L- Racine
Qu'un ami véritable est une douce chose!
La Fontaine.
Les (imi5 de l'heure présente Ont le naturel du melon ; il faut en essayer cinquante Avant d'en rencontrer un bon.
Claude Mermet,
— Se dit également : 1° des compagnons, des camarades : Plaisanter avec ses amis ; 2» des nations, des souverains unis entre eux par des traités d'alliance : En tSlO, la France chercha vainement des amis ; 3" des animaux qui sont les compagnons de l'homme, qui ont de l'attachement pour lui. Alors, il s'empl. substantiv. ou adjectiv. : Un claen ami. Le cheval est ('ami de l'Arabe.
— Parext. Celui qui a un goût prononcé pour certaines personnes ou certaines choses matérielles, morales ou lutellectuelles : Un ami du vin, du jeu. Un ami du peuple, des paum'es. Un ami de la justice, de lavérité. Un ami des aris.
— Amie. En chevalerie. Dame des pensées. Il En généalogie, Maîtresse, quand il s'agit de bâtardise.
— Ami de cœur, Véritable ami. il L'ami du cœur. L'amant préféré. Il .imide ta maison, Celui qui vit dans l'intimité des personnes composant une famille : L'ami de la maison est souvent le maître de la maison. — Celui que l'on suppose être l'amant de la maîtresse de la maison : Le sigisbée représente à Gênes Z'ami de la maison à Paris.
— Ami d'enfance, de jeunesse, de collège, de pension, Celui avec lequel on est lié depuis l'enfance, depuis la jeunesse, etc. Il On dit, dans le même sens : Etre /'ami de l'enfance de quelqu'un. C'était ('ami de mes jeunes années.
— .Amis de table, de bouteille, de jeu, de débauche. Ceux dont la liaison n'est fondée que sur le plaisir de la table, etc.
Il Amis d'épée. Se dit des bretteurs, des ferrailleurs.
— .imi tie cour. Celui qui n'a que do fausses apparences d'amitié, n Ami de la faveur, de la fortune. Celui qui ne s'attache qu'aux personnes en faveur ou dans l'opulence.
— Ami jusqu'aux autels. Ami à tout faire, excepté ce qui est contraire à la religion. (Ces mots nous viennent de l'antiquité, où l'on avait l'habitude de jurer la main posée sur un autel, et on les cite comme une réponse de Périclcs à un de ses amis, qui le sollicitait de faire un faux serment on sa faveur.) n Ami jusqu'à la bourse. Celui dont l'amitié no va pas jusqu'à prêter de l'argent.
— Un mien ami, U7i sien ami, Un de mes amis, un de ses amis. Il Ami lecteur. Formule usitée quelquefois dans les préfaces familières. Il Ami, mon ami. Termes d'affection avec dos égaux, de familiarité avec des inférieurs, il L'ami, notre ami. Se dit quelquefois familièrem. en s'adressant à des inconnus ou à des inférieurs : Ho l l'ami, un petit mot. (Mol.) Il Mon ami, mon petit ami, etc., sont souvent dos termes do familiarité hautaine.
— Il n'y a pas à dire mon bel ami. Point d'excuses ; faites cela, vous y êtes obligé.
— Bon ami, bonne amie. Appellations respectueuses et amicales dont se servent queltiuefois les entants pour désigner un pareht, un ami de la maison, un pTécep'ieur, etc.
— M'amie, Venu par clision de ma amie, qu'on emploie familiùrcmeut en s'adressant à sa femme, à sa fille, etc. : Quoi! m'amie; il n'est pas de meilleur mari que le mien? (Marg. de Navarre.) S'est écrit aussi mamie et ma mie, d'où J'on a tiré le mot mie, employé dans le vieux langage pour Maîtresse, amante. On trouve le mot dans cette ani-ienne chanson que Molière cite dans le Misanthrope:
i,ô gailj'a
— Hist. Amis célèbres : Oreste et Pylade, Damon et Pvthias, Nysus et Euryale, Achille et Patrocle, David et Jônathas, Thésée et Pirithoùs, Alexandre et Ephestion, Scipion et Laelius,JVIontaigne et La Boétie. V. ces noms.
— Nos AMIS les ennemis, Nom donné aux armées étrangères (|^ui envahirent la France en 1815. V. alliés.
— Hist. anc. Titre d'honneur que portaient les principaux officiers à la cour des rois d'Egypte, de Perse, de Macédoine, etc.
— Uist. reVïg. Société des Amis, Nom que les quakers donnent à leur congrégation. V. quakkr.
— adj. Qui aime, qui a de l'affection: Il passe pour miracle parmi les hommes quand on voit deux personnes vraiment amies. (Boss.) Il Allié : Peuples amis. Il Qui a un penchant pour ; L'imagination est amie de l'avenir. (Rivarol.) n Qui annonce des sentiments affecteux: Une mainAyiw.. Des sentiments amis. Langage ami. Visage ami.
— Se dit des choses auxquelles on est attaché ou dont il semble que l'on soit aimé : Livres amis. Fleurs amiics.
— Poétiq. Propice : Fortune auxk. Destins amis, il Se dit également des choses entre lesquelles il semble exister un certain accord : Le vert est ami de l'œil. (Acad.)
— Couleurs amies. Couleurs qui s'accordent bien ensemble : Le blanc et l'incarnat sont des coulews amies.
— Prov. Les bons comptes font les bons amis, Mots qui .'=;c disent surtout de débiteur à créancier, quand on vient de payer un compte, et qui signifient: Quelque bonnes que soient les relations, chacun doit veiller à ses intérêts.
II Lesamis de nos amis sont nos amis, Ceux à qui nos amis personnels portent de l'intcrct ne sauraient nous être indifférents, et nos égards, nos bons procédés doivent s'étendre jusqu'à eux. ii II est bon d'avoir des amis partout. Se dit pour s excuser d'entretenir certaines relations, ou pour faire entendre qu'il est prudent do se ménager partout des intelligences, ii Ami à vendre et à dépendre, Homme d'une affection, d'un dévouement à toute épreuve, capable do tout vendre, de tout dépenser (anc. sens de dépendre), pour un ami. il Ami au prêter, ennemi au rendre. L'ami qui aime à emprunter devient un ennemi, dès qu'il s'agit do rembourser, ii Jamais honteux n'eut belleamie, En amour, il faut être entreprenant, il Bien servir fait amis, et vrai dire ennemis, L'obligeance fait naître l'amitié; la trop grande franchise engendre souvent la haine, ii Le faux ami ressemble à l'ombre d'un cadran, c'est-à-dire disparaît à l'approche de l'adversité, comme l'ombre qui, visible lorsnue le soleil brille, s'efface aussitôt qu'il est voilé par les nuages, ii Pour se dire ami, 11 faut avoir mangé ensemble un minot de sel, L'amitié ne peut se former subitement.
— Gramm. Ami avec. Voltaire a écrit : « Claveret, avec qui il était ami, « etc. ; mais cette construction est mauvaise. Il On a dit aussi : ami à : Quelque ami que vous lui soyez. (Mol.) Z-a neutralité en ti'e des femmes qui nous sont également AMIES... (La Bruy.) Cette construction ne peut avoir lieu qu'avec des pronoms qui se mettent avant le vorbe. Du reste, elle a vieilli.
— Syn. Etre ami, avoir de l'amitié. Etre ami dit plus que avoir de l'amitié.
— Anton. Adversaire, antagoniste, ennemi, rival.
— ALLUS. LITTÉR. :
10 Soyons amis. Cinna, c'est moi qui t'en convie.
Vers de Corneille dans Cinna {acte V, scène ni). Auguste, après la scène où il a montré à Cinna qu'il connaît tous les détails de sa conspiration, apprend qu'il est également trahi par ceux qu'il chérit le plus tendrement. C'est alors qu'il s'écrie dans un transport sublime :
■ Soî/oi
, Cin
i qui te
Et malgré la fureur de ton lûcbe Je te la donne encor comme à nu Dans l'application, on ne cite généralement que le premier hémistiche : Soyons amis, Cinna, et presque toujours dans un sens plaisant et familier :
2*> Rien n'est plus dangereux qu'un ignorant ami;
Mieux vaudrait un sage ennemi.
Vers de La Fontaine dans l'Ours et l'Amateur des jardins. L'ours, apercevant une mouche incommode sur le nez de son ami plongé dans le sommeil,
Vous empoigne un pavi!^, le lancL- avec roideur. Casse la tête h l'homme en écrasant la mouche. Les deux premiers vers sont passés en proverbe. 30 Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis.
Vers de Molière dans les Femmes savantes (acte III, scène 11). Armande, Bélise et Philaminte, en compagnie de Trissotin, forment lo plan d'une académie où elles se proposent de faire sortir la femme de son infériorité littéraire, philosophique et scientifique, oiî elles seront les oracles du bel esprit et les distributrices de la gloire... à leurs seuls amis. Ce vers, d'un comique si achevé, est devenu uuo des perles de notje langage proverbial et figuré,
40 Oui, puisque je retrouve un ami si fidtle. Ma fortune va prendre une face nouvelle. Vers de Racine dans Andj-oma/^ue (acte I, scène i), adressés parOrestoàPyladeenlo retrouvant à la cour dePi,Trhus. Ils sont devcntis ro>tjet de fréqMr n^-^—
ntes alTXisîons.
8" L'ami du genre humain n'e«t point du tout mon fait. Vers ilo Moli^ro dans lo Misanthrope (acte I", scùno i"). AI' r ,ii- ir|ii,H II,, l'iiorgiquemont à son ami Philinto d'avoir a, ' 1 l'i ,!■ : 1,'randos démonstrations un homnio qui, 11" ' I ' !"'■ inconnu; ot, commo Philinto s'oxcnso
1-11 I ml I I I lia l'ait ainsi quo suivre los usages do l,T iLiniic smi.ii', Alcpsto lui roidiquo par uno dloquento tirado qui so torniiuo ainsi :
Sur qui,liiiiB |)r,'ri'rcno.\ uno estimo ne fonde, Kt c'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde.
Jo veux qu'on me distingue, cl, pour le'trànchor net, Liui du genre humain n'est pamt du tout mon fait. Ce dernier vors est resté proverbe.
ù" Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour.
Vors do Molière dans lo Misanthrope (acte II, scène v). Dans cette l'aniouse scène, dite des tabourets, où Cèlimèno voit son humeur médisanto ap^ilaudio par Elianto, Acasto et Clilandro, Alcosto n'y tient plus, et s'abandonne à une boutade dont le premier vors est devenu l'objet de fréquentes allusions.
To Faites-vous des amis prêts h vous censurer.
Vers de Boiloau dans son Art poétique.
H" Et l'Ami PompiRnnn pense être quelque chose.
Vors satirique do Voltaire. V. quelqoe chose.
9» Un frère est un ami donmi par la nature.
■\ors de Logouvé père. V. prière.
10» Je laisse ft penser la vie.
Que llrent ces deux amis.
Vers do La Fontaine dans le Bal de ville et le Hat des champs. V. vu-:.
11* Être ami de Platon, mais plus encore de la vérité.