M. de Vogùé, Le Temple
Mosquée el Aksa. JÉRUSALEM
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surbaissée viennent 2 rangées de fenêtres. Le transept, nécessité par la construction de la coupole, renferme des colonnes superbes ; mais elles sont d'emprunt, comme tous les autres matériaux ; les piédestaux sont de forme et de hauteur différentes ; la même bigarrure règne dans les chapiteaux. Les 3 nefs du milieu et le transept sont abrités par un toit en charpente ; les 4 nefs extrêmes sont couvertes par une série de voûtes d'arêtes, portées sur des piliers carrés et massifs.
La coupole en charpente (5) repose sur des arceaux d'ogive surbaissée. Dans toute la construction on ne trouve rien de l'élégance et du goût artistique qui distingue l'oeuvre byzantine du Qoubbet es Sakhra^ rien non plus qui dénote un travail antérieur au ix*' ou x<^ s.
Au fond, contre la muraille méridionale (2), est adossé le mthrâb flanqué d'élégantes colonnettes de marbre et tapissé de mosaïques. C'est l'œuvre de Saladin. A dr. se dresse le menhar{3). C'est une chaire en bois, remarquable morceau d'ébénisterie, relevée d'incrustations d'ivoire et de nacre. Elle fut exécutée en 1168 par un artiste alépin, Hamid Ben Thafir el Halebi, sur i'ordre de Nour ed Dtn et de son fils Mélek es Salèh, comme le dit une inscription. Cette chaire, probablement destinée pour une mosquée de Damas, fut transportée à Jérusalem sur l'ordre de Saladin.
A ro. du menbar, un grillage en fer doré, exécuté par les Francs, renferme deux lieux de prière, dont chacun a son mihrâb (4). L'un est dédié a Moïse, l'autre à Issa, Jésus. Dans ce dernier, on montre l'empreinte d'un des pieds du Christ.
Les mosaïques à fond d'or du tambour et des arcs qui le supportent, ainsi que les décorations de la calotte remontent à Saladin et furent restaurées en 13^7 par le sultan Mohammed Ibn Qalaoûn. Les vitraux sont du xvi<^ s.
Colonnes de rèpreuve. Dans les deux bras du transept, se trouvent deux belles colonnes tellement rapprochées l'une de l'autre, qu'un homme (i'ane grosseur ordinaire a de la peine à passer entre elles. On les appelle coloTtnes de ^'êpTeuve, parce que, disent les musulmans, ceux-là seuls <\m réussissent. à se glisser entre les deux colonnes, peuvent entrer au Paradis. En 1881, un croyant, un peu trop obèse, tenta l'épreuve et mourut sur place. Depuis, on fixa des montants en fer entre les colonnes, pour empêcher ce jeu périlleux.
Oratoire des Templiers. L'an 1118, le roi Baudouin i" concéda a Hugues de Payens et à ses 8 compagnons d'armes les dépendances occidentales de l'église de la Présentation. C'est là que fut fondé l'ordre des Templiers. Le transept s'ouvre sur une grande salle divisée en deux par une rangée de piliers, qui supportent les voûles d'arêtes ogivales sans nervure (6). La construction est l'œuvre de ces chevaliers. 0.i l'appelle généralement la Salle d'armes des Templiers. C'était plutôt leur oratoire.
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Aujourd'hui les femmes musulmanes s'y rendent, lorsqu'elles vont faire leur prière.
Le transept oriental s'ouvre aussi sur un couloir voûté, où l'on voit un mihrâb soutenu par des colonnes torses de l'époque des Croisés (7). Là, dit-on, Omar fit sa prière. Pourtant, le mifirâb d'Omar dans la mosquée el Moghâribèh jouit d'une tradition plus ancienne. En retournant dans la mosquée, vers la porte orientale, on montre le mihrâb où pria le prophète Zacharle (8), et celui où s'était prosterné le prophète Jean, le Précurseur (9). Ils remplacent les deux autels que les Croisés avaient érigés dans ces chapelles en l'honneur de saint Zacharie et de saint Jean* Baptiste son fils. L'une, la plus grande, a conservé une partie de son abside, à l'orient, comme on peut s'en rendre compte à l'extérieur de l'édifice ; elle servait probablement de choeur ; l'autre, la petite, est ornée d'une belle rosace à 6 rayons, au> dessus de la porte qui s'ouvre à l'E. Elle est du xii' s. - A la sortie de la mosquée el Aksa, soit par la porte orientale, soit par la porte septentrionale, on se débarrasse des babouches pour visiter la Porte-Double, dont l'entrée se trouve devant la façade de la mosquée (10).
Porte-Double.
Par un escalier de 16 marches, on descend dans une double galerie souterraine qui s'étend en pente douce vers le S. Sur une longueur de 23 m., les galeries sont divisées l'une de l'autre par une muraille, puis, sur une distance de 32 m., par une série d'arcatures supportées par des piliers carrés. La construction des voûtes en plein cintre un peu surbaissé est digne d'attention, et vers l'extrémité de la galerie occidentale, les premières assises du mur sont formées de blocs énormes.
On descend par un nouvel escalier de 8 marches dans ub^ vestibule qui a la largeur des 2 galeries, (13 m.) (2). Au milieu se dresse une colonne monolithe que 3 personnes peuvent à peine embrasser. Le chapiteau, qui ne forme qu'une pièct avec le fût, est orné d'une série de feuilles d'acanthe en faible relief, qui imitent les palmes. Au N., on voit un immense pilier monolithe flanqué de deux demi-colonnes. Il repose sur un massif de l'°,20 plus haut que la colonne centrale, sans doute sur un des paliers de l'escalier primitif. Au S., une demi-colonne est engagée dans un gros pilier de 2<",40 de large sur 4'",20de long, construit avec d'immenses blocs en bossage de type ancien. Les parois du vestibule sont formées avec des blocs du même genre. C'est tout ce que l'on peut voir, à l'Intérieur, de la bâtisse primitive de la Porte-Double. Le caractère archaïque de la construction, les grandes dimensions des blocs, le style même
Ecur. de Salomon. JERUSALEM
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des chapiteaux et des jambages des portes à l'extérieur {Y. M. de Vogué, Le Temple), tout accuse une origine antérieure à Justinien, et remonte au moins à Hérode, si ce n'est aux rois de Juda. Justinien restaura cette entrée avec un système de colonnes dont on en voit encore deux au S.-O., et par
1. Porte-Simple et EcuHes de Salomon. — 2. Porte-Double. 3. Porte-Triple, — 4. Berceau du ChyHst.
de nouveaux tympans richement décorés, mais difïicilemcnt
accessibles aujourd'hui. A lui remonte aussi la construction des
4 magnifiques voûtes qui forment le plafond du vestibule, et
des deux galeries dans leur état actuel. La Porte-Double est
Doedes 3 entrées qui conduisaient au Temple et à la basilique
royale. La plus orientale des deux entrées de la Porte-Double
semble répondre à celle que les Juifs appellent la porte de la
prophétesse Huldàh.
Porte-Triple. A 60 m. à l'orient de ces galeries, il en existe une autre qui est triple et plus grandiose encore que la précédente (3). Le souterrain est inaccessible ; mais en contournant les remparts au midi, on l'aperçoit tort bien, faisant corps avec un mur qui est le type le plus pur de l'architeclure juive. A 50 pas plus loin, vers l'E., on rencontre la Porte- Simple (1) que nous retrouverons dans les Ecuries de Salomon.
Ecuries de Salomon*
Sous la plate-forme de l'angle S.-E. du Haram esch Scherîf, il existe un vaste souterrain qui atteint une profondeur de 30 m. jusqu'au rocher ; il est en grande partie rempli de décombres, le mur de i'encehite, à l'E. et au S., remonte pour le moins à l'époque hérodienne. A l'intérieur, le souterrain n'a conservé que peu de vestiges d'un travail juif. L'ensemble est une œuvre byzantine d'après l'opinion commune, (F. S. W. P. Jérusalem, ^), ou plus exactement un travail de Justinien restauré par ies Arabes, avant l'arrivée des Croisés.
C'est là le grandiose travail de substruction exécuté au VI* 8. par l'empereur, pour y asseoir la basilique do Sainte- Marie. L'historien Procope en parle avec emphase, mais aussi
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avec confusion. Toutefois, il dit en termes formels que la basilique était entourée de portiques de tous côtés a excepté du iîôté de l'Orient », c'est-à-dire, derrière le chœur qui, à cette époque, était nécessairement tourné vers l'E. et qui s'appuyait sur le mur d'enceinte.
Berceau du Christ ou crYpte de la basilique de Sainte- Marie. A l'extrémité orientale de l'esplanade, on descend par un escalier de 32 marches dans une chambre souterraine (4) qui portait le nom de Berceau du Christ, avant l'arrivée des Croisés, comme nous l'apprennent les chroniqueurs du xii' s. Cette salle repose sur une terrasse longue de 27 m. et large de 9 à 11 m. ; elle a été obtenue en accumulant des blocs de l'ancienne enceinte à une hauteur de 25 m. au-dessus du rocher. Ce colossal travail ne peut être attribué qu'aux architectes de Justinien,et ne pouvait avoir pour but que la formation de la crypte de la basilique de Sainte-Marie.
La petite mosquée du Berceau du Christ, qui est à peu près carrée, occupe la partie orientale de la terrasse. Un groupe de fenêtres, en forme de baies rectangulaires, percent le mur oriental et éclairent celte salle. Les arasements d'une fenêtre semblable se distinguent encore sur la face méridionale. La basilique ayant été dédiée à la Mère de Dieu, l'oratoire souterrain fut probablement consacré à la mémoire de l'Enfance de Jésus. De là les musulmans, puis les Croisés, en firent le Berceau de Jésus. Le berceau y est représenté par une niche byzantine destinée à un buste, couchée horizontalement et recouverte d'un dais porté par 4 colonnettes en marbre.
Ecuries de Salomon. De la mosquée du Berceau du Christ on descend, par un large escalier, dans le vaste souterrain qu'on appelle les Ecuries de Salomon. Cette dénomination est ancienne et jusqu'à un certain point assez justifiée.
Salomon construisit ses palais au S. du Temple. Pour cela, il dut racheter la déclivité du mont Moriah par des substructions, bien propres à loger les nomhreux chevaux qu'il possédait. Les écuries royales étaient situées sur le flanc oriental de la colline ; car, lorsque 880 ans av. J.-C. on eut arraché la reine Athalie au Temple, « on l'entratna dans le chemin par où entraient les chevaux, près du palais royal, et c'est là qu'elle fut InéoJ. » Josèphe ajoute, pour plus de clarté, que le chemin des chevaux descendait dans la vallée de Cédron*. Néhéraie indique «la porte des Chevaux » dans le mur extérieur de la ville près de l'angle S.-E. de l'enceinte sacrée 3. C'est là, en eflet, que les ingénieurs anglais découvrirent sous le sol une ancienne porte de ville, en 1902.
Après la prise de Jérusalem par Titus, les Juifs se réfugièrent en grand nombre dans ces substructions *.
Dans la partie du souterrain qui est accessible aujourd'hui,
on compte 88 piliers carrés, placés sur 15 rangées et supportant
des voûtes en plein cintre. La partie inférieure des piliers est
1. IV R., XI, 16. - 2. A. J., IX, VII, 3. - 3. Néh., III, 23. - 4. G. J., VIII, 1.
Porte-Dorée. Jérusalem 4« Visite, 145
coDstrQJte à l'aide de pierres de grand appareil en bossage provenant de mnrailies judaïques. Les blocs ont été placés debout, dans le sens de leur longueur, après que 2 ou 3 de leurs côtés eurent été également taillés grossièrement en bossage. Ce travail, qui ne saurait être attribué aux Arabes, doit remonter k Justinien. Le caractère architectural des arceaux et des voûtes rappelle aussi la construction des galeries de la Porte-Double, abstraction faite de quelques restauration?. 11 est cependant possible que les voûtes aient été refaites par les Arabes, du x' au XI' s.
Au XII' s.^ ces souterrains servirent d'écuries aux rois de Jérusalem et aux Templiers. L'on voit encore les trous creusés aux angles des piliers, auxquels on attacha les chevaux. Ceuxci furent introduits par la Porte^Simple (1), dont l'arceau en plein-cintre a été remplacé par un arc ogival plus élevé. On l'aperçoit à fleur de terre à l'extrémité méridionale de la 6^ galerie, en partant de TE.
Plus loin, vers le N.-O., on rencontre des mangeoires taillées dans le roc, puis quelques voussoirs d'uno forte voûte judaïque. L'extrémité occidentale du souterrain toucbe à la Porte-Triple.
On remonte par le même chemin sur l'esplanade du Temple, et on longe, dans la direction du N., la muraille qui forme terrasse au-dessus de la vallée de Cédron ; les meurtrières permettent d'y plonger le regard. C'est le long de cette vallée que s'élevait le célèbre portique de Salomon, qui, selon Josèphe, a été épargné par Hérode et ses successeurs. C'est également de ce côté que l'apôtre saint Jacques le Mineur a été précipité du haut du Temple dans la vallée de Josaphat, où II fut mis à mort.
Porte-Dorée ^. Après s'être avancé de 200 pas, on rencontre la Porte-Dorée, à laquelle on descend par un escalier de 22 marches. C'est par celle porte que l'an 6^9, Tejnpereur Héraclius pénétra dans la ville, chargé de la vraie Croix qu'il venait de reconquérir sur les Perses. C'est par celle même porte que, selon la tradilion, Jésus fit son entrée triomphale dans Jérusalem. A l'époque des Croisés, elle ne s'ouvrait que deux fois par an, le dimanche des Rameaux et à la fêle de l'Exaltation de la sainte Croix. Les musulmans en ont muré la double baie depuis longtemps, par crainte superstilicusc.
La Porte-Dorée présente une grande analogie avec la Porle- Double. La double galerie ascendante, dont on a retrouvé les arasements, a été détruite, et il ne reste plus que le vestibule. Celui-ci fut complètement reconstruit au temps de Justinien sauf les bases des murs latéraux et les chambranles extérieurs dont l'un mesure 3", 40 de longueur, l'autre 4^,50, et l'un cl l'autre 2", 10 de largeur.
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Dans rartciêntte eïnîelûte extérieure de lu ville, que M. Warren » rêlfôuvée à 15 Jtt. à 1*E. de la Porle Dorée, s'ouvrait la porte des Cheranx vers le S. et la porte Orientale ua peu plus au N. Néhémie, a{)rës avoir mentionné la 1 , puis la 2*, ajoute que de là, Melchias constfttislt le mur « jusqu'en face de la porte Juditîîaire et jusqu'au eénacle de PAn^^le. » (III, 30-31.) La Porte Dorée senibie répontlre à l'a Aeienne porte Jodiciaîpe.
De bonne heure, les chrétiens fixèrent aux ruines de cette porte le souvenir de la porta Speolosa, la Belle-Porte, où saint Pierre et saînl Jean guérirent lelwileux de naissance, et qu'il faut chercher à ITE. du parvii d'Israël. Le Pèlerin de Plaisance VipptMii déjà porta Speciùsa, et les Grées Bupa a>pau ; plus tard, l'expression grecque fut rentiue eu latin par porta aurea, porte Dorée. Les Arabes la nomment Bdb ed Dâhirixjèh.
Ud peu plus loin, on laisse à dr. le Koursi Soleiman, trône de Salomon, petite construction rectangulaire adossée contre le mur d'enceinte et surmontée de deux petites coupoles.
Dans cette région s'élevait le tribunal d'un petit Sanhédrin composé de 23 rfiembres, probablement pour les Jugements de police. Il s'appelait llanôt. Boutiques, à cause de la rue de ce nom, Hànouyôt, qui passait là. Les Talmudistes racontent que le Grand Sanhédrin, api'ès avoir quitté précipitamment le Gazith, 40 ans avant la destruction du Temple, se réfugia provisoirement dans le' tribunal du Hanôt. Au temps des rois de •luda, peut-être même au temps de Salomon, Il devait déjà y avoir en ce lieu un tribunal, puisqu'avant l'exil, la porte voisine s'appelait Jiidicm«re. Cette même porte semble aussi s'être appelée porte de ta Garde, et dans le voisinage il est question de la porte Mikphad, de la Prison, et de la porte de Benjamin, qui est peut-être la porte Orientale de Néhémie. Eu tout cas, c'est là que Jérémie, voulant s'enfuir de la ville, fut arrêté et jeté en prison, puis dans une citerne boueuse \ « Ce n'est donc pas par caprice, dit M. C. Schick, que les musulmans ont mis ce tribunal en relation avec celui de Salomon, mais bien par la force des traditions en Orient ^. »
Pour expliquer pourquoi ce Oiieli est dédié à Salomon, les nnisulmans ont imaginé une Singulière légende.
De là on atteint, dans Tangle N.-E. de l'esplanade, Bâb et Asbâl, porte des Tribus, par laquelle on arrive au Birket Israël (V. p. 150). En se dirigeant vers l'O., toujours dans l'intérieur de l'enceinte, on passe devant les portes Bâb el Botla, puis Bâb el Atem, la Porte Sombre; les deux débouchent dans la rue qui, de l'arc Ecce Homo^ descend dans la vallée de Josaphat. Les belles maisons de cette place étaient destinées du xiii" au xv* s. à des écoles de hautes études.
Après avoir dépassé un petit édifice octogonal surmonté d'une coupole, Qoubbet Souleiman, on voit le rocher taillé à pic qui portait autrefois la tour Bâris, le palais de la forteresse Antonia, le Prétoire de Pilate, et aujourd'hui une caserne turque. Entre le rocher de Bàris et le Temple, courut Jadis une rue habitée par des prêtres et des orfèvres. Hérode le Grand la remplaça par deux vastes cours entourées de portiques, pour étendre l'esplanade du Temple jusqu'à la forteresse Antonia.
La porte Bâb el Ghaouaniméli, à l'angle N.-O., conduit à la