X. — Amour divin. V. charité, mysticisme
— Mytliol. V. Ei;os, Cdpidon.
— Syn. Amour, afiection, amitié, attachement, inclination, passion, tendresse. V. affection.
— .-Vnton. Abomination, animosité, antipathie, aversion, désaffection, détestation, éloignement, exécration, haine, horreur, indifférence, inimitié, malveillance, prévention, rancune, répugnance, ressentiment.
— PRuV. LITTÉR. :
Afnour! amour! quand tu nous tiens.
On pput bien dire : Adieu, prudence !
Vers de la fable de La Fontaine, le Lion amoureux. Un lion, devenu amoureux d'une jeune fille, se laisse, sur la demande du père, rogner les griffes et limer les dents. On lâche alors sur lui quelques chiens, auxquels il ne peut résister. Les deux vers qui ser\'ent de conclusion à l'épisode s'appliquent aux amoureux qui, dans l'ivresse de la passion, se dépouillent volontairement d'une arme dont plus tard ils regretteront la porte, et, généralement, à toutes les folies qui sont les conséquences de l'amour.
— Peov. LiTTÊR. : Amour, tu perdis Troie ! Hémistiche de La Fontaine {les Deux Coqs), auquel on fait de fréquentes allusions, pour rappeler les malheurs causés par la passion d'amour.
— pRov. LITTÉR. : Pour l'amour du grec, Allusion à doux vers de Molière, dans les Femmes savantes. V. grec.
— pROV. LITTÉR. :
Les tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie!
Vers de la fable les Animaux malades de lapes te. \.AhiiiAL.
logiques ou familières. En même temps, Pausias, puis Apelle, peut-être, s'étaient illustrés à représenter l'Amour dans leurs tableaux. Ce sont ces monuments figurés qui devaient servir d'exemple aux auteurs des peintures pompéiennes, qui content si volontiers les scandales de l'Olympe.
Aux époques de foi, il ne saurait être question de représentations d'Eros, mais la Renaissance restaure le culte des dieux pa'iens. On les voit paraître dans les œuvres de Lorenzo Costa, de Sandre Botticelli {le Printemps, les Amours); de Luca Signorelli [le Triomphe de la Chasteté); du Pérugin {le Combat de l'Amour et de la Chasteté). Raphaël a célébré le triomphe de l'Amour dans les fresques de la chambre de bains du cardinal Bibiena, et l'on voit à la Farnésine des Amours procédant à la toilette de la reine dans les Noces d Alexandre et de Roxane, par le Sodoma, etc. L'Amour a été encore célébré par l'école d'Andréa Mantegna, par Corrège, par le Parmesan, dans l'école lombarde ; par Titien [l Amour sacré et l'Amour profane [v. ci-aprèsj); par Paris Bordone, Tintoret et Véronèse dans l'école vénitienne; par les Carra c h e, par le Guide et surtout l'Albane dans l'école bolonaise, durant la Renaissance, on érigea en Italie, sur les places
publiq une SI lequel pour s
■s tl;iiiiands du commencement du xvi' siècle rapporteront d'Italie lo culte des Amours, mais il ne semblait convenir que par exception à cette peinture du Nord, sous le pinceau de Rubens, par exemple. Depuis la Renaissance, c'est en France que 1 Amour a rencontré les peintres et les sculpteurs les plus dignes. On a invoqué l'influence exercée sur nos artistes par les modèles du Primatice et de l'école de Fontainebleau ; peut-être y eut-il aussi appropriation du tempérament national à des sujets légers, spirituels et gracieux. Des le xvii' siècle. Poussin, dans de nombreux tableaux, Le Sueur, dans les décorations de
plusieurs statues à Eros; Donatello sculpta VAntuur; on en doit deux à Michel-Ange, lusieurs cartons do tapisserie ayant
I liôK'l Lambert (aujourd'hui au Louvre), s'ilhistrftront à r<>iirosontor l'Amour; mais c'est surtout lo xvm« siècle ijiii fut, solon l'exprossion do Haudolairo, » lo climat histi)rii|uo do l'amour ot des roses » : Lomoyno, Natoiro, eu. Coypel, Carlo Van Loo, Boucher, Fragonard devinrent les peintres oftlciels du dieu triomphant. Kl l'amour n'inspira pas souiomont les peintres, mais les sculpteurs, comme Bouchardon (l'Amour taillant non arc), les faiseurs de statuettes ot do H^urines, comme Falconet ot Cyf(l<i; les graveurs comme Choti'ard, Cocliin, Gravelot, Kison, etc.. et ùla lin du xviii* siècle, après mémo, deux maîtres, CJodion ot Prud'hon, !aiss(?ront du divin Eros les repritsentations les plus délicieuses ot les plus parfaites. Kn dehors d'eux, on no saurait monlionner que pour mémoire los représentations do l'Amour datant de Gérard et du premier Empire, ainsi que les pointures, plus empreintes d'afféterie que de gràco dues à l'école noo-grccquo et à Picou, Ilamon, etc. Tassacrt doit plutôt être rattaché à l'école romantique, ot dans une certaine mesure aussi, Rudo, l'auteur de l'Amour dominateur du monde, l'un des beaux chefs-d'œuvre do la statuaire moderne. C'est encore une œuvro très distinguée qiio VAmour rognant ses ailes, du sculpteur Bonnassieux.il est à remarquer d'ailleurs qu'au XIX* siècle, des artistes qui veulent une statuaire expressive ot vivante ont souvent fait entrer les Amours dans la composition de leurs œuvres; tels furent Carpeaux {Triomphe de Fhrv, lAniour du groupe de la Danse); Rodin {la Femme et l'Amour) ; Dalou (le Vase aux Amours) ; Gustave Doré, Carrior-Uelleuse et son gendre Joscpli Choret, ont aussi représenté l'Amour dans mainte œuvre ornementalo.
Amour (DR l'), par Plutarque. Ce petit traité, qui a la forme d'un entretien, est une imitation du Phèdre et du Banquet de Platon. L'auteur y mot en parallèle l'amour unisexuel, si répandu on Grèce, et l'amour conjugal; il conclut à la glorification do ce dernier. Un des personnages du dialogue, Proto^ène, n'approuve le mariage que parce qu'il entretient la population; mais, pour un véritable amour, dit-il, il n'en existe pas même l'apparence parmi les femmes : elle n'ont que des appétits.
Plutarque combat cette doctrine. Lo mariage, selon lui, n'est pas seulement lo moyen de perpétuer la société humaine ; si le mariage n'était qu'une union sans amour et sans amitié, ce serait la dégradation de la nature humaine. L'amour a part à l'union nuptiale : il la rend douce et heureuse, il en fait la meilleure des amitiés de l'homme. Plutarque rend à la femme un hommage que l'on ne rencontre guère dans l'antiquité. Il analyse de quelles vertus les femmes sont capables, et it afrirme qu'aimant comme elles aiment, elles méritent d'obtenir lo même amour. Cet amour des maris pour leurs femmes n'est pas seulement une justice qu'ils leur doivent, c'est le salut et le bonheur du mariage : car aimer préserve le mari des fautes qui font la ruine des maisons.
A l'appui de ces éloges qu'il donne aux femmes et à l'amour conjugal, Plutarque raconte la touchante histoire d'Eponine et de Sabinus, ot celle de Camma.
Amour (l'), par Stendhal (H. Beyle), publié en 1822. L'auteur déclare, dans sa préface, qu'il a voulu faire une description détaillée et minutieuse de tous les sentiments qui composent la passion nommée amour, et l'expliquer raisonnablement, mathématiquement. Le premier des deux livres de cette étude est consacré à l'analyse de l'amour, des conditions de sa naissance et des lois de son développement, des différences qu'il présente dans les deux sexes; de la pudeur et de son influence sur l'amour, de l'orgueil féminin, du naturel dans l'expression de l'amour, do la jalousie, de la pique d'amour-propre, de l'amour à querelles. Il y a, d'après Stendhal, quatre amours différents : l'amour-passion, l'amour-goùt, l'amour physique et l'amour de vanité. Le principal phénomène, celui qui joue le grand rôle dans l'histoire de l'amour, est cotte folie qui nous fait orner do mille beautés, de mille perfections imaginaires l'objet que nous commençons à aimer. A cette puissance de l'imagination l'auteur donne le nom de cristallisation, parce qu'elle rappelle assez bien, dit-il, la transformation qu'opèro la nature sur le rameau effeuillé que l'on jette dans la profondeur des mines do sel de Saltzbourg, et qu'on en retire deux ou trois mois après couvert de cristallisations brillantes, de diamants mobiles ot éblouissants. Dans le deuxième livre, Stendhal montre l'amour se diversifiant selon les tempéraments, les gouvernements et les caractères nationaux. Il étudie ces diversités de l'amour et en marque les traits et les couleurs dans différents pays. L'Italie lui semble le seul où croisse en liberté la plante qu'il décrit. A chaque page on trouve des pensées fines, ingénieuses, bien gravées, dont plusieurs frappent par leur aspect paradoxal, mais incitent à la réflexion.
Amour (De l') selon les lois premières et selon les convenances des socit'lës modernes, par de Sénancour. Dans cet ouvrage, publié pour la première fois en 1806, l'auteur étudie l'amour et les diverses questions qui s'y rattachent, au point do vue de la raison et de la conscience naturelle, en dehors des doctrines répandues et consacrées par les législateurs religieux et politiques. Il se pose en fils du Xvm' siècle, contre la réaction philosophique et religieuse jq^ui commence avec Chateaubriand; son esprit d'observa- |tion et d'analyse rappelle Montesquieu; son éloquence jémue fait penser à Jean-Jacques.
I Amour (l') par Michelet. Cet ouvrage, publié en 1858, et dont le titre complet serait, d'après l'auteur, l'Aff'ran- \chissement moral par le véritable amour, a pour but « déiclairer deux côtés de l'amour jusqu'ici négligés : son côté Ifatal et profond d'histoire naturelle, qui influe infiniment |sur son développement moral ; son côté libre et volonfairo. ! où l'art moral agit sur lui ... L'idée fondamentale est la puissance de durée, de renouvellement, de métamorphose [que possède l'amour, et grâce à laquelle, comme toute autre force naturelle, il devient une puissance disciplijnable, un principe d'ordre et de progrès, en trouvant dans le mariage son développement normal.
I Michelet attache une très grande importance à l'élément fatal, physiologique de l amour; pour lui, la femme est une malade; donc ses caprices sont le plus souvent l'effet de ses souffrances. Chez elle, la pensée et l'action ne peuvent être soutenues; c'est un mauvais ouvrier; il faut lui demander peu do travail, peu d'initiative; seize jours sur vingt-huit, elle n'a aucune volonté; c'est une Idureté de la traiter en égale; ses faiblesses, et même ses 'fautes les plus graves, ont presque toujours droit aux cir-
constances atténuantos.Voilàla responsabilité do la femme dimmuéo, presque anéantie, et du mémo coup celle du mari singulièrement accrue. Ce n'est pas assez pour lui do pourvoir par lo travail aux besoins au ménage, il faut qu'il commence par créer sa femme, qu'il no cosse do 1 entourer do soins, qu'il vive avec elle dans la solitude, loin du monde; qu'il cumule auprès d'elle les charges do femme do chambre, do confesseur, do médecin; qu'il multiplie les ingénieuses et aimantes précaution.s pour la tenir on santé physique ot morale, ot pour prévenir les défaillances de son amour. Evidemment, ce livre n'est pas à l'usage do la classe la plus nombreuse et la plus pauvre : n J'écris uniquement, dit Michelet, pour ceux qui sont libres d'arranger leur vie. »
Amour africain (i/), opéra-comique on deux actes, paroles d'Ernest Logouvé, d'après une nouvelle do rrosper Mérimée, musique de Paladilhe {Opéra-Comique, 8 mai 1875). Los défauts d'un poème inégal ot un peu incohérent ont porté tort à la musique do cet ouvrage, qui est loin do manquer do qualités : au premier acte, un jietit mélodrame, la gentille chanson italienne do Margarita, le chœur charmant des olivettes, accompagné par lo fifre et le tambourin, et un bon quintette ; au second, après la jolie ot tendre romance de Nouman, les couplets do Moïana, un suave chant à deux voix : Divin transport! un trio dont la fin est très pathétique, et lo très heureux cantabile de Moïana : Maître, c'est toi que j'aime.
Amour brode (i/), comédie en trois actes, en prose, de François do Curel, représentée au Théàtre-Franrais le 25 octobre 1893. Gabrielle de Guimont, qui aime un'jeuno homme pauvre, Charles Méran, dans un moment de fulio ot d'orgueil, donne sa main à un vieillard millionnaire. Celui-ci meurt bientôt après, en laissant toute sa fortune à sa femme. Elle retrouve Charles Méran et désire qu'il la demande en mariage; mais, en même temps, elle sent qu'elle lui en voudrait s'il le faisait: un jeune homme pauvre qui veut épouser une jeune femme riche perd do son prestige, et M"* de Guimont a rêvé un héros. Elle imagme alors un stratagème : elle feint d'avoir cédé à un caprice, aune curiosité passagère, et d'être enceinte. Si Charles l'aime d'un amour héroïque, il l'épousera quand même. Le jeune homme consent au sacrifice, mais il avertit Gabrielle que le lendemain il se tuera. Le mariage se fait ; et le soir, au moment où Gabrielle, vaincue, se jette dans les bras de Charles pour lui avouer tout, il se tue.
Cette pièce a soulevé, à son apparition, une ardente polémique. C'est un marivaudage dramatique, où l'on rencontre des qualités littéraires et d'ingénieuses pensées.
Amour d'automne, par André Theuriet (1888). — Desgranges, intelligent et riche, a quarante-cinq ans. Il a mené une large vie de garçon, lorsqu'un ami mourant l'appelle en Savoie pour qu'il aide sa tille à régler sa succession. Il arrive à Talloire. Son ami est mort, sa fille lo reçoit, et chaque jour il revient auprès d'elle. Au contact de Mariannette, fille à l'àme droite, à l'esprit cultivé, il sent naître une affection grandissante et bientôt un ardent amour. Alors, pour la première fois, il comprend que sa jeunesse s'est enfuie. Il veut s'éloigner, mais Mariannette provoque un aveu et lui dit qu'elle est fière d'être la femme de son choix. Un incident inattendu, l'arrivée d'une ancienne maîtresse, vient détruire ce projet d'union. Et Desgranges, désolé, tout à coup vieilli, quitte pour toujours celle qu'il aimait. Tel est le sujet de cette œuvre délicate et cnarmante, d'une pénétrante émotion, où l'on trouve de lumineuses descriptions du lac d'Annecy et des paysages alpestres.
Amour et Psyché (l'], célèbre épisode de l'Ane d'or, d'Apulée. C'est une histoire qu'une vieille servante do brigands raconte à une jeune femme, pour la consoler d'avoir été enlevée le jour do ses noces.
Psyché était une jeune princesse d'une beauté si extraordinaire, que les étrangers accourus en foule se prosternaient devant elle comme si c'eût été Vénus elle-même. Jalouse, cette déesse charge son fils Cupidon de punir sa rivale en lui inspirant une passion pour quelque homme méprisable. Un oracle ordonne au père de Psyché d'exposer sa tille sur un rocher, car elle ne doit avoir pour mari qu'un monstre épouvantable. A peine Psyché est-elle exposée, que Zéphyr l'enlève et la transporte dans un somptueux palais, où chaque nuit vient se glisser dans son lit un être mystérieux, qui disparait dès les premiers rayons du jour. Cet invisible amant lui recommande de no jamais chercher à voir sa figure et la menace des plus terribles malheurs si elle cède à la curiosité. Mais les sœurs de Psyché, jalouses d'elle, lui rappellent l'oracle et l'engagent à se. délivrer du monstre dont elle est certainement la femme en le poignardant pendant son sommeil. Psyché, la nuit suivante, prête à suivre ce conseil, dirige la lumière sur la figure du mystérieux époux, et, au lieu d'un monstre, voit l'Amour lui-même!... Tandis qu'elle est plongée dans l'extase, une goutte d'huile brûlante tombe do sa lampe sur l'épaule de Cupidon, qui s'éveille aussitôt. Voyant que son secret a été violé, il s'envole et, à partir de ce moment. Psyché est soumise par Vénus à toutes sortes d'épreuves, avant que de pouvoir retrouver son cher Cupidon, auquel Jupiter, touché de sa constance, finit par l'unir.
Apulée a orné cette fable de tous les trésors de son imagination et des charmes d'un style riche de brillantes métaphores.
Suivant quelques mythographes, on se trouverait ici en présence dune allégorie due à quelque platonicien ou à quelque sectateur des doctrines orphiques. Psyché {en grec psuchê, âme) serait la personnification de l'âme en lutte ici-bas avec toutes les passions, dont elle finit par triompher pour s'envoler ensuite dans des régions plus pures, où elle reçoit la récompense duo à ses efforts.
Ce délicieux épisode a été reproduit sous mille formes dans les arts, la littérature, au théâtre, etc. V. Psyché.
Amour et Psyché (l'J. Ce sujet a été fréquemment traité par les peintres et les sculpteurs. Le tableau de Fr. (iérard. au musée du Louvre, traduit sous une forme chaste l'allégorie quelque peu voluptueuse par laquelle les Grecs avaient exprimé les premières émotions de l'âme qui s'éveille au souffle de la passion. Psyché, lo bas du corps enveloppé d'une gaze transparente, reçoit avec étonnement le premier baiser de l'Amour, gracieusement penché vers elle. Elle porte la main à soncœur ému; la pensée, le sentiment s éveillent dans son être jusque-là endormi, et sur son front le papillon de l'âme palpite