CIVILISATION — CLABAUDER
maine. Tels sont les éléments constitutifs de la civilisation. Quelle est la cause de leur apparition et de leur développement différent suivant les peuples et les eponues' Pour les uns, elle est dans la race, pour d autres, dans la religion. D'après Karl Marx, la civilisation tout entière (droit, famille, art, science, morale, etc.) ^^y^i n'est nue le produit, le reflet des conditions économiques. La doctrine do Marx a l'avantage de mettre en lumière le facteur matériel, et le tort de ne voir que lui. Le clirnat, la nourriture, le sol exercent une influence considérable, mais non pas exclusive, comme l'a montré l'historien philosophe Buckle. Est-ce la culture intellectuelle ou la culture morale qui contribue le plus au développement de la civilisation ? se demande Buckle. Et il affirme la prépondérance de la première. La question, fréquemment posée et débattue, semble vaine. La solidarité des éléments sociologiques constitutifs de la civilisation est si étroite qu'aucun d'eux no peut croître seul; si cela se produit, il n'va plus progrès, mais décadence. — Anton. Barbarie, état de nature ou état sauvage. Ci'vilisation européenne (Histoire de l.\), et Civilisation en France (Histoire de la), par Guizot. Ces ouvrages sont sortis des cours professes par (ruizot à la Sorbonne, de 1S2S à 1830. Vllistoire de la cmlisation européenne est on très remarquable essai de synthèse historique. Il fut fait pendant la Restauration, et \ histoire de la civilisalion en France, par l'importance qu elle donne à l'étude des documents , a eu sa part glorieuse dans la reconstitution de l'enseignement historique. 11 est à regretter que Guizot ne se soit pas donne la peine de remanier ce dernier ouvrage, qui reste son chef-d oeuvre, dans les nombreuses éditions qui en ont été puWiees de son vivant. Bien avant la mort do l'auteur, une des principales théories de VBistoire de la civilisation en France était battue en brèche et ruinée. Guizot, s'appropriant en 1 atténuant un peu un système qui avait déjà été soutenu au sviii" siècle, prétendait que l'origine du tief était germanique, et que la concession des bénéfices dérivait des habitudes prises depuis longtemps par les chels barbares . pour s'attirer ou s'attacher des compagnons ... Les historiens allemands Waitz et Roth ont montré que cette athrmation ne repose sur aucune preuve solide et que le bénéfice ne vient pas de Germanie; de nos jours, Fustel de Coulanges a achevé de réfuter la théorie « germaniste .. par ses études sur la propriété en Gaule. De 1 ouvrage Se Guizot, il reste surtout quelques formules heureuses ; telle par exemple, cette célèbre définition : Le régime teodal, c'est la fusion de la propriété et de la someramelé.
Ci-^riUsation en Angleterre (Histoibe delà), par de Buckle [trad. A. Baillot, Bruxelles, 1865]. Buckle se proposait de déterminer, dans une longue introduction les . lois fondamentales de la pensée en Europe « , et d ap- Bliquer ensuite ces lois à l'histoire de l'Angleterre. Il n en a pas eu le temps, et n'a même pas pu terminer son Introduction. Buckle est un esprit vigoureux. Sa conception de l'histoire est essentiellement déterministe. L'évolution sociale et politique obéit à des lois ■ intellectueUes et physiques • que l'histoire doit fixer; l'historien doit être un savant spéculatif, n'ignorant ni la statistique, ni 1 économie politique, ni la législation, ni la physique du globe. Bien que les critiques adressées par Buckle aux erudits de profession soient souvent justes et que le reste de son Introduction contienne des remarques ingénieuses sur le développement de la civilisation en France, en Espagne et en Ecosse, ce livre n'est qu'une œuvre de généralisation prématurée. Buckle estime que le temps des recherches de détail est passé ; s'il avait mieux connu les sources do l'histoire, il aurait su qu'elles sont loin d'être épuisées. Ci-vilisation (la) en ItaUe au temps de la Renaissance, par Jacob Burckhardt (trad. franc, de Schmitt, Paris, 1885). La lutte entre les papes et les Hohenstauffen laissa l'Italie dans une situation politique toute différente de celle du reste de l'Occident. Si, en Allemagne, le système féodal était tel qu'il aidait à maintenir au moins l'unité extérieure de l'empire, l'Itahe avait presque entièrement rompu avec lui. Il y avait, entre fempire et le saint-sicge, une foule de corps politiques, villes et despotes, qui érigeaient en maximes gouvernementales la tyrannie et l'oppression. — Burckhardt étudie d'abord les États italiens au point de vue du mécanisme et le contre-coup do la. situation politique de la Péninsule sur l'esprit de la nation. Passant à l'individu, il montre que la tyrannie commença par développer au plus haut degré l'individualité du souverain, du condottiere lui-même, mais qu'elle développa ensuite celle du fonctionnaire, du secrétaire, du poète, du familier protégé par elle. De là, peu à peu, un véritable réveil de la personnalité humaine, en même temps que lo peuple italien, débarrassé de la barbarie du pur moyen âge, et resté • à moitié antique », voit clair dans son passé, le célèbre et veut lo ressusciter, pour qu'il lui rappelle son ancienne grandeur. Burckhardt s'étend sur cotte évolution, qui aboutit à la Renaissance et qu'il appelle la résurrection do l'antiquité ; puis il passe en revue ses conséquences au point de vue de la sociabilité, des mœurs et de la religion. C'est une étude originale dont on no peut nier la profondeur, que l'on en admette ou non les idées.
QVILISER V. a. Faire sortir do l'état de barbarie, améliorer au point de vue moral, intellectuel et industriel : Civilises un peuple, un pays. — Fam. Rendre courtois, civil ; donner l'usage du monde et des bonnes manières : La société det dames, autrefois, civilisait les jeunes gens.
— Dr. Rendre civile une afl'aire criminelle. Civilisé, ée part, pass du v. Civiliser.
— Subsiantiv. Personne civilisée : JU civilisé o beaucoup d'aimnlai/cs sur le sauvage; mais le sauvage est, sur quelgues points, supérieur au civilisé.
Sr.N. ClvlUsé, poli, policé. Un peuple civilisé est celui chez lequel il y a des lumière», nos arts, de l'industrie, du commerce, des institutions politiques. Lo peuple civilisé devient ;>o/i quand il a du goût, de la délicatesse, 3uand sa littérature cl ses arts atteignent un haut degré e perfection, quand les relations sociales y sent pleines do douceur et de charme. Policé a une signification moins étendue ; il ne so rapporte guère qu au bon ordre fondé sur l'exécntion des lois. Civilisé est opposé à brut; poli, à (/rostier ; policé, i saumiie.
— Anton. Brut, barbare, inculte, sauvage.
Se civiliser, v. pr. Devenir civilisé : L'homme ne SK civilise '/ue parce qu'il multiplie tes besoins. (E. do Gir.) — Ironiq. Contracter le» défaut'» dos peuples civilisés ; Le
Peau-Rouqe s'est tué en se civilisant.— Fani. Devenir poli, prendre des manières plus douces, plus affables : Jeune homme qui se civilise.
CIVILISTE Uisst'} n. m. Jurisconsulte dont l'enseignement ou les écrits sont spécialement consacrés au droit
CiviUTÉ (du lat. civilltas, même sens) n. f. Caractère du bon citoyen. (Vieux.) Il Manières civiles, honnêtes alables, polies : La civilité est l'art de rendre ceux avecju, nous vivons conte7Us d'eux-mêmes et de nous n Acte de politesse : Faire des civilités A quelqu un. (En ce sens, ne s'emploie guère qu'au pluriel.) .
- Caraftéres de civilité. Typogr. V. caractère.
— Faire civilité d'une chose. Donner un objet, faire une chose par courtoisie. (Vieux.) il Présenter à <l''f9'>'^"J'' civilités. Lui faire des salutations, lui donner des assurances d'estime, de respect, d'amitié. (Cette formule est surtout usitée à la fin des lettres.) .-„,,vBnt
La cvilité puérile et homète. Se dit, le plus souvent, avec une nuance d'ironie, pour désigner la politesse, la -ivilité, par allusion au titre d'un vieux livre contenant les
Devoirs ; La Pari-
''Eli™ a::mté:poTitesse. Toute la différence entre ces deux vertus sociales, qui ont, d'ailleurs, de nombreux points de contact, et que souvent l'on 0<">f?ïd '"'"•? f''"; ''™' dans cette remarque ingénieuse de Montesquieu . «La politesse flatte les vices des autres, la cmhie nous empêche de mettre les nôtres au jour. .. - Pour les autres équivalents : affabilité, honnêteté, etc., v. affable. — Anton. Grossièreté, impolitesse, incivilité, rusticité. Civilité puérile (la). d'Erasme [De civilitale inorum puerilium] (1530). - Ce petit livre est surtout connu par les mitations qu'en ont faites, au xvi' siècle, Mathurin Cordier, etau xvill-, J.-B. do La Salle, le fondateur des écoles chrétiennes, qui en a longtemps passe pour 1 auteur original. Erasme l'écrivit pour un jeune prince, Henri de BoSrgogne, fils d'Adolphe de Veere. 11 est divise en sept chapitrés : De la décence et de l'indécence dans le maintien ; Duiétement; De lamanière de se comporter dans une église; Des repas: Des rencontres; Du jeu. J.-B. de La Salle a fait un gros livre de ce qui n'était qu une plaquette de quelques pages, pleines d'exceUents préceptes, exposes avec bonne humeur et enjouement.
CIVIQUE (lat. civicus; de ci'i'is, citoyen) adj. Quia rap port au citoyen, qui le concerne : Vertu civique. CIVIQUES. Il S'est dit dans le sens de Patriotique sienne est un chant civique bâtard. (Altaroche.)
— Droits civiques, Droits que la loi confère aux citoyens
— Garde civique ou nationale. Garde locale formée de citoyens qui n'appartiennent pas à l'arméo.
— Dégradation civique, Peine infamante par laquelle un citoyen est déchu de ses droits civiques, et exclu de toute fonction, de tout emploi public.
— Antiq. Couronne civique, Couronne de chêne qu'on décernait, à Rome, à celui qui, dans un combat, avait sauvé la vie à un citoyen au péril do la sienne.
— Hist. ferment civique, Serment de fidélité à la nation, à la loi et au roi, prescrit par la Constituante en 1789 pour l'arméo et les milices nationales.
— SvN. Civique, civil, V. civil.
— Anton. Incivique.
CIVIS SUM ROMANUS (-le suis cilogen romain), formule
par laquelle un Romain rappelait les prérogatives attachées au titre de citoyen. Celui qui en jouissait ne pouvait être jugé que par le p'euple. Dans les provinces, ces mots: Civis sum romanus arrêtaient les proconsuls et les propréteurs, magistrats dont le pouvoir était si absolu.
CIVISME (vissm' — rad. civique) n. m. Vertus, sentiments qui font le bon citoyen. (S'est dit surtout, pendant la Révolution, du dévouement à sa cause ; les exemples qui remontent au delà sont extrêmement rares) : Les nations manquent aujourd'hui de civisme. (J.J. Rouss.) Il Certificats de civisme. Certificats délivrés aux citoyens dévoués à la Révolution, et dont la création fut décrétée par la Convention.
— Syn. Civisme, patriotisme. Le civisme est la vertu qui porte à se dévouer pour le salut, pour l'utilité de ses concitoyens. Le patriotisme est l'amour de la patrie en général, le désir de la voir heureuse et brillante de gloire.
— Anton. Incivisme.
CiVITA, comm. d'Italie (Calahre [prov. de Cosenzaj) ;