QUATRAINS
Une Rose un jour s’admirait Au reflet d’une eau vive et pure.
Un zéphir léger l’effeuillait ,
Et l’onde emportait sa parure.
Madame de Joliveau.
Aimable Rose ! au lever de l’aurore ,
Un essaim de zéphirs badine autour de toi ;
Chacun d’eux jure qu’il t’adore,
Chacun d’eux te promet une éternelle foi.
Mais le soleil, en se couchant dans l’onde ,
Voit à leurs tendres soins succéder le mépris;
La troupe ingrate et vagabonde ,
Déserte sans scrupule avec ton coloris.
Amours de Leucippe.
Aimable fleur, à peine éclose , Défiez-vous de Cupidon :
Il regrettera le bouton Quand il aura fané la rose .
Jeune fille est le bouton frais De la Rose prête d’éclore ;
Ce bouton est si cher à Flore,
Qu’une épine en défend l’accès.
L’aiguillon perce , il assassine Le vieillard qui le vient cueillir ;
Qu’un jeune amant vienne s’offrir,
Le bouton s’ouvre, et plus d’épine.
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Vous , dont la gloire est d’être belle , D’un sexe aimable jeune fleur, Prenez la Rose pour modèle :
Son éclat naît de sa pudeur.
Cet ornement de la nature Se cache sous un arbrisseau ,
Et pour garder sa beauté pure ,
Arme d’épines son berceau.
Rose, en qui je vois apparaître Un éclat si vif et si doux.
Vous mourrez bientôt; mais peut-être Dois-je mourir plus tôt que vous :
La mort, que mon ame redoute,
Peut m’arriver incessamment.
Vous mourrez en un jour, sans doute,
Et moi peut-être en un moment.
L’abbé de la Chassaigne.
Bientôt dans les bosquets du superbe Orient ,
La plus belle des fleurs , la Rose va paraître :
Elle s’ouvre, aussitôt son parfum se répand.
La nymphe des jardins, surprise en la voyant,
Croit qu’une autre Vénus en ce jour vient de naître. Pour la reine des fleurs on veut la reconnaître ;
La Rose est étonnée; une aimable pudeur Couvre son sein charmant d’une vive rougeur.
Le rossignol la voit , frappe l’air de son aile ,
Respire ses parfums , voltige sur son sein ,
Chante l’amour heureux, et s’envole soudain, Quoiqu’il ait fait serment d’être toujours fidèle.
Aimé Martin.
Pour garder l’éclat du matin,
Le bouton se tient sous la feuille :
Tandis qu’en découvrant son sein, La Rose pâlit et s’effeuille :
Ainsi se passe la fraîcheur
Des charmes qu’au jour on expose.
Oter le voile à la pudeur,
N’est-ce pas effeuiller la Rose?
Une femme est comme une Rose Qui naît au matin d’un beau jour,
Et qui n’achève d’être éclose Que par le souffle de l’Amour.