‹ Nouveau Larousse illustréChapitre 273 sur 870 · C. Dblavione · texte numérisé non relu

C. Dblavione

Il Art ou manière de converser : La conversation de Montesquieu était légère, agréable et instructive. (D'Alemb.)

— Changer la conversation. Changer de sujet de conversation. Il Être à la conversation, Y prendre part, y prêter attention, en suivre le cours.

— Conversation criminelle, Expression que la France a empruntée à l'Angleterre pour signifier Rapports intimes et adultères : Femme surprise en convi-^rsation criminklle.

— Conversation politique. Expression par laquelle on désigne, dans le parlement anglais, une discussion qui ne porte pas sur un projet de loi, mais qui tend seulement à obtenir du ministère certaines explications.

— Maison de conversation. Etablissement où les baigneurs, dans les villes d'eaux, se réunissent pour faire la conversation, jouer, etc.

— Pièces de conversation. Nom que l'on donne, en Allemagne, aux comédies où l'on met en scène la haute société. [| Opéras de conversation, Opéras comiques dans le même pays.

— Encycl. Ce n'est que dans les sociétés polies, amies du iuxe et du savoir, que prend naissance la conversation, fille du loisir et de la curiosité de l'esprit. Dans l'antiquité, on la trouve seulement à Athènes, où la vie est presqu'une conversation continuelle, à l'Agora, au Prytance, à l'Académie. Ces philosophes qu'on rencontre à tous les coins de la ville : les Diogène, les Socrate, les Platon, sont des causeurs qui font la conversation avec ceux qu'ils veulent initier aux conceptions philosophiques. Rien ne manque à la conversation atliénienne, pas même l'influence des femmes; les maisons des hétaïres font songer en quelque manière aux salons du xviii'^ siècle. Les banquets, eux aussi, étaient un motif et un prétexte à conversation ; les Ba/içuetaiie Platon, de Xénophon, d'Athénée, nous donnent une idée de ces conversations.

h'urbanité romaine no fut que la tille dégénérée do Vattieisme athénien. Les Romains étaient un peuple trop positif, trop occupé uniquement d'intérôis politiques pour avoir ia liberté et la légèreté d'esprit nécessaires â la conversation. Lorsque les arts de la Grèce eurent pénétré Â Rome, ils contribuèrent bien à répandre le goût des choses do l'esprit, mais co fut seulement chez un petit nombre : chez les Scipions, aux soupers de Ciccron, dans les cntreticnsdo César. L'empire, en détruisant les grandes Xamilles, ctouiTa co germe dans sa naissance- Quand vint l'époque des délateurs, les paroles restèrent glacées sur les lèvres, un silence général se fit â Rome.

En France, pendant toute la durée du moyen âge, nous ne voyons pas qu'on ait pratiqué la convcr.sation, à la prendre flans le sons où elle est entendue ici. C'est en Italnqu'elle commença à renaître, dans les cours brillantes de Ferraro.d'Urbin, de Florence ou de Rome ; dans ces assemblées, que présidaient la reine do Naple.s, Léon X, ou Laurent de Médicis, dont Boccace nous a conservé le souvenir dans son Dt'caméron, ot dont Balthasar Castigliono nous a transmis la tradition dans son Courtisan. Aussi bien est-ce d'Italie que nous vint lo goût do la conversation, en môme temps quo celui des arts. Sous François I""', on vit les trois Marguerites former autour d'elles une cour dïstfrto et brillante. Ce mouvemont, arrôté un moment par les querelles religieuses et Icï» habitudes soldatésquci ■de la cour du Béarnais, &e ranima au commencement du

xvii* siècle, et reçut de la société de l'hôtel de Rambouillet un élan qu'il ne devait plus perdre. C'est de cette époque que date la société polie en France ; c'est à cette époque aussi qu'est née la conversation française. Y. Rambouillet (hôtel de).

Plusieurs salons s'étaient ouverts à côté de celui de l'hôtel de Rambouillet, et ces réunions contribuèrent à orner les esprits, à adoucir les mœurs, à fixer la langue. Ils l'épurèrent aussi de nombreuses expressions dont la licence disparut pour jamais.

Au xvir siècle, la conversation avait eu de l'influence sur les mœurs et sur la langue; au xviii^,qui fut son apogée, elle en eut sur les idées. C'est dans ces salons, continuellement pleins, que les esprits s'imprégnèrent des idées philosophiques qui ont préparé la Révolution; l'aristocratie de la naissance commençait à disparaître devant celle de l'esprit.

La Révolution dispersa cette société où le sérieux se mêlait au frivole, l'esprit à la débauche. Sous la République et sous l'Empire, on avait bien autre chose à faire qu'à causer. Lorsque, dans la France paciliée, quelques salons s'ouvrirent, il se trouva que la conversation était un art oublié, et que son règne était fini. Les esiirits avaient perdu cette grâce, cette légèreté, cette frivolité même, qui ne sauraient se trouver quo dans une aristocratie. Les discussions politiques avaient remplacé les conversations galantes, philosophiques et artistiques, et l'influence croissante de la presse vint bientôt diminuer la part de la causerie des salons.

— Syn. Conversation, colloque, conférence, etc. V. colloque.

Conversations ou iTn^'e/ieHsrfe .l/"^ de Maintenon (les), écrites " pour éclairer nos dames do Saint-Louis ». Publié en 1757, réédité et revu par Monmerqué en 1828, cet ouvrage est le plus parfait qui soit sorti do la plume de M""* de Maintenon. Saint-Simon loue pleinement les Conversations, et Sainte-Beuve les admire. Ces pages remarquables sont destinées à tracer aux jeunes filles de Saint-Cyr leur conduite dans le monde. Elles traitent, entre cent sujets, de la société, de l'habitude, de la lecture, du mariage. On y sent le cœur net et la raison saine de la petite fille d'Agrippa d'Aubigné, et aussi combien elle était faite pour le gouvernement intérieur et domestique. Les Conversations ont été données dans l'édition des Œuvres complètes de M'^" de Maintenon, par Th. Lavallée (Paris, 1S54).

Conversations d'Emilie, ouvrage d'éducation par M"" d'Epinay, publié en 17S1. Il avait déjà paru en 1714, sous ce titre : Conversations entre une mère et sa fille. Dans cet ouvrage. M"' d'Epinay s'attache de préférence à la culture morale de l'enfant ; elle donne indirectement des conseils tirés de l'expérience personnelle et de l'observation ; les petits drames, pleins de naturel, dans lesquels elle place ses leçons, la peinture naïve des qualités et des défauts de l'enfance, un ton exquis, tout occupe avec intérêt l'attention du lecteur. Emilie a bien de l'esprit,

fieut-être plus que n'en comporte son âge; et sa mère ui en suppose quelquefois encore plus qu'elle n'en a : elle lui donne des explications un peu savantes. Ce sont là les seuls défauts que l'on puisse noter.

M"" d'Epinay composa ces conversations pour sa petitefille, M"" Emilie de Belzunce. Traduit en plusieurs lanfues, le livre de M"' d'Epinay obtint, en 1783, de l'Acaémie française, le prix Montyon, trois mois avant la mort de son auteur.

CONVERSE [vèrss — du lat. conversus, retourné) adj. f. Logiq. Se dit d'une proposition dans laquelle on prend le sujet pour en faire 1 attribut, et l'attribut pour en faire le sujet d'une autre proposition. Tel est l'exemple suivant : L'étendue est divisible, le divisible est étendu, dans lequel la première proposition est dite cojtverse.

— n. f. Proposition converse, il Très souvent on a appelé converse la proposition en laquelle la véritable converse est convertie : Les grands hommes sont mes rois; jnais ia CONVERSE n'a pas lieu ici; les rois ne sont pas mes grands hoinmes. (Volt.)

— Géom. Proposition directe, par opposition à la réciproque : La RiiciPROQUE Ji'est vraie que si l'attribut de sa CONVERSI! ne convient qu'au sujet de la même pi^oposition.

CONVERSE [vèrss) n. f. Partie du tillac où l'on a coutume de se réunir pour faire la conversation. (VieiLx.)

CONVERSEAU (vèr-so) n. m. Pièce d'un moulin placée au-dessus des archures, et qui se compose de quatre planches assemblées en forme de caisse sans fond ni couvercle.

CONVERSER {vèr — lat. conversari ; de cum, avec, et versari, se trouver) V. n. Tenir conversation, causer familièrement : Celui qui ne sait pas bien écouter et répondre ne sait pas CONVERSER. (Boiste.)

— Autref. Vivre, être en rapport de société :

Nous ne conversons plus qu'avec des ours affreux. La Fontaine.

— Fig. Se mettre en rapport, en communauté d'idées : Les livres sont un moyen de converser avec les morts et les absents, il Converser avec soi-même. Méditer dans la solitude : L'habitude de converser avec soi-même tend toujours à rendre l'homme meilleur. (D'Holbach.)

CONVERSER {vi-r — du lat. cotivcrsus, retourné) v. n. Dans la théorie milit., Faire une conversion.

CONVERSIBLE adj. Fin. et logiq. Syn. de convertible.

CONVERSIN fvèr') n. m. Extrémité d'un champ labouré on travcr.s, tandis quo le reste du champ est labouré dans lo sens do sa longueur.

CONVERSION ivrr' — lat. conversio ; de converlerc, supin conversum, retourner) n. f. Action de tourner; mouvoment qui fait tourner. (Peu usité).

— Par ext. Transmutation : L'alchimie cherchait la conversion des métaux en or. il Simple changement dans !a forme : Convkrsion des anciennes mesuj-'es. Conversion des nombres fractionnaires en nombres entiers.

— Par anal. Changement, mutation : Conversion rfe^ouvernernent.

— Particulièrcm. Action de se convertir, passage d'une religion aune autre que l'on croit étro la vraie : Saint Paul fut l'instrument de la conversion des gentils. \\ Passage d'une vie pou chrétienne à la pratique des devoirs religieux ou do l'incrédulité à la foi : La conversion est a la fois unn mort et une naissance. (Vinéf.) — Kam. Adoption d'une vie plus'sago, plus régulière : ia conversion d'un

déduite de ;

ivrogne est toujours accompagnée de rechutes. — "Pig. Changement d'idées, de principes ; Les places sont, en politique, le plus si'ir moyen de conversion.

— Arithm. Proportion par conversion déraison. Se disait de la proportion ;

S ~ Jl

Il Co?iv€i'sion d'un nombre, Autre manière de l'exprimer ; Conversion d'une fraction ordinaire en décimales.

— Art milit. Changement de front, mouvement (jui amène un corps de troupes à prendre une direction opposée, après avoir pivoté autour de l'une de ses extrémités : Conversion â droite, à gauche, il Quart de conversion. Mouvement qui amène la tête du bataillon où était le flanc.

Il Conversion de pied ferme. Celle dans laquelle l'homme autour duquel on pivote ne quitte point sa place.

— Astron. V. la partie encycl.

— Bours. Opération faite en sens inverse de celle précédemment engagée. Vous spéculez à la hausse, par exemple ; la baisse s'accentue. Vous vous mettez à la baisse, généralement en doublant votre position, de façon à couvrir votre perte en cas de réussite. En un mot, vous vous u retournez n, pour employer le terme courant. C'est une

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