‹ Nouveau Larousse illustréChapitre 6 sur 870 · V. CONICINE · texte numérisé non relu

V. CONICINE

CID {sid' — arabe seid, même sens) n. m. Seigneur : lia t'ont nommé tous deux leur cid en ma présence. Puisque cid en leur langue est autant que seigneur.

Corneille-

CiD Gampeador (Rodrigue Rut Diaz de Bivar, dit le), tïls de don Diego Laynez, seigneur de Bivar, et de TeresaNunez, tille du gouverneur des Asturies, né vers 1030 au château féodal de Bivar, près de Burgos, mort à Valence en 1099. C'est un personnage moitié historique, moitié légendaire. Il passa les premières années de sa vie à la cour de Ferdinand I" de Castille. Un combat en champ clos avec un chevalier navarrais, où il fut vainqueur, lui mérita le surnom de Campeador (excellent); son autre surnom de Cid {seid [chef en arabe]), lui fut donné plus tard, dans une de ses rencontres avec les Maures.

Après la mort de Ferdinand, ses deux lils, Alphonse VI, roi de Léon, et Sanche, roi de Castille, s'étant brouillés, marchèrent l'un contre l'autre. Dans une rencontre, Sanche fut battu et prit la fuite; mais, sur le conseil du Cid, il revint le lendemain surprendre ses ennemis sans défiance et les vainquit ; Alphonse fut fait prisonnier. C'est la première mention que l'histoire fasse du Cid, sa première action militaire. Le Cid pouvait avoir alors environ vingtcinq ans. De ce moment, il devint le conseiller intime et 1 ami de Sanche ; mais celui-ci ayant été tué au siège de Zamora, Alphonse VI réunit sur sa tête les deux couronnes de Léon et de Castille. Le Cid, bien à contre-cœur, dut servir le nouveau roi et n'y consentit qu'après avoir fait prêter au prince le serment d'avoir été étranger au meurtre de don Sanche. Alphonse prêta le serment, dont la formule énergique est dans une ancienne romance, mais il en garda une sourde rancune à ce vassal exigeant. Peu après, il bannissait le Cid et confisquait tous ses biens. Durant la période qui suivit, le Cid se rendit d'abord indépendant, puis redoutable, sinon au roi do Léon et de Castille, au moins à ses voisins, chrétiens et musulmans, avec une petite armée qui n'était qu'à lui et qui s'attachait en tout à sa fortune. On voit encore, non loin de Saragosse, entre Daroca et Alcaniz, la Roche du Cid, vieux manoir ruiné, d'où Rodrigue s'élançait pour tomber tantôt sur les Arabes, tantôt sur les chrétiens : plus d'une fois, il prêta le secours de son bras aux émirs ses voisins, notamment à l'émir de Saragosse et à celui d'Albarracin. C'est de là qu'il marcha tour à tour contre lo roi d'Aragon, contre Alphonse et contre les Almoravides. Ses meilleurs revenus, comme ceux de beaucoup de seigneurs féodaux, consistaient dans les tributs levés à main armée sur les villages, quelquefois sur les passants. Rodrigue prit pour femme, quelque temps avant son bannissement, une doiia Ximena, parente du roi Alphonse; mais cette Chimène de l'histoire était vieille et laide, et le Cid l'épousa parce qu'elle était fort riche. Il passa les dernières années de sa vie à défendre Valence contre les Almoravides, et la ville ne fut prise qu'après sa mort. On l'ensevelit, revêtu de son armure, dans l'église de San- Pedro do Cardena.

Cid (Chronique rimée du), publiée par Francisque Michel dans lo Jahrbûcher der Literatur, de \ ienne, en 1846, sur un manuscrit de la Bibliothèque nationale. Elle est du xiii" ou xiv' siècle, ot ne constitue qu'un fragment de onze cent vingt-six vers. — Le récit relatif au Cid débute par la querelle du comte de Gormaz avec don Diègue, et on y trouve, sous une forme difl'érente de celle de la chronique en prose, les divers épisodes auxquels le Cid a dû sa popularité.

Cid (Poème du). Cette œuvre, que l'on confond souvent avec la Chronique riyttée du Cid, remonte au xiii" siècle. D'après les dernières lignes du manuscrit, elle aurait eu pour auteur uu certain Pierre Abbe. — Le poème débute par l'épisode du serment que lo Cid force Alphonse à prêter, relativement à l'assassinat de don Sanche, et se continue par l'exil du Cid, qui rentre à Bivar; sa maisou ost en ruuio; il se lamente, et se dirige vers Burgos. On ne veut pas le recevoir dans Burgos, de peur d'encourir la colère du roi. Il entre dans l'église Sainte-Marie; il y fait sa prière, puis il pi(iuo des deux et sort de la ville. C'est encore dans co poème que se trouve l'épisode si connu du prôt considérable consenti par dos juifs sur le dépôt d'une caisse en fer, qui devait renfermer des joyaux ot des diumaiits, mais qui no renfermait que dos cailloux.

Lo Cid rorabourso la somme, puis ouvre la eusse devant les juifs stupéfaits. La seule clioso cjui donne à quelques parties de 1 ouvrage un coloris poétique, c'est la naïveté chevaleresque du style, aidée do quelques situations lieureusemont pointes.

Cid (CiiRoNiQOE du). La critique moderne ne croit pas cotte chronique antérieure au xiv» siècle, quoique, d'après une tradition, elle ait été trouvée dans le tomoeau mémo du Cid, à San-Podro do Cardona. Elle reproduit une partie de la Cronica tieneral de lis/jaria et semble lui être postérieure. Ce n'est qu'une grande version nationale des exploits du héros. Elle commence aux premières victoires du Cid sous Ferdinand, no fait que quelques allusions aux événements de sa jeunesse, sur lesquels Guilhcm de Castro et Corneille ont composé leurs drames, et raconte surtout, avec la plus faraude minutie, ses aventures guerrières. Elle a été imprimée on 1612.

Cid Campeador (les Jeunussiss de l'excellent) [en espagn. las Mocedades det Cid Campeado7'], tragédie en deux parties, du poète espagnol Guilhem do Castro (IGI8). C'est à. la première partie do cet ouvrage que Corneille a emprunté son Cid; faction et les scènes principales sont à pou près les mômes. L'œuvre de Guilhem de Castro est plutôt une longue chroniciue chevaleresque qu'un drame ou une tragédie ; mais, si 1 ouvrage est défectueux, à cause de l'éparpillemeut de l'action et de ses impossibilités sconiques, if étincelle de beautés véritablement sublimes, de situations frappantes, de traits do génie que notre grand Corneille a le plus souvent admirablement rendus, mais qu'il n'a pas toujours dépassés.

Cid (le), tragédie de Pierre Corneille, en cinq actes et en vers, représentée en 1636. Le Cid de l'histoire est un condottiere brave, mais cruel et tout à fait dénué de scrupules. La légende l'idéalise de plus en plus; mais il est encore bien rude dans la Chronique rinn'e et môme dans le Poème du Cid. Si Corneille ne connaissait pas ces sources, il a lu certainement le Romancero, où le Cid est surtout présenté comme un héros bon et pieux. Mais le véritable précurseur de Corneille, c'est Guilhem de Castro. En imitant son modèle. Corneille sut rester original. Il condense en un véritable drame ce qui était, chez Guilhem de Castro, une épopée dramatique.

Chimène, fille du comte de Gornias, et Rodrigue, lo Cid, flls de don Diègue, s'aiment réciproquement. Don Diègue vient d'être nommé gouverneur du prince de Castille, honneur que le comte de Gormas crevait réservé à lui seul. Il s'en plaint amèrement à don Diègue et lui donne un soufflet. Don Diègue tire son épée pour se venger ; mais le comte la lui fait aisément tomber des mains. La situation du Cid devient cruelle lorsqu'il apprend que l'offenseur de don Diègue est père de Chimène. Le sentiment de l'honneur l'emporte. Il provoque don Germas et le tue. Chimène, fidèle à la voix du devoir, vient demander au roi don Fernand vengeance contre Rodrigue. Cependant, Rodrigue ose se présenter chez Chimène, dont il vient de tuer le père; alors, a lieu une scène d'une incomparable beauté. Ensuite, Rodrigue rencontre don Diègue qui cherche son flls pour lui exprimer sa satisfaction. Il lui annonce une descente imprévue des Maures vers .Séville, et le presse de voler aux ennemis. Bientôt Rodrigue, qui a vaincu les Maures, reparaît devant le roi et lui fait le récit du combat. Chimène se présente pour implorer de nouveau la justice du roi, qui lui accorde à regret l'épreuve d'un duel entre le Cid et le chevalier qu'elle choisira pour champion, mais sous la condition qu'elle épousera le vainqueur. Don Sanche s'est oITert à combattre pour elle. Avant le combat, Rodrigue .vient encore une fois ofl'rir sa vie à Chimène, qui lui douno 1 ordre do revenir vainqueur. Bientôt, don Sanche apporte aux pieds de Chimène l'épée du Cid. Croyant son amant tué, elle éclate en imprécations contre le meurtrier. Le roi la détrompe : Rodrigue vil encore. Et c'est lui quia envové Don Sanche porter son épée. Mais il paraît lui-même : Chimène, enfin, se laisse persuader, et consent à donner sa main à Rodrigue lorsque celui-ci aura achevé de vaincre le? Maures en Afrique.

L'unité de temps n'est maintenue dans le Cid que grâce à toutes sortes d invraisemblances. Quant à l'unité de lieu. Corneille ne se tire d'affaire qu'en ne précisant pas crî quel endroit se passe chaque scène. Mais, en aucune partie 1 unité d'action ne fait défaut. Les rôles de second ordre sont un peu sacrifiés : don Sanche est parfois un peu ridicule; l'infante, qui aime aussi Rodrigue, mais qui le trouve au-dessous de sa naissance, malgré ses luttes intéressantes avec elle-même, paraît bien |iâle auprès de Chimène ; le roi est d'un caractère bonlnimmo, un peu audessous de la royauté de tragédie, mais, eu .somme, sage et aimable. En revanche, les premiers rôles sont de toute beauté. Don Diègue a un hautain sentiment de l'honneur, oui I emporte sur son amour paternel. Rodrigue a la fierté do son père, avec un courage juvénile ; et.en mémo temps, il est rempli do tendresse. Chimène elle-même est aussi digne d estime dans sa passion quo dans son ardeur à venger son père. Dans ce drame, où l'on trouve à poino un mauvais sentiment, les héros nous apparaissent pleins d énergie et d'amour. Tout y cède ù uuo affection et ù une admiration réciproques qui font de Chimène et du Cid doux types immortels do jeunesse et do fidélité. Plusieurs vers do cette tragédie ont passé dans la langue littéraire :

— Sps rides sur son frmit ont grav^ «es exploits.

— Rocirisue, as-tu ilu rmur'.'— Tout autre que mon père L'iSprouverait sur l'heure

— Je suis jeune, il e»l vrai, mais aux Smos bien n<Sei, La valeur n attenj pa.^ le nuii)l)ro dos ann('>e8.

— Mes pareils k deux fois ne se font pas connaître Ht pour leurs coups d'essai veulent des coups de maître.

— A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, Cid (la Querelle du). Si le Cid valut à Corneille le premier rang parmi les poètes tragiques, il lui attira aussi bien des tribulations. Richelieu, qui rimait on dépit de

'm''"T.i'j '"' ■''■'''""' ''" '"^'^'^''^ ''" ^''''- Prudemment, Corneille dédia sa pièce à M- do Coml.alet, nièce du cardinal. Mais sa hautaine lixcme à Ariste indisposa les gens do ottres, et Mairot écrivit contre lui une satire â lauuollo Corneille eut le ton do répondre. C'est alors nue Scu- 'léry publia sur lo Cid une série i'Ohtmmliom puériles où Il attaquait dans le Cid A la fois lo fond et la forme L'autour répondit brièvement dans sa Lettre apoionHinue, d'une ironie éloquente, et ses partisans publièrent plusieurs pamphlets pour sa défense. Scudéry prit le parti do s'airessoru lAcademio l'ran.;aiso, cspfranl que, tenant lo jour do

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