LAURIER
Daphné fut sensible et belle, Apollon sensible et beau :
Sur eux l’amour d’un coup d’aile Fit voler une étincelle,
De son dangereux flambeau.
Daphné, d’abord interdite, Rougit voyant Apollon.
Il s’approche, elle l’évite ;
Mais fuyait-elle bien vite?
L’amour assure que non.
Le dieu, qui vole à sa suite, De sa lenteur s’applaudit ;
Elle balance, elle hésite:
La pudeur hâte sa fuite,
Le désir la ralentit.
Il la poursuit à la trace,
Il est prêt à la saisir,
Elle va demander grâce.
Une nymphe est bientôt lasse Quand elle fuit le plaisir.
Elle désire, elle n’ose...
Son père voit ses combats,
Et par sa métamorphose A sa défaite il s’oppose :
Daphné ne l’en priait pas.
C’est Apollon qu’elle implore ; Sa vue adoucit ses maux :
Et vers l’amant qu’elle adore Ses bras s’étendent encore En se changeant en rameaux.