AÉROSTATIQUES REMARQUABLES
sur le sol anglais, la naissance du roi de Rome à la perfide àlbion, — comme le disait le poète Baoar-Lormian. La perfide Albion , le féroce Léopard étaient alors de rigueur.
Le ballon da couronnement fut suspendu à la Toûte dn V^atican deRome, où il demeura jusqu'en 181 4> accompagné d'une inscription rappelant son voyage et sa descente miraculeuse f — moins la circonstance du tombeau.
PREmiEEB ATV]VI¥ERSjiIBE DES JOIIBTVÉES DE JUILLET flSSO.
ABLATION 1)*UN VOYAGE AERIBN FAIT A PaRIS, LE 29 tVlLUn
1831, PAR M. DupuiS'Delcourt.
A m nayi re bearMz, plu léger q«« les TMttt^ Bâtoo»>n<HU d'ajonttr oo la rame oa h voUe :
Qae dTn art tout aovreao le aecrel m dévoila.
t Chargé par la vil le de Paris de faire une ascension aérostatique au mois de juillet 1 83i ^ lors des fêtes publiaues destin taées à célébrer l'anniversaire des trois jours, j'employai poor cette expérience un ballon en soie et baudruche de grande dimension, magni£quement décoré, et dont Téquatenr, chargé de lettres en or, portait pour exergue, la devise de la fête da jour : Anniversaire des 27, a8 et 29 juillet i83o.
Le départ était indiqué pour trois heures; un malentendu le 6t retarder de quelques instants. Il était trois heures trentecinq minutes du soir lorsque nous nous élevâmes de terre (i). Le soleil de juillet avait reparu, et le temps, constamment mauvais depuis le cc^mmenceroent du mois , était redevenu beau comme il l'était aux jours de i83o. Un vent d'est-nordest , assez violent, se faisait néanmoins sentir, et une force d'ascension considérable fut laissée à l'aérostat, pour qu'il pût vaincre les écueils qui environnaient le point du départ. Ua naufrage au port eût été chose cruelle dans une circonstance aussi importante, et devant la brillante assemblée alors réunie dans l'enceinte même où était placé l'appareil qui venait de développer, en moins de deux heures, neuf mille pieds cubes, de gaz hydrogène.
A l'extérieur , une foule innombrable de peuple , de garde*
{\) J'en» poar oompagnoi» de Toyaffe dans œtte aaceodon le fila aîn< do profeaicBr» Bobertson, aëronaute célèbre, dopt le lecoiid fik. Dimltri 49Ht<«>f| «▼»*' W """^ jaoB «MBpaçnofi daiM plniieitrt 40 m» ^Meoaiooi préoédentaa.
' I«4 EXpÉBIBIfCES
nationales et de militaires de toutes armes, garnissait les bonle«rarts et les quais, de ta porte Saint- Antoiue à la barrière d« TEtoile. Ao moment de l'ascension et à travers les applaudis, sements qni nous furent prodigués, je pus même entendre les cris de joie, joints à l'agitation des masses et au cliquetis des aimes, qui m'arrivaient encore à plus de cinq cents toises d'élévation, comme le bruit confus d'un mouvement qui s'éteint.... C'était pour la dixième fois qu'une nacelle aérostatique m'élevaitdans l'air au-dessus de Paris. La place Saint-Antoine était le point de départ. Tout auprès, je remarquai, principalement en montant, ie projet du mooament à élever aux victimes de juillet, et non loin de là, l'éléphant colossal dont il a pris la place; à d^ite, la barrière du Tréne, Vincennes. Mon imagination frappée relevait la fiastille, ses tours, son affreux, donjon , et me faisait assister au réveil du peuple de Paris, lorsque, le' i'4 juillet 1769 , il avait donné, à cette même place, le |^e de ce qu'il s'est montré partout il y a on an. Tels étaient le spectade et les idées qui se confondaient en ce moment dans mJa pensée.
Le ballon platta longtemps snir Ttlè Saint-Louis et les deux bras de la Seine, qu'il venait de ti^verser. Je reconnus simultanément le collège de Henri IV, le Panthéon , le Jardin d'es Plantes; au nord , le Louvre, l'Arc de triomphe de TEtoîle et le Champ- de-Mars entièrement désert, mais où se voyaient encore les enceintes tracées qui avaient servi ailx courses de la veille.
Certain alors du snccès complet de Texpérience, je serrai là main de mon compagnon de voyage, et , fier de la mission qui m'était confiée , glorieux de voir les drapeaux tricolores qui ombrageaient ma tête, flotter, pour la première fois, depuis si longtemps, devant tout un peuplé, des cris d'enthousiasme et de liberté m'échappèrent.
Ils vibraient encore dans la concavité inférieure dh ballon, lorsque des cris partis de terre attirèrent notre attention' Nous avions déjà dépassé Paris , et nous étions en ce moment portés sur Bicêtre, dont les infortunés habitants nous appelaient du geste et de la voix. En faisant nsage à propos de la soupape et du lest, je m'abaissai au-dessus des Cours, dans lesquelles deux ou trois cents prisonniers étaient en ce moment réunis. Ces saints joyeux, leurs vivat prolongés , m'attristèrent. Rien n'afflige l'homme comme la vue de la deVradation dé ses semi>lables, et il suffisait de jeter les yeux en arriéré, pour atcrft It triple «pecucle de malhear que m'of-
AÉaOSTATIQTJES &BHARQUABLt8. IsS
fraient Bicêtre, Sainte'Pélagie et la Force , dont TéléTation d» ballon rapprochait la distance, et qui, pour moi, semblaient se toucher. — On eût dit les premiers anneanx de cette chaîne hideuse qui part chaque année pour le bagne, où elle conduit et confond tant d'êtres divers, que bien souvent une faut» seule, un crime social, a rendus coupables. Je demeurai pensif et profondément attristé.
J'étais resté immobile, mon drapeau dans les n^ains; je n'entendais plus aucune des voix qui saluaient le passage du ballon. Il me vint en ce moment la pensée subite du danger qu'il y aurait à m'abaisser jusqu'à la portée des bâtiments. Je jetai du sable , et l'aérostat allégé s'éleva d*un mouvement progressif et lent , qui le porta , en dix minutes , à mille toises d'élévation. Le froid et la sensation de plaisir et de bien-être qui se renouvelle à chaque ascension, me ramenèrent au sentiment de ma position.
A gauche , la Seine et la Marne , leurs îles et leurs nombreux détours, se développaient au loin , tout resplendissant» de lumière. Adroite, on distinguait principalement Versailles» dont les eaux reflétaient aussi le soleil, et me semblaient autant de miroirs couchés à terre.
Le ballon subit ici une déviation légère. Porté sur Bourgm la-Reine et le parc de Sceaux , je fus bientôt à même de voir le château de Moutjean, où je fis, en 1824» une ascension destinée à des recherches curieuses sur la direction des courants supérieurs de l'air. Je considérais sur le terrain même la marche de la flottille que je montai alors avec M. J.-M. Richard , et qui décrivit une sorte d'ellipse, dans la plaine immense située entre la Seine et la Marne, pour me ramener en définitive, après une heure de séjour dans l'air, à cinq quarts de lieue du point de départ.
Mon attention fut attirée par la tour de Monilhéry, Telle était la sérénité de l'air, que, malgré l'éloignement où j'en étais alors , et de la hauteur d'environ sept cents toises , il était possible de juger des restes d'architecture que le temps a conservés à ce castel, où gémit, pendant trois ans, sous le règne d'un roi Philippe, l'intéressante Lucienne, fille de Guy, dit le Rouge, et qui fut depuis témoin, en i465, de la défaite des Bourguignons. L'envie me prit de l'aborder pour en admirer de plus près la structure et les détails. Je descendis.
Linas et Montlhéry sont deux petites villes qui se touchent» et n'en forment , pour ainsi dire, qu'une seule, située le lon^
4é la éâlUé ht mit le pencUiit de fil iaimtapÈC àk êê tndv^ iktwèé la toar àm UomAhèrf. Les habitants de ee pays n'aperfntfaat vratsemblableinent pas le balloa , oa s'ea mtmtrèna/t é peo euffleaxqiB, MnipieBoas n»mcs le sol an pM de la tanr mène» q^ques^nns se firent à peine r a aiaiqu ni par Pampccsssnwnt avec lequel Us aocoimrent vers noos.
Mon séjonr dans la basse région ne fut pas de longœ duafie. EÎti peo de auniites je regagnai nne élévation plos coasidirable que celle dont j'étais descendu poor venir visitar E» tRir. Les habitaots de la vîUe d'Arpajon, bien diflfétents da eenz de Linas , se mirent en monvement d^ que le ballon» es prenant de la haatenr, fat i portée d'être vn. Sielon ea que rapporte Dalaurr, et pays se nommait autrefois Châtres. I^e aei* ^enr qui loi donna , à nne époque très-recnlée, le nma qn il porte aujourd'hui, aimait, dans cé temps on les scigneors détroussaient quelquefois les passants sur les routes, à t r é q aen lf aussi les grands chemins pour arrêter les voyageurs et leur demander le nom de la ville qu'ils avaient devant eut. Il récompensait magnifiquement œnx qui loi répondaient : ^rpa» joHj et accueillait, an contraire, à grands coups detrivières ceux qui avaient le malheur de ne pas employer là dénomination nonvelle , soas laquelle il voulait que son châtean Rkt eonnn. Cet C£dipe dn moyeu-âge, s'il se fût trouvé en ce âno* ment sur la route, eût été fort embarrassé pour nous adresser UL question favorite , et force lui eut été de nous dispenser de son gracieux aotneil , car le ballon passa sur Arpajon il one kanieur de quinze cent quatre-vingts toises.
Cette élévation est la plos considérable que nous ayons te« flne pendant le voyage, qnî n'a été qu'une promenade charmante sons un del éclatant, et nne suite presque coutinnelle de descentes et de réascensions. Je n'avais pas d'antre bot« dans cette expérience toote d'apparat, et ma nacelle, pavoîsée de drapeaux, n'était garnie d'aucun antre instrunent q[ae d'un baromètre et d'un excellent thermomètre ; je ne rendrai donc pas compte de mes observations, celles faites pendant le voyage se ressemblant à peu de choses prés, et n'ayant en pour but que la gouverne de l'aérostat.
Un petit nuage blanc qui s'élevait de la région inférieure nous prit en flanc, et vint agiter quelques instants le ballon. Noos perdîmes iDomentanéoieut la vue de la terre, et one sensation de froid très-prononcée news surprit. Je pas bientôt après jouir, de cette haateqr, de la vue des eampagnai ^ai sa-
AlftOSTATlftUpi RINAIQUABLIS. |»|
Telop|iaient sont met pieds. Les villes, les vUbgetj ]« |>oii» ( rivières et les routes , se dessinaient avec une netteté ad<^ Tab4e. Le S9leil éclairait de nouveau la fcène,, et une va* ur légère qui s'élevait de terre bornait au loin, d'un horizon ntâstiqoe et bigarre, rimroease plateau que ie pouvais em«» asser d'un seul regard. C'était comme uo plan en relief, et lomme placé dans cette position eztraordiuaire a besoin d^ ute sa raison, pour se persuader que ce qu'il a sous les yeui it bien cette même terre f qi:|'il a quittée peu d'instants au» iravant. Souvent, dans mes ascensions, j'ai été frappé de la ssemblance qu'il y a entre une carte bien coloriée , dressée r ufiç échelle.un peu grande, et la vue dont jouit l'aéroute à douze ou quinze cents toises d'élévation. Le ballon semblait rester stationuaire et sans aucun mon* ment aux habitants d'Arpajon, qui le virent pendaqt trois larts d'heure an zénith de lenr ville, comme une perle brilate suspendue au ciel. Cependant il marchait; et je nn lyais avancer, mais lentement, en raison de la hauteur, sur
route d'Orléans , où je ne désespérais pas d'arriver avant
nuit. Dès ce moment , et au milieu de la foule de villages et i bour|» répandus çà et là, je distinguai Etampes^ dontla rme ailongëe, terminée en pointe du côté de Paris, avea irechy , qui en est comme une fraction détachée , semblait rnaer j par rapport à moi, un énorme point d*ezclama'« >a (X) placé sur mon passage, et qui se détachait en couleur mbre dans les campagnes diaprées des environs. Cette idée Qgaiière me plut. Je me rappelai le clocher jaunie et la lune ^mme un point sur un i, de M. Alfred de Musset. Je ris en oi-même , et me mis à rechercher sur la terre des ressem* lances nouvelles, absolument comme lorsqn'en d'autres jours
me complaisais aussi à mettre mon imagination en jeu pour ouver des paysages, des figures ou des rochers, "dans les )rme6 si variées des nuages, aux approches de la nuit.
L'esprit de l'aéronaute voyageant dans l'air est constamment mdu par le spectacle merveilleux dont il jonit, et les sensa* ions nouvelles et inattendues dont il se trouve assailli. Son uagination, à l'aise pour aiosi dire dans ce séjour de féerie, i read on ue peut plus impressionnable, et l'homme phyique^ dans le cours d'un voyage aérien , a toujours à lutter ontre l'homme moral qui s'égare en pensées gigantesques, necveilleuses, qui loi font oublier à tous moments qu'il n'est suspendu dans l'espace que par un fil^ . .
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C'est ainsi qu'un rayon de soleil réfiracte par la vapeur bmmeose amoncelée à l'horiMn , vint soudainement me frapper de stupeur et d'admiration. Plonjgé dans une contemplation profonde , et laissant aux vents le soin de conduire raérostat, mes idées prirent naturellement le caractère de grandeur qpi leur était donné par la nature du spectacle qui s'offrait alors à mes regards. L'idée de la divinité s'offrit à ma pensée ; et bientôt, jetant un coop-d'œil sur moi-même, je fus tenté de me demander ce que ne pourraient un jour l'audace et le génie de l'homme réunis , lorsque je me vis, faible créature, dont la moindre piqûre peut détruire le fragile édifice, à une hanteor et dans un élément au sein duquel je n'étais point appelé à vivre ; suspendu dans les airs comme par enchantement, moi qui étais condamné à ramper sur la terre sans pouvoir jamais m'en éloigner....
Il était six heures; et le froid se prononçait de plus en plus depuis quelques instants. L'agitation des drapeaux me fit juger d'un changement de position. Une forte condensation de gaz s'opérait ; le mercure remontait dans le tube barométrique, et les objets terrestres semblaient grandir et se détacher mieux du sol : je descendais. Il m'eût été facile de demeurer, mes ressources en lest étaient loin d'être épuisées. Plusieurs sacs étaient encore à mes pieds ; j'avais en outre un panier renfermant quelques provisions; une bouteille vide, des cordages et autres objets dont j'aurais pu me débarrasser pour prolonger mon séjour dans l'air. Je préférai de nouveau prendre terre momentanément et faire acte de présence à Etampes, au-dessus duquel le ballon planait alors directement.
J'étais d'ailleurs curieux de voir de près la Tour de Gui tel, autre monument de l'ancienne France , qui se voit encore | debout, mais entièrement ruiné, sur une ëmtnence à droite en venant de Paris. C'est de ce lieu- que voulut partir, dans le siècle dernier, le chanoine Desforges, qui tenta de s'élever dans l'air avec des ailes de son invention ; moyen dangereux, borné dans ses résultats, et dont on ne saurait attendre de grands services. Les ballons ouvrent un champ bien plus vaste aux combinaisons de la future aéronautique.
Les ressources qu'ils offrent à l'aéronaute, toutefois, sont excessivement bornées aujourd'hui par la petitesse des machines actuellement employées. J'en fis bientôt l'expérience. Dans mes fréquentes ascensions et descentes , j'avais perda
AÉROSTATIQUES R8MARQUABLES. 19^
li«aiicoup de gaz, ce soaffle léger à qni le globe qui aie portai^. devait sa brillante et trop éphémère existence. Forcé, pour accélérer la descente, d'oavrir de nouveau la soupape, malgfé ramoindrissemeut déjà bien marqué du ballon, je jetai sur ce* qui m'entourait un regard d'orgueil et de satisfaction. •— Je TOUS quitte., contrées aériennes , pour la possession desquelles l'homme a tant de fois formé de stériles vœux^ je vous quitte : mais bientôt, demain, si telle est ma volonté, forcé par Id puissance irrésistible dont s'est armé le génie de Monigoifierf vous prêterez de nouveau votre mobile appui à rooa char si léger.
A mesure que le ballon baissait , je voyais augmenter W nombre des personnes qui le suivaient. Je n'étais plus tgsk'k une faible distance de la terre. Le courant d'air entrainait l'aérostat avec tant de lentjeur, qu'une foule de paysans, 4« femmes , de' jeunes Biles et d'enfants le suivaient sans p«iB«« ' L'après-midi était superbe; le soleil, encore très-élevé sur l'horizon, dardait ses rayons et répandait ses flots de lumière sur les belles contrées au-dessus desquelles je planais. Avuk loin que ma vue pouvait porter , j'apercevais les habitants dea campagnes quittant précipitamment leurs instruments ara« toires, et accourant en élevant les bras comme pour in'invitef à les attendre. J'avais devant moi les fertiles. coteaux de l'Or^ léanais , et au loin, sur la droite , d'immenses plaines sabloo-^ neuses terminées par des montagnes, colorées de diverses teintes, suivant leurs différents aspects. C'est dans une position comme celle-ci, c'est au milieu d'un tel spectacle qvk» Sterne iou le sentimental Fernes „ de Genève , nous eussent tracé le tableau le plus pur de l'être peiisant. « Heureux villageois I. se seraient-ils écriés , qui courez en folâtrant au-devant de cm globe léger qui fuit devant vous, vous goûtez le bonheur 1# plus pur, celui du plaisir innocent, que ne peut troubler aucun souvenir amer ; vous admirez sans connaître, vous jouis* sez sans inquiétude de vos sensations, et plus sages que nonSf vous n'en détruisez pas la douceur» en vous efforçant d'ea rechercher la cause ! »
Le ballon avait touché terre dans un champ déjà mois* sonné. Le choc le fit, comme de coutume, se relèvera und centaine de pieds environ, et il bondit ainsi quelques instant» avant de s'arrêter définitivement. Une fois fixé à terre « il fut aussitôt entouré. C'était un bourdonnement, ui> brtiit des «x4 clamatÎQns» à ne pas s'entendre. Cent questions m'arrivaitÉil
Il 3a EXPÉRIENCES
i !a fois. D'où venez-vons? Restez ici ! Avez«vous vu le roi ? et mille autres propos aussi naïfs. J'obtins enfin un moment de silence, et à mon tour je leur demandai comment se nommait leur pays. — Nous étions à Mesnil-Gimult, département de Seioe-et-Oise;, une lieue et demie au-delà d'Étampes^ que ma préoccupation m'avait fait dépasser.
Au nombre des habitants qui avaient accompagné le ballon depuis la ville jusqu'à la descente, il en était un bien avisé, qui, au lieu de courir à travers champs comme les autres, avait trouvé plus agréable de suivre en voiture et par les chemins ordinaires; sa précaution nous fut utile. La nacelle que nous n'abandonnâmes pas fut fixée à la voiture, et, le ballon toujours flottant dans l'air avec ses drapeaux , nous fûmes remorqués de la sorte , et au pas, jusqu'à la ville où nous fîmes une entrée tout-à fait solennelle. Je doute que jamais triomphateurs anciens ou modernes aient été fêtés plus miraculeuiement que ne le fut notre apparition aux portes d'Etampes.
Une circonstance que j'appris bientôt ajoutait à l'enthoniia.«me, «t était pour beaucoup dans le mouvement général qm te faisait remarquer dans la ville. La même nouvelle d'une victoire des Polonais qui avait circulé le matin à Paris, à la revue àvk roi , venait d'arriver à Étampes peu d'heures avant le ballon; et, par suite de la sympathie que la Pologne trouve pour sa gloire et son indépendance dans les cœurs français, il B'était pas un habitant qui n'éprouvât le besoin de manifester tout haut la joie qu'il en ressentait : aussi les cris de France et Pologne se mélèrent-ils bien souvent autour de nous. . .
Étampes, administré paternellement, n'est ppint peut être ce qu'on appellerait une ville riche. Il n'y a point de grandes mann&ctures ni de gros établissements en aucun genre. Mais le sol y est fertile; sa position géographique est heureuse; chacun y est propriétaire plus ou moin» important ; et chaque habitant po&sède l'industrie qui le fait exister, et qui fonde ou tntretient le bien-être de la famille : aussi n*y voit-on que des gens heureux, sans ambition, et d'un esprit pour la plupart éclairé, chacun relativement à sa position. Les principes de la révolution de i83o y ont été franchement admis et généralement adoptés. Il devait en être ainsi d'une ville qui a compté parmi ses magistrats, /^«nyy^imonneau, mort en 1 791, ▼ictime de sa fidélité à ses devoirs, et de son amour pour les lois, qu'il no youlut pas laisser violer au nom même de la liberté.
AEROStATlQtJES RfiMARQUABLU. 'l3g
' Le^ballon, tenu par des cordes et accompagne d'une foule immense, fut conduit de rue en rue jusqu'auprès de la Place Notre-Dame. Déjà en plusieurs endroits il avait fallu le laisser s'élever très-haut, eu raison des difficultés qu'on éprouvait à lui faire franchir des saillies de maisons et des édifices élevés, ici il fallut s'arrêter tout-à-fait, à cause du jour qui^baissait, et du danger qu'il y aurait eu à pénétrer plus avant dans l'obscurité.
I.a bienveillance de l'accueil qui nous était fait, le charme que je trouvais en mon particulier à obliger tant de braves gens, qui demandaient qu'on fît élever de nouveau le ballon, nous détermina à rester à Étampes, où s'est bornée notre course aérostatique. Le temps était superbe, l'air d'un calme absolu; la lune n'était point encore sur l'horizon, mais le cici entièrement étoile, et le peu de lumière que donnait un resta de crépuscule, suffisaient à la manœuv^re. Nous nous livrâmes à des ascensions à ballon captif, qui se prolongèrent fort avant dans la soirée, au grand contentement d'une partie de la population accourue sur les lieux pour être témoin de ca spectacle inattendu. M. Boivin-Ghevalier, maire, a bien vouln, par un double procès-verbal, rendre compte de ce«î faits. Us seraient attestés, au besoin, par tous les habitants d'Étampes, qui conserveront longtemps le souvenir du ballon de juillet.
Dupuis-Dblgourt.
J*ai essayé, dans la carte aéro-graphique ci -jointe, da donner une idée plus précise que ne le fait un simple récit, de la marche d'un ballon dans l'air. La partie inférieure de la carte est un plan, sur une échelle assez étendue, des environs de Paris, du côté où je fus porté par le vent , le 29 juillet 1 83 1. La partie supérieure représente, sur une échelle conventionnelle de 2,000 toises, l'espace qu'a parcouru le ballon dans l'atmosphère.
Les lignes verticales qui descendent des points indiqués dans la Relation du voyage , sur la partie inférieure, donnent la correspondance de la coupe du terrain, avec le tracé topographique. (Voir la PL VIII, Jîg, ai.)
\9^ At>rtîCÀTlONS DiVERSSS