainte Anne, qui devint ensuite la mère de Marie Immaculée. Au iv* s., il formait avec les mombreuses grottes des alentours la laure de Jean de Couziba. D'après des inscriptions qu'on y a trouvées, le couvent fut restauré en 1234, pendant que l'empereur Frédéric II était maître de Jérusalem i. Abandonné ensuite, il fut réparé par les moines grecs qui l'habitent depuis 1880. La chapelle a conservé d'intéressantes peintures à fresque du v' et du xiii* siècle, représentant principalement la vie de S. Joachim. On y voit aussi de beaux restes de pavements en mosaïque. Le chemin qui conduit à ce couvent se rencontre 20 min. plus loin.
Le Ouâdi el Qelt n'est que le prolongement oriental du
Ouâdi Faràh, Cette dernière vallée possède une source des
) plus riches, dont l'eau était amenée dans la plaine de Jéricho
par deux aqueducs construits à des niveaux différents. Le long
de la route, on rencontre fréquemment les vestiges de ces con-
\ duits. Les eaux d'^iïn Qelt^ qui coulent non moins copieuse
I ment au N. du torrent, sont amenées par un canal au bord du
j précipice, d'où elles sont conduites par un pont-aqueduc sur le
j flanc méridional. Ce pont, dont on voit les ruines majestueuses,
I s'élevait à 21 m. au-dessus du torrent ; l'arche principale avait
une ouverture de li m. Un aqueduc partait de la tète du pont
au N. et deux autres construits en maçonnerie avec un niveau
de 12 m. de différence, sillonnent le flanc méridional du ravin.
Ces travaux, construits par les Romains, furent restaurés par
les Byzantins, puis par les Croisés.
On aurait tort de voir dans le Ouâdi el Qelt le torrent de Carith, où s'est caché le prophète Elie pendant les trois années de sécheresse et où il fut nourri par un corbeau. Carith se trouve « à l'orient du royaume de Samarie, en face du Jourdain'. » (V. Voyage XIX).
On descend ensuite au-dessous du niveau de la Méditerranée. En moins d'un km. on rencontre à g. le sentier qui en 20 min. conduit au Deir el Qelt ou couvent de Couziba. L'horizon commence à s'élargir. A g. se montrent les ruines de Beit- Djébar el Fokani, ou Djébar-le-flaut. Trois km. plus loin, à dr..