D E LA
Épris de l’amour de moi-même ,
De berger que j’étais , je devins une fleur.
Faites profit de mon malheur,
Vous que le ciel orna d’une beauté suprême ; Et pour en éviter les coups ,
Puisqu’il faut que tout aime,
Aimez d’autres que vous.
Habert.
Je suis un narcisse nouveau Qui m’aime et qui m’admire 5 Mais c’est dans le vin , non dans l’eau , Que toujours je me mire.
Et quand je vois le coloris Dont il peint mon visage,
De l’amour de moi-meme épris, J’avale mon image.
rruwcmme.
IDYLLE
De nos jardins l’émail se décolore ;
Sous les baisers des amoureux Zéphirs ,
Mes yeux à peine ont vu les fleurs éclore : Tout meurt, hélas! et les présens de Flore N’ont qu’un instant , ainsi que nos plaisirs !
Peuples brillans , aimables colonies , Qu’est devenu ce luxe oriental Dont se paraient vos tribus réunies ?
Vous expirez, vos corolles ternies De leurs débris jonchent leur sol natal.
De loin en loin , quelques fleurs isolées Ornent encor nos parterres flétris,
Comme , au milieu de voûtes écroulées,
Une colonne , une tour mutilées,
Semblent survivre aux monumens détruits.
Je t’aperçois, belle et noble Amaranthe?
Tu viens m’offrir , pour charmer mes douleurs , De ton velours la richesse éclatante :
Ainsi la main de l’amitié constante,
Quand tout nous fuit , vient essuyer nos pleurs.
Ton doux aspect , de ma lyre plaintive A ranimé les accords languissans ;
Dernier tribut de Flore fugitive ,
Elle nous lègue , avec ta fleur tardive ,
Le souvenir de ses premiers présens.
Tel un ami qu’entraîne un long voyage,
De loin encor tournant les yeux vers nous , De ses regrets nous offre un dernier gage , Et, delà main, tendre et muet langage, Nous dit : Adieu ; mon cœur reste avec vous.
DES FLETJRS.
Ainsi que moi , l’année à ta présence Semble renaître , alors que dans nos champs , De trois saisons confondant la nuance,
Tu viens former une heureuse alliance Entre l’été , l’automne et le printemps.
Lorsque les ans, dont la fuite me presse ,
De mon été signaleront la fin ,
Ah ! viens aussi couronner ma vieillesse ; Retrace-moi ma riante jeunesse ,
Et de mes jours joins l’aurore au déclin.
Aimable fleur , sous tes heureux auspices Je braverai les outrages du temps.
Si les beaux jours nous offrent des prémices , L’automne aussi , l’automne a ses délices : Anacréon aimait en cheveux blancs.
Qu’importe l’âge ? en vain l’adolescence Se berce , hélas ! de rêves enchanteurs , Souvent le sort trahi son espérance ;
Et sur la tombe où repose l’enfance,
Plus d’un vieillard vient répandre des pleurs.
Si , dans les bois , la feuille d’une année ,
Sur le rameau qu’elle a paré long-temps ,
Jaunit et meurt , par l’automne fanée ,
Des vents jaloux l’haleine empoisonnée Détache aussi la feuille du printemps.
Comme un éclair , l’instant qui vient d’éclore Va m’échapper 5 mais l’arrière-saison Pourra m’offrir quelques beaux jours encore j S’il faut vieillir auprès d’une autre Aurore ,
Je veux du moins vieillir comme Tithon.
Des jeunes fleurs que le printemps nous donrie , Jouissons donc dans la saison d’amour ;
Et, si le temps chaque jour les moissonne, Consolons-nous en songeant que l’automne Nous offrira son tribut à son tour.
Constant Dubos.
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IDYLLE
0 toi , que l’amitié fidèle Réclame pour son attribut,
Fleur simple et durable comme elle , Préside aux accords de mon luth !
Symbole heureux de la constance , Quand je te chante , inspire-moi ;
Et puissent, pour ma récompense, Mes vers durer autant que toi !
L’automne a fui : dans nos vallées L’hiver ramène les frimas ;
Déjà les Grâces désolées Ont cessé d’y porter leurs pas.
En nous quittant, Flore te laisse Pour nous consoler des beaux jours :
Ainsi quelquefois la vieillesse Dérobe une fleur aux amours.
Au printemps , quand j’ai vu renaître Cent beautés rivales d’attraits , Pardonne, je ne t'ai peut-être Donné que des regards distraits.
Mais l’Hyacinthe parfumée M’offrait tant d’appas réunis !
Et , dans l’Anémone enflammée ,
Je voyais renaître Adonis.
L’Auricule , la Primevère,
Tour à tour obtinrent mes vœuxj Près de la Tulipe éphémère , Quelques momens je fus heureux.
Au fond d’une obscure retraite ,
Je crus voir briller un Saphir .
A l’humble et douce Violette Qui peut refuser un soupir ?
Ainsi , dans l’empire de Flore, Promené par la volupté ,
J’offrais , dès la naissante aurore,
Un tribut à chaque beauté.
Mon inconstance allait peut-être , Vers toi décider mon retour ;
Mais la Rose vint à paraître ;
Avec elle parut l’Amour i
Je la vis, et ne vis plus qu’elle.
Que de parfums ! que de fraîcheur!
Les Dieux , en la voyant si belle , Étaient jaloux de mon bonheur.
Tant d’éclat s’éclipsa bien vite!...
Fragile amante des Zéphirs , L’automne emporta, dans sa fuite, Et tes trésors et mes plaisirs !
Que dis-je?... brillante Immortelle, Je n’ai rien perdu.. . je te voi...
Une fleur d’un jour devrait-elle M’occuper encor près de toi?
Lorsqu’à la Rose , en ta présence , J’offre des regrets superflus ,
Pardonne à la reconnaissance :
Tu vis... ta rivale n’est plus !
Mais si des amours de passage Long-temps ont captivé mon choix , Désormais, devenu plus sage,
Sur mon cœur je te rends tes droits.
Tel, souvent , pour une maîtresse L’ami fidèle est oublié ;
Mais quand l’amour , hélas ! nous laisse, Nous revenons à l’amitié!
Oui d’un trop séduisant délire J’abjure les égaremens ;
Immortelle !... ton nom m’inspire Des soins plus nobles et plus grands.
Dans la carrière de la gloire ,
Je veux m’essayer à mon tour;
Et pour le temple de mémoire ,
Je quitte celui de l’amour.
Viens donc orner ma solitude ,
O fleur que j’adopte aujourd’hui !
fixe ma vague inquiétude,
Et loin de moi chasse l’ennui.
Je me voue à toi sans partage j Mais, crois-moi, malgré mes sermens, Malgré mes vœux et mon hommage, Ah ! redoute encor le printemps !
Constant Dubos.
Dans un bosquet , la Rose et l’Immortelle
Prirent dispute un beau matin.
Vous qui de ces deux fleurs ornez votre jardin, Ecoutez leurs raisons , et jugez la querelle.
La Rose disait : Je suis belle j Fille de Flore et de Zépliir ,
Je m’ouvre en saluant l’Aurore.
Je vois , à mon aspect , tout le ciel s’embellir ,
Et les rayons du jour me recherchent encore, Lorsque dans l’onde ils vont s’ensevelir.
Des doux pleurs du matin mes feuilles imbibées, Et vers mon sein vermeil mollement recourbées , Forment une grotte d’amour
D’où s’exhale une odeur qui parfume le jour. J’accompagne Vénus, je flotte à son corsage;
Et lorsque , dans Paphos , on lui rendait hommage , Les Amours ont souvent douté Laquelle plaisait davantage ,
Ou de la fleur ou de la Déité.
Enfin, mon doux parfum , mon éclat , ma verdure , Fixent autour de moi les Amours du canton ,
Et j’orne du plus beau fleuron La couronne de la nature.
— Ma sœur , vous vous vantez toujours,
Reprit l’humble Immortelle, et vous n’êtes pas sage. Plus que moi , j’en conviens , vous plaisez aux Amours Mais j’ai sur vous un bien grand avantage :
Vous mourez avec les beaux jours ,
On me voit briller à tout âge.
O vous , en qui la vanité Préfère à tout la gloire d’être belle Retenez bien cette moralité :
La Rose nous peint la beauté ,
Mais le talent est l’Immortelle.
Hoffman.