‹ Nouveau Larousse illustré (volume 3)Chapitre 401 sur 828 · ARGENT · texte numérisé non relu

ARGENT

la Bibliothèque de l'Arsenal. L© marquis de Paulmy conçut le plau de la Bibliothèque universelle des romans^ et publia seul lesMélanges tirés d'une grande bibliothègue{ni9-ilSô). Il était membre de l'Académie française (1748). — Areenson (Marc-René, marquis de Votkr d'), fils de Marc- Pierre, né en 1722, mort en 1782. Il se distingua à Fontenoy, et devint directeur général des baras, gouverneur de Vincennes, et commandant militaire en Sainton^e, Poitou et Aunis. On lui doit les fortifications do l'île d'Aix, et l'assainissement des marais de Rochefort. — Argenson (Marc- René DE VoYER, marquis d'), homme politique, fils du précédent, né à Paris en 1771, mort dans cette ville en 1842.

Il embrassa les principes de la Révolution, fut aide de camp de La Fayette, mais refusa d'accompagner ïe général dans sa fuite au delà de la frontière. Appelé, en 1809, à la préfecture des Deux-Nèthes (Anvers), il s'en démit en I8i;i.

Le département du Haut- Rhin renvoya, en 1815, à l;t Chambre des représentants :

il fit partie de cette minorité courageuse qui signala protestation contre la fermeture de la Chambre par les alliés, maîtresde Paris. Membre, la même année, de la fameuse Chambre introuvable, il osa seul dénoncer le massacre des protestants de Nîmes, et combattre le projet de loi pour l'établissement des cours prévôtales. Depuis cette époque jusqu'à sa mort, il siégea presf^ue sans interruption dans les assemblées législatives, et prit part à toutes les luttes légales du parti républicain. Maintes fois il paya les amendes des journaux de l'opposition. Il avait recueilli dans sa maison le vieux Buonarotti, l'un des acteurs de la conspiration de Babeuf, dont il partag^eait les idées égalitaires. Il avait épousé la veuve du prince Victor de Broglie, dont il éleva les enfants. 11 passa ses dernières années occupé d'améliorations agricoles et d'œuvres philanthropiques. — Argenson (Charles-Marc- René DB VoYER, marquis d'), littérateur français, fils du précédent, né à Boulogne (Seine) en 1796, mort en 1862. Il adopta en partie les idées do son père. Outre des mémoires, il fit paraître un ouvrage intitulé : Des nationalitt^s européennes (Paris, 1859). On lui doit des éditions des Mémoires du marquis a'Argenson (1825), et des Discours et Opinions de mon père, M. Voyer d' Argenson (1845).

— BiBUOGR. : Zévort, le Marquis a'Argenson' et le Ministère des affaires étrangères (Paris, 1880).

ARGENT [jnn — lat. argentum) n. m. Métal blanc, brillant ot très ductile, un peu'plus élastique et plus sonore que l'or : Après l'or et le platine, Taegent est le plus précieux des métaux.

— Ce métal, lorsqu'il est travaillé et mêlé à une certaine quantité de cuivre, pour la fabrication de monnaies, d'objets précieux : Statue^ vaisselle (^argent, ii Employé adjectiv. dans le même sens, il est invariable : Les arcades étaient ornées de cinq cents girandoles vertes et argent. (Volt.)

— Toute monnaie fabriquée de ce métal. (Se dit par opposition aux monnaies d'or et aux monnaies de cuivre) ; Voulez'-vous être payé en or, ou en argent? Il Argent blanc. S'emploie dans le même sens.

— Dans son sens le plus général, tout numéraire, toutes valeurs quelconques : or, actions, obligations, billets de banque, etc. : Z, argent rf« Trésor, de la Banque. Les affaires, c'est Targent des autres. (Alex. Dumas, fils.) il Argent comptant. Argent qu'on verse immédiatement. Il Argent comptant porte médecine. L'argent comptant est d'un grand secours, guérit tous les maux, et remédie à tout dans les aff'aires. il Argent comptant fait plaider avocats, La somme payée donne de l'éloquence aux avocats. — On dit aussi, dans le même sens : Il n'y a rien de plus éloquent que l'argent comptant. \i Fig. et fara. : Prendra quelque chose pour argent comptant, pour de bon argent. Croire à une chose trop légèrement, s'en rapporter sans examen à ce que les autres disent.

"L'argent, Var()ent. dit-on, sans lui tout est stérile; La vertu, sans argent est ud meuble inutile; Ij'argent seul au palais peut faire un magistrat; Ij'argenl en honnête homme érige uu scélérat.

BolLEiO.

— Admin. des postes. Articles d'argent. Sommes versées aux caisses des postes et transmises au moyen de mandats ou de bons.

— Blas. Un des deux métaux héraldiques. II s'indique en gravure par un fond uni. V. blason.

— Chim., miner., techn. et'comra. Argent vierge ou natif. Argent àl'état de pureté, ii Argent amalgamé om Amalgame, A rquérite. Alliage de mercure et d'argent. (On dit aussi jnercure argental.) Il Argent antimonial (dyscrase, puis les argents noirs : polybasite et psaturose ou stéphanite; et les argents rouges : •pyva.vgyr'ïta ou argyrythrose, miargyrite). Alliage d'argent et d'antimoine, ii Argent sulfuré fargycoso ou argent! te, acanthite). il A?\^eni arsenical ou Proiistite, Combinaison d'argent et d'arsenic, il Argent sélénié ou Naumannite, Combinaison d'argent et de sélénium, il Argent tellure ou Hessite, Combinaison d'argent et de tellure.

Il Argent ioduré ou iodargyrite. Combinaison d'iode et d'argent, il Argent bromure ou Argent vert, ou Bromarnyrite, Minéral vert composé de brome et d'argent, il Argent chloruré ou Argent corné (bérargyrite). Combinaison de chlore et d'argent. (On lui donne aussi le nom do kérargyre ou kérargyrite.) ii Argent carbonate. Sel formé par la combinaison de l'acide carbonique avec l'oxyde d'argent.

Il Argent blanc ou Galène, Minerai de plomb argentifère.

Il Argent de chat. Un des noms vulgaires du mica, il Argent vif ou vif-argent. Le mercure.

— Argent fulminant, Azoture d'argent. (Il doit son nom à la propriété c^u'il a de détoner par le plus léger choc.')

— Argent fiti. Celui qui a le moins d'alliage, ii Argent allié, Colui qui contient quelques métaux étrangers. Il Argent anglais, Maillechort argenté. \\ Arqent chinois. Variété de maillechort argenté, il Argent doré, Vermeil, ii Argent de coupelle. Argent pur. ii Argent ardent. Argent obtenu en décomposant de l'azotate d'argent sur un charbon ardent. ii Arqent en feuilles. Argent réduit on feuilles très minces à l'aide du marteau pour servir à argeoter. ii Argent en lames, Colui qui a été aplati

entre deux rouleaux, il Argent trait, Fil d'argent très fin.

Il Argent filé. Celui qui est retors avec des fils de soie.

Il Argent en coquilles, Argent en poudre, broyé avec du miel et de la gomme arabique, et étendu dans des coquilles pour l'usage des enlumineurs, il Argent mat. Celui qui n'est ni poli ni bruni, il Argent fiîi fumé. Argent auquel on a donné la couleur de l'or en l'exposant à la fumée.

Il Argent battu, Argent qui a passé sous le marteau.

Il Argeyit en pâte, Celui qu'on a préparé pour mettre au rreusot. Il Argent en bain. Argent en fusion, il Argent de rritdri'v. Poudre d'argent qu'on retire après l'opération Ui> ralliiiage. Il Argent faux, Cuivre argenté, il Argent moniiayè. Celui qui a été converti en monnaie, il Argent gris. Ivoire qui provient du Gabon et qui conserve toujours sa blancheur, il Argent-le-roi. Se disait autrefois de celui qui était au titre légal, il Argent bas, Celui qui est inférieur au titre requis, il Argent tenant or, Argent contenant de l'or dans une certaine proportion, il Argent à tricher, Somme que, dans les transactions des Européens, en Afrique, l'intermédiaire indigène prélève pour sa peine à l'insu du marchand.

— Myth. Age d'argent. V. âge.

— En poésie, d'argent se dit : 1° de ce qui a la blancheur, l'éclat de l'argent : La lune jetait un voile d'argent sur la campagne. (Littré.); 2» de ce qui a un son clair :

Sa voix a-t-elle enror ce doux timbre d'argent I>'oii notre nom tombait et résonnait si tendre?

Lamartine.

— Argent de bajique. Argent qui est en dépôt dans les banques, il Argent courant. Toutes les monnaies qui ont cours dans chaque pays, pour une valeur déterminée, ii Argent mignon. Argent qu'on réserve à des dépenses de fantaisie.

— Bourreau d'argent. Homme d'une prodigalité excessive. Il L'argent lui fond dans les mains, Il dépense follement, sans compter, il Jeter l'argent par les fenêtres. Prodiguer follement son argent, ii Manger de l'argent. En dépenser beaucoup.

— En avoir pour son argent, c'est-à-dire En proportion de l'argent qu'on a déboursé ou de la peine que l'on a prise.

— Faire argent, faire de l'argent d'une chose. Vendre une chose ou l'employer d'une façon quelconque pour avoir de l'argent, il Faire argent de tout. User de toutes ses ressources pour se procurer de l'argent dans des circonstances difficiles, ou encore Savoir tirer bénéfice de tout, mettre toutes les circonstances à profit, il Fig. : La vanité fait ARGENT de TOUT. (Chatoaubr.)

— C'est de l'argent en barre. C'est une marchandise d'un débit sûr et facile, une valeur qu'on peut réali^r sur-le-champ. On dit plus souvent : C'est de l'or en barre.

— Etre en argent. Etre bien pourvu d'argent, il L'argent est court chez lui, II n'a plus d'argent, sa bourse est vide. (On dit mieux Être à court d'argent.) il Etre coïisu d'argent, Avoir de l'argent en abondance, ii Je n'ai pas encore vu la couleur de son argent. Je n'ai encore reçu aucun argent de lui. Il Ne faire que changer soîi argent. Vendre sans bénéfice.

— Jouer bon jeu bon argent. Jouer sérieusement, de bonne foi, avec l'intention de payer sur-le-champ, il Fig. Y aller bon jeu bon argent. Agir avec franchise, sans hésitation, sans détours.

— Puisque l'argent est rond, c'est pour rouler, Maxime familière du prodigue, qui cherche à justifier ses dépenses folles. Il Si targent est plat, c'est pour s'amasser, Maxime de l'avare, qui cherche à justifier sa manie ,de thésauriser.

— Semer l'argent. Le répandre à profusion. {Cette locution peut se prendre en bonne part.) il Terme vaut argent. Quand on a du temps pour payer, on trouve aisément le moyen de s'acquitter, ii Mettre de bon argent contre du mauvais. Faire des avances, des frais dans une affaire qui ne doit donner aucun profit, il Ar^enï frais. Argent qu'on vient de recevoir, il Argent des cartes. Argent payé pour les cartes que l'on fournit aux joueurs, il Argent mort, argent qui dort. Argent qui ne produit aucun intérêt, aucun profit, ii Avoir le temps et l'argent. Avoir toutes choses à souhait, il Ai'oiV le drajy et l'argent. Avoir la marchandise et le prix. (Locution tirée de l'a farce de l'Avocat Patelin.) \\ Qui a de l'argent a des pirouettes, Celui qui a de l'argent saute et danse volontiers, et a de quoi se réjouir.

Il Qui a de l'argent a des coquilles. Avec de l'argent, on peut se procurer tout ce que l'on désire, tout ce qui plaît.

Il Jouer argent sous corde. Jouer argent comptant. (Allusion à l'habitude qu'on avait, au jeu de paume, de déposer l'argent sous la corde qui séparait les deux parties du jeu.)

— Prov. et Loc. PROv. : Point d'argent, point de Suisse, Rien pour rien, point de service sans rétribution. (Se dit par allusion aux troupes suisses que quelques gouvernements avaient à leur solde, et qui refusaient de servir dès que cette solde était en retard.) ii L'argent n'a point de maître, L'argent n'a rien qui puisse le faire reconnaître ; il appartient à celui qui l'a. ii L'argent est un bon serviteur et un mauvais maître, L'argent contribue au boniiour de celui qui sait l'employer, et fait le malheur de celui qui en mésuse, ou qui se laisse dominer par l'avarice ou la cupidité, ii Plaie d'argent n'est pas mortelle, Les pertes d'argent peuvent toujours se réparer, il Argent d'autrui nul n'enrichit. Se dit dans le même sens que Le bien volé ne profite jamais. \\ Etre chargé d'argent comme un crapaud de plumes, Manière pittoresque d'exprmier que qucl<|u'un est tout à fait sans argent, qu'il n'a pas le sou. ii Argent prêté ne doit être redemandé, II est rare qu'on n'éprouve point quelt(ue désagrément lorsqu'on réclame l'argent qu'on a prêté, n L'argent prêté veut être racheté, Celui qui a prêté de l'argent a autant de peine à le recouvrer qu'il en aurait à le gagner, ii Argent fait perdre et pendre gent, L'argent cause souvent la perte do celui qui lo possède. Il Qui n*a point d'argent en bourse ait au moins miel en bouche, Quand on ne peut pa^"er. il faut au moins user de paroles polies, douces, conciliantes.

— Le temps, c'est de l'argent, Traduction d'un adage anglais. V. time is money.

— Allus. hist. : L'argent n'a pas d'odeur, mot de Vespasien. Parmi les impôts dus à l'administration de cet empereur, qui eut fort à faire pour reconstituer le trésor public, dilapidé par Néron et par ses successeurs, il y en avait un sur les urines, et c'est du nom du successeur de Vitellius qu'on a appelé vespasiennes les urinoirs publics établis dans les grandes villes. Titus lui ayant rapporté que les Romains s'égayaient au sujet de l'argent qui pro-

venait d'une telle source, ce prince lui donna à sentir une pièce de monnaie, en disant : " L'argent n'a jois d'odeur. « Cette réponse a passé dans la langue, et, dans l'application, elle signifie que l'on n'éprouve aucune honif des moyens singuliers, même vils, employés pour gagner de l'argent, pour s'enrichir.

— Encycl. Chim. et métall. Dérivé du mot grec àffo;, blanc, le mot argent désigne un métal que son éclat et sa couleur signalèrent de bonne heure à l'attention des ol>scrvateurs. Connu depuis une très haute antiquité, l'argent fut, en même temps que l'or, l'objet des recherches des alchimistes; ceux-ci, qui se proposaient de transformer ciï CCS métaux précieux les métaux vils comme le |i. ::!i ii.iMi. le cuivre, etc., désignaient l'argent par \- I ;■ ( rt l'appelaient " métal de la lune » ou n de 1 ': ■ iivaient sans doute une analogie entre l'éclat ^1.- . ■■ in-i il ri Velui de la lune.

— l'roprii-t'-s physiques. D'une blancheur et d'un éclat remarquables, l'argent pur est susceptible d'un très beau poli; c'est, de tous les métaux, celui qui a pour la chaleur et la lumière le pouvoir réfléchissant le plus considérable, et par suite le pouvoir émissif le plus faible; il en résulte qu'un liquide chaud, renfermé dans un vase en argent poli, ne se refroidit que très lentement.

L'argent cristallise dans le système cubique, le plus souvent en octaèdres réguliers; ces cristaux, que l'on trouve dans la nature, principalement à Kongsberg en Norvège, et à Potosi en Bolivie, peuvent être obtenus artificiellement par fusion ou par voie électrolytique.

L'argent a pour densité 10,5; il est, après for, le plus malléable et le pins ductile de tous les métaux : on eu fait des feuilles minces, qui n'ont que 3 millièmes de nul limètre d'épaisseur, et on a pu, avec 1/2 centigr. de ce métal, étirer un fil long de 130 mètres. Il fond à l.oon' environ, et se volatilise à la température élevée du chalumeau oxhydriq^ue; l'argent fondu dissout l'oxygène do l'air; en se refroidissant, la surface du métal se soulève pour laisser se dégager rcxygène dissous: c'est le phénomène du rochage^ lequel se produit également quand on fond l'argent en présence de vapeurs de phosphore. Do tous les métaux, c'est le meilleur conducteur de l'électricité.

La chaleur spécifique de l'argent est 0,0570; ce nombre est intéressant, en ce sens qu'il assigne à l'argent un poids atomique voisin de 108.

— Propriétés chimiques. Le poids atomique de l'argent étant défini comme nous venons de rindi{juer, l'analyMde son clilorure conduit à attribuer à ce composé la formule AgCl : l'argent est donc un métal monovaleyit. et il se rapproche par là des métaux alcalins; nous verrons en outre plus loin que l'oxyde d'argent communi(|ue a l'eau une réaction légèrement alcaline au tournesol, et ([uo son sulfate est isomorphe du sulfate de sodium.

L'argent forme des combinaisons définies avec tous hs métalloïdes, l'azote et le carbone exceptés.

Avec les éléments halogènes, chlore, brome et iode, la combinaison peut avoir lieu directement; les composes obtenus, chlorure, bromure et iodure, ont respectivement pour formule AgCl, AgBr et Agi; ils se préparent encurr par l'action directe de l'argent sur l'hydracide correspondant; l'acide chlorhydrique, toutefois, n'agit sur l'argent que superficiellement, en vase clos et à ôCO*», tandis que 1 acide brombydrique, et surtout l'acide iodhydrique, agissent aisément à l'état gazeux ou en solution aqueuse. Enfin, ces trois composés, chlorure, bromure et iodurn d'argent, étant très peu solubles dans l'eau, s'obtiennent lorsque l'on ajoute à la dissolution d'un sel d'argent, soit l'hydracide correspondant, soit une solution d'un chlorure, bromure ou iodure alcalin ; le chlorure d'argent, ainsi préparé, est un précipité blanc, caillebolé, soluble dans l'ammoniaque et l'hyposulfite de sodium; le bromure est jaunâtre, moins soluble dans l'amfnoniaque, mais soluble dans l'hyposulfite de sodium; enfin, l'iodure, jaune également, soluble aussi dans l'hyposulfite de sodium, est à peu près insoluble dans l'ammoniaque. Noircissant à la lumière, ces trois sels sont, en raison de cette propriété, employés en photographie (y. ce mot) ; leur insolubilité, à peu près absolue dans l'eau, les fait utiliser en chimie analytique, soit pour doser le chlore, le brome ou l'iode, soit pour doser l'argent. — Quant au fluorure d'argent, il se distingue des autres sels haloïdes : il est soluble dans l'eau et se prépare en dissolvant l'oxyde d'argent dans do l'acide fluorhydrique.

Les métalloïdes de la seconde famille, comme les précédents, se combinent directement avec l'argent. Mais, avec l'oxygène, il faut se placer dans des conditions spéciales, dans la flamme du chalumeau oxhydrique, ou à 500*», sous une pression de 15 atmosphères; l'oxyde d'argent Ag'O ainsi obtenu est un peu soluble dans l'eau, à laquelle il communique une réaction faiblement alcaline ; c'est une poudre brune que l'on obtient beaucoup plus aisément en précipitant par un alcali une solution d'un sel d'argent oxygéné. Parmi ces sels d'argent oxygénés, obtenus en général par l'action directe de l'argent sur l'acide correspondant, nous citerons: le nitrate d'argent. AzO*Ag, qui, fondu, est employé par les chirurgiens pour brûler les chairs, et que l'on appelle pierre infernale; le sulfate d argent, SO'Ag', isomorphe du sulfate ae sodium ; V orthophosphate triargentique jaune, PhO'Ag*, que l'on obtient en précipitant une solution de nitrate d'argent sur une dissolution d'un orthophosphate alcalin. — Quant au sulfure d'argent, Ag'S, il s'obtient plus facilement que l'oxyde par l'union directe de ses éléments : si. dans un tube porté au rouge et contenant une lame d'argent, on fait passer un courant de vapeurs de soufre diluées dans un gaz inerte comme l'azote, on obtient des cristaiLx cubiques noirs de sulfure d'argent, isomorphes du sulfure naturel (argyrose) ; ce sulfure se forme encore lorsque Ion met l'argent en présence d'hydrogène sulfuré, et l'argent, tout à fait inaltérable dans l'air pur, ne tarde pas à se ternir et à noircir lorsque cet air contient des traces de gaz .sulfhydrique.

En ce qui concerne l union de l'argent et des métaux, rappelons que, pour la fabrication des monnaies, des objets de bijouterie et d'orfèvrerie, on fait des alliages d'argent et de cuivre plus durs que le métal pur; ces alliages ne sont pas homogènes : au moment où ils se solidifient, ils se liquatent, autrement dît la masse se partage en combinaisons se solidifiant à des températures dinérentes; on peut séparer, entre autres, l'alliage Ag'Cu^, dont le point de fusion est plus bas que celui du cuivre et que celui do l'argent. Il existe de même dos combinaisons parfaitement définies d'argent et de plomb,

OU d'argent ot do morcuro ; c'est ainsi que, si l'on mnt du mor«Mirn au fond d'un vorro, ot (juo l'on vorso par-dossus

i .MlniiMii .1.- iiiiivifo d'argont, on voit so former hinn-

imi i. m mil, . Il cilliiios do l'amultïamo AgHg* (arhro

,1,. |i lunaisons, quo l'argent peut ainsi

l.Miiiri .i\(' !'• riiiMc. in plomb, lo morcuro, sont utilisons dans la miiralhirf^'io do l'argent.

— Mr/iillur(jic. Los galùnos ot pyrites cuivreuses que l'on traite pour la préparation du ^ilomb et du cuivre ronformeiit souvent des traces de sulluro d'argont, Ag'S : les plombs ot cuivres qu'elles fournissent renferment do l'argent que l'on ueut isoler. Mais le sulfure d'argont se rencontre aussi à l'état pur (argvrose) ou uni au.v sulfures d'arsenic ou d'anliraoino; le chlorure d'argont est égalemont assez abondant, seul ou associé au sel marin. Nous distinguerons donc, dans la môtalUirgie do l'argent : les méthodes qui ont pour but lo traitement des plombs et cuivres argentifères, et celles qui ont en vue l'extraction directe de l'argent do ses propres minorais.

Pour extraire l'argent du j)lomb argontiftNro (plomb d'œuvre), on soumet ce dernier à l'opération duo du wrt/fi/j.io/mf/f;: ce traitement est fondé sur ce fait que, lorsqu'on laisse refroidir lentement du plomb argentiréro fondu, il se dépose d'abord des cristaux do plomb pauvres en argent, tandis que lo liquide contient do pins furies proportions du métal précieux, et cela parrt' '[Ui- l'^ilbaL'^'' du plomb et de l'argent est plus fusibl.- .[ur le l'Innih ; . rs cristaux do plomb, plus pauvrosque lo ni'-ial imitiumi, sont enlevés avec uno sorte d'écumoiro. et liniiliis a i'-nr iniir dans une seconde chaudière, ou on les soumet à la m.'-mo opération; continuant ainsi de proche en proche, on arrive à avoir d'une part du plomb marchand très pauvre en argent, d'autre part du plomb dit de coupelle, contenant 0,9 à 1,8 p. 100 d'argent. Co plomb de coupelle est fondu dans une cuvo on briques réfractaires do 3 m. do diamètre et O^-iSO do profondeur; un courant d'air oxydant passe à la surface du bain, le plomb s'oxyde ot donne do la litharge fondue quo l'on fait écouler par des rainures disposées à cet effet; vers la (in de l'opération, la couclie de litliarge s'amincit ot recouvre le bain d'ar-

font d'un voilo irisé, puis l'argent apparaît subitement, rillant d'un vif éclat : c'est lo phénomène do Vi-clair, qui indicpie quo la cnnpeUation est terminée. — On peut encore enrichir le plomb en argent par lo procédé du ;mcafje: du zinc est placé dans une boîte percée do trous et plongée dans le bain de plomb fondu; quand la température atteint le point de fusion du zinc, celui-ci s'écoule en gouttelettes et forme avec le plomb et l'argent un alliage triple qui monte à la surface sous forme d écume. Cet alliage est ensuite privé du zinc par distillation, puis soumis à la coupellation. — C'est par un procédé analogue que l'on retire l'argonl du cuivre argentifère : on fait avec ce cuivre argentifère un alliage ternaire do plomb, cuivre et argt>nt, ([uo l'on coule en disques de 0'°,75 de diamètre et o^.os d'épaisseur; on chauffe ces disques, et il so produit une liquation très nette : un alliage de plomb et d'argent très fusible se sépare le premier; on le recueille et on le coupelle.

Lo traitement direct des minerais d'argent s'effectue par deux procédés différents : l'un est plus particulièrement utilisé à Freiberg, en Saxe, l'autre est utilisé au Mexique. ,

Dans le procédé saxon, on commence par boccarder finement le minerai; puis on lui ajoute du sel marin et OQ le grille. Ce grillage a pour effet de transformer le sulfure en sulfate, lequel, sous l'action du sel marin, donne du chlorure d'argent, AgCl; les métaux étrangers, cuivre, plomb, fer, etc., sont aussi transformés en chlorures. Ce mélange de chlorures insolubles est lavé et mis avec de la ferraille dans un tonneau solidement cerclé, mobile autour d'un axe horizontal, et auquel on imprime un mouvement de rotation pondant quinze ou seize heures : le fer déplace l'argent do son chlorure; on ajoute alors du mercure, qui s'unit à l'argent mis en liberté, donnant ainsi un amalgame que l'on filtre dans des toiles pour le débarrasser du mercure en excès, et que l'on distille ensuite. — Le procédé mexicain diffère du procédé saxon par le mode de clUoruration : le minerai, pulvérisé finement, est mélangé à du sel marin, et répandu sur dos aires où on le fait piétiner par des mules; l'addition d'un peu do maqistral (pyrite cuivreuse grillée à l'air), détermine la formation dô chlorure d'argont, AgCl, dont on chasse l'argent non plus par du fer, mais bien par lo mercure lui-même.

Aucun do ces procédés de préparation ne fournit de l'argent pur : Targont du commerce contient du cuivre, de for et du platine; l'affinage (v. ce mot) a pour but de le débarrasser de ces deux derniers métaux. Pour séparer l'argent du cuivre, on dissout l'alliage dans l'acide nitrique : la solution, que le cuivre bleuit, est évaporée à sec ; pnis lo résidu est fondu doucement; l'azotate de cuivre se trouve ainsi dérumposé par la chaleur, laissant un résidu noir d'oxyde de cuivre, et il suffit de reprendre par l'eau pour avoir une solution d'argent pur. Ajoutant à cette solution de l'acide clilorhydrique, on obtient un précipité de chlorure d'argent: ce précipité, après lavage, est traité à chaud par une solution de soude, à laquelle on ajoute un peu de sucre ; le chlorure se trouve transformé en oxyde, que le sucre réduit, et l'argent, mis en liberté, se présente sous forme d'une matière ^rise spongieuse que l'on appelle chaux d' ar fient ; après avoir lavé et séché cette substance, on la fond, et l'on obtient l'argent vierge.

Plusieurs autres procédés ont été proposés pour extraire l'argent de son chlorure : on peut, par exemple, fondre un mélange de loo parties de chlorure d'arirenf. 70 jKiriies de c'raie et \ parti. -^ -le .■liarl.nn n.i m,, m-.' >in m.'lariL"' d.-

inn parties d-- . M.-rui'.- ■! :ii'-.Mif , ■.■! ji;ii-"i-- ■!!■ .■.■irinMi.iii'

de sodium ei l" i ■ [> n i i. ■ :.- ■:. i i ■■ > i - ■■! .■iMIn. mu-'

méthode indi.|ii.'. i-.n >■ , ■ | i -. |. ,,[■.■ i l .ii ..hi 'lu . mv ir

le mélange des 4.(i\ iiÉitale> e>L <(!-ii'Ui d ean de lai un qu'il ne iroulienne que ïop. lno d'argent, et on hu ajouie du sulfite d'ammonium ; l'argent so dépose sous forme de lamelles cristallines, et. au bout de quarante-huit heures, on achève la précipikiii -m - h . IimiTaiit à 60" ; il ne reste plus nu'à le laver ;i 1 > i ; . i :il.- et à le fondre.

— Applications. Li- h> l'argent sont ft)rt nombreuses, et sont .lu :ii . . n I.Mail dans lo cours do cet ouvrage, au fur ei a nie'.ure .lu'cUes se présentent. 'Voyez, par exemple : le mot argrnthrk ; le mot monn,\iks, pour la fabrication et la fixation ^lu titre des monnaies d'argent; le mot photographik, pour la fabrication dei, plaques et papiers sensibles aux sels d'argent, etc.

— Tcchn. Les usages do l'argent sont aussi variés et

aussi nombreux qno coux do l'or. I^ composition dos alliages d'argent ot do cuivre est Hxéo par la loi; elle comprend, pour les monnaie» françaises : 900 parties d'argont, on poids, ot 100 parties do cuivre; pour les médnilli-s, oso d'argent et 50 do cuivre; enfin, pour la petite bijouterie, 850 d argent cl 150 do cuivre.

Allié au palladium, l'argent sert pour fairo des échelles do tluirmomètro ot cortams instruments do marine. L'amalgamo d'argont est mis en usage pour argentor les poteries fines, portées ensuite au four. L'alliage de l'or ot do l'argent est plus dur, plus élastique, plus fusible quo chacun de ces doux métaux, pris séparément. C'est en variant les proportions do cet alliage qu'on obtient l'or jaune, l'or pâle et l'or vert. Un alliage d'argent, de platine et do cuivre, remplace avantageusement les rubis dont on fait usage pour les montres. Alfié à l'acier, l'argent donne un métal extrêmement dur, ot qui no so gerce ni sous le marteau ni à la trempe. IJn alliage d'argent, do cuivre et d'or, forme le doré. V. ce mot.

— Les alliages sont essayés ; il est souvent nécessairo de s'assurer oxactemont du titre do certains échantillons d'orfèvrerie ou de monnaies. L'essai des matières d'argent se fait par deux procédés : 1" la coupellation (v. ce mot); 2« l'essai par voie humide. "V. kssai.

On se sert de l'argent pour l'ornomontation dos temples, des inaisi.ns ri d.s \ i" innents. La malléabilité do l'argent, l.t r.M iilh' iju il a dr |Miiivoir être appliqué sur les autres nirtaiix, <i s. III niait' laliilité, ont fait imaçincr do donner aii\ iJi.(:iii\ l>\\daldl■^ jrs avantages de largent. On ob-

tieiil aili-l \r /,l.nj,n-. V. Ce mOt.

M.illiriiniivriiiriit, l'argont est attaqué par l'acide sulfhydrh|iir, ijui iiMii-.it sa surface. Pour obvier à cet inconveniiut, un a imaginé de donner à l'argent uno enveloppe inattaquable, ccUo do l'or. Lo résultat de cotte opération se nomme vei-7)ieiL

— Econ. polit. Au point do vue économique, l'argent peut être considéré comme instrument d'échange, de circulation, et comme marchandise ordinaire. L'usage de l'argcnt-monnaio dans les transactions n'est pas autre chose qu'un des emplois (le plus important sans doute) do la marchandise argent. V. monnaie.

Les lieux do production expédient le plus ordinairement l'argent en barres. Dans ces conditions, l'argent porte quatre marques, (lui sont celles du poids, du titre, de l'année et de la douane. Depuis le commencement du xix' siècle, Londres est resté le grand marché do l'argent.

Assez abondant en Europe dans l'antiquité, et notamment pendant la période romaine, l'argent y était à la longue devenu très rare. Une grande partie avait été absorbée par lo solde des échanges avec l'Asie. Les empereurs avaient, à diverses reprises, tenté vainement d'arrêter cette exportation. Au commencement du xv siècle, l'argent était si cher, que 15 grammes suffisaient pour payer l hectolitre de blé. L exploitation des mines d'Europe produisait à peine quelques millions. Plus tard, la découverte des mines du Pérou et du Mexique, et notamment de celles du Potosi (ir.l5), amena une dépréciation considérable de l'argent. Vers la fin du xvi" siècle, l'argent était déjà réduit au tiers de sa valeur.

D'après Michel Chevalier, la masse d'argent fournie par 1 Amérique espagnole, depuis lo commencement de l'e-xploitation jusqu'à la fin de 1847, s'est élevée à plus de 122 millions de kilogrammes. Pendant cette période, l'exploitation de toutes les mines d'Europe n'a été que do 10.485.000 kilogrammes.

A aucune époque, la puissance d'absorption de l'argent européen par l'Inde n'avait été aussi forte qu'elle l'a été de 1857 à 1866, et surtout pendant la guerre d'Amérique, parce qu'à aucune autre époque le commerce de l'Inde n'avait pris d'aussi vastes développements. En 1863, d'après un document officiel anglais, l'excédent des importations dans l'Inde a dépassé de 484 millions de francs les exportations. La monnaie d'argent frappée dans l'Inde, depuis le commencement du xix" siècle, dépasse 5 milliards de francs. La plus grande partie de cette somme a été ou enfouie ou convertie en bijoux et joyaux. A partir de 1866, les importations d'argent dans l'fnde so sont ralenties un peu, non que ce mét^, qui fait la base de son système monétaire, y soit l'objet d'une défaveur relative, 'mais par suite de changements dans sa balance du commerce. L'Amérique a repris sosexportationsdecoton,etcorame, depuis 1875-1876, d'autre part, on y construit moins do chemins de fer, les pavements so font en papier comme en Europe.

La Russie, l'Indo-Chine, .sont également des pays qui usent de l'argent comme monnaie, et fournissent des débouchés à ce métal. L'Allemagne a, par contre, démonétisé l'argent do 1873 à 1879.

— Statistique. Le Mexique est le pavs du monde lo plus riche en minerais dont l'argent forme "l'élément principal : ce \':\\ I 1 . ;ii i annuellement près de 1 million de kilogr. du I iM lit ensuite la Bolivie, dont la production

anii'i 1' . 1 -'50.000 kilogr. ; puis le Chili, lo Pérou,

! Al; 1 1 ilh 1 M l'jiropo, les gisements les plus importants sont en Saxe et en Autriche-Hongrie; les mines de Kongsberg, en Norvège, sont exploitées surtout pour l'argeut"natif, dont elles produisent 5 à 6.000 kilogr. par an. En ce qui concerne les minerais argentifères traités tout d'abord en vue d'obtenir un métal moins précieux dont on extrait ensuite l'argent par les procédés que nous avons indiqués, nous citerons comme principaux pays produrtenrs : la Frnii. -v [ni innne annuellement 35.000 kitiP.T- irar-'Mii ■■\r, ,ii ;, ,i.-iiihs argentifères dans les MsiiM's in^fall''''- - I ■■ , ■ 1.. lire et dans le Pas-de-

r.i,:ii-- 1 l':v|,;i-jn.' '■.■(!■ , ■ - ; .n|iin année environ 50.ooo I.1I...1 ; I llalio et la Iirl-i,|iie, 110.000 kilogr. ; citons en-

Page 1