EMBLÈME. FRAICHEUR , TENDRESSE , BEAUTE
La Rose est de toutes les fleurs celle qui a reçu le plus
d’hommages dans l’antiquité et dans les temps modernes : tous les poètes l’ont choisie pour l’emblème de la beauté , et Font nommée ia Reine des fleurs . C’est toujours le front couronné de Roses que Fon représente le printemps.
Dans leurs festins , les Grecs se couronnaient la tête de Roses ; les Romains imitaient les Grecs , et en couronnaient aussi leurs coupes. La Rose a souvent été la récompense de l’esprit et du talent.
Cette fleur, reine de nos jardins 1 , naquit, suivant Anacréon , quand Vénus sortit du sein de l’empire d’Amphitrite.
L’incarnat de la Rose est attribué au sang de Vénus. Cette déesse volait éperdue au secours de son cher Adonis , blessé à mort : des Rosiers épineux se trouvèrent sur son passage, déchirèrent son sein, et plusieurs gouttes de son sang jaillirent sur les Roses; ces fleurs , qui jusqu’alors avaient été blanches , ont conservé depuis la couleur du sang de Vénus.
1 Nous devons faire remarquer à nos lecteurs que les noms de Rhodante et de Rhodes sont dérives d’un mot grec qui signifie Rose.
M. Roger dit de la Rose :
Parmi les filles du matin ,
C’est la Rose qu’Amour préfère ;
Vénus aux fêtes de Cythère En pare sa tête et son sein.
Sur sa corolle demi-elose Zéphir se plaît à voltiger;
Le Papillon le plus léger Se fixe en voyant une Rose.
Fleur chère à tous les coeurs , elle pare à la fois Et le chaume du pauvre et le marbre des rois ;
Elle orne tous les ans la beauté la plus sage ;
Le prix de l’innocence en est aussi l’image.
M. DE Boisjolin.
Gentil Bernard commence une ode anacréontique la Rose par ces vers :
Tendre fruit des pleurs de l’Aurore ,
Objet des baisers du Zéphir ,
Reine de l’empire de Flore,
Hâte-toi de t’épanouir!
Que dis-je, hélas! diffère encore.
Diffère un moment de t’ouvrir :
L’instant qui doit le faire éclore Est celui qui doit te flétrir.
Rien de plus mélancolique à la fois et de plus gracieux que ces vers de Malherbe à son ami Buperrier, sur la mort d’une fille chérie :
Las ! elle était du monde où les plus belles choses Ont le pire destin :
Et Rose elle a vécu ce que vivent les Roses ,
L’espace d’un matin.
L’auteur de ce recueil a imité Malherbe dans l’épitaphe qui suit :
Sous cette pierre Eglé repose.
Lorsque je vois une femme mourir,
Il me semble voir une Rose Se dessécher au souffle du Zéphir.
Cette aimable fleur a inspiré à M. Armand-Gouffé le couplet suivant , sorte de madrigal qui s’adresse autant aux belles qu’à la reine de nos parterres.
Dès que viennent les chaleurs ,
Zéphir , de ses ailes légères ,
Ouvre le calice des fleurs Et le corset de nos bergères.
En tous lieux, ainsi qu’en tout temps L’Amour arrange bien les choses :
Il sait que partout, au printemps ,
On doit voir des boutons de Roses.
Le chantre des jardins (J. Delille ) semble payer à regret son tribut à la Rose; il s’écrie, au troisième chant de son poème :
Mais qui peut refuser un hommage à la Rose,
La Rose dont Vénus compose ses bosquets,
Le Printemps sa guirlande , et l’Amour ses bouquets ; Qu’ Anacréon chanta; qui formait avec grâce,
Dans les jours de festin , la couronne d’Horace ;
La Rose qui déjà rit trop à mes pinceaux ,
Destinés à tracer de plus mâles tableaux ?
Lemierre, dans ses Fastes . dit à la Rose :
Reine de nos jardins, Rose aux vives couleurs,
Sois fière désormais d’être le prix des mœurs ,
Et de voir éclater tes beautés printanières Sur le front ingénu des modestes bergères ;
Sois plus flattée encor de servir en nos jours De couronne aux vertus que de lit aux Amours :
La pomme à la plus belle 7 a dit l’antique usage ;
Un plus heureux a dit : la Rose à la plus sage.
M. de Saint -Victor a traduit d’Anacréon, le chantre des amours , les vers suivans :
Des fleurs je chante la plus belle ,
La Rose, trésor du printemps ;
Thaïs , à ma chanson nouvelle Viens mêler tes aimables chants!
Des humains la foule charmée Admire ce don précieux ,
Et la pure haleine des Dieux De ses parfums est embaumée.
Dans la saison chère aux Amours,
Des Grâces la troupe riante ,
Pour en composer ses atours ,
Va cueillir la Rose naissante 5 Vénus , empruntant ses couleurs ,
En paraît encor plus charmante.
La Rose est chère aux doctes Sœurs ,
Et le poète heureux la chante ;
Dans le buisson, pour la saisir,
La main glisse et brave l’épine ;
Qu’il est doux alors de cueillir De l’amour la fleur purpurine ,
Et dans un ravissant loisir
D’en savourer l’odeur divine!
Des festins la Rose est l’honneur $
Et dans ces jours où le buveur Livre à Bacchus son ame entière , Pour lui, moins douce est la lumière Que ne l’est cette aimable fleur.
Sans la Rose, que peut-on faire?
Des sages qu’ Apollon préfère Lisez les vers harmonieux :
Elle teint les doigts de l’Aurore j Des nymphes le bras gracieux Lui doit l’éclat qui le décore,
Et des plus tendres de ses feux Vénus entière se colore.
Dans nos maux sa vertu souvent Fut utile au dieu d’Epidaure,
Et ses guirlandes sont encore Des morts le dernier ornement.
Bien que le temps lui fasse outrage, La Rose orne encor le bocage,
Et jusqu’à son dernier moment A les parfums de son jeune âge.
Me faut-il raconter comment La Terre fit ce bel ouvrage?
Alors que , glissant sur les flots , Sortit du sein de Fonde émue La belle reine de Paphos,
Cypris , rougissant d’être nue;
Quand , du cerveau du roi des cieux , Terrible et respirant la guerre , S’élança la déesse altière Dont l’aspect fit trembler les Dieux, Cybèle, à ce double prodige, N’opposa, pour charmer les yeux. Qu’un bouton de sa jeune tige.
L’Olympe en le voyant sourit,
Et sur la plante répandit Du nectar la douce rosée;
Des parfums du ciel arrosée , Soudain, fraîche et majestueuse, Parut sur la branche épineuse La Rose que Bacchus chérit.