IA CRÉATION DES FLEUHS
Bientôt les Dieux se mettent à l’ouvrage,
Et leurs moitiés partagent leurs travaux.
Us vont créer. Homme, rcnds-leur hommage; Sur loi leurs mains versent des dons nouveaux.
De Jupiter d’abord brille l'adresse.
Fier de sa force, il dit : Que le lis naisse :
Et sur-le-champ il s’élève une fleur Majestueuse, odorante, argentée.
L’Olympe entier admire sa blancheur,
Sa tige altière et sa magique odeur.
Superbe lis, fleur à bon droit vantée,
Garde longtemps ta première splendeur ;
La France un jour le devra le bonheur.
Que l’aquilon respecte ta candeur !
Un second mol enfanta la pensée.
Les trois couleurs qui brillent en son sein.
Son air décent, et délicat et fin,
Tout plait en elle à la cour empressée De remarquer ces contrastes heureux,
Dignes du goût du monarque des cieux.
Que fait Junon en ce court intervalle ?
Dans un bocal elle mêle à dessein L’or, le carmin, et le nacre et l’opale.
De ce mélange, assorti de sa main,
Voilà qu’il sort une fleur panachée,
Riche en couleurs, d’une odeur recherchée.
C’était l’œillet. Brillant dès son berceau,
Que sera-t-il si Flore le confie A quelque main habile autant qu’amie?
Les Immortels admirent de nouveau.
Ils admiraient quand le pasteur d’Ainphise Vient annoncer que son chef-d’œuvre est prêt. L’héliotrope aussitôt apparaît.
Figurez-vous quelle fut la surprise De tous les Dieux, alors que, se penchant Vers son auteur, cette fleur bien apprise Se retourna d’un air reconnaissant.
Elle a depuis gardé cette habitude :
De l’honorer elle fait son étude.
Tels on a vu, dans leur superbe cour,
Les fiers Incas, par gratitude,
Les deux genoux devant l’astre du jour,
Dont ils croyaient tirer une origine Aux yeux du peuple et sacrée et divine.
Vulcain, exprès de Lemnos revenu,
Lève un marteau, frappe, et de son bras nu, Parmi les fleurs, lance la capucine.
Une étincelle en jaillit sur Cyprine.
Mars s’indignait, mais il fut retenu Par un coup d’œil de sa belle maîtresse.
C’est la valeur qui cède à la tendresse.
La jeune Hébé se signale à son tour.
Elle a créé la douce primevère,
Du vert printemps fidèle avant-courrière,
Du vert printemps, saison chère à l’amour.
Lorsque l’hiver retiendra dans la serre Tant d’autres fleurs qui craindront les frimas, L’amant, cueillant cette fleur bocagère,
Ira l’offrir à sa jeune bergère,
Plein de l’espoir de trouver en ses bras De ses efforts le désiré salaire.
L'avare Dieu, qui couve son trésor,
Sans déroger à son goût ordinaire,
Le lourd Plulus forma le bouton d’or.
On ne peut donc céler son caraclère !
Vénus travaille; à ses côtés était Son cher enfant qui des yeux la suivait.
Elle a créé : soudain parait la rose,
Qui touche etplait, même avant d’être éclose, La belle rose à qui rien n’est égal.
Mais près du bien trop souvent est le mal ; Aussi voit-on l’épine déchirante
Naître et s’unir à sa tige croissante.
Fleur précieuse autant qu’intéressante,
Un jour viendra qu’un illustre vieillard Te chantera sur sa lyre immortelle,
Dont par la suite héritera Bernard,
Qui le prendra pour guide et pour modèle, Gentil Bernard qui doit, en vers charmants, De l’art d’aimer tracer les éléments.
La fleur, sortant des mains de Cythérée, Fut d’abord blanche ; ensuite Cupidon Voulant la prendre, une épine acérée Cruellement piqua son doigt mignon,
Ce qui fit bruit à la cour éthérée ;
Car il pleura, saignant beaucoup, dit-on.
O mes lecteurs, ouvrez Anacréon ;
Vous y verrez aventure pareille Du petit Dieu blessé par une abeille.
Vénus secourt, son cher, son pauvre enfant. Déjà la rose est teinte de son sang.
La tendre mère alors en se baissant,
Par accident, sur la rose vermeille Laisse tomber son flacon de cristal Qui contenait un parfum végétal.
Ainsi, la rose, à peine épanouie,
Dut au hasard de joindre à l’incarnat La douce odeur des parfums d’Arabie,
Ut réjouit la vue et l’odorat.
A ce spectacle on s’approche, on s’écrie :
L’un veut la voir, l’autre veut la sentir ;
Mais Jupiter défend de la cueillir.
Règne, dit-il, ôfleur digne d’envie!
Règne à jamais sur le peuple des fleurs;
Sois souveraine au milieu de tes sœurs.
Junon ne put, sans que la jalousie Causal en elle un secret mouvement,
De Vénus voir le triomphe éclatant,
Et dit tout bas : Oui, règne, fleur chérie,
De mon époux puisque c’est le vouloir; Mais tu vivras du matin jusqu’au soir.
La rose doit à cet arrêt sévère L’espace court de sa vie éphémère.
Cérès la blonde enfanta les bluets,
Qui, retombant sur la voûte éthérée, Empruntent d’elle une teinte azurée.
Elle en sema les verdoyants guérets.
Mille autres fleurs reçoivent la naissance, Le ciel devient un parterre brillant.
Tels, à la voix d’un monarque puissant,
Qui sur le goût fonde sa bienfaisance,
De toutes parts les beaux arts s’élançant, Vont chaque année, au centre de la France, A la patrie offrir des dons nouveaux,
Et noblement défier nos rivaux.
R. DF, BSAUCAFON.