‹ Nouveau guide de Terre SainteChapitre 76 sur 251 · MONT MORIAH · texte numérisé non relu

MONT MORIAH

Hôpital Sainte-Hélène. — Temple de Salomon, — Mosquée d'Omar. — Mosquée el Aksa. -~ Porte-Double. — Berceau du Christ. — Ecuries de Salomon. — Porte Dorée. — Autour de la mosquée d'Omar. — Arche de Wilson. — Mur des Pleurs. — Arche de Rotnnson.

Depuis la guerre de Crimée, la mosquée d'Omar, qui oecupe l'emplacement du Temple de Salomon, est devenue accessible aux chrétiens. Il suffit d'obtenir de l'administration locale un permis, soit par l'entremise de son consulat respectif, soit par une autre voie, et d'être accompagné par un kaouas ou janissaire.

La mosquée est ouverte aux étrangers toute l'année, excepté : 1* le vendredi ; 2° durant le mois de Ramadhân (carême musulman) ; 3* pendant les huit jours du pèlerinage de Nébi-Mousa et les trois jours qui le précèdent. (Ce pèlerinage s'organise généralement pendant la Semaine sainte des Latins ou des Grecs.)

Pour entrer dans la mosquée d'Omar et dans celle d'et Aksa, les babouches sont de rigueur. A la porte de la mosquée, les gardiens en offrent toujours ; on les chausse par-dessus ses souliers.

Le pourboire (bakchichs) dû au Scheikh qui accompagne les voyageurs dans la visite des monuments, n'est pas fixé. Il reçoit généralement 4 frs d'une personne seule et, par exemple, 10 frs pour un groupe de 4 personnes et 15 frs pour un groupe de 10 personnes.

Hôpital Sainte-Hélhne.

On pénètre généralement dans le Haram es Schérîf, l'Enceinte sacrée, par la porte Bâb el Kattanînqm s'ouvre presque en face du dôme. Pour cela on prend le plus souvent la rue qui descend vers TE., à partir de Tangle de l'élablissemept russe, près du Saint-Sépulcre. Dans cette rue, on aperçoit à dr. un rocher taillé à pic. Les explorateurs ont retrouvé la continuation de cette escarpe sur plusieurs autres points ; elle se rattache à celle qui existe au N.-O. de la VIP Station. {V. p. 107.) Plus loin on rencontre à g. le Sérail, palais du gouvernement local, un ancien établissement de bienfaisance- Hôpital Sainte-Hélène. C'est dans ce quartier, semble*t-il, qu'arriva le Pèlerin de Plaisance, vers 570, quand il dit : (( Nous vînmes aussi au lieu où l'on distribue du pain aux pauvres et aux pèlerins, comme Hélène l'avait établi. » Roxelane, la sultane favorite de Soliman IT, raviva, sans doute i son insu, le souvenir de la générosité de sainte Hélène dans la mémoire des pèlerins. Elle fit bâtir le vaste bâtiment qu'on ï devant soi et qui se distingue par ses trois portes en ogives

Hôpit. S'' 'Hélène, Jérusalem 4« Visite, \Tl

trifoliées, ornées de riches stalaclites. La sultane destina cet

établissement au soulagement des pauvres et des malades, et

a£fecta à son entretien les revenus de Bethléem, de Beit-Djâlâh

et de Siloé. Au commencement du xix' s., on en fit le Sérail.

Seuls les bâtiments au N.O., Tekket et Khasséki^ le couvent

de la Favorite, dont l'entrée se trouve dans la rue parallèle,

au N., ont conservé leur ancienne destination. On y voit deux

immenses chaudrons en cuivre du xvr s., qui servent encore

pour la distribution des vivres aux indigents en temps de

détresse. Les gros blocs des assises inférieures ont appartenu

à un édifice beaucoup plus ancien. Pour les pèlerins des siècles

passés, l'œuvre de Roxelane est restée VHôpital Sainte- Hélène.

On continue à descendre par la rue qui se replie une fois

à dr. et une autre fois à g., et Ton franchit la vallée qui

descend de la porte de Damas pour déboucher au torrent de

Gédron.

Celte vallée n'a jamais eu de nom propre. Josëphe l'appelle une fois la mllée large. Dans la Bible elle est désij^née par le mot nahal, vallée profonde ou torrent, et dans la bouche du peuple par celui d^el Wad, la vallée. Depuis le xvi* s., on l'a confondue, à notre avis bien à torl, avec le Tyropoeon, que Josèphe indique entre la 1" et la 2* colline (au mont Sion). Pour l'historien juif, la colline du Temple était la 3*.

On entre ensuite dans le Souk el Kattanîn^ le bazar du

Coton, dont les longues files de magasins sont depuis longtemps

complètement abandonnées. A l'extrémité du bazar, on monte

quelques marches et Ton entre par la porte Bâb el Kattanîn

dans l'enceinte sacrée, au mont Moriah. Du colossal mur

d'enceinte du Temple, on ne voit aucune trace en ce lieu ; car

la vallée est remblayée à une hauteur de 25 m. au moins.

Mont Moriah.

Le mont Moriah est un long contrefort ^uî se rattache au N. à la masse rocheuse du mont Bézétha, et qui est limité à l'E. par la profonde vallée da Cédron et à l'O. par celle qu'on vient de franchir ; l'une et l'autre se {^unissent à sa pointe méridionale. Au temps de David, cette colline était le domaine d'un Jébuséen, Oman ou Aravna, qui tenait son aire à battre le blé sur la cime rocheuse. Vers la fin de son règne, David avait ordonné le dénombrement de son peuple. Dieu punit sa vanité en décimant les Hébreux par la peste. Levant un jour les yeux vers la colline, le roi vit l'ange exterminateur planer entre le ciel et la terre au-dessus de l'aire d'Oman, son épée tournée contre la ville de Jérusalem. David, le cœar contrit et humilié, monta sur la colline, acheta le domaine du Jébuséen pour 600 sicles d'or et y dressa un autel, sur lequel il offrit des holocaustes. (Il R., XXIV.) Dès lors le mont Moriah fut destiné à porter le lemple de Jalivé, dont la construction était réservée à Salomon.

Les Hébreux n'ayant pas cultivé les arts, Salomon s'adressa à Hiram, roi de Tyr, pour avoir des architectes et des ouvriers habiles à travailler le bronze, la pierre et le bois de cèdre du Liban. Les travaux furent commencés l'an 966 av. J.-C. et 7 ans 1/2 plus tard, le roi fit la dédicace du Temple du vrai Dieu. Au S. de l'enceinte sacrée, Salomon fit construire de vastes palais pour sa nombreuse famille et des habitations pour le»

128 4^ Visite. JÉRUSALEM Mont Moriak.

prêtres et lefi lévites et poar sa garde. Le Temple et le nouveau gtiartier royal et sacerdotal furent réunis à fa Ville de David par des viaducs et un miir d'enceinte. Le supei*t>e monnment, tont resplendissant de richesse, eontinoa à s'ag;randir et à s'embelilr sous les «uceessears de 9alo<ltoin ; mais il fut livré aux flamme» par Nabuchodonoeor en 58^. Après l'exiK en 536, on le releva péniblement de ses ruines ; mais les vieillards, témoins des grandeurs de l'ancien Temple, ne pouvaient retenir leurs larmes à la vue du nouvel édifiée.

Hérode l'Iduittéen, voulant se faire pardonner son or%tne, et se retidre populaire panni les Juifs, conçut le projet de reconstruire le Temple dans loute sa splendeur primitive, fout en conservant ses dispositions traditionnelles. Ce fut l'an 18 av. J.C. ; 10.090 ou vrieifs fnrent eittployés à ce travail ; 18 mois sutYirent pour étevec l'édifice intérieur ; mais il fallut 8 ans pour rebâtir les portiques. Quant aux constructions accessoires, elles ne furent achevées que Pan 64 ap. J.-C, sous Hérode Agrfppa If. A cette époque, les travaux arvaient encore occuf^^ 18.000 ouvriers.

Dispasftion et souvenirs du Temple.

Le Temple de Salomon était la reproduction du Tabernacle qui eomprenait un parvis à ciel ouvert et une teste divisée es deux compartiiikents. Les Phésicien», qui le eoBstriil^freiit en premier lieu, n'^avaient pas d'archllectupô nationale. Leurs œnvrcs sont inspirées à la fois par l'art égyptien et l'art assyrien.

1° Au temps de Notre-Seigneur» A ravèn>emefft d'flérode, ta plateforme artificielle qui portait le Tomple et qni sur 3 côtés était soutenue par des muvs en blocs énormes, avait une forme à peu près carrée d'en-viron 180 m. de côlJé\ L'fdnméeti doubla cette surface, en étendant l'enceinte ver» le S. et stiiPto«it vers le N., où les pairvis et les portiques s'élargirent Jusqu'au rocher de Bâris ou là forteresse Antonï».

Le rocher abrité par la coupole de la> mosquée d'Omav, bous servira de point de repère pour représenter sur place la disposition du Temple au temps de Notre- Seigneur.

Parvis des prêtres. Sur cette roche s'élevait en plein air l'autel des holocaustes, tout revêtu d'épaisses plaques de bronze. On y brûlait les victimes, qui matin et soir étaient immolées an Seigneur. Il occupait lé centre du pai^vls^ des prêtres» cour intérieure et supérieure, dans laquelle' pénétraient avec les prêtres et lés revîtes, les Israélites qui venaient offrir des sacrifices. Dans ce même pavvis, se trouvait aussi la mer^ d^ai^ raîn, immense réservoii» en airain fondit porté par Ve groupe rfe 12 bœufs de même matière et plus grands que nature. Au S.» à l'E. et au N., trois, portes monumentales, qui rappeUént lès pylônes des temple» d'Eg^ypte, donnaient accès à liacoutrct étaient reliées entïe elles par une filé de galeries et de salles. A l/Oi. s'éle^^it le Sanctuaire proprement dit.

Saint et Saint d«s Saints* En montant du parvis des prêtres au Sanctuaire,, on rencontrait d'abord, sur un porvon^ deux énoDmes eolonnes de bnonse; de 13 m. de hauteur,, appelées

130 4* Visite. JÉRUSALEM Mont Moriah.

l'une Yakin, Dieu établit, et l'autre Boaz, en lui la force. Ces deux colonnes ne se dressaient là que comme un ornement analogue aux obélisques qui précèdent les temples égyptiens. Puis, sur le même perron s'élevait la porte ou pylône occidental, composé de deux tours carrées, hautes de 32 m. et reliées entre elles. Ces tours formaient à la fois la majestueuse façade du Sanctuaire et son vestibule fOulemJ. Du vestibule, large de iO m. et profond de 5, on entrait dans le Saint fQodesch ou Hékaljf salle de 10 m. de largeur, 20 de profondeur et 15 de hauteur. Elle renfermait l'autel des parfums qu'un prêtre encensait 2 fois par jour, 5 tables d'or pour les pains do proposition et iO candélabres à 7 branches. C'est là que le prêtre Zacharie eut la vision de l'ange Gabriel qui lui annonça la naissance du Précurseur. (V. Luc, I, 5-22, n" 81). Vient finalement le Saint des Saints (Qodesch haqqodaschim ou DébirJ, salle carrée de 10 m. de côté et complètement obscure. Elle ne renfermait qu'une table d'or sur laquelle était placée l'arche d'alliance ombragée de 2 chérubins et contenant les 2 tables de la Loi, la verge d'Aaron et une urne pleine de manne. L'arche d'alliance n'a plus été retrouvée après l'exil. Le grandprêtre seul pénétrait dans le Saint des Saints une fois par an ; car c'était là le séjour du Seigneur sur la terre. Le Saint des Saints n'était séparé de la salle précédente que par un voile en soie recouvert de riches broderies. C'est ce voile qui se déchira de haut en bas au moment où le Christ rendit le dernier soupir (Marc, XV, 3). Le Sanctuaire, précédé de deux tours, était entouré sur les 3 autres côtés par une construction divisée en 3 étages, mais moins haute que l'édifice central.

Parvis d'Israël. Autour du parvis des prêtres s'étendait celui d'Israël, où les Juifs seuls pouvaient entrer. Du côté de l'orient, une place spéciale était assignée aux femmes. C'est devant la porte orientale du parvis des prêtres, à laquelle on montait par 15 degrés (d'où les 15 psaumes graduels), que se présenta la sainte Vierge avec son offrande, le jour de sa purification, et que Siméon, tenant l'Enfant Jésus sur ses bras, chanta le Nunc dimittiSj en présence de la prophétesse Anne d'Aser. (F. Luc, II, 22-38, n» 88). L'entrée à laquelle montaient les 15 marches était la porte intérieure ou porte Nicanor, munie de battants en bronze que 20 hommes avaient do la peine à mouvoir. D'après Josèphe et les Talmudistes, elle s'ouvrit spontanément 40 ans avant la destruction du Temple, c'est-àdire, au commencement de la vie publique de Notre-Seigneur. ; Contre les murailles extérieures du portique qui entourait le parvis des prêtres étaient suspendus les troncs, gazophY' iaeia, destinés à recueillir les offrandes pour l'entretien du culte. C'est là que Jésus vit la pauvre veuve déposer ses deux

Temple, JÉRUSALEM 4* Visite. 131

oboles dans le trooc, et qu'il donna une si belle leçon aux riches. (Luc, XXI, 1-4.)

Au S. du parvis des prêtres s'élevait le Lisehkat ha Gazith, palais de Marbre, dans lequel siégea le Grand Sanhédrin jusqu'à la 40' année avant la destruction du Temple. Ce palais renfermait aussi une vaste salle, où les docteurs en Israël discutaient sur la Loi et instruisaient le peuple dans la religion. C'est là que Jésus âgé de douze ans étonna les docteurs de la Loi par sa sagesse. Là aussi il enseignait le peuple, lorsque les Pharisiens lui amenèrent la femme adultère, qui se retira pardonnée. {V. Jean, VIIÏ, 1-il, n» 6B).

Parvis des gentils. Autour du parvis d'Israèl s'étendait une 3' cour où les prosélytes et les païens avaient libre accès. C'était le parvis des gentils. Des inscriptions en grec et en latin ou en hébreu prévenaient les étrangers qu'il leur était défendu sous peine très grave de passer dans le parvis d'Israël. Une stèle avec une inscription grecque de ce genre fut retrouvée à Jérusalem et se conserve au musée du Louvre à Paris.

A TE. du parvis des gentils, existait un faubourg appelé Hanouyot, les Boutiques. M. Warren a retrouvé sur plusieurs points l'ancien rempart, à 15 ou 19 m. de l'enceinte actuelle du Haram esch Schérif, Dans ce faubourg se tenaient les marchands de pigeons, de brebis et de bœufs pour les sacrifices, les changeurs de monnaies, les vendeurs de denrées alimentaires et autres. Avec l'affluence des étrangers aux jours de fête, les trafiquants se multipliaient et envahissaient le parvis des gentifs et jusqu'à celui d'Israël. Jésus les chassa un jour à coups de corde et les fit redescendre dans le Eanouyôth. (Jean, II, 13-17.)

C'est à l'orient du parvis d Israél qu'il faut probablement placer la belle porte, porta Speeiosa, que le rabbin Jean Tobfa appelle porte Azaras, Là, saint Pierre guérit un jour miraculeusement, au nom de Jésus, l'impotent de naissance, et tint un admirable discours au peuple sur le divin Crucifié. [V, Act. lU, Ml, n« 89).

Le Sauveur vint souvent au Temple, soit pour prier, soit pour enseigner le peuple ou pour discuter avec les pharisiens. In leur il leur fit entendre ces paroles alors inintelligibles pour eux : « Détruisez ce Temple et je le rebâtirai en trois jours. » (Jean, II, 16). Quand une autre fois un de ses disciples lui vantait la merveilleuse beauté du monument, il lui répondit avec mélancolie : « De tout ce que vous voyez, il ne restera pas pierre sur pierre, m

^ Au temps d'Adrien et de Julien TApostat. Après la destruction du Temple par Titus, l'esplanade resta déserte pendant 65 ans. En 135, Adrien y fit construire un temj^c

132 i* Visite. JÉRUSALEM Mont Moriah,

télrastyle dédié à Jupiter Gapltolln. Le triomphe du christianisme dans l'empire romain amena la ruine du temple de Jupiter à Jérusalem. En 333, le Pèlerin de Bordeaux vit la statue équestre d'Adrien gisant dans la poussière, à c6té des ruines du monument païen.

L'an 363; Julien l'Apostat autorisa les Juifs à rebâtir le Temple de Salomon, pour donner un démenti à la prophélie du Christ. Une foule enthousiaste de Juifs se mirent à l'œuvre et arrachèrent les dernières pierres du Saint des Saints. Mais, d'après plusieurs historiens de l'époque, les tremblements de terre et les explosions accompagnées de flammes rendirent tout travail impossible. Cette tentative de reconstruction du Temple excita chez les chrétiens une antipathie de plus en plus grande contre le hiéron.

Mosquée d'Omar,

Histoire. En 635, le calife Omar visita l'esplanade du Temple, que la Soure XVIP du Coran appelle Mesdjîd et Aksa, le sanctuaire éloigné (de La Mecque). Il commença à déblayer de ses propres mains cette terrasse devenue un réceptacle des ordures de la ville, et en fit un lieu de prière.

X l'origine, les Arabes n'avaient pas d'architecture. Ils se plaisaient, d'un autre côté, à prier en plein air. coutume qu'ils n'ont pas encore perdue. A Jérusalem, comme au Vieux-Caire, ils ne songeaient qu'à s'abriter contre les ardeurs du soleil. En 670, Arculfe vit sur l'esplanade du Temple « un immense édifice carré, de construction vile, établi sur les ruines d'anciens bâtiments et formé de poutres et de planches appuyées sur d'anciennes colonnes. » Un ancien historien arabe en fait une description semblable.

Plus tard, lorsque par suite des rivalités de partis, le calife de La Mecque refusa l'accès de la Kaba aux pèlerins qui reconnaissaient l'auTorité des Ommiades, le calife du Nord. Abd ei Melek Ibn Mérouan, songea à construire un noble sanctuaire à Jérusalem, qui devint ainsi le Garizim de rislam. De l'an 688 à 692, il fit élever par des architectes byzantins le monument cennu par les Européens sous le nom de mosquée d'Omar, mais dont le vrai nom est Qoubbet es Sakhra, le dôme du Rocher. Le calife Abdallah el Imâm el Mamoûn (813-833) compléta son œuvre. Renversée par un tremblement de terre, la coupole fut reconstruite en 1022 par Ali Daher el Izaz, fils de Hakeni.

Au temps des Croisades. Les Croisés transformèrent la mosquée en église, sous le nom de Templum Domini, sans y introduire de roodifications notables. Le rocher central fut recouvert d'un beau revêtement de marbre sculpté et servit de piédestal au maitre-autel. Des chanoines réguliers, avec un abbé mitre en tête, desservirent le monument jusqu'en 1187. Saladin restaura la mosquie en 1194, Mohammed Ibn Qalaoftn en 1327 et Soliman II au xvi' s.

Extérieur de la mosquée d'Omar,

La mosquée s'élève sur une plateforme irrégulière d'environ 3 m. de hauteur. On y monte par huit escaliers distribués sur

134 4« Visite. JÉRUSALEM Mont Moriah.

les 4 côtés de l'esplanade. Ao sommet de chaque escalier se dresse un portique formé de 3 ou 4 grandes et élégantes arcades, appelées Maouzîn^ les Balances, parce que, d'après l'opinion des musulmans, au Jugement dernier on y suspendra les balances pour peser les âmes. Ces portes, qui donnent accès à la place sacrée, rappellent de loin les pylônes qui ouvraient sur les parvis du Temple des rois d'Israël.

La mosquée est un octogone régulier, Inscrit dans un cercle de 54 m. de diam. Au centre s'élève, sur un tambour cylindrique, une coupole de 22 m. 50 de diam. et de 34 m. de hauteur au-dessus du sol ; elle est en outre surmontée d'un croissant de 3 m. de hauteur.

Aux 4 points cardinaux s'ouvrent des porches soutenus par de belles colonnes. La base octogonale est revêtue de marbre jusqu'à une hauteur de 5 m. Il est très probable qu'à l'origine un portique, encore représenté par les porches, fai sait le tour du bâtiment. Dans sa partie supérieure, la muraille, percée d'une rangée de fenêtres ogivales, est recouverte de faïences. Autrefois les fenêtres étaient géminées ; les arcs en plein cintre s'appuyaient sur des colonnettes et les parois étaient ornées de mosaïques, dont on a découvert les traces sous les maioliques de Soliman II. Le tambour de la coupole est également percé d'une rangée de fenêtres en plein cintre, et revêtu de terres cuites émaillées, où des versets du Coran s'étalent en capricieuses arabesques. Les dessins blancs sur fond d'azur produisent un effet très harmonieux.

La coupole, légèrement étranglée à sa base, se termine en pointe peu accentuée. Elle est recouverte de plomb. Ce monument ne manque ni de grâce, ni de majesté ; mais le piédestal est trop bas pour s'harmoniser avec la coupole.

Chapelle baptismale des Croisés. Au N.O. de la mosquée, on remarque un charmant octogone surmonté d'une coupole. Les 8 baies étaient originairement à jour. Les archivoltes en retrait reposent sur 3 colonnettes engagées dans les angles. Cette disposition, ainsi que la forme des chapiteaux et le plan du socle, sont empruntés à la porte de la basilique du Saint-Sépulcre. Une longue inscription arabe, sculptée au-dessus de l'entrée, indique qu'en 120O cet édicule a été restauré et consacré au souvenir de l'ascension nocturne de Mahomet. A notre avis, c'est la chapelle baptismale du Templum Domini au temps des Croisés. La belle cuve baptismale, qui devait en avoir occupé le centre, se voit à quelques pas plus loin, vers le S.

Tribunal de David. En face de la porte orientale, par laquelle les étrangers entrent dans la mosquée, s'élève un petit dôme, vrai bijou d'architecture du vni*^ s. Il est appelé Metikéméh Daoùcl, Tribunal de David, et Qoubbet es Silsèlèh, le

Mosquée d'Omar. JÉRUSALEM A* Visite. 135

Dôme de la Ghatne. Le plan se compose de deux rangées concentriques de 6 et de 11 colonnes. L'hexagone inscrit dans nn polygone de 11 côtés permet d'apercevoir les 17 8upert>es colonnes de quelque côté qu'on les regarde. C>oionnes, bases et chapiteaux ont été empruntés à d'anciens édifices.

D'après les musulmans, une chaîne inTisible descend du ciel sur ce dôme et servira, à la fin du monde, à reconnaître les justes et les pécheurs ; de là son nom Qoubbet es Silsèlèh, Dôme de la Chaîne. C'est là aussi, disent-ils, que le roi-prophète rendit ses sentences, d'où le nom de Mehkémèh Daoûd, Tribunal de David. C'est peut-être, comme l'a remarqué M. Schick, une réminiscence du petit Sanhédrin composé de 23 membres, qui débattait les aflaires religieuses de moindre importance et qui, suivant les Talmudistes, siégeait près de la porte orientale du parvis d'Israël.

intérieur de la mosquée d'Omar.

Après s'être chaussé de babouches, on entre dans la mosquée. Tout visiteur reste émerveillé de l'effet mystérieux, féerique, produit par le jeu des lumières dans le vaste édifice, où le luxe des décorations est loin d'affaiblir l'harmonie des lignes.

L'espace que le monument recouvre entre ses huit pans de mur, est occupé par deux enceintes concentritiUimcMeTOAwo ques. L'extérieure est formée de 8 piliers correspondant aux 8 angles du bâtiment. D'un pilier à l'autre s'élèvent deux colonnes composées des plus beaux marbres, brèche, vert antique, granit, porphyre, etc. Toutes ces colonnes, de provenance Plan de la mosquée d'Omar. diverse, reposent sur des

bases inégales ; les chapiteaux sont la plupart d'origine byzantine et quelques-uns sont encore marqués de croix. Au-dessus des colonnes circule une architrave, qui elle-même supporte une série d'arcs en plein cintre, ajourés, et décorés de mosaïques.

La 2* enceinte décrit une circonférence. Elle est formée de 4 piliers massifs et de 3 colonnes entre un pilier et l'autre. La base des colonnes est attique ; les fûts, de module différent, sont en marbre précieux, et la plupart des chapiteaux rappellent le style ionique. Ils sont reliés entre eux par des arcades sans architrave. Les plafonds placés sur les deux bas côtés, sont en bois recouvert de stuc, richement décoré de peintures et de dorures.

136 4' Visite. JÉRUSALEM Mont Moriah.

Les arcades de la 2" rangée de colonnes supportent le tambour qu'une forte corniche divise en deux registres. L'inférieur répond à la toiture des bas côtés, et le supérieur est percé d'une rangée de fenêtres. Toute la décoration, où se font remarquer des versets du Coran en lettres d'or au milieu d'élégants dessins, est en mosaïques d'origine byzantine, mais remaniées à différentes époques, particulièrement sous Saladin. Les vitraux, ceux de la coupole comme ceux de l'enceinte extérieure, produisent un effet ravissant. Ils ne sont pas peints, ni montés sur plomb à la manière européenne. Ce sont de simples fragments découpés dans des vitres unicolores. Chaque morceau de verre est enchâssé au fond d'une espèce de cornet en plâtre, dont la tranche inclinée se colore du même ton que le verre lui-même. Ces verres sont juxtaposés avec art, et leurs tons déjà si variés et si harmonieux, sont encore adoucis par un grillage en faïence qui ferme extérieurement les fenêtres et qui, tout en les protégeant contre la pluie, tamise la lumière et ne laisse arriver dans l'intérieur qu'un jour mystérieux.

La coupole est en charpente. La calotte a 20 m. de diam. et s'élève à 29 m. au-dessus du sol. A la base règne une petite galerie à jour portée par des colonnettes en bois. La calotte est formée de bardeaux de bois cloués sur les fermes et recouverts d'une riche ornementation en stuc peint et doré.

Hpcher sacré >^.

Pour pénétrer sous le dôme, on passe par une belle grille en fer doré, qui est une œuvre des Francs. Elle fait le tour de l'enceinte, et est fixée sur un banc de marbre qu'il faut franchir avec précaution, parce qu'à l'intérieur il est un peu plus haut qu'à l'extérieur. Presque tout l'espace central est occupé par le vénérable rocher, es Sakhra^ qui dépasse de 2 m. le niveau du sol et qui, par sa surface nue, irrégulière et tourmentée, forme un singulier contraste avec la richesse des décors qui l'environnent, et de la coupole qui le recouvre comme un reliquaire.

Nous avons déjà dit que ce roclier est communément pris pour l'aire d'Oman. David y dressa un autel et olTrit des holocaustes qui furent consumés par le feu du ciel. Depuis Salomon jusqu'à la destruction du Temple par les Romains, il servit de piédestal à l'autel des holocaustes. Au IV* s., les Juifs se rassemblèrent autour du rocher sacré pour pleurer leur abandon et supplier Dieu de leur envoyer le Messie promis. Après que les musulmans l'eurent remis en vénération, les Croisés y élevèrent le maître-autel. Cette roche est l'unique relique du Temple de Salomon.

Le rocher sacré est entouré d'une forte balustrade en bois, qui ne permet pas de le toucher, ni même de le voir à son aise. 'Toutefois, en montant sur le banc de marbre à dr., on l'aperçoit dans toute sa longueur. A l'O., on rencontre dans la balus-

Rocher sacré. Jérusalem ^« Visite. 137

Irade une ouverture carrée (1), par laquelle rimâm, ou le Scheikb, montre une dépression, qui passe pour l'empreinte de la main de l'ange Gabriel.

Il faut éviter de faire des commentaires à haute voix, en n'importe quelle langue, pendant qu'on raconte ^es légendes arab3s, pour ne pas froisser les musulmans qui sont présents.

Un jour, dit la légende musulmane, Mahomet, monté sur el Botivdq, lugalfique jument dont lui avait fait présent l'ange Gabriel, fît de ce ro^ber son ascension au ciel. Le rocher se mit à trembler sur sa base et suivit le prophète. Dieu, cependant, ne voulant pis en priver le monde, envoya immédiatement l'ange Gabriel, quj de sa main puissante l'arrêta dans son ascension et y laissa l'empreinte de sa main. Depuis es tempslà, le rocher sacré est resté suspendu dans l'espace.

Au S.-0.,à dr. (2 , on voit quelques belles sculptures en marbre blanc ; les chapiteaux sont ornés de figures humaines, tètes d'ange. Ce sont les restes do la balustrade qui revêtait le rocher à l'époque des Croisés. Ailleurs on rencontrera d'autres morceaux de même travail et de même provenance.

Au-dessus du petit monument, on montre le bouclier de Hamzèh, l'oncle du prophète. C'est un bassin ou plat byzantin.

Au S -0. du rocher sacré, à g. (3), un grillage doré renferme dans sa partie inférieure une dalle portant une légère dépression, que les musulmans prennent pour l'empreinte d'un des pieds du prophète. A la partie supérieure, une grande urne d'argent renferme, dit-on, deux poils de la barbe de Mahomet.

On montre enfin Pétendard de Mahomet enroulé autour de sa lance, et la bannière d'Omar.

Grotte de la roche sacrée. A l'angle S.-E. (5). une belle porte ogivale s'ouvre sur un escalier de 15 marches, par lequel on descend sous le rocher sacré, dans une grotte qui mesure environ 10 m. de diamètre.

Eo descendant l'escalier, on voit au bord supérieur de la grotte, à dr., une pierre qui ressemble légèrement à une immense langue. Quand Omar, disent les musulmans, salua le rocher et lui dit : Essaiam aleik, salut à toi! celui-ci, usant de sa langue, lui répondit : Aleik essaiam a toi salut !

Au temps d'Oman, celte grotte devait servir plutôt de grenier <|ue de citerne. En levant les yeux au plafond, on aperçoit une ouverture arrondie qui perce toute la voûte rocheuse. Elle servait à l'écoulement du sang des victimes et à celui de la Rrande quantité d'eau employée pour le lavage de l'autel des bolocaustes. Le Pèlerin de Bordeaux parle de cette ouverture, disant que les Juifs venaient annuellement oindre « le rocher perforé, lapis perlusus, quand ils se livraient à leurs lamenta - ^ons. » De la grotte, un canal, que la tradition rabbinique men- Uonne sous le nom de Amah^ conduisait les eaux dans le tordent de Gédron. En frappant du pied le sol, au-dessous de •orifice de la voûte, la sonorité produite révèle l'existence û'une cavité sous le dallage.

138 4« Visite, JÉRUSALEM Mont Moriah.

Lèarendes arabes. Dans la cavité qui résonne sous le dallage, les musulmans placent le Puits des àjnes, Bir el Arouâh. C'est là, disent-ils, que les défunts se réunissent 2 fois par semaine pour adorer Allah.

A dr. en entrant, les gardiens indiquent la place où pria Salomon, à g., celle où pria David et dans une excavation de la paroi g., celle où Abraham adora le Seigneur. Le prophète Elie a la sienne dans l'angle N., et Mahomet marqua lui-même sa place tout auprès. Voici comment : Dans la ferveur de son oraison, il se leva brusquement et heurta la tête contre le rocher du plafond ; mais celui-ci se ramollit comme de la cire et reçut l'empreinte de son turban. — On voit dans ce souterrain de beaux restes d'une balustrade en marbre blanc, provenant d'un monument chrétien.

En face de la porte septentrionale, Bâb ed DJermèh, porte du Paradis, dans la 1" nef (6), se trouve une plaque de jaspe qui a aussi sa légende : Mahomet y fixa 19 clous en or. A la fin de chaque époque un de ces clous disparaît, et à la disparition du dernier, arrivera la fin du inonde. Un beau jour, le malin esprit, voulant accélérer la fin des temps, se mit à arracher les clous d'or ; mais avant qu'il n'eût terminé son travail, il fut chassé par l'ange Gabriel. On y voit encore 3 clous et la moitié d'un 4*.

En se dirigeant vers la porte du Midi, Bâb el Qiblèh (4), on rencontre une longue tribune soutenue par des colonnettes en marbre, où l'on conserve un vieux Coran, celui d'Omar, dit-on. Puis à dr. et à g. de l'intérieur de la porte (7), se trouve la bibliothèque pour l'étude du Coran. Sous cette porte, les docteurs de l'Islam tiennent leurs assemblées pour délibérer sur la loi. D'après les Talmudistes, le Gazitli, où siégeait le Grand Sanhédrin et où les prêtres et les anciens du peuple exposaient la loi et enseignaient le peuple, se trouvait au S. du parvis des prêtres, à peu près à celte même place.

Les deux pies. Hors de la porte d'el Qiblèh, on montre dans la muraille une plaque de marbre dont les veines figurent deux oiseaux. La légende musulmane veut que Salomon ait pétrifié deux pies qui lui avaient manqué de respect et méprisé son œuvre.

Arrivé à la quadruple arcade qui précède l'escalier du S., on aperçoit à dr. un joli menbar, ou chaire à prêcher, qui porte le nom de Borhan ed Dîn Qâdhi. On y prêche chaque vendredi du Ramadhân,

Par un escalier de 20 marches, on descend de la plateforme supérieure et Ton arrive sur un terrain planté d'oliviers et de cyprès. Sur son chemin, on rencontre à fleur de terre un grand bassin circulaire haut d'un m., dans lequel descendent quelques marches. Le centre est occupé par une vasque ronde, construite avec des dalles de marbre placées sur champ. Un vase circulaire reposant sur un piédestal laisse échapper par S ouvertures l'eau qui est amenée de Ras el Aiih la Fontaine Scellée, au S. de Bethléem. A TE., on voit les orifices d'un grand nombre de citernes creusées dans le roc et couvertes de voûtes, dont quelques-unes ont jusqu'à 13 m. de profondeur et plus de SO m. de circonférence.

A ro., apparaissent deux des portes du Haram, Bâb es Silsélèh dont nous parlerons plus loin, et Bâb el Moghâribéhy

Mosquée el A ksa. JÉRUSALEM 4' Visite, 139

puis le minaret el Qâdhi, la mosquée d*Abou Bekr et celle des Maugrébins, Mesdjîd el Moghâribéh, appelée aassi el Borâq, parce que là Mahomet avait attaché sa jument légendaire, qui, d'après le Coran, le transporta à travers les airs, en une nuit, depuis La Mecque jusqu'à Jérusalem. Le grand bâtiment qu'on aperçoit en face est la mosquée el A ksa.

Mosquée el Aksa.

Histoire. La partie méridionale de Tesplanade du Temple est l'œuvre d'Hérode le Grand, et occupe l'emplacement du palais de Salomon et de la Maison des cèdres du Liban. Hérode y éleva la 9toa basilica ou portique royal, un des plus beaux monuments qu'il ait créés.

Tout en appartenant à la nouvelle enceinte du Temple, ce lieu fréquenté par les Juifs et les païens, n'était cependant pas considéré comme une portion intégrale du hiéron, comme un terrain sacré proprement dit.

Au vi< s., Justinien construisit, à notre avis à l'angle S.-E. de la plateforme, une grande basilique à 3 nefs, dont les bascôtés étaient à double étage. Une coupole couronnait l'édifice dédié à Sainte -Marie -Mère -de -Dieu. L'année où les Arabes investirent Jérusalem, le patriarche Sophronius y tint le discours de Noël, resté célèbre. Vers l'an 808, l'auteur du ^ommemoratorium nous apprend que « Sainte-Marie-IaNouvelle, construite par l'empereur Justinien, était encore desservie par 12 prêtres et clercs. » Mais après la mort d'Haroûn er Raschld, les Arabes se servirent des matériaux de celte basilique, peut- ^Ire ruinée par un tremblement de terre ou par un incendie, et construisirent, à côté de son emplacement, à l'O., mais dans la direction de La Mecque, la mosquée qui existe encore. Après le Qoubbet es Sakhra^ c'est le monument le plus considérable du Haram esch Schérîf. Les Croisés en avaient fait une église sous le vocable de la Présentation de la Sainte-Vierge.

D'après le Coran, toute l'osplanads du Temple de Salomon était un lieu de prière désigné sous ie nom &el Aksa, rEioigné. Il est vraisemblable <^ue ce nom s'est attaché d'une manière spéciale à l'immense édilice construit par les Arabes avec des colonnes, des poutres et des planches pour abriter les croyants, et dont parle Arculfe en 670. Cela expliquerait pourquoi le splendide dôme construit à la fin du même siècle reçut le nom de Qoubbet es Sakhra et non celui d'e/ Aksa. Avec l'alandon de la 1" mosquée, le nom d'ei Aksa passi à celle qui la rempaco depuis le IX* ou X* s.

On prend généralement celte mosquéa pour la basilique justinienne, ce qui est inadmissible. L'église de Sainte-Marie était remarquable par sa coupole, au dire du Pèlerin de Plaisance. La mosquée dont parle Arculfe n'avait pas de coupole el n'était [as une ancienne église. D'après un des plus anciens écrivains arabes, Ibn Asakir, cité par Djélàl td Dîn, ta 1" mosquée était formée de 600 colonnes de marbres, reliées entre

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JERUSALEM

Mont Moriah.

elles par des balustrades en bois. Le toit était plat et Ton pénétrait dans l'édifice par 50 portes ^ Cela concorde fort bien avec le récit d'ArculIe. Vers l'an 808, le monument de Justinien était encore desservi par des clercs et des prêtres. Derrière la coupole, l'édifice chrétien du vi* s. était continué par un chœur et terminé par une abside nécessairement tournée vers l'orient. La mosquée el Àksa, au contraire, est tournée au midi, la coupole occup? la dernière travée, et le mur qui termine l'édifice repose sur celui de l'enceinte du Temple, dont les 1''** assises sont au moins hérodiennes. En dehors de cette enceinte, il n'y a pas de traces d'une substruction antérieure au vu* s., comme il n'y a pas d'indice que la grande nef d^el Aksa se soit jamais prolongée vers le S. A l'intérieur, les colonnes de la nef centrale sont trapues : les arcades qui soutiennent les 2 murs percés de fenêtres sont brisées et reposent sur des architraves; enfin les grands arcs qui portent la coupole sont en ogive. Elle accuse si bien les caractères d'une construction arabe, que les partisans de la basilique justimenne veulent qu'elle ait été reconstruite de toute pièce au XI* s. Dans ce cas, les Arabes auraient reproduit le style basilical à une époque assez reculée. Pourquoi n'auraient-ils pas pu en faire autant un ou deux siècles auparavant ?

Description. La mosquée el Aksa est précédée d'un porche de 7 arcatures répondant aux 7 nefs de l'église (I) ; l'arcade centrale est de beaucoup plus grande que les autres. C'est

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l'œuvre d'un architecte Indigène. On y voit, entre autres, le même système de support des chapiteaux engagés que dans le vestibule de l'église Saint-Jacques-le- Majeur et dans celle de Qiriet el Enâb ou Abougôche. D'après une inscription encastrée dans le mur, le porche a été bâli en 1236 par el Melek Mouadhcm Issa, neveu de Saladin. A l'intérieur, l'édifice présente la disposition de la basilique chrétienne, sauf qu'au lieu de former une croix grecque ou latine, elle représente la figure d'un Tau, dépourvue d'abside. La nef centrale est soutenue de chaque cété par six grandes colonnes massives, écourtées qui, comme les chapiteaux, proviennent d'un édifice byzantin. Des tirants de bois, sous forme d'architraves, en maintiennent "écartement ; puis, au-dessus d'une rangée d'arcades en ogive

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