‹ Nouveau guide de Terre SainteChapitre 183 sur 251 · Jean, I, 46. — 2. Matth., II, 23. — 3. In Matlh., II · texte numérisé non relu

Jean, I, 46. — 2. Matth., II, 23. — 3. In Matlh., II

sépulcre juii, dont la chambre a été ruinée lorsqu'au moyen âge on construisit des maisons et qu'on étai)lit des citernes en ce lieu. Il ne reste que tes deux tombes à four du cdlé du N. Il est donc certain que la bourgade juive de Nazareth ne s'étendait pas jusque là ; car la loi mosaïque défendait sévèrement d'ensevelir les morts à côté des demeures des vivants ; la bourgade eût été polluée et le simple contact, même involontaire, d'une tombe entraînait une impureté légale.

Jusqu'au temps de Constantin, Nazareth était restée une ville exclusivement juive. Mais lorsque le christianisme eut triomphé dans l'empire romain, une splendide t)asiHque fut élevée au lieu où Marie avait reçu la visite de l'archange Gabriel. La maison où avait habité la mère de Jésus a dû rester connue des gens du pays, grâce autant à la haine profonde des Juifs contre le Christ, qu'à la grande vénération des chrétiens pour le divin Sauveur.

Saint Epiphane rapporte que, l'an 339, il logeait à Scythopolis chez le comte Joseph de Tibériade. Celui-ci lui raconta de vive voix que l'empereur Constantin l'avait chargé « d'élever des églises au Christ dans les villes et les bourgs des Juifs, où personne n'avait pu en construire jusqu'alors, parce que ni Grecs, ni Samaritains, ni Chrétiens n'étaient admis au milieu d'eux, et cela surtout à Tibériade, à Diocésarée appelée aussi Sepphoris, à Nazareth et à Capharnaûm ^ m La construction de la première basilique, dont il reste encore des colonnes monolithes en granit de Syène et des débris de sculpture, doit se plact^r entre la mort de sainte Hélène (326), et celle de l'empereur son fils (336).

Sainte Paule et sainte Sylvie d'Aquitaine sont allées prier à Nazareth ; saint Jérôme nomme cette ville plusieurs fois, le diacre Théodose (530) détermine sa distance de Diocésarée et du mont Thabor; mais aucun d'eux n'a laissé de description de ses monuments. Le Pèlerin de Plaisance y trouva outre la maison de Marie transformée en basilique, l'ancienne synagogue. Vers 670, Arculfe nous apprend que Nazareth était sans murs d'enceinte et possédait deux églises, celle de l'Annonciation et celle de la Nutrition. Le vénérable Bède (675-735) et le moine Pierre Diacre (1037) reproduisirent le témoignage de l'évèque franc. Dans un petit traité intitulé JAber nominum locorum ex Actis on lit : « Nazareth est un petit bourg de la Galilée non loin du mont Thabor. C'est de lui que Noire-Seigneur fut appelé le Nazaréen. On y voit une église au lieu où l'ange entra pour annoncer à Marie la grande nouvelle, et une autre à l'endroit où le Seigneur fut élevé. » Ce témoignage fut longtemps attribué à Ëusèbe mort en 337, ou à son traducteur saint Jérôme, qui aurait amplifié le texte. Mais les critiques le contestent pour de bonnes raisons, et l'attribuent à un auteur du vi* s. *

Les hordes de Chosroës n'avaient pas traversé la Galilée. Malheureusement la tolérance que les musulmans avaient montrée aux chrétiens après la conquête du pays, ne dura pas longtemps. Lorsque Willibald arriva à Nazareth, vers l'an 725, il n'y trouva debout que la basilique de l'Annonciation. Encore ajoute-t-il ; « Les chrétiens rachetaient souvent cette église des païens (les Sarrasins), quand ceux-ci voulaient la détruire 3. » Cependant vers l'an 808, un lettré d'Occident qui fit un travail de statistique sur l'état des églises et monastères de Palestine, compta à Nazareth 12 moines et à un mille de la ville, au Précipice, 8 moines *.

Par une suite de victoires, l'empereur Jean Scimiscès reprit aux Sarrasins la Syrie et la Phénicie. L'an 975, il occupa même Tibériade, le mont Thabor et Nazareth ; mais peu de temps après, il fut empoisonné par ses eunuques, et les provinces conquises tombèrent de nouveau au pouvoir des Arabes.

Lorsqu'après la prise de Jérusalem Tancrèdc vint prendre possession

1. Adv. Haer., l, 2, haer. XIX. — 2. Guérin, La Galilée, I, 98, - 3. Hodoep. — 4. Commemoratorium de Oasis Dei.

HISTOIRE 3(39

de la Galilée (1100), les monuments de Nazareth venaient d'être ruinés

5arles Sarrasins, comme nous rapprend Saewulf ill03). Le monastère e l'Annonciation seul fut épargné. La basilique fut reconstruite par les Croisés et servit de cattiédrale. Le monastère devint le palais épiscopal ; car l'an 1109, le siège métropolitain de Scylhopolis fut transféré à Nazareth. En même temps, les Grecs construisirent l'église Saint-Gabriel près, de la fontaine de la Vierge.

A la suite de la désastreuse bataille de Hattln (1187), Nazareth tomba aa j[K>uvoir de Saladin qui se montra assez clément envers ses habitants ; mais le clergé européen ne put se maintenir dans la ville ; la basilique de l'Annonciation, comme réglist^ de la Nutrition, furent abandonnées. En 1192, Hubert Walter, évèque de Salisbury, obtint de Saladin l'autorisation d'établir à Nazareth, ainsi qu'à Jérusalem et à Bethléem, deux prêtres latins avec leurs diacres et un petit nombre de prêtres du clergé indigène. Par la trêve de dix ans conclue avec le sultan d'£gypte, le 20 février 1229, Frédéric II, empereur d'Allemagne, devint maître de la route d'Acre à Nazareth et restaura cette dernière ville qui, d'ailleurs, ne fut jamais une place forte.

Saint Louis, roi de France, vint à Acre a^rès sa captivité en Egypte. En vertu du traité conclu avec le sultan d'Egypte en i^, les villes du littoral depuis Jafla jusqu'à Sidon, y compris Safed, Sepplioris et Nazareth, furent rendues aux chrétiens. Le pieux roi ne voulut pas quitter la Palestine sans avoir visité le lieu de l'Incarnation et de la Transfigura' tioa. Il partit de Saint-Jean d'Acre avec la reine Marguerite le 23 mars 1254, pour faire la visite de ces saints Lieux en vrai pèlerin. Laissons la parole a son confesseur, Godefroi de Baulieu : « Je ne crois pas bon de taire l'humilité et la foi avec lesquelles le pieux monarque fit le pèlerinage d'Acre à la sainte et dévote ville de Nazareth. La veille de l^Aunonciation de Notre-Dame, après avoir couché à Sepphoris, il revêtit un cilice et alla à Cana de Galilée, puis au mont Thabor et arriva le même jour à Nazareth. D'aussi loin qu'il aperçut la sainte ville, il descendit de ciieval et pria pieusement à deux genoux. Puis, marchant à pied en toute humilité, il parvint à la ville sainte et entra dans le lieu sacré de l'IncarnaUon.

« Ce jour-là, il Jeûna au pain et à l'eau malgré ses fatigues. Avec quelle dévotion il se comporta, avec quelle solennité et quel éclat il fit célébrer vêpres, matines, la messe et les autres offices qui conviennent à une telle fête, les nombreux assistants peuvent le raconter, et j>lus d'un proclamera et attestera que vraiment, depuis le jour où le Fils de Dieu a pris chair de la Viei^e Marie en ce même lieu, jamais office n'avait été célébré avec tant de solennité et tant de dévotion. Le pieux roi, après avoir' assisté à la messe dite à l'autel de l'Annonciation, reçut la sainte coinmunion. Le seigneur Odon de Tusculum (légat du Saint-Siège; ct'lébra la grand'messe et fit un dévot sermon \ »

Moins de dix ans après, en mars 1263, Bibars vint de l'Egypte avec une armée formidable et dressa son camp sur les flancs du mont Thabor. Do là il envova des troupes à Nazareth avec ordre de détruire de fond eu comble ^lises et monastères. Aux chrétiens de la ville il offrit la liberté à conditioa qu'ils embrasseraient l'Islam. Mais les nobles et dignes enfants de Nazareth préférèrent la mort à l'apostasie ; ils furent donc msissacrés et leurs corps jetés dans une citerne *, Quelques siècles plus tard, on montrait encore les ossements de ces généreux martyrs au couvent des Pères Franciscains ', qui occupe l'emplacement de l'ancien archevêché.

L'an 1291. les Croisés quittèrent pour touiours la Terre sainte et ils furent suivis à bref délai par le clergé séculier et régulier d'Occident. Depuis 1349 les Franciscains restèrent seuls à leur poste périlleux, pour reconquérir les Lieux saints et venir en aide aux chrétiens du pays.

Saint François d'Assise avait débarqué à Saint-Jean d'Acre le 29 août

1. Vita S. ludùVici, IV. — 2. Abouîféda. — 3. Bscheidcr, 144. — Tobler, JSasareth, 44.

1219. Pendant ses voyages en Syrie et en Galilée, il n'a pas manqué de visiter Nazareth, « ou rattirait spécialement, dit son premier biographe Thomas de Célano, le sanctuaire du mystère de l'Incarnation du Verbe ^ » Ses disciples ont hérité de son ardent amour pour ce sanctuaire, a Si cette sainte ville a été sauvée et conservée au christianisme, dit un palestinologue protestant, M. T. Tobler, on le doit à l'intrépidité et à la constance des Pères Franciscains *. »

Environ 60 ans après le départ des Croisés, les Frères Mineurs réussirent à s'installer dans les ruines du sanctuaire de l'Annonciation ; car vers la lin du xiv* s., Barthélémy de Pise, parlant des Frères Mineurs de la Province de Terre sainte, dit : « A Nazareth ils eurent aussi un couvent, actuellement abandonné à cause de la méchanceté des païens ^. » D'après les chroniqueurs de la Custodie, ils furent expulsés de Nazareth une première fois en 1385 et une deuxième fois en lii8 \ En 1449, Stephan de Gumpcnberg trouva de nouveau un prêtre et deux chrétiens logés secrètement « dans la chapelle où l'ange a salué Marie. »

En 1548, sous la domination ottomane, sévit une nouvelle persécution contre les Religieux de Nazareth. Quelques-uns furent mis à mort ; les autres se retirèrent à Jérusalem, après avoir confié à un chrétien du nom d'Issa la clef de la sainte grotte, avec l'obligation d'y entretenir constamment deux lampes aux frais du Père Gardien du Mont-Sion ^

Finalement, le 19 décembre 1620, le P. Custode Thomas de Novare, secondé par le consul de France à Saîda, obtint du puissant émir des Druses, Fâkher cd Din, l'autorisation formelle de construire une église par-dessus la grotte de l'Annonciation, avec un couvent. Le P. Eugène Roger de Paris, ami et conseiller de Fakher ed Dîn, écrivit quelques années après : « On y trouve toujours 10 à 12 Religieux de notre ortlre, la plupart Français. Le même P. Jacques (de Vendôme) fut institué par notre Saint Père le Pape Gardien de Nazareth. Il a été maintenu dans cette charge par Sa Sainteté l'espace de huit ans, célébrant la sainte Messe et faisant l'oHice divin avec autant de liberté qu'en France, comme je l'ai vu pendant les 20 mois que j'y ai demeuré ^ » En 1631, les Religieux de Nazareth furent au nombre de 22. Mais l'année suivante, le P. Hilaire fut retenu en prison pendant deux mois par Térabith, émir des Bédouins et rival de Fakher ed Dtn. Puis l'an 1634, le jpacha de Damas, s'étant emparé de Safed, emmena prisonniers les Franciscains de Nazareth et ne les relâcha qu'au bout de six semaines contre une rançon de 500 séquins, environ 5.000 fr. Il les força ensuite de lui payer 300 séquins de plus, sous prétexte qu'ils possédaient une cloche dans leur couvent. Le moussalim^mge de Safed, ne resta pas en arrière; il leur infligea une amende de 250 séquins « pour avoir profané leur saint couvent de Nazareth en buvant du vin et en mangeant du sanglier 7. » En 1638, les Bédouins exécutèrent des razzias dans le pays; ils pillèrent Nazareth, ruinèrent l'église et le couvent et forcèrent les moines à quitter le pays. Ceux-ci, après deux tentatives infructueuses, s'établirent de nouveau dans les ruines de leur cher sanctuaire, fin janvier 1641. Mais leurs épreuves furent quotidiennes. De Rozel, gentilhomme normand', écrit en 1644 : « Le couvent est aussi presque tout abattu et ne contient plus que trois pauvres Religieux, journellement persécutés par les Turcs, qui leur viennent tout rompre et emporter ce qu'ils ont *. »

Les écrivains de l'époque signalent encore une ou deux expulsions jusqu'en l'année 1730, où, sous la domination du Scheikh Dhaher el Amer, ils jouirent d'une paix relative, malgré les intrigues des Grecs à la cour de Constantinople. En cette année, les Franciscains construisirent l'église qu'on y voit encore à présent. Le travail, qui par force a dû être mené rondement, fut termine en 7 mois.

1. Vita B. Fr. — Wadding., Ann.. 1219, 20. — 2. Op. cil., 43. — Conform. S. Fr., II. — 4. Gesta Deip. Frat, Min. in T. S. — 5. Boniice de Raguse, op. cil. - 6. La Terre S\, 61. — 7. Id., 444. — 8. Voy. e Jérus., 31.

Kii 1799, pendant ^ue Bonaparte faisait le siège d'Acre, le général Junot vint avec sa brigade établir son quartier général à Xazarelb, pour aller au devant d'Abdallah, pacba de Damas, qui accourait avec une armée de 40.000 hommes au secours de la ville assiégée. Bientôt arriva la division de'Kléber, puis Bonaparte lui-même. Après les glorieux corncombats de Gana et du Thabor, les blessés furent recueillis et soignés par les Religieux, dont l'hospitalité fut héroïque au rapport des témoins ^. Bonaparte, Kléber et Junot logèrent à la Casa Nova. Avant de quitter Nazareth, ils visitèrent le sanctuaire de l'Annonciation, où les jours précédents les soldats de la République étaient venus s'agenouiller et prier, réveillant dans l'esprit du peuple le souvenir des héros de la Croisade.

Etat actuel.

La ville de Nazareth, en arabe en Nâsirah, est le chef -lieu d'un Qada, siège d'un Kaimmakam dépendant du Moutesarrifiéh d'Acre. Elle possède un bureau de poste turque et de télégraphe international.

Les maisons sont étagées sur le versant méridional de Djêbet es Sikh, à une altitude moyenne de 350 m. Le sol est très inégal, les rues sont étroites, mais bien pavées. Les trois principaux quartiers sont : le Hâret el JAtin, quartier des Latins, au S. et S.-O. ; le Hâret er Roûm, quartier des Grecs^, au N. et N.O. et le Hâret el Islam, quartier des musulmans, au centre et à l'E.

Population et religions. D'après le recensement de l'an 1905, Nazareth compte 7.147 habitants, sujets ottomans, dont 1483 sont catholiques, savoir : Latins 1.189, Grecs Meichites 927, Maronites 367. Il y a ensuite 2.774 Grecs non-unis, 302 protestants et 1 5S8 musulmans.

Ecoles, paroisses et œuvres de bienfaisance.

1* Les Pères Franciscains desservent la paroisse latine et tiennent un hospice pour les pèlerins, une école pour les garçons et une pharmacie pour les pauvres.

2» Les Frères de Saint-Jean de Dieu ont un hôpital pour les hommes sur la route de Cana, et deux pharmacies.

3" Les Dames de Nazareth : un orphelinat et une école pour les filles, avec un dispensaire.

4* Les Sœurs de Saint-Joseph : une école pour les filles, un hôpital pour les femmes et un dispensaire.

5* Les Sœurs de Saint-Vincent de Paul : un hôpital et un dispensaire.

6* Les Frères des Ecoles chrétiennes : une école pour les garçons.

7* Les Religieux Salésiens ; un orphelinat pour les garçons hors de la ville.

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