‹ Nouveau Larousse illustré (volume 3)Chapitre 247 sur 828 · AMOUR · texte numérisé non relu

AMOUR

rattacheut au culte do la beauté et lui douuoiit pour fin, uon le plaibir sensuel, mais l'amitié ; ils reviennent au platonisme et prêchent uue sorte d'indifférence à l'égard des personnes. Flutarque fait accomplir à la pensée antique un vrai progrès : il s'élève contre cette idée que l'amour serait ua besoin du corps et aurait pour fin la volupté. Il y voit l'appétit, mais transformé en une passion noble et généreuse. Ne se perdant pas dans les rêveries abstraites, il analyse le premier comme il convient l'amour conjugal, et il le tient pour seul légitime; il introduit dans le concept d'amour le respect do la personne aimée.

IV. — L'amour dans l'histoire et dans la littérature. On peut retrouver dans l'histoire de VamouT' la division que nous présente l'histoire générale : antiquité, moyen âge, temps modernes {amour antique, amour chevaleresque, amour moderne).

C'est toujours aux formes extérieures que l'amour antique s'attache ; la beauté d'Hélène séduit jusqu'à la vieillesse; Didon égale Vénus en attraits; Camille surpasse Diane en légèreté ; Néère est plus blanche que l'oiseau de Léda. Rien qui dépasse le physique : la Vénus que le poète adore n'est pas la déesse de la beauté intellectuelle et morale.

Un des traits les plus frappants de la physionomie que présente la société grecque et romaine, c'est que la femme n'inspire pas d'amour dans le sens que nous donnons aujourd'hui à ce mot : elle peut être désirée pour sa beauté physique, recherchée en vue de la génération, honorée à cause des citoyens qu'elle donne à la république, à cause de l'époux auquel elle confère la dignité et 1 autorité paternelle; mais elle n'est pas l'objet et lo but de l'amour; elle n'est pas véritablement aimée.

On rencontre surtout dans la littérature ancienne des amantes dédaignées, abandonnées : les Ariane, les Phèdre, les Médée, les Didon; quant aux amoureux, si communs dans notre littérature, on n'en trouve pour ainsi dire pas. L'amour apparaissait aux anciens comme une fatalité, non comme une noblesse. Il était en quelque sorte au-dessous de l'épopée et de la tragédie antiques.

Un autre trait qui sépare l'antiquité du moyen âge et des temps modernes au point de vue de l'amour, c'est que, dans les héroïnes de l'amour antique, cette passion douce ou violente, heureuse ou malheureuse, pure ou impure, se montre simple, fatale, irrésistible, tandis que Yamour moderne, moins voisin de la nature, s'accompagne d'une agitation intérieure et d'un trouble moral, qui contribuent singulièrement à le rendre dramatique.

Deux grandes induences ont révolutionné l'amour antique : le christianisme et les mœurs des peuples du Ps'ord. Le christianisme a donné à la femme une personnalité en lui donnant une conscience; il lui a donné des droits en lui donnant des devoirs. Le culte de la vierge Marie a contribué à l'estime et aux honneurs dont la femme a été entourée dans la civilisation chrétienne. Quant aux mœurs des nations barbares, elles présentent deux traits remarquables : d'une part, le respect général qu'inspirent les femmes ; de l'autre, l'ascendant particulier qu'exercent les héroïnes et les prêtresses. Ces deux traits ont contribué à établir dans la société germanique l'idée de l'égalité entre l'homme et la femme. La femme du Nord est vraiment la compagne de l'homme dans le travail et dans le péril, dans la paix et dans la guerre, dans la vie et dans la mort. Du christianisme et des mœurs germaniques est né l'amour chevaleresque. Vamour chevaleresque, c'est-à-dire l'amour devenu 1 mspirateur des grandes actions, la source de l'honneur, la femme devenue la distributrice de la gloire, et, pour ainsi dire, la conscience du guerrier, voilà qui eût paru une singulière aberration aux anciens. L'association de l'amour et de l'héroïsme, quel renversement de toutes leurs conceptions !

Avec le moyen âge finit l'amour chevaleresque proprement dit. Sous l'influence de la Renaissance, il se confond avec l'amour platonique, remis en honneur par les érudits du XV* siècle ; il se transforme en amour romanesque, en galanterie.

i< La galanterie, telle que l'entendent les vraies précieuses du XVII* siècle, telle que l'entend M"« de Scudéry, dit Sainl-Marc-Girardin, est ce mélange d'empressement et de respect envers les femmes dont la première origine se trouve dans la chevalerie. Seulement, le chevalier a déposé son armure à la porte des salons, il est devenu l'honnête homme. La chevalerie s'est sécularisée, elle s'est répandue dans le monde, et, sous le nom de « galanterie » , elle règle les rapports et les habitudes du monde entre les hommes et les femmes. Ainsi entendue, la galanterie est un des signes les plus caractéristiques du rang que les femmes ont dans la société depuis le christianisme. »

Le xviii* siècle est celui de la décadence de la galanterie ; elle s'abaisse, se dégrade et devient une sorte de corruption. L'amour galant, qui avait succédé à l'amour chevaleresque, est emporté avec les idées, les sentiments, les institutions de l'ancien régime par le torrent de la Révolution. Ramener l'amour à la simplicité antique, le soustraire aux influences monarchiques et religieuses qui l'ont, disaient-ils, dénaturé, tel paraît avoir été l'effort des penseurs de cette époque.

Au commencement du xix* siècle, nous voyons l'amour reprendre dans la littérature et dans la société l'empire que la révolution lui avait enlevé : ce n'est plus l'amour chevaleresque du moyen âge ; ce n'est plus la galanterie du x\iv siècle ; ce n'est plus le libertinage élégant du xviii*; c'est l'amour mélancolique et rêveur"; l'amour que la soif de l'infini fait dévier de sa fin naturelle ; l'amour qui se mêle à deux sentiments values et indéterminés, le sentiment de la nature et l'inquiétude métaphysique ou religieuse ; l'amour qui conduit au mépris et à la haine de l'action, de la réalité, à l'ennui et au dégoût de la vie. Notre littérature contemporaine a donné une large place à cet amour alanguissant, dont on trouve lo germe dans la Nouvelle Hêloïse de J.-J. Rousseau, et que deux écrivains surtout, l'autour de René et A'Atala, et l'auteur des Méditations, ont contribué à mettre à la mode.

y. — Affections DE VAytxhLE. Amour paternel, maternel L'amour des parents pour leurs enfants est d'autant plus fort qu'il concilie pour eux le bonheur de la personnalité et le bonheur du dévouement, et qu'il se rattache, d'une part, à l'amour de soi, de l'autre, à l'amour proprement ait. Qu'est-ce que l'enfant ?C'est le produit et le gage de l'amour, ou plutôt c'est l'amour réalisé, l'amour qui a pris forme et vie, l'amour fait chair. C'est l'extension de la vi© paternelle et de la vie maternelle. On connaît la belle

expression de M"* de Sévigné écrivant à sa fiUo : « Le vent de Grignan me fait mal à votre poitrine. »

11 y a dans l'amour des parents pour leurs enfants un élément égoïste, mais cet élément varie selon qu'il s'agit du père ou de la mère. Chez celle-ci, c'est un instinct naturel; chez celui-là, un sentiment qui a son germe dans la nature, mais qui se développe dans la société, l'orgueil du nom et l'orgueil de la race.

Uamour maternel n'a pour ainsi dire pas d'histoire. Quant à l'amour paternel, il dépend davantage du milieu social, de l'état de la législation. Il présente une physionomie différente, selon la constitution de la famille, selon le pouvoir que les lois et les mœurs confèrent au père sur ses enfants, selon la conscience que le père a de la responsabilité attachée à ce pouvoir.

VI. — Amour filial. L'antiquité appelait l'amour des enfants pour leurs parents du nom de piiHé filiale. Ce qui caractérise en effet la piété, c'est surtout la vénération ; or l'amour filial est un sentiment mêlé de vénération et de tendresse. C'est la tendresse qui domine ordinairement dans l'amour que la mère inspire ; la vénération dans le sentiment qu'on a pour le père.

L'amour filial a moins de force que l'amour paternel et l'amour maternel. On trouve plus de mauvais fils que de mauvais pères.

VII. — Amour fraternel, h'nnwjir fratei-nelestnn sentiment naturel fortifié par l'habitude, par les souvenirs, jtar les services reçus ou rendus, par la communauté de l'amour filial, par le respect du nom et les traditions

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