‹ Nouveau langage des fleursChapitre 56 sur 69 · LES AMOURS DES FLEURS · texte numérisé non relu

LES AMOURS DES FLEURS

L’Amour d’un nouveau myrte a couronné sa tête; Du monde végétal il a fait la conquête :

Otez la jalousie et les autres chagrins.

On aime chez les Heurs comme chez les humains. O loi que l’on adore à Paphos, à Cythère,

Que dis-je ? tes autels couvrent toute la terre, Dieu puissant, d’un regard seconde mes efforts :

Je vais chanter ta gloire ; anime mes accords.

Dans des tentes d’azur, de rubis et d’opale,

Vénus a préparé la pompe nuptiale.

Les plantes qu’agitaient seulement les zéphirs, Par d’autres mouvements témoignent leurs désirs. On les voit se pencher, s’entr’ouvrir, se sourire, Et confondre les feux que l’amour leur inspire.

Si l’amour s’obscurcit et qu’un ciel ténébreux Leur fasse redouter quelque accident fâcheux,

Le calice à l’instant, les branches, le feuillage, S’agitent de concert pour prévenir l’orage ; *

Les pavillons fermés en écartent les coups,

Et l’amour est remis à des moments plus doux.

Chaque espèce a ses lois : souvent la même tente Réunit côte à côte et l’amant et l’amante ;

Dans des séjours divers quelquefois retirés,

Loin du lit l’un de l’autre, ils vivent séparés.

Tel le saule flexible offre dans les prairies Un sexe différent sur ses tiges fleuries :

Lorsque vers le bélier, le soleil, de retour,

Ramène sur son char le printemps et l’amour,

Le mâle fait voler, à travers la campagne,

Ses esprits créateurs sur sa verte compagne,

Et quelque large étang que le sort mette entre eux,

A l’aide des zéphyrs, ils s’unissent tous deux.

Le Rhône impétueux, sous son onde écumante, Durant dix mois entiers , nous dérobe une plante (1) Dont la tige s’allonge en la saison d’amour.

Monte au-dessus des flots, et brille aux yeux du jour. Les mâles, jusqu’alors dans le fond immobiles,

De leurs liens trop courts brisent les nœuds débiles, Voguent vers leur amante, et, libres dans leurs feux, Lui forment sur le fleuve un cortège nombreux :

On dirait d’une fête où le dieu d’hyménée Promène sur les flots sa pompe fortunée.

Mais les temps de Vénus une fois accomplis,

La tige se retire en rapprochant ses plis,

Et va mûrir sous l’eau sa semence féconde.

1) La vallisneria

Itli —

Près des pôles glacés, aux limites du monde,

Où, des hivers trop prompts succédant à l’été,

Le fruit ne peut atteindre à la maturité;

La nature déroge à sa règle constante,

Fait sortir du calice une plante vivante (I)

Qui s’attache à la fleur, et, pleine de vigueur,

De sa mère bientôt égale la grandeur.

De nos plus doux plaisirs confidente ordinaire,

La nuit prêle aux amants son ombre tutélaire ; Parmi les végétaux, le monarque du jour Est le dieu qui préside aux mystères d’amour.

Dès qu’aux portes des cieux, les Heures vigilantes Ont remis au Soleil ses rênes éclatantes,

Et que des premiers feux de son char échappés.

Au bout de l’horizon les sommets sont frappés ;

La plupart des tribus de l’empire de Flore,

Dans leurs habits de fête accompagnent l’Aurore, Célèbrent leur hymen au milieu des concerts Dont les oiseaux ravis font retentir les airs. D’autres prennent le temps où la terre embrasée A du matin humide exhalé la rosée ;

Mais chacune le soir voile son front vermeil,

Se retire à son heure et cède au doux sommeil.

Si l’on voit quelques fleurs (2) d’origine étrangère Eviter parmi nous l’éclat de la lumière,

(i) Le pàturin vivipare. — (2) La belle-de-nuit.

Et comme les beautés qui régnaient à la cour,

Veiller toute la nuit et dormir tout le jour,

C’est qu’aux lieux où l’Europe a ravi leur enfance,

Le jour nait quand la nuit vers nos climats s’avance ; C’est que de leur patrie elles suivent les lois,

S’ouvrent à la même heure ainsi qu’au même mois.

Tels, non loin d’un vaisseau fracassé par l’orage,

On voit des malheureux, échappés du naufrage.

Sur une île inconnue assembler leurs débris, Transplanter avec eux les mœurs de leur pays.

Et, retenant ses lois dans un autre hémisphère,

Consoler leur exil et charmer leur misère.

Mais quel nouveau spectacle ! un insecte léger Est devenu des fleurs l’habile messager.

Deux époux, écartés par un destin bizarre,

Ne peuvent-ils franchir le lieu qui les sépare ?

L’abeille, en voltigeant, leur porte tour à tour Les gages désirés d’un muluel amour.

L’homme leur prête aussi sa féconde industrie.

Dans les brûlants climats où la palme fleurie Semble, en penchant la tête, appeler son amant,

Le Maure arrache un thyrse au palmier fleurissant,

Sur elle le secoue et revient en automne

Cueillir les fruits nombreux que cet hymen lui donne ( I ).

Castel.

(1) Les dattes.

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