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LA BELLE-DE-NUIT

Les doux rayons de l’aurore Le matin guidaient mes pas.

Je vois deux filles de Flore :

L’une se pressant d’éclore , L’autre voilant ses appas.

Aux feux dont l’air étincelle S’ouvre la Belle-de-jour ; Zéphir la flatte de l’aile :

La friponne encore appelle Le papillon d’alentour.

Coquettes , c’est votre emblème ,

Le grand jour , le bruit vous plaît :

Briller est votre art suprême ;

Sans l’éclat , le plaisir même Devient pour vous sans attrait.

L’autre fleur , non moins jolie ,

Qui fuit la clarté des cieux ,

Des nuits compagne chérie ,

Nous montre , en cachant sa vie,

Le vrai secret d’être heureux.

Ainsi , l’amante timide

Qui craint les malins discours ,

Prend le Mystère pour guide ,

Et , dans l’ombre, court à Gnide Jouer avec les Amours.

S’il est un sort désirable ,

C’est de pouvoir enflammer Nymphe tendre , douce , affable ,

Qui , le jour , sache être aimable ,

Et qui, la nuit , sache aimer.

Philippon de la Madelaike.

La fleur aux sentimens vouée ,

C’est la Pensée :

Des absens elle prend l’emploi; L’illusion vers elle attire ;

L’amour, l’amitié lui font dire :

Pensez à moi.

Car dans un monde où tout s’oublie Où chacun n’aime que pour soi ,

Il est utile qu’on s’écrie :

Pensez à moi.

ÎDcô J^lfurô

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