ÉPILOGUE DE LA GUERRE. Il
« Tout droit, » firent les gamins. Et les hussards repartirent au galop.
Leur escadron entier arrivait derrière eux, commandé par son chef, dont j'appris le nom par la suite, von Colomb, un nom français.
Derrière lui, à la tête de l'infanterie, s'avançait le général von Kamecke entouré de son état-major.
Dans cette avant-garde figuraient, selon l'usage, les fourriers de tous les corps de l'armée de 30 000 hommes que l'empereur Guillaume allait passer en revue sur le champ de courses de Longchampsà onze heures. Ils se répandaient dans les maisons des Champs-Elysées, au fur et à mesure de leur descente, pour préparer les logements.
J'entendis bientôt sonner à la grille de l'hôtel. Je descendis dans la cour et je me trouvai en face d'une sorte d'adjudant sous-officier qui, à la vue de mon uniforme, prit l'attitude respectueuse qu'il aurait eue devant un de ses chefs et me demanda la permission de laisser entrer ses hommes, pour qu'ils fissent la soupe dans la cour.
Je me permis alors un mensonge que les circonstances ont dû transformer en péché véniel.
— Cette maison m'appartient, dis-je à l'adjudant. Je suis officier français et je préfère que vous ne campiez pas ici. Il y a de la place tout autour de la maison, adossez vos foyers aux murs extérieurs. En retour je vous fournirai du bois pour faire bouillir la marmite, j'ajouterai même quelques bouteilles de vin, à condition que ma porte reste close et ma maison intacte.
L'adjudant salua et partit, en me disant : « Je vais prendre les ordres du commandant. »
Il revint, quelques minutes plus tard, suivi du commandant lui-même auquel je répétai ma demande et qui y consentit fort correctement.
L'adjudant marqua à la craie les emplacements contre le mur extérieur et je remontai à mon observatoire, car, cette fois, l'armée entière arrivait.
Dès le matin, on avait jeté un double pont de bateaux au-dessous du pont de Saint-Cloud, un autre à Suresnes et un troisième près de Billancourt.
Par ces trois ponts 30000 hommes avaient passé et s'étaient massés sur la piste de Longchamps, en face des tribunes vides, sur trois lignes : une ligne d'infanterie en colonne de bataillon, une ligne de cavalerie colonne d'escadron avec artillerie sur les flancs et une ligne de services auxiliaires et d'ambulances. Les troupes avaient déjeuné sur le terrain, les fantassins derrière leurs faisceaux et les cavaliers à la tête de leurs chevaux.
A dix heures et demie, le Kronprinz, à la tête d'un nombreux état-major, avait passé sur le front, salué par des hurrahs prolongés.
A onze heures moins dix, le cri : Le Roi, Kœnig! avait retenti, les lèvres prussiennes n'étant pas encore dressées au mot: A^a/ser, l'E m i)#reur, et on avait vu déboucher la voiture de l'Empereur précédée de piqueurs et attelée en daumont de quatre pur sang. Derrière la tribune l'Empereur descendit de voiture, monta à cheval et, en grand costume de général prussien, avec