‹ Nouveau journal d'un officier d'ordonnanceChapitre 2 sur 50 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

allemande est toujours suivi, dans leurs conversations, du spectre rouge et brûlant de la Commune.

« Qu'avez-vous fait, pendant la guerre? » est uae question qui est toujours suivie de cette autre : « et pendant la Commune? »

Cette question, on me l'a posée. Lorsque j'ai eu raconté les allées et venues d'un pauvre capitaine de mobiles, attaché à l'état-major de Trochu, pendant le siège de Paris, on m'a dit : « Raconteznous donc, un peu, ce qui vous est arrivé pendant la Commune. »

Alors j'ai rassemblé mes notes. Mais, comme j'ai un très grand respect pour Sa Majesté Tout-le- Monde, j'ai été aussitôt pris d'un très grand scrupule.

Certes, je ne me suis jamais illusionné sur l'importance de mon petit rôlet pendant le siège. Au milieu de ces grands événements, j'ai ressemblé un peu à ce brave marguillier de village devant qui on louait le sermon d'un prédicateur et qui disait : « Le sermon a été très beau ; c'est moi qui l'ai sonné. »

Mais, pendant la Commune, je n'ai même pas sonné le sermon. Je me suis contenté de l'entendre sonner, d'un peu plus près que les autres : voilà tout.

PRÉFACE. Vn

Et mon scrupule a consisté à me dire que mes souvenirs ne seraient peut-être pas assez intéressants ni assez actifs pour Sa Majesté Tout-le- Monde.

Alors, comme je tenais à donner à ce volume nouveau une somme d'intérêt qui lui permît de lutter avec son aîné, je suis allé demander aux acteurs survivants de ce drame lamentable un peu d'aide. Cette aide, je l'ai obtenue. J'ai recueilli des témoignages véritablement palpitants. C'est sur eux, autant que sur mes souvenirs, que je m'appuierai.

Et puisque quelques bons camarades m'ont reproché de m'être un peu trop mis en scène dans la première série du Journal d'un officier d'ordonnance, je m'effacerai dans la seconde, avec une modestie dont ils me sauront gré. Le public n'y perdra rien. Ceux que je vais faire parler dans ce livre, tout en leur coupant de temps en temps la parole pour la prendre moi-même, parlent certainement mieux que moi.

Comte d'HÉRISSÛN.

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