‹ Nouveau Larousse illustré (volume 3)Chapitre 383 sur 828 · ARC (JEANNE D · texte numérisé non relu

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joslé, trônant sur les nues, ayant aux en adoration avec chacun une llour de lis ; une banderole portait les mots.IÉslis-MARiA. Sur l'autre face, deux anges soutouaiont l'écu do France. On réunit l'argent nécessaire, et Jeanne, après avoir sommé les Anglais do lui rendre, .au nom du roi du ciel, les clefs de toutes les places qu'ils occupaient dans lo royaume, marcha sur Orléans, où elle entra lo 29 avril, au grand enthousiasme des habitants. En quelques jours, elle ravitailla deu.\ fois la place, chassa les Anglais des fortes positions qu'ils occupaient, jeta parmi eux la panique et les réduisit à une retraite précipitée. Jeanne allait à la tête des troupes, son étendard en main, ne craignant pas do pénétrer dans les rangs ennemis, mais no se servant point de son épée ; l'armée, sous son influence, avait été transformée : les ribaudes en étaient chassées, des prêtres l'accompagnaient, chantant les louanges de Dieu ; les soldats, naguère dissolus et pillards, devenaient à son contact piou.t et pénitents. Orléans délivré, Jeanne voulut accomplir le second point do sa mission : conduire lo dauphin à Reims pour y être sacré ; mais elle se heurta à la mauvaise volonté d'un conseil oii LaTrémoille était tout-puissant ot dont lo roi ne savait pas se dégager. Jeanne, qui disait qu'elle ne « durerait qu un an », obtint encore gain de cause, et, pendant que Charles faisait ses préparatifs, elle menait cetto foudroyante campagne qui, en une semaine (12 à 19 juin), faisait tomber entre ses mains Jargeau, le pont de Meung, Beangoncy, et se terminait, le 19 juin, par la défaite écrasante àPatay, en rase campagne, de l'armée anglaise et de l'un de ses meilleurs capitaines, Talbot. Le roi, cependant, no se décidait pas à partir ; il fallut qu'elle allât do l'avant pour l'y déterminer ; La Trémoille, toujours hostile, empêcha do prendre Auxerre, qui paya largement co service. Troyes faisait mine de résister, et le conseil parlait de passer outre : Jeanne imposa sa volonté : à la première menace d'assaut, la ville se rendit, entraînant dans sa soumission Châlons et Reims.

C'est le 16 juillet que l'armée pénétrait dans la ville du sacre ; le lendemain avait lieu 1 imposante cérémonie où Jeanne et son étendard eurent une place d'honneur. Jeanne qui, dès le début, avait déclaré que sa mission so bornait Sl fairo lever le siège d'Orléans et à faire sacrer le roi à Reims, resta cependant avec l'armée. Elle eût voulu qu'on marchât sur Paris ; les tergiversations du conseil, qui négociait sans cesse et qui voulait ramener le roi derrière la Loire, retardèrent tellement son désir que co n'est que lo 26 août qu'elle lut à Saint-Denis, et le 7 septembre qu'elle y fut rejointe par le roi. Blessée et repoussée à l'assaut do la porto Saint-Honoré, elle se vit enipôt:héo par le roi de tenter un nouvel offert.

Elle suspendit son

à Saint- Denis, et la retraite commença. La tin do l'année se passa dans des succès mêlés do revers au sud do la Loire. Charles VIL qui on décembre anoblissait la Pucellé et toute sa famille, la maintenait dans l'inaction. Au printemps do 1 130, Jeanne s'échappait et courait au secours de Compiègne assiégé, en dépit do ses voix qui lui disaient qu'elle serait prise. Tombée aux mains des Bourguignons le 23 mai, peut-être à la suite d'une trahison, elle tenta de s'échapper de sa prison, en sautant par une fenêtre, et fut grièvement blessée. Le comte de Luxembourg, qui la détenait, finit par la vendre aux Anglais (21 novembre), représentés par 1 évêquo de Beauvais. Pierre Cauchon ; elle fut conduite à Rouen, où commença un procès qui ne fut qu'un long martyre. Après l'instruction préparatoire (14-n février), eut lieu le procès, qui commença le 21 février. Jeanne étant accusée de crimes contre la foi. lo vice-inquisiteur fut appelé à siéger au procès : il refusa d'abord, et ce ne fut que contraint, après en avoir reçu une commission spéciale, qu'il prit place comme assesseur. lo 13 mars. Il nous reste du procès-verbal rédigé par lo greffier Manchon, outre un fragment de la minute originale, une traduction authentique en latin, document de premier ordre, malgré des lacunes, et malgré le soupçon londé do changements apportés par les juges. Les dépositions faites au procès de réhabilitation nous ont conservé plusieurs traits de la physionomie du procès de condamnation. Si à aucun mo-

avvY\^

Siffnatui

; d'Arc.

ment l'on n'employa contre Jeanne la torture physique (la majorité du triounal y tU opposition), riniorrogaloire constitua pour elle une véritable torture morale, foutes les linessos de la théologie, toutes les t>ubtilités do la jurisprudence furent mises en œuvre contre cetto pauvre tlllo ignorante, ù. laquelle on n'accordait mémo pas lo secours d'un avocat et qui, pour défendre son innocence, n'avait que son bon sens. On croisait, on entremêlait les questions captieuses; on sautait brusquement d'un point à un autre ; un cherchait dans chaque réponse une base à do nouvelles interrogations, à do nouvelles attaques. On lui posait dos questions auxquelles un théologien eût hésité à répondre; parmi ceux mémo qui siégeaient au tribunal, il s'en trouva que de tels procédés écœurèrent; quand Cauchon demanda à Joanne si elle se croyait en état de grâce, Jeanne eut une do ces réponses qui déconcertaient toute l'adresse do ses juges : « Si je n'y suis, que Dieu m'y mette ; et si j'y suis, que Dieu m'y tienne, n On fit surtout rouler le procès sur lo port des habits d'homme, que Jeanne refusait avec énergie de quitter, tant qu'elle serait entourée de grossiers soudards ; sur les visions qu'elle s'obstinait à déclarer réelles et envoyées de Dieu, mais sur lesquelles elles no voulait point donner do détails précis ; sur la soumission à l'Eglise. Si Jeanne eût été conseillée, elle en eût appelé au pape, co qui aurait mis l'évéquode Beauvais dans une situation embarrassée ; elle so contenta de requérir qu'on la conduisît devant le souverain pontife, ou bien au concile où siégeaient des prélats do son parti. Malgré toute son énergie, Jeanne s'épuisait dans cotte lutte inégale ; elle fut un instant si gravement malade qu'on put craindre de la voir mourir. Klle eut un moment do laihlosso : lo 23 mai U3i. au cimetière Saii du bûcher qui so dressait pour elle, pressée par les objurirations de ceux qui l'entoiiraieni, elle si- ^Tia d'une croix la formule dabju-

r. pirii.iir i.ii,' avait promis de r('\ riii' il.'-, li.iLit.s de femme; elle garda son vêtement masculin, contrainte, suivant une version, par SOS gardiens, qui n'en mettaient pomt d'autre à sa disposition. On la déclara relapse; alors, ollo rétracta ce qu'on lui avait fait dire, déclarant qu'elle n'avait abjuré que par crainte du feu, mais que ses voix le lui avaient reproché et qu'elle aimait mieux mourir quo de les renier. Le 30 mai, on la conduisit au lieu du supplice. Kilo mourut en prononçant le nom do Jésus, qu'elle avait fait jadis marquer sur son étendard et qu'elle mettait en léte do ses lettres.

On a vivement reproché à Charles VII do n'avoir rien tenté pour délivrer celle qui l'avait fait sacrer : il y a de fortes présomptions qu'il lit tenter un coup do main, la seule chance qu'il eût de réussir à la sauver. La nouvelle de la prise de la Puccllo avait consterne la France ; à Tours, on ordonna un deuil public. A Orléans, dès 1435. sa vie merveilleuse devint le sujet d'un Mystère représenté devant lo peuple et qui entretenait chez lui l'amour de la libératrice. Dès que Charles VII fut le maître en France, il s'occupa de faire réhabiliter Jeanne d'Arc. Le 17 novembre 1455, la cause fut officiellement introduite ; le 7 juillet suivant, la sentence définitive fut prononcée. Rappelons que Jeanne d'Arc a été récemment déclarée « vénérable », et que sa béatification se poursuit en courde Rome. C'est en notre siècle surtout que l'histoire de Jeanne d'Arc a été remise dans son vrai jour. Michclet avait déjà consacré à l'héroïne ces pages ardentes et enthousiastes, ot par ailleurs attendrissantes, qui forment un des plus beaux morceaux de son Histoire de France; Henri Martin, avec un esprit plus froid, avait aussi écrit son Histoire de Jeanne d'Arc, tirée de sa grande Histoire de France, quand Jules Quicherat fit faire à la connaissance de co drame un pas décisif par la publication intégrale des deux Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc (dans les publications de la Société de l'Histoire de France, Paris, 1811-1849). Les procès, jusqu'alors, n'étaient à la disposition du public que dans les extraits donnés au siècle dernier par L'Averdy (t. III des Notices et Extraits des manusc7''its de la bibliothèque du roy, Paris, 1790); Quicherat les collationna avec soin sur les manuscrits originaux, et sa publication reste la source principale où ont puisé tous ceux qui ont écrit riùstoire de Jeanne. Le tome h" est consacré au procès de condamnation dont Quicherat a donné, outre le texte latin, ce qui reste tie la minute originale de Manchon ; le procès de réhal>ilitaiion et les pièces y relatives remplissent tout lo tome II et partie du tome III, qui contiennent encore les opiiuuus et mémoires extra-judiciaires publiés du vivant de Jeanne : tels lo mémoire de Gélis, celui d'un clerc allemand, etc. Le tome IV donne tout ce que Quicherat a pu relever suy Jeanne d'Arc dans les chroniqueurs et historiens du xv" siècle; enfin, le tome V, avec les témoignages des poètes, contient les lettres, extraits de comptes, etc. Les procès, qui restent malgré tout la source essentielle, celle où l'on apprend le mieux à connaître lo caractère de Jeanne et les circonstances de sa vie, ont été d'assez bonne heure mis à la portée des lecteurs français par des traductions plus ou moins complètes, plus ou moins exactes. Presque au même moment, Vailet de Viriville traduisait le Procès de condatnnation (Paris, I867,i, et O'Reilly présentait, dans une autre version, les J)eitx Procès de condamnation, les Enquêtes et la Sentence de rt-habilitation (Paris, 1868). Maison aura plutôt recours aux traductions données par Fabre, qui a tant fait pour la mémoire de Jeanne d Arc {Procès de condamnation, 1885; Procès de réhabilitation, Paris, 1888), et par l'abbé Fescb et Léo Taxil(/e J/rtWf/re de Jeanne d'Arc, Paris. 189oV Dans son recueil, Quicherat n'avait donné qu'un choix des mémoires rédigés en faveur de Jeanne d'Arc (celui, par exemple, de Théodore de Leliis). En 1889, Pierre Lanéry d'Arc a publié, pour servir de suite et de tomo VI au recueil de Quicherat, les Mémoii-es et Consultations en faveur de Jeanne d'Arc, par les juges du procès de réhabilitation (Paris. 1889). Ce recueil contient les sommaires de Théodore de Leliis, de G. do Verseilles, de Jean Bréhal, les opinions, considérations ou consultations de Paul Pontanus. de Jean L'Hermite, d'Ilélios, do Bourdeilles, de Thomas Basin, de Martin Bernier, de Jean Bochard, de Jean de Martigny, Guillaume Bouille, etc., enfin la.fle(ro//ec^(odeJean Bréhal, grand inquisiteur, qui fut la pièce capitale du procès de réhabilitation.

Parmi -les ouvrages de grande vulgansasiou ou les thèses

do quoique importance dont Jeanne d' Arc a «•lu l'objet, les plus considérabloH .sont : Histoire de Jeanne d'Arc, par Wallon, écrite dès 18G0 ot dont il a paru, en 1870, une magnifique édition illustrée; Jeanne d'Arc, par Marîuti Sejiet (1809); Jeanne d'Arc tibtfratrice de la France, par J. Fabre (18841; Jeanne d'Arc à Domremij, par Simcou Luce llHHG). Lon s est placé à un double point de vuo pour juger Jeanne d'Arc : tandis quo les écrivains catholiques, lois (juc Marins Sepet, ont adopté en général la certitude do la mission divine de Jeanne d'Arc et la réalité do ses voix et apparitions, d'autres, so plaçant au point de vuo rationaliste, ont considéré Jeanne d'Arc comme une hallucinée, tantôt croyant, dans un sons fort largo, commo Henri Martin, à. sa mission divine, tantôt l'oxplir^uant, commo J. Fabre, par les conditions do milieu ot par 1 inspiration du simple patriotisme.

11 y a encore, sur Jeanne d'Arc, un certain nomhro d'ouvrages do fantaisie; par exemple, on a été jusqu'à aoutenir qu'il n'y avait pas eu une Jeanne d'Arc, mai» doux : Jeanne l'inspirée et .sa sœur Claude, la guerrière, coUo-ci agissant sous l'influence des fées. Claude, après la mort do sa sœur, aurait voulu reprendre les armes, et c est elle la fausse Jeanne d'Arc, connue dans l'histoire sous le nom do « dame des Armoises » . Est-il besoin de dire que cette tlièso extravagante ne s'appuie que sur des imaginations ?Claudc, diio II Jeanne des .\rmoises ", qui do 1430 à 1440, réussit à tromper la crédulité publique en se faisant passer pour Jeanne d'Arc et dont la fraude no fut miso au jour que par Charles VII, a trouvé d'autres historiens qui ont voulu l'Identifier avec Jeanne d'.\rc elle-même. Bien qu'il no puisse y avoir l'ombre d'un doute sur le supplice, à Rouen, de Jeanne, dont les cendres furent jetées dans la Seine, quelques auteurs ont soutenu qu'elle n'avait été qu'Incarcérée, et que la femme qui se faisait passer pour elle ot qui épousa lo sire des Armoises était bien Vhéroïne d'Orléans. Parmi ces auteurs, les derniers en date sont Ernest Lesigne : la Fin d'une légende (Paris, 1889,', et Gaston Sayo : Jehanne des Armoises, pucelle d'Orléans (Nancy, 1893). i

— l5e bonne heure, Jeanne d'Arcaété célébrée par lalittérature. Dès lo début do sa mission, la vieille Christine de Pisan, qui depuis onze ans pleurait le départ du dauphin de Paris, sortit de sa douleur pour célébrer rhéroine qui venait de sauver Orléans. Après le Mistère du aièfje d'Orléans, ci-dessus indiqué, ce fut Martin Le Franc, un Bourgui":non, pourtant, qui chanta les louantes do Jeanne d'Arc. A la fin du xv" siècle (1484), Il faut signaler dans les Vigiles du roi Charles Vil, de Martial d'Auvergne, des vers sur la Pucelle. qui ne manquent ni do force ni d'élégance et, dans la Ballade des Dames du temps jadis, le regret exprimé par Villon :

. . . Jehanne, la bonne Lorraine Qu'Aoglois bruslèreut h Rouen.

Loion"- et ennuyeux poème do CUapelain, la Pucelle, dont on disait méchamment

Depuis vingt ans on parle d'elle.

Dans six mois un n'en dira rien,

eut cependant au moins trois éditions (la 1" en 1656), que n'expliquent pas suffisamment quelques beaux vers mêlés dans le fatras d'une insipide poésie. On parlera en son lieu de la Pucelle, de Voltaire, dont nous nous dispenserons de rien dire ici. Parmi les tentatives poétiques ouo notre siècle a vues éclore, nous rappellerons, avec 1 élégie assez froide de Casimir Delavigno dans les Messéniennes, la trilogie nationale de Soumet :

Jeanne d'Arc (Paris, 1846), parue après la mort de l'auteur. D'autres drames en vers ou en prose, comme ceux du comte de Pjiymaigre, de Porchat, de' Renard, de Daniel Stei*n, de Barbier," de Joseph Fabre, ne peuvent être que mentionnés.

A l'étranger, quelques œuvrps/ sont à signaler particulièrenie'nt.' En Angleterre, après les insûUJ^s"versées sur l'héroïne franç^Te par Shakspeare dans le premier Henri VI et où l'on relève cep'èndant, dans la bouche de la'i'ucelle, do beaux vers que quelques critiques ^Montégut, par exemple) regardent comme une sourde protestation de l'illustre poète contre les sentiments du public, l'opinion s'est peu à peu modifiée.

Robert Southey a pu écrire en 1795, à la gloire de Jeanne d'Arc, un poème qui contient des beautés, mais où'lè'càractère de l'héroïne est étrangement travesti. Plus près de nous, Steggall a dédié » aux soeurs de Jeanne, les filles de la France ^ une Jeanne d'Arc (Londres, 1868) fort enthousiaste.

Schiller a fait représenter, en 1801, die Jungfrau lun Orléans, drame où l'histoire est singulièrement altérée, mais où le génie de l'auteur so reconnaît à. des morceaux de premier ordre.

— Beaux-Arts, Les monuments élevés en l'honneur do la bonne Lorraine sont innombrables : chacune de ses stations douloureuses ou glorieuses a été consacrée, pour ainsi dire, par une œu^To d'art.

Nous ne pouvons citer quo les principales. Sa maison natale, à Doraremy, est devenue une sorte cle musée qui aura pour ornement le groupe d'Antonio Mercié représentant la France blessée et lâchant son épée que saisit Jeanne d'Arc, Un autre OTOupo par .\ndré Allar, Jeanne entendant ses voix (saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite) qui lut ordonnent de partir au secours de la France, doit figurer sous le chevet do la nouvelle basilique do Domremy. Co

Jeanne d'Arc, par Chapa.

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