‹ Nouveau Larousse illustré (volume 3)Chapitre 246 sur 828 · AMOS — AMOUR · texte numérisé non relu

AMOS — AMOUR

sur le for atteignant uno certaine épaisseur, le premier do ces métaux perd do son affinité pour lo second.

— Peint. So dit do certain duvet qui rond la toilo plus propre â recevoir la colle.

— Cours d'amour. Tribunaux composés do damos illustres par leur naissance ot leur savoir, cl dont la juridiction s étendait sur toutes les questions do galantorio, do courtoisie ot les contestations d'amour. Les cours d'amour, institution chevaleresque, ont existé en Franco du xn' au XIV» siècle. Les requêtes étaient introduites sous forme do tentons, et les ohm d'amour rendaient des arrêts d'après les principes du De Arle amaloria et Beprohatione amoris, sorte de code écrit par André, chapelain do la cour do France, dans la seconde moitié du xii' siècle, et qui cite les cours d'amour des dames de Gascogne, d'Ermengardo, vicomtesse do Narbonne, do la reine Kléonore de Guyenne, de Sybille, fille de Foulques d'Anjou et comtesse de Flandre, do Mario do France, comtesso de Cbampa''no(U74).

\ oici le dispositif d'un jugement rendu par uno cour d'amour :

Question : « Lo véritable amour peut-il exister entre personnes mariées? n

Jugement de la comtesse de Champagne : • Nous disons ot assurons, par la teneur des présentes, que l'amour no peut étendre ses droits sur deux personnes mariées. En effet, les amants s'accordent tout mutuellement et gratuitement sans cstre contraints par aucun motif de nécessité, tandis que les époux sont tenus, par devoir, de subir rériproquement leurs volontés, ot do ne so refuser rien les uns aux autres... Que ce jugement, que nous avons rendu avec uno extrême prudence et d'après l'avis d'un grand nombre d'autres dames, soit pour vous d'une vérité constante et irréfragable. Ainsi jugé l'an 117-i, lo troisîèmo jour dos calendes de mai, indiction vu», n

Lo roi René d'Anjou s'efforf:a vainement de soutenir les cours d'amour. Beaucoup plus tard, Richelieu réunit à Rueil une assemblée pour juger une question de galanterie soulevée à l'hôtel do Rambouillet.

— Granim. En prose, amour est du masculin quand on l'emploie au sing-, et du féminin quand on l'emploie au plur. : Un fol amour. De folles amours. Il ne reste du masculin au plur. que lorsqu'il désigne les petits dieux de la Fable : Des Amours joufflus. Des Amours sculptés. En poésie, on peut, par licence, faire n amour > de l'un ou de l'autre genre, soit au sing., soit au plur. :

Qui faille beau succès d'une amour si parfaite-

COENEILLE.

Et qui sait si déjà quelque bouche infidèle Ne l'a point averti de votre amour nouvelle.

Racinei embrasse m ents

— Encycl. Philos. I. — Aucun mot ne montre mieux que le mot amour le peu de précision de la langue des sentiments. Tantôt il se généralise, et devient synonyme de penchant, de goût; tantôt il sert à désigner d'une façon spéciale l'affection, l'attachement d'une personne pour d'autres personnes; tantôt il se restreint au point de n'exprimer que l'attrait des sexes, soit moral, soit uniquement sensuel. Avant Descartes, on appelait amour de bienveillance celui qui excite à vouloir du bien à ce qu'on aime; amour de concupiscence, celui qui fait désirer la chose qu'on aime.

Leibniz donne de l'amour cette belle définition, qui s'applique uniquement à l'amour de bienveillance : « Aimer, c'est être porté à prendre du plaisir dans le bien ou bonheur do l'être aimé. ■> 11 rejetterait volontiers, comme impropre, le mot n amour u appliqué aux choses : n On n'aime point, dit-il, à proprement parler, ce qui est incapable de plaisir et de peine. i>

II. — Ùamour de soi est le sentiment qui nous attache à la conservation et au développement (le notre propre individualité.

Il se trouve au fond de tous les sentiments, même do ceux qui paraissent les plus désintéressés; tous, en réalité, portent sur cette nase; on peut dire que c'est la tige commune sur laquelle fleurissent les amours de personnes comme les amours do choses. Considéré à ce point de vue général, l'amour de soi ne saurait être opposé à l'amour d' autrui ; on ne peut même comprendre le second sans le premier, car le pouvoir d'aimer implique nécessairement le pouvoir de jouir de son amour.

III. — Dk l'amour proprement dit. Empédocle fait do l'amour la force qui préside â l'ordre du monde; mais sa notion en est si confuse, qu'il lui arrive d'en faire une substance corporelle mêlée aux choses. 11 indique seulement que le semblable recherche lo semblable. Heraclite professe, au contraire, que c'est le contraste qui fonde l'amour. Socrato, malgré la liberté de son langage, a uno grande sévérité de jugement : voyani dans la pureté des mœurs la condition do la liberté intellectuelle (il ne s'élève pas plus haut) et une des formes de l'empire de soi, il distinguo rigoureusement l'amour céleste et l'amour vulgaire, et il condamne absolument le dernier, qui ne tend pas au bien de la personne aimée, qui recouvre des sentiments d'indifférence et de haine, qui n'est pas le principe du courage. On dirait qu'il no connaît pas d'autre amour que la monstrueuse anomalie qui s'était développée dans les gymnases. Platon est à la fois un peintre et un réformateur des mœurs. II est indulgent comme artiste et poète à ce qu'il réprouve comme moraliste. Comme son maître, il distingue entre l'amour céleste et l'amour vulgaire, et cette distinction explique, d'après lui, les jugements contraires et équivoques des peuples sur ce sentiment et les conduites différentes auxquelles il donne lieu. Il flétrit les moeurs grecaues et affirme qu'on peut les corriger par les lois et par 1 éducation. Mais, en même temps, réduisant l'amour à l'attrait de la beauté, plaçant la beauté suprême dans le monde intelligible, il fait de l'amour un élan vers l'infini, il donne au mariage pour fin unique de donner des enfants à l'Etat ; décrétant la communauté des femmes dans la classe des guerriers, il méconnaît le caractère essentiel de l'amour. Aristote s'efforce de découvrir la base psychologique des sentiments; aussi voit-il dans l'amour, non pas un principe métaphysique, une aspiration vers le oeau absolu, mais un lien naturel entre l'homme et la femme et qui fonde la famille. Epicure le réduit au besoin physique : il en met l'origine dans des émanations qui s'échappent des corps. Les stoïciens lo

Page 1