VII- VISITE BIRKET MAMILLA <$ SAINTE-CROIX
Birkct Milmilla M l'.-glisp de Saime-0™x.
i g. Il conduil en S min. ù la Blrket nâmlila, grand réservoir lilué a l'extrémitô supérieure de la vallée d'Hinnom, au millea d'nn cimoliËre musulman. Le bassin, qui mesure 90 m. «n longueur, 60 en largeur avec G en profondeur, est en grande [Write (aillé dans le poo, mais maçonné a l'intérieur.
200 7' Visite. JÉRUSALEM Birket Mâmilla.
Un document contemporain de la prise de Jérusalem par les Perses (614) raconte que « 24.518 chrétiens furent entassés dans l'étang appelé Mamillah, à nn trait de ilèclie à l'occident de la ville, et que tous y laissèrent la vie, martyrs de la foi^ » Le moine Bernard (870) visita près du réservoir a l'église de Sainte^ Namilla, où sont enterrés les corps de beaucoup de martyrs tués par les Sarrasins. » Cette église ne tenait pas son nom d'une sainte femme, mais du saint Lieu où elle s'élevait. II n'en reste presque plus de vestige ; mais la grotte qui lui servait de crypte et qui constituait l'ossuaire où furent déposés les corps de ces nombreuses victimes, se voit encore à l'O. de la piscine.
Au XII' s., cette grotte portait le nom de Charnier du Lion, parce que, d'après la légende de cette époque, un lion aurait recueilli les corps des martyrs dans cette caverne. La piscine elle-même fut appelée le Lac du Patriarche, sans doute, parce que par un canal souterrain elle envoyait ses eaux dans la Birket Bammâm el Batrak, bassin des Bains du Patriarche, ou piscine d'Ëzéchias.
Le nom de Mdmilla que la vasque portait, eomnie on le voit, avant l'invasion des musulmans, n'est pas d'origine arabe, mais hébraîaue. Moudjir ed Din (xv* s.) assure que les Juifs de Jérusalem l'appelaient Beit-MiUoa *. Le Talmud de Babylone la mentionne sous le nom de BethMamil ou Mémala^. Mâmilla doit venir de Ma Millo, les eaux de Millo.
Anciennement, la piscine était alimentée par une forte source, le Gihon Supérieur, qui coulait à une faible distance du réservoir, du côté du N., comme le démontrent les nombreux tronçons d'aqueduc retrouvés entre cette place et la ville. Josèphe raconte, du reste, « qu'un aqueduc passait sous la porte de la ville et amenait les eaux dans la tour Hippicus * », au mont Sion. Puis, Titus faillit tomber entre les mains des Juifs «au milieu des baies, des fossés et des clôtures de jardins qui s'étendaient jusqu'aux murs de la ville », lorsqu'avec une poignée d'hommes il fil une reconnaissance aux environs de la tour Pséphina. Celle ci s'élevait à l'O. de la cité, au N. de la porte de Gennath, ou porte des Jardins ^
C'est au Gihon Supérieur, source voisine de la Birket Mâmilla^ que David fit sacrer roi d'Israël son ûls Salomon par les soins du grand-prétre Sadoc et du prophète Nathan, pendant qu'Adonias se tenait avec ses partisans sur le rocher de Zohéleth {Zahouèlé) en face d'Ain-Rogel {fontaine de la Vierge)^ pour se faire proclamer roi à l'issue d'un banquet ^.
La Birket Mâmilla, qui est la piscine Supérieure ou piscine Ancienne de la Bible, est surtout devenue célèbre par la prophétie messianique prononcée par Isale sur ses bords. Le roi Achaz, terrifié à la nouvelle de l'approche des ennemis,
1. Couret. Prise de Jér., 34, 39. — Eutvchius. P. G., CXI, 1083 et 1089. — 2. Op. cit., 188. — 3. Neubauer, op. cit., 146. — 4. G. J., V, iv, 2. — 5. G. J., V, II, 2. — 6. III R., I.
Champ du Foulon, JÉRUSALEM 7^ Visite. 201
s'était rendu près de la piscine, probablement pour voir comment on pourrait capter les eaux et les couper aux ennemis, ce que ût d'ailleurs son successeur. Le Seigneur envoya le prophète vers lui pour le rassurer. « Sors à la rencontre d'Âchaz, toi et Schéar Jasub, ton fils, à l'extrémité de l'aqueduc de la piscine Supérieure sur le chemin du champ du Foulon... Jahvé parla encore à Achaz en disant : Demande un signe à Jahvé ton Dieu... Mais Achaz dit : Je ne demanderai rien...
Cest pourquoi Jahvé lui-même vous donnera un signe,
Voici que la Vierge concevra et elle enfantera un fils,
Et elle lui donnera le nom d'Emmanuel ^. »
Quelques années plus tard, sous Ezéchias, fils et successeur d'Âchaz, Sennachérib menaça la Ville sainte. Après la prise de Lachis, ville du midi, le monarque assyrien envoya contre Jérusalem son Babsacès ou général en chef, à la tête de « forces imposantes », pour obtenir la reddition de la ville par intimidation. « Le {{absacès prit position près du canal de la piscine Supérieure, sur le chemin du champ du Foulon ^. »
Le Rabsacès, comme autrefois le lévite d'Ephraim^, n'était en vue de Jérusalem qu'une fois arrivé près de la Birket Màmiila. Il n'aurait pu choisir une meilleure base d'opération pour remplir sa mission que le terrain pourvu de sources qui s'étend au N.-O. de la ville. Là seulement, il lui fut possible de haranguer le peuple rassemblé sur les remparts-^ pendant son entrevue avec les représentants du roi de Juda.
Le terrain concave qui entoure la piscine et qui, arrosé par les eaux du Gihon, devait former une verdoyante prairie, se recommandait également pour les foulons ou blanchisseurs plus qu'aucun autre lieu des alentours de la ville, et c'est en effet près de la Birket Mâmilla que les pèlerins visitaient le Champ du Foulon ou le Camp assyrien.
Jusqu'au xiv* s.^ l'unique route d'Hébron et de Bethléem passait à l'O. de la colline qui lait face au mont Sion, et débouciiait près de la Birket Mâmilla, où, pour la première fois, on se trouvait en face de Jérusalem. D'après les chartes du xii* s., le chemin de Bethléem passe invariablement près du « cimetière des chanoines du Saint-Sépulcre^», tranformé depuis en cimetière musulman. Plusieurs lombes sont couvertes avec les débris des monuments funèbres des Croisés. Plus tarti, l'immense digue que Germain avait jetée à travers l'Hinnom pour former l'étang qui reçut son nom, Lac de Germain, et qui s'appelle aujourd'hui Hirket es Sultan^ lut utilisée comme viaduc par les piétons et peu à peu le nouveau sentier créé au pied du mont Sion fut transformé en route carrossable. Néanmoins, l'ancienne route, qui passe à l'O. de la station (lu chemin de fer, continue à être fréquentée.
Anciennement, le terme de foulon ne désignait pas seulement les ouvriers qui apprêtaient les étoffes de laine, mais aussi ceux qui blant'hissaient les tissus de chanvre et de lin, comme nous l'apprend saint
1. I8.. VU, 3-15. — 2. I8., XXXVI, 2. — 3. Jg., XIX, 10. — 4. IV R., XVIII, 26. - 5. CavUHop. S. J., 376. - Cart, S. Sep., Rozière, 234.
BiTket Mâiiiilla.
Foulon <c prés du cimelière dpg Sarrasins <|Ul reiilenne lï piscine Mà-
Après le dËpïrl du Rabsacëg, Ezfcbias s'eropressa de construire une seconde enceinte el de creuser enlre les deux remparts une nouvelle piscine. « Il bDUcba lo3 sources du Gihon Supérieur et les conduisit en bas à l'ouest de la ville de David ',11 ou, d'après le fila deSirach, « au milieu de la ville ^. »
En suivant l'antienne mole de EelhliSein à une distance do 500 pas.
Grecs non-iiiils. ASM) lias n l'E. de l'eiiln>e, su Irauve un intëiessanl si'pulere Juif contenant encore plusieurs sarcopliages. Ce monument répond au Tombeau d'Hèrode [[irohahtenient d'Hérode Agrippa I"), duni parte Itiislarien tuî[, (itiaud il trace la lisne dn mur de circnnTa)lation à ]'0. de la ville '. Près du mf'me monument, il indique VHrébintOnOikoi, la Maison des Pois clitclies'.
Sainte-Crotx.
En suivant le ctiemia qui longe le cimetière musulman, on laisse A dr. rétablissement de Saint-Pierre des Pères de SioD, puis, également â dr., un ancien moulin à vent et l'on descend dans le Ouâdi el Mousatlabé, vallée de la Croix, au fond de laquelle on rencontre ie conveal grec de Sainte-Croix, Deir el Moumllabé.
La fondation de ce eouvenl est atlrlburà à Mirian, premier roi chn>lieu deGrusie (%S-3iS), i|ui le ronslmisil pour les moines Oéotgtens. Délniil par les Samaritains {521-531), il lui Kieniai relevé, comme Isnt d'autres couvents du voisinage de Jérusalem, grlce au lèle de saint Sabas et à la générosité de l'empereur Justinien. Saewnll (lUBI nous ipprenil iiue l'an 1099, le convenl de Sainte-Croii avait été saccagé par nne bande de Sarrasins ; mais il ajoute que l'éi^ise. bien qu'endommagée,, n'avait pas été anéantie. Ki effet, la partie supérieure est une reslauration du xii* s., mais le plan de l'église ne senible pas avoir été modifié : il est conforme au f viw des petites églises eti vogue A l'époque laslinienne. Sous fiibars (lâGO-lïTT). les mnsulmans enlevèrent le sanclnaireaux (iéorgiens ; mais il leur lut rendu l'an 1306. En leu Lénntatian, roi de Géorgie, le fil restaurer, lœ moines Géorgiens eurent a soutirir des Arabes ; plusieurs fois le couvent fut pillé et relUiirnu furent uu jour massacrés. Criblés de dettes a ta sulle Iscs spéculations, les Géorgiens lé vendlreat aux Grecs non-
li servit a faire s'élÈve l'église, greflée sur la
', p. plus de détails ;
Sainte-Croix,
JERUSALEM
Visite. 203
Le couvent est un grand bâtiment rectangulaire avec des murailles massives et sans fenêtres comme une forteresse du moyen âge. Il sert de Séminaire aux moines grecs et renferme une belle bibliothèque avec un petit musée archéologique.
L'église est précédée d'un narlhex dont les arcatures extérieures sont murées ; on y pénètre par les tlancs. A l'intérieur,
l'édifice est divisé en trois nefs par six piliers surmontés d'arcs ogivaux, dont ;.?>T^ quatre supportent une coupole. Le soi est -'■-^•1 p3vé de mosaïques et les murs décorés de
/ V. i AI fresques, qui datent, les unes comme les [.:ii:^::"';^4 il autres, du vu' s. ; mais elles furent resta u- ^k-5 i ■ ^^^ plusieurs fois, en dernier lieu l'an 1644. /! w: î vl Derrière l'autel, on montre l'endroit où y. >^'ïïvî avait crû l'arbre de la croix. Tout autour, des peintures murales représentent la lé- • * o «•■ gende de sa plantation.
On peut se rendre directement de Sainte-Croix
à Saint- Jean in Montana, Aîn Karem, par un chemin très mauvais
(iO min,), qui rejoint la route carrossable ; on la suivra pendant 35 min.
Mais il vaut bien mieux se rendre directement de Jérusalem à Saint-Jean
en voilure. {V. p. 2ÎH.)