A. J,, XI
186 6'« Visite, JÉRUSALEM Moîit des Oliviers,
depuis le xiii« s., et Viri Galilœi depuis le xiv*. Les Arabes la nomment Karm es Sayâd, Vigne du Chasseur. On la laisse à dr., pour arrivera celle du centre (808 m.)i qui est le lieu traditionnel de l'ascension de Notre-Seigneur. Elle domine de 60 m. l'esplanade du Temple, dont elle n est séparée que par une distance de 700 m. en ligne droite. Au S., un autre mamelon, qui ne porte pas de nom spécial, renferme le Tombeau des Prophètes. Il se prolonge par le mont du Scandale, Djebel Batn el Haoua, l'outre des Vents, qui est au niveau du Haram esch Schérîf.
Pendant la révolte d'Absalon, David « passa le torrent de Cédron » et traversa « la montée des Oliviers », d'où il se rendit à Bahurim {près d'Anatoth \V. p. 264 et 313), et de là à Jéricho ^ Le culte idolàtriqueprati que plus tard sur cette montagne, lui valut le nom de mont de Corruption on de Perdition. « Joas (880-8i4), est il dit, abolit les hauts lieux de Chemosch et de Moloch que Salomon avait établis sur le mont du Scandale ', à l'E. de Jérusalem et à droite (c'esl-à dire au S.) du mont de Perdition * », « au midi du mont des Oliviers », dit le Targum de Jonathan. Dans les prophéties de Zacharie *, elle est appelée « mont des Oliviers », comme dans plusieurs exemplaires du U* livre des Rois, et surtout dans le Nouveau Testament. Néhémie ^ nous apprend que ses flancs n'étaient pas seulement ombragés d'oliviers, mais aussi de pins, de myrthes et de palmiers.
Chaque année, avant Pàque, on y immolait la vache rousse, pour préparer avec ses cendres l'eau lustrale. Cette cérémonie avait lieu, d'après les rabbins, sur le mamelon méridional. On y allumait aussi les signaux, pour transmettre aux Juifs de la Babylonie l'apparition de la nouvelle lune de Pàque.
Pendant le siège de Jérusalem, Titus y lit camper deux légions, et établit sur sa crête le célèbre mur de circonvallation.
Dans l'Ancien Testament, cette montagne ne joua, en somme, qu'un rôle très etlacé. Le mont des Oliviers des Juifs est totalement éclipsé par le mont des Oliviers des chrétiens. Les souvenirs qui se sont attachés à son sommet ne sont pas moins glorieux que ceux qui illustrent sa base, le Gethsémani.
Colline du Viri Qalilaei.
Cette colline n'a pas d'histoire spéciale.
Au xiii' s. elle apparaît dans les récits des pèlerins sous le nom de Montagne de la Galilée, passant pour celle dont parle saint Matthieu fXXViil, 6) quand il dit : « Or les onze disciples s'en allèrent en Galilée, sur la montagne où Jésus leur avait dit de se rendre. » D'après le contexte et l'interprétation des Pères de l'Eglise, le Seigneur leur est apparu dans la province de Galilée el non au mont des Oliviers '». Au xiv* s. on l'appelle Viri Galilœi. nom qu'elle a conservé jusqu'aujourd'hui. En voici la raison, à notre avis : Saint Willibald, parlant du sanciuairc de l'Ascension, dit : « A l'intérieur de l'église se trouvent deux colonnes placées l'une contre le mur septentrional, l'autre contre le mur méridional. Elles sont là en mémoire et comme symbole des deux hommes qui dirent : Hommes de Galilée, pourquoi vous arrélez-vous à rej^arder au ciel ? m Jean de Wurzbourg (H65) parle du même souvenir. Mais lorsqu'il ne fut plus perms aux ctiréliens de s'approcher du sanctuaire transformé en mosquée,
1. II R., XV, 14. — 2. III R., XI, 7. — 3. IV R., XXIII, 13. — 4. Zach., XIV, 4. — 5. Néh., VIII, 5. — 6. V. La montagne de la Galilée.
Ascension, Jérusalem C' Visite. 187
on vénéra rapparition des deux anjçes sur la coliine voisine, et on y lilanla les deux tronçons de colonnes qu'on y voit encore. Quaresmius (1626) combattit déjà cette erreur. Il admet seulement que le Karin es Sayâd ail pu recevoir le nom de Galilée, parce que les Gaiiléens y trouvaient leur gîte, quand ils venaient à Jérusalem pour les grandes solennités
Depuis 1881, le plateau du Karm es Sayâd est entouré d'un mur de clôture qui renferme une église et le palais de l'évèque grec de Jéricho, construits récemment. On y a trouvé beaucoup de débris de colonnes, de pavés en mosaïques et plusieurs sépulcres juifs et chrétiens taillés dans le roc.
La route carrossable se termine sur la colline de l'Ascension, au milieu du petit village arabe Kefr et Tour, ou Kefr Zeiioûn.
Colline de VAscension.
Dans son évangile (XXIV, 50), saint Luc dit que Jésus mena ses disciples hors de la ville « vers Béthanie » et qu'en les bénissant il fut enlevé au ciel. Dans les Actes des Apôlres (I, 12), il raconte a qu'après cet événement, les apôtres partirent de la montagne des Oliviers, qui est éloignée de Jérusalem de l'espace du chemin qu'on peut faire le jour du sabbat, et s'en retournèrent à Jérusalem. » Eusèbe de Gésarée et les chrétiens de Jérusalem montraient le théâtre de cet événement sur le monticule central du mont des Oliviers.
Plusieurs versions de l'évangile de saint Luc portent : « Il les conduisit hors de la ville, jusqu'à Béthanie. » La leçon des 4 anciens manuscrits B, C, D, L, et celle du SinaïHcus disent itpoç BT,6av(av, vers Béthanie. On aurait ensuite tort de confondre le bouyg de Béthanie avec le village d Azariéh qui renferme le tombeau de saint Lazare. Le disciple fut nécessairement enseveli hors du bour?, qui semble avoir disparu pendant les guerres livrées sous les murs de Jérusalem au temps de Vespasien et d'Adrien, tandis que, au iv* siècle, un nouveau centre d'habitations, appelé Lazarium (el Azarî(^h), se forma autour du sépulcre de saint Lazare, comme nous l'apprend sainte Sylvie d'Aquitaine. D'aprts saint Jean (XI, 18), Béthanie se trouvait à environ 15 stades, 2.8G0 m., de Jérusalem. Or la distance qu'un Juif pouvait franchir sans violer le repos sabbatique est évaluée par les Talmudistes à environ 1.400 m. Ce n'est donc pas du bourg de Béthanie, mais bien du mont des Oliviers que partirent les apôtres, après avoir vu leur Maître monter au ciel. Chose curieuse! Les indigènes donnent le nom de H atthaniyé II kXdi \\m\le\ir îiui porte l'église du Pater ^ Le territoire de Béthanie se serait-il étendu jusque-là? — L'Evangile * et les Talmudistes prennent parfois Bethphagé, Bélhaaie et le mont des Oliviers indistinctement l'un pour l'autre.
Sanctuaire de l'Ascension ►î^.
Sainte Hélène ordonna la construction do deu.x grands édifices sur la colline de l'Ascension: l'un, une rotonde appelée
i. Clermont-Ganneau, Arch. res., I, 342. — 2. Cf. Marc, XI, 1. — Luc, XIX, 20.
188 «• Visite. JÉRUSALEM Mont des Oliviers.
Imbomon, E{jL^<iS{xiov, autel, s'éleva à l'endroit même d'où Jësas monta au ciel ; l'autre, Eléona, Oliviers, était une vaste basilique qui recouvrait la grotte où le Seigneur avait prophétisé la ruine de Jérusalem et son dernier avènement ^.
VImbomon était à VEléona ce que VAnastasis était au Martyrium près du GolROtha. Le premier était moins une église qu'an monument commémoratif, tandis que le second était la basilique proprement dite, où se rassemblaient les fidèles pour assister aux offices divins. C'est pourquoi, si Eus&be, sainte Sylvie et d'autres parlent des deux édifices, le Pèlerin de Bordeaux, oximme d'autres encore, ne m3ntionne au mont des Oliviers, ainsi que près du Golgotha, que la Insilique. La rotonde n'était que le complément de celle-ci, comme certains baptistères en Italie.
La basilique de TEléona, qui vers l'époque des Croisés porte aussi le nom d'église du Pat^r ou est confondue avec celle-ci, a complètement disparu ; on n'en a même pas encore retrouvé l'emplacement. La célèbre, grotte, où Jésus prédit la ruine de Jérusalem et initia ses disciples aux mystères de la foi, a également échappé jusqu'ici à toute recherche.
Monument de l'Ascension. Il était unique en son gen re. Saint Jérôme nous apprend qu'il était de forme ronde et à ciel
ouvert. Arculfe, Willitiald, Ber- ^iV'VV^^^^ ^^^^ ^^ Daniel nous fournissent
^■^. A^^^^ ^^^ renseignements plus précis,
■ ■ .'^^.^ . I qui permettent de reconstituer
I ■ Ijf" "%| . I l'Imbomon, en tenant compte de
I r^ l^'y.' ^ ce qui en subsiste encore.
« ■ Le sanctuaire consistait en
^ une cour ronde, pavée de mo- ^^ saiques et de marbre. Elle avait ^^^^ ^^^^ environ 35 m. de diam. et était
^BP" """^^ entourée de trois rangées de co-
H A lonnes concentriques, surmon-
1^ tées de voûtes et formant un
double portique. Au centre de Plan de l'église de l'Ascension. j^ ^^^ ^^^ ^^^^ ^^ téménos
que ne couvrait ni voûte ni toiture, se trouvait le rocher sacré d'où Jésus monta au ciel, et qui avait conservé l'empreinte de ses pieds. Une grille en métal protégeait cette pierre, à côté de laquelle s'élevait un autel également en plein air. Par la nature môme de sa construction, ce monument souffrit peu lors du passage des Perses ; Areulfe, Willlbald et le moine Bernard (870) le trouvèrent debout « avec sa cour ù ciel ouvert, renfermant la pierre sacrée et l'autel. » En 1113, Daniel le Russe trouva la pierre sacrée recouverte d'un édicule, dont la voûte était percée d'une ouverture au centre. Il aura été construit par les moines Bénédictins ou les empereurs grecs au xi" s.