‹ Nouveau langage des fleurs, ou, Parterre de floreChapitre 47 sur 85 · EMBLÈME. AMOUR DE SOI-MÊME , ÉGOÏSME · texte numérisé non relu

EMBLÈME. AMOUR DE SOI-MÊME , ÉGOÏSME

Narcisse, fils de Céphise et de Liriope , était célèbre par sa beauté. Une foule de nymphes brûlaient pour lui du plus tendre amour; mais son indifférence égalait leur tendresse. La malheureuse Echo n’ayant pu lui plaire , vit ses charmes se flétrir par la douleur. Bientôt elle fut vengée : un jour, au retour de la chasse, le beau Narcisse se regardant dans une fontaine, devint tellement épris de lui-même , qu’il sécha de douleur et fut changé en la fleur qui porte son nom.

Des feux du jour évitant la chaleur,

Ici fleurit l’infortuné Narcisse :

Il a toujours conservé la pâleur

Que sur ses traits répandit la douleur ;

Il aime l’ombre, à ses ennuis propice ,

Mais il craint Feau , qui causa son malheur.

Parny.

Le Narcisse se plaît à croître au bord des ruisseaux, et à réfléchir son image dans leur onde : ce qui peut expliquer en partie la fable des anciens. Cette fleur était consacrée aux Furies.

Du sein de l’herbe, il sort avec éclat Un bouton d’or , sur une longue tige ,

Bordé de fleurs d’un tissu délicat;

Feuille d’argent qu’un léger souffle abat,

Plante agréable , et de frêle existence ,

Enfant de Flore , à peu de jours borné ,

Doux , languissant , symbole infortuné De la froideur et de l’indifférence.

On doit à la belle traduction de M. de Saint-Ange , l’avantage de connaître tout ce que l’esprit ingénieux d’Ovide a semé de grâces sur cette fleur.

Son visage, dans Fonde, à ses yeux répété ,

Le rend lui-même épris de sa propre beauté.

Narcisse prête un corps à Fimage qu’il aime ,

Sans voir que cette image est Fombre de lui-même ;

Et tel qu’une statue , immobile et penché ,

Sur ses propres regards son regard attaché Contemple, dans l’azur mouvant sous sa paupière,

De deux astres vivans la touchante lumière ,

Et ses cheveux pareils aux cheveux d’Apollon ,

Et sa joue où commence à poindre un doux coton , L’albâtre de son cou, son teint où se marie De la Rose et du Lis la nuance fleurie ;

Narcisse en même temps admire , est admiré , Narcisse en même temps désire, est désiré.

Combien de fois veut-il , sous cette onde trompeuse , Imprimer sur sa bouche une bouche amoureuse ! Combien de fois ses bras, vers son ombre élancés,

Se plongent dans les flots vainement embrassés !

Il ne sait ce qu’il voit, mais ce qu’il voit l’enflamme; Et l’erreur de ses yeux a passé dans son ame.

Etendu sur la mousse , il contemple ses traits ,

Les yeux pleins du poison qu’il savoure à longs traits; Il soulève sa tête , et d’une voix éteinte Aux forêts d’alentour il adresse sa plainte :

Bois antiques, dit-il , asiles ténébreux,

Parlez , fut-il jamais amant plus malheureux ?

Des soupirs des bergers secrets dépositaires ,

Oui , j’en prends à témoin vos ombres solitaires :

Des siècles , sans vieillir , vous avez vu le cours. Avez-vous jamais vu de si cruels amours ?

Je vois ce qui me plaît ; mais , hélas ! trop à plaindre Je l’aime , je le vois , et je ne puis l’atteindre.

Ce qui met un obstacle à mes désirs trompés ,

Ce ne sont ni des mers , ni mes monts escarpés ,

Ni les verrous d’airain d’une porte barbare : Etrange destinée ! un peu d’eau nous sépare.

Que dis-je ? à mon amour loin de se refuser ,

Sur l’onde chaque fois que j’imprime un baiser, Chaque fois de la mienne il approche la bouche. Combien s’en faut-il peu qu’enfin je ne le touche ! Que peu de chose nuit au bonheur des amans !

0 toi ! qui que tu sois , n’abuse plus mes sens ! Parais, sors de cette onde ingrate et mensongère, Ma figure , mon âge , ont-ils de quoi déplaire ?

Des Nymphes ont aimé l’objet de tes dédains.

Que dis-je ? c’est à tort que de toi je me plains.

Tu t’avances vers moi du fond de ta demeure :

Tu me ris , si je ris ; tu pleures , si je pleure. . .

A voir les mouvemens de ta bouche vermeille,

Tu me réponds des mots perdus pour mon oreille. Où vais-je m’égarer ? ah ! trop tard je le vois ,

Je suis , je suis celui que je retrouve en toi.

Je suis , pour mon supplice , amoureux de moi-même. Quel doit être le vœu démon délire extrême?

La douleur a séché la fleur de mes beaux ans :

Adieu, beaux jours! adieu! je meurs dans mon printemps.

Le Narcisse , fleurissant en avril , est une des plantes dont Flore décore nos jardins au retour du printemps.

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