G. J., V, V, 8. — 2. Act:, XXI, 31^37 ; — XXII
Prétoire. Jérusalem 5» Visite. 93
Prétoire où Jésus fui ilagelié, couronné d'épines et condamné au supplice 4e la croix, qu'au Goigotha et au Cénacle. Saint Jean rappelle que la cour pavée, le Uthostrotos où le Seigneur entendit sa condamnation, portait le nom significatif de « élevé », Gaphiphta en hébreu, ou Gabbatha en syro-ehaldéen, la langue alors parlée dans le pays. Un lieu si connu et si bien précisé n'a pas pu s'oublier à la 4* ou 5* génération des disciples du Christ. En efïet, au iv* s., saint Cyrille, devenu plus tard évêque de Jérusalem, rappela un jour au peuple comme un fait notoire à tous, que la maison de Caïphe et le prétoire de Pilale étaient restés jusqu'alors des monceaux de ruines « par la vertu de Celui qui fut attacbé à la croix ^ ». Or le second château d'Hérode, celui du mont Sion, n'a jamais été détruit par les Romains. Nous savons, par l'historien juif, que Titus ordonna même de le conserver à cause de ses trois admirables tours. Il servit de citadelle à la X* légion restée en garnison dans la Ville haute. Durant la rébellion des Juifs sous Barcochébas, Jules Sévère, il est vrai, dut l'emporter de vive force ; mais Adrien s'empressa de le reconstruire pour en faire la citadelle d'^lia Capitolina =^. La forteresse Antonia, au contraire, fut rasée sur l'ordre de Titus, même avant qu'on n'attaquât le hiéron '^, et l'histoire n'attribue aucune construction sur ses ruines, ni à Adrien, ni k personne autre antérieurement au v* s.
Deuxième enceinte. Nous savons par le livre de Néhémie, qu'avant l'exil, le mur septentrional de la 2* enceinte s'étendait de la porte des Troupeaux, à l'E., à celle des Poissons, à l'O. idans la vallée el Wad). Entre les deux portes, le rempart était muni d'une tour nommée Hananéel, (s'élevant probablement sur la crête qui du Bezétha descend vers le Sanctuaire). Sur cette même crête, entre le rempart et le Temple se dressait une autre tour, celle de Birah *, que Josèphe appelle du nom grécisé de Baris, et dont Hérode fit la forteresse Antonia.
D'après Josèphe, la 2* enceinte commençait à la porte de Gennath, à ro., et s'étendait jusqu'à la tour Antonia sur une longueur de 3,280 cdudées, plus d'un kilomètre et demi ^. Avec un pareil développement, l'enceinte a dû passer au N. de l'Antonia, pour aboutir à la porte des Troupeaux. Rien n'indique d'ailleurs que depuis Néhémie la ligne de ce mur ait été modifiée et restreinte. D'un autre côté, Titus fut obligé de s'emparer de la 3*, puis de la 2* enceinte avant qu'il ne lui fût possible de s'approcher de la forteresse Antonia. Josèphe n'indique pas, en conséquence, le terminus du mur de la 2* enceinte, mais sa direction.
Au siècle dernier, plusieurs écrivains soutenaient que cette enceinte butait contre la forteresse Antonia et excluait par conséquent la Via dolorosa traditionnelle. Pour cela, M. Warren explora en 1869 le sous-sol et poussa des galeries à fleur du rocher jusqu'à 80 m. au S. de l'Hospice autrichien*. Après lui, M. Ctermont-Ganneau entreprit un travail du même genre sur un point différent ''. L'un et l'autre explorateur ont dûment constaté que jamais rempart n'a passé là, pour aller rejoindre l'Antonia. Dans l'escarpe rocheuse à l'O. de l'église Ecce Homo, M. Clermonl-Ganneau * découvrit des grottes dont quelques-unes ont servi d'écurie, il'autres de prison, probablement à l'époque d'Hérode le Grand. Les vestiges de la 2' enceinte doivent donc être cherchés au N. de l'Hospice autrichien et du couvent de la Flagellation, dans le quartier du mont Bézétha, jusqu'ici resté inexploré.
Emplacement du Prétoire d'après la tradition. En 333, le pèle rin de Bordeaux visita d'abord les ruines de la maison de Caïphe au mont Sion. a De là, écrit-il, en sortant de l'enceinte de Sion pour se rendre à la porte napolitaine, à droite, en bas dans la vallée, on voit des murailles où se trouvait la maison ou le prétoire de Pila te. Là le Seigneur fut jugé avant sa Passion ; à gauche se trouve le monticule du Goigotha où le
1. Catéch., XXXVIIJ et XXXIX. — 2. Eutych. d'Alex., Ànn. — 3. G. J.. Vil, 1,1. — 4. Néh., II, 8; - III, 1 ; — XII, 38. — 5. G. J., V, iv, 2, 3
-6. Recov. of. Jer., 281-284. - 7. Arch, res., 1,5684. -8. Id.
94 S' Visite. JÉRUSALEM Via dolorosa.
Seigneur fut crucifié. » Lorsque le pèlerin rencontra le Golgotha à sa gauche, il avait à peu près dépassé l'enceinte du Temple à droite. D>i reste, il venait de visiter l'esplanade sacrée avant de monter à Sion, et au pied de l'enceinte il indique l'emplacement du palais du roi Ezéchias. Puis, dans les mêmes parages, à l'endroit où s'élève le tribunal civil ottoman, le Mehkémék, près duquel on a découvert les vestiges de la première enceinte, Josèphe place à 3 reprises le palais du ConseiP. Celui-ci, d'après l'opinion commune des savants modernes, est le nouveau palais où se réfugia le Sanhédrin, peu de temps après avoir abandonné le Gazith au hiéron. C'est de là que Jésus fut entraîné au Prétoire.
L'enceinte sacrée s'élève à 35 m. au-dessus du fond de la vallée. On n'a jamais signalé ni palais de gouverneur, ni château fort dans ce basfond. Ce lieu eût été mal choisi pour la cohorte chargée de surveiller le peuple assemblé sur la plate-forme et d'étouiïer les séditions. Ce rôle était exclusivement réservé à l'Antonia, d'après Josèphe. Ayant le Golgotha à g., le pèlerin bordelais ne pouvait avoir à dr. d'autre bâtiment historique en ruines que la forteresse Antonia, dont le majestueux portail et les murailles occidentales se remarquaient à 12 m. plus bas et s'avançaient jusqu'à une centaine de mètres de l'ancien lit, ou fond, de la vallée, sur le flanc oriental.
Le Breviarius de Jérusalem, antérieur à l'an 436, n'indique pas l'emplacement du Prétoire ; mais « on y voit, dit-il, une grande basilique appelée Sainte-Sophie, avec une chapelle, cubiculum, où le Sauveur a été dépouillé et Hageilé. » — Pierre l'Ibérien (454) « visita le Golgotha, dit son compagnon et biographe, puis il descendit à l'église dite de Pilate, et de là à celle du Paralytique et ensuite à Gethsémani. » « L'église de Pilate, en conclut M. Clermont-Ganneau, était donc nécessairement entre l'église du Saint-Sépulcre et celle de Sainte-Anne, ce qui concorde absolument avec la tradition '. » — Vers 614, Sophronius, plus tard patriarche de Jérusalem, écrit encore dans une de ses odes sur les Lieux saints : « Après avoir quitté les hauteurs de Sion... j'irai au somptueux édifice vénérer la pierre. C'est en gémissant que, prosterné à terre, je baiserai l'endroit où le Prince de toute sagesse {Sophie) a entendu sa sentence. Puis j'enlrerai dans la sainte Probatique, où la glorieuse Anne engendra Marie. » Nous aurons à citer d'autres témoignages en décrivant les sanctuaires du Prétoire.
La basilique de Sainte-Sophie fut détruite, avec toutes les autres, par les Perses en 614, et jusqu'au xii' s. elle ne se releva plus de ses ruines. Car l'an 637 les disciples du Coran firent de la plate-forme du Temple le lieu le plus sacré de l'Islam, après la Kaba de La Mecque, et ils ne toléraient pas l'érection d'une église chrétienne dont la croix aurait dominé le croissant et aurait paru le braver. Le rocher de Baris ou de l'Antonia reprit son ancienne destination, et jusqu'au xix' s., il servit de Sérail ou de prétoire musulman, abritant à la fois le gouverneur de la ville et une parlie de la garnison.
Opinion des Occidentaux sur remplacement du Prétoire. La version italique conservée à Verceil dès le iv s. porte : On conduit donc Jésus chez Caïphe dans le prétoire ; ad Caipham in praetorium, tandis que le texte original dit : de chez Caïphe dans le prétoire, a Caipha'^. Saint Augustin, qui obtint, paraît-il, une copie de l'Evangile de Verceil, fait toutes sortes d'hypothèses pour expliquer comment Pilate pouvait habiter dans 1© môme palais que le grand-prêtre. Le vénérable Bède et d'autres exégètes occidentaux firent de même. Devant la contradiction apparente entre le texte latin et la tradition locale, Arculfe, Willibald, le moine Bernard et même le vénérable Bède dans son traité des Lieux saints s'abstiennent de parler de l'emplacement du
1. G. J., II, XVII, 6; — V, IV, 2 ; — VI, vr, 3. — 2. Rec. d'arch. or., III, 229. — 3. Jean, XVIII, 18.
Fort. Antonia. Jérusalem S* Visite. 95
Prétoire. Après la conquête de Jérusalem par les Francs (1099), un des premiers historiens des Croisades (1108), ainsi que Daniel le Russe indiquent encore vaiçuement l'emplacement du Prétoire de Pilale à l'O. (le la piscine Probatique et de l'église Sainte-Anne. Mais ensuite, en vertu du texte ad Caipham in praetoriiim, les écrivains latins placent le palais du procurateur au mont Sion, où l'église Saint-Pierre avait consacré l'emplacement de la maison de Caîpbe.
Pendant ce temps, les chrétiens indigènes continuèrent à visiter les Lieux saints du Prétoire à l'emplacement de l'Atitonia et, qui plus est. Ils reconstruisirent l'église Sainte-Sophie, dont on voyait encore au xvi' et au xvii* s. certaines chapelles ornées de peintures représentant Jésus devant Pilatç. A cdlé d'elle, ils bâtirent la chapelle du Couronnement d'Epines qu'on voit encore aujourd'hui en bon état de conservation au milieu de la caserne turque. Ils relevèrent aussi le CubicuLum ou chapelle de la Flagellation du v* s. et, sur le lithostrotos, la chapelle qui marquait le lieu où Jésus a été condamné à mort.
Une tradition -si 'tenace et commune à tous les Orientaux embarrassait fort les Latins. Théodoric (1172) s'efforce de la concilier avec le texte de son Evangile. A deux reprises il indique le palais de Pilate à l'Antonia. Là, dit-il, Jésus fut présenté au procurateur ; mais celui-ci, après l'avoir interrogé, « le fit conduire au lieu judiciaire » et le condamna à mort au mont Sion. Cependant, la tradition locale se montra intransigeante, et finit par s'imposer aux Occidentaux. Une carte topographique de Jérusalem tracée, d'après R. Roehricht, l'an 1180, puis la Cite;: de Hiérusalem commencée avant l'an 1187, Ernoul (1228), Ricold (1294) et presque tous les traités des' Lieux saints qui sont originaux indiquent invariablement le Prétoire à l'antique forteresse Antonia.
Pour concilier le texte ad Caipham avec la tradition locale, ils se virent contraints d'indiquer, au moins d'une manière vague, la maison d'Anne, celle de Caïphe et « la Prison » où Jésus fut maltraité jusqu'à l'aube du jour, dans le voisinage de la forteresse Antonia. Enfin, saint Thomas d'Aquin (t 1274) dénonça l'erreur de copiste qui s'était glissée dans la version italique, et rétablit le texte d'après l'original grec, 1 Vaiphainpvaetorium. Avec Burchard (1283), les Latins, tout en continuant à visiter le Prétoire à l'Antonia, reconnurent que la maison d'Anne, celle de Caïphe et la « Prison du Christ m appartenaient au mont Sion.
L'opinion des Occidentaux basée sur un texte fautif, quelques expressions trouvées dans des relations manifestement estropiées par des copistes de 4* ou de 5* main, le rejet en bloc des témoignages de la tradition pour ne s'en tenir qu'aux renseignements insuflisants de l'historien juif, les théories hasardées sur le parcours de la 2« enceinte et d'autres prétextes ont fait naître au xix'^ s. une foule d'hypothèses autour du vrai site du Prétoire ; mais aucune d'elles n'a infirmé la véracité de l'antique tradition des chrétiens de Jérusalem. Les pèlerins d'aujourd'hui peuvent donc se rendre à l'emplacement de l'Antonia avec la même confiance que ceux des siècles passés, et prier avec les mômes consolations aux endroits où le divin Sauveur fut interrogé, flagellé, couronné d'épines et condamné au cruel supplice de la croix.
Description de la forteresse Antonia.
Voir les plans, p. 129 et p. 133.
A l'avènement d'Hérode, le massif rocheux qui portait la tour Birah ou Baris et sur lequel s'élève aujourd'hui la caserne turque, était isolé
96 ^' Visite. JÉRUSALEM Via dolorosa.
de l'enceinte du Temple par une profonde coupure, sur un espace de 130 m. du N. au S. Au pied du mur septentrional des parvis sacrés existe un fossé remblayé de 10 m. de largeur et d'au moins 4 m. de profondeur.
M. Warren constata en outre à l'O. de cette esplanade une dépression créée artificiellement ; elle est en grande partie remblayée et occupée par la prison des criminels ^ C'est là que devait se trouver la piscine du Strouthion. Au N., la tour Baris était séparée du mont Bézétha par une autre coupure sur une étendue de 65 m. Là, vers l'O, existe une piscine longue de 53 m. et large de 16 au fond de la cuvette. Un canal y amenait l'eau d'une source située au N. Le rocher de Baris était ainsi taillé à pic, au S. à une hauteur de 10 m., au N. à ime hai^iteur de 5 m.
Ce colossal travail n'est mentionné nulle part. Josèphe nous apprend seulement que Simon Machabée employa tout le peuple pendant trois ans, pour abaisser la colline qui avait porté la citadelle des Syriens. Celle-ci se trouvait dans la Ville basse, selon Josèphe, dans la Ville de David selon la Bible, c'est-à-dire qu'elle occupait la colline de l'angle N.-E. du mont Sion, où elle dominait le Temple et constituait un grand danger pour les Juifs. Salon toute vraisemblance, il faut faire remonter à la même époque la gigantesque entreprise autour de la forteresse Baris, à laquelle le l" livre des Machabées (XIII, 53) fait peut-être allusion en disant : « Simon fortifia la montagne du Temple près de la tour et y habita avec sa famille. »
Hérode doubla la superficie du hiéron. Entre son ancienne enceinte et le rocher de Baris, il établit deux vastes cours entourées de portiques, l'une au N., l'autre à l'O. La tour Baris fut remplacée par une splendide forteresse conçue d'après le plan des camps prétoriens rouiains. Pour flatter son protecteur Marc-Antoine, l'iduméen lui donna le nom (l'.lntonia. « L'Antonia, écrit Josèphe, était l'œuvre pour laquelle Hérode avait déployé toutes les ressources de son génie... A l'intérieur, elle avait le développement et la disposition d'un palais royal; on y voyait des constructions en tout genre et pour toute destination : des péristyles, des salles de bains et de vastes cours propres au mouvement d'une garnison. Par ses dispositions... elle avait l'air d'une ville ; mais par la splendeur de ses constructions elle ressembtait à un palais royal ^. » Le même historien nous apprend de plus que la forteresse avait des murs de 18 à 19 m. de hauteur et qu'elle était flanquée à chaque angle d'une tour carrée, dont celle de l'angle S.-E. avait une hauteur de 37 m.
Le roi dut nécessairement construire son propre palais sur le rocher de Baris, qui a en moyenne 110 m. de longueur de l'E. à l'O. et 40 m. de largeur. I^a piscine creusée dans l'esplanade au N. fut divisée en deux par un mur de refend et couverte d'une double voûte en tunnel. L'arc dit Eccc Homo est un reste de la porte monumentale à triple baie, qui donnait accès à la forteresse. La contrescarpe rocheuse qui dans l'église des Dames de Sion se reçlie vers le N. à 14 m. de distance de l'angle extérieur de la petite baie, formait avec les murailles une espèce de fossé. A l'E. de l'arc Ecce Homo, on rencontre une cour pavée avec de magnifiques blocs rectangulaires de0'°,45 d'épaisseur; elle mesure environ 40 m. de longueur sur 30 de largeur. C'est le llthostrotos, qui reçut le nom de Gabbalha, élevé, peut-être à cause de sa position au sommet de deux montées, l'une venant de l'E., l'autre de l'O. L'extrémité orientale de la cour était manifestement bordée de portiques et de bâtiments, sans doute à l'usage de la garnison.