CHAPITRE K
IPPORT SOB L*AAT AÉROSTATIQUE ET SOK APPLICATION AUX TEAlVSPORtS PAR AIR» PRÉSENTA A SON EXCEL- LENCE LE MINISTRE DE L^INTÉRIEUR, LE 16 MAI 1845, PAR. M. DupUIS-DeLCOURT» INGÉNIEUR- AÉRONAUTB,
Monsieur le ministre ,
L'art aérostatique, l'étade de l'atmosphère, ont été la ande affaire de ma vie. En faveur de mes travaux passes, ! mes efforts, de mou zèle pour la solution d'urie question li n'est pas sans importance ni sans gloire pour la France, rmettez-moi d'adresser à votre excellence un exposé rapide J'ëtat actuel de cette question, et des applications dont est sceptible cette invention nouvelle , digne par sa grandeur l'intérêt et de la protection du gouvernement.
C*est un spectacle curieux , sans doute, et bien propre à ipper vivement la multitude, que celui d'un homme se con« fit dans un frêle équipage au caprice des vents; — mais rt aérostatique ne doit pas se borner seulement à répéter à ifini la vaine et fugitive ascension d'un ballon s'élevaut dana ir un jour de fête. La grande idée dont les frères Montgolfier t posé la base il y a soixante ans , doit aujourd'hui profiter
l'état avancé des sciences et de l'industrie, et devenir, par e application puissante, le point de départ, le principe as-* ré d'un transport régulier par air des hommes et des mar'-^ indises.
La iocomotioB, la libre disposition de se mouvoir, de se lusporter d'un lieu à un autre , est la faculté qui distingue entiellement , dans l'échelle des êtres, la nature plus oa, »ins par£aite , plus ou moins élevée des individus. En histoire naturelle, on a fait de ce principe l'objet d^una ssification raisoncée. — L'intelligence, en eÇfet» parait vre cette faculté de se mouvoir, de se transporter, qui est partage des animaux les plus parfaits. Les mollusques , les |uillages , dont l'organisation est pesante, incomplète, delurent attachés , fixés pour ainsi dire à la roche, qui les voit Itre et mourir. Que din^iUgence^ aa contraire» dans €e&
^érostaUofk, l3|
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oiseaux voyageurs, qni émigrent chaque année, et vont, seloo les saisons, trouver daiis des climats lointains la températun et le ciel qu'ils affectionnent, dont ils ont besoin pour vivre de }^. vie qu'ils aiment !
L'homme primitif était ne voyageur, mn.\& de quels faibles moyens la nature, si prodigue envers lui d'ailleurs, ne l'avait-elle pas doté à cet égard? Il semble qu'elle lui ait porté ce défi ! -n^ 3Yi os une intelli^enee supérieure , trouve , imagine^ invente :^^ Et l'homme, en effet, a cherché, et bientôt ils trouvé. Avec le cheval, il a devancé à la eoiirse les animaux plus rapides qu'il avait le besoin, le désir, la nécessité d'atteindre; il a traversé les fleuves. A la seule force des rames, il s*cst hasardé sur les mers ; bientôt il a utilisé les vents ; — les routes, les canaux ne lui suffisaient plus , il a trouvé les Chenins de fsr et la vapeur* — • La voie des airs doit lui êtri •«wrte aujourd'hui.
L^étre intelligent, âevant ses regards et ses vœux vers l'aa- Unt de toutes âioses, a dà être incessamment frappé de la beauté et de l'immensité des cieux.
Aussi l'astronomie, cette étude savante du ciel , a-t-elle préfeédé dans l'ordre chronologique toutes les sciences. ' Plus tard, quand on a connu et apprécié lès faits; quand la théorie des quatre éléments, cette nomenclature facilcj mais ^ar trop restreinte, de la philosophie ancienne, a fait place aux conceptions de la chimie moderne et à la connaissance de tant de corps élémentaires, qui ^'existaient pas même de nom j^r les anciens, nos yeux en pénétrant 1 espace, ont pu 7 saisir un corps : Tair a été analysé, classé *, ses propriétés» sa pesanteur ont été calculées , et le génie de quelques-uns des ^nds savants dont s'honore la nouvelle école, a défini, pesé, mesuré l'atmosphère.
En 1783 y la découverte tfes aérostats a excité l'admiration d fait naître partout l'idée d'une navigation aérienne. Les contemporains de IHnventeur des ballops ne se sont pas trom-
ris sur l'importance de ce fait, d'un mobile qui, contrairement toutes les lois connues de la pesanteur , s'élevait dans les idrs. La médaille [fig. 14, pi, 5) frappée alors en l'honneur de fiavention porte pour exergue :
« A Etienne eê Joseph Honi^olfier^ « pour avoir rendu tmir navifabie. •
1 p'eH l'cfifant qtd vient de naître, disait Franklin, à la vue
SUR l'art AéROSTÀTIQITB. M^f
du premier ballon, et, dèsTanoée suivante, Euler mourant consacrait ses derniers moments «n calcul de la marche d*un ballon dans l'air. Gayton-Monreau , Mensuler et l*ancienn« Académie des Sciences de Paris , celle de Lyon, et la plupart des Académies étrangères , ont reconnu la possibilité et an* nonce l'établissement d'une oautiqna aérienne, déduite du principe aérostatique. Kotsebne, à qui l'on n« lattralt refusée quelque rectitude dans les idées et le titre de grand écrivain, n'a pas dédaigné non plus de consacrar, dans plusiéitr» de sei ses écrits , son opinion sur cet objet. Ami de rinfortttiié comte de Zambeccari , s'il ne put le détourner des emufs d\io« ima^ gination brûlante qui l'entratoa trop loin et hors des bornes du possible , il sut rendre hommage au dévouement et an ta^ lent de cet aéronaute célèbre. En 1784, 1785 et 1786, on s'occupa beaucoup d'aérostation ; mais les préocenpations politiques, les orages révolutionnaires surviuresA, et dans la tourmente où périt le vaisseau de l'état , ou se noyèrent à la fois tant d'idées généreuses et de préjugés gothiqnee» on vit aussi disparaitre pour quelque temps l'esprit d'invention et de recherches scientifiques.
Alors que Conté était directeur de l'école aéra rtat igna da Meudon , nous avons vu les ballons flotter an-dosns da nm armées et se mêler les jours de bataille à nos drapeaMt glo^» rieux. Vainqueurs pour la deuxième fois dans hê champs di Fleurus, on dut attribuer en partie le suçcèe de cette jonrnée à l'aérostat qne fit élever le général Jourdan. L'ingémeiir planant au-dessus de l'armée ennemie, hors de la portée des balles et des boulets, dressait des plans, prenait 4es notes et les envoyait au général frapçais, en les faisant glioser dans une boite de fer-blanc , le long de la corde qui le retenait captif dans les airs. En 181a , aux approches de Moscou, l'armée française faillit être foudroyée par un énorme aérostat chargé de plusieurs milliers de poudre et de mitraille, qui devait éclater dans l'air au moment convenu, heureusement il ne put être prêt à temps , et nos soldats , en entrant au château de Voronzoff , foulèrent aux pieds les débris de cette machine infernale.
Les ballons peuvent aider le savant à reconnaître et apprëv cier les phénomènes de l'air. Fourcroy , crayonnant un savant tableau de nos connaissances sur l'atmosphère , a reconnu que c'était à l'aide des aérostats surtout qu'il serait possible d'étudier la météorologie. Delaplace, dans son immortel ouvrage
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«or le Ifysième du M^onde , rend grâce aa génie de Montgotfier de ce que Thom^me peut pénétrer dans des régions qui lui étaient autrefois interdites, et il se glorifie que l'invention des ballons soi.t due à la France.
La machine aérostatique, en effet, est tin précieux instrument pour le physicien hardi et courageux qui veut aller étudier la nature dans le sein même de son plus vaste laboratoire. C'est en pleine atmosphère qu'on pourra obtenir des observations certaines sur la franche température de Tair et les variations normales de la force maguétique. L'air qui repose sur la montagne la plus élevée du globe participe toujours un peu de la présence de la terre et des influences qui en sont la conséquence obligée.
Vers i8o4» à Paris, les savants reportèrent leur attoition sur les aérostats. A cette époque, MM. Biot et Gay-Lussac entreprirent un voyage aérien, que M. Gay-Lussac seul répéta quelque temps' après. Les résultats obtenus alors auraient dû encourager k persévérer dans cette voie; cependant, à part les savants travaux de MM. Babinet et Ponillet, en France, et les recherches de Kaemtz en Allemagne, la météorologie est encore à peu près aujourd'hui ce qu'elle était il y a quarante ans. Les phénomènes de l'air ont été observés et nommés : il reste à les étudier et à les expliquer.
Dès 1 785, le docteur Potain et Blanchard voyaient, du haut de leur nacelle aérostatique, s'abaisser le niveau des men n'its traversaient ; l'un d'Irlande en Angleterre , au-dessus itt canal Saint-Georges, l'autre d'Angleterre en France par le Pas-de-Calais; et ce même Blanchard, l'année suivante, favorisé par un tempérament sec et l'heureuse disposition de ses organes, s'élevait, dans une de ses expériences, à une hau* teur qu'il annonça être de plus de dix mille mètres.
Vingt ans après, on vit à plusieurs reprises Jacques Gameria franchir dans son ballon la distance qui sépare Paris de Meut- Tonnerre, Aix-la-Chapelle, et envoyer à Rome, en vingt heures , le ballon impérial qui y porta la nouvelle du couroajDement de Napoléon.
Malgré quelques efforts malheureux tentés précédemment, ou peut-être même en raison de leur insuccès, l'art aérostatique est demeuré stationnaire parmi nous. On semble avoir entièrement perdu de vue les avantagés d'une navigation dans ' air, et le gouvernement voit languir et$ç perdre d^ns l'oubli
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SUR l'AKT ÀÈROSTÂTIQUB. l4f
l'nne des plus belles découvertes peut-être qu*ait enfantées le ^eénie de rhomme.
M. de Chateaubriand, en parlant des Français, cpd à plu* sieurs époques ont tenté des voyages de découvertes , a dit, dans l'introduction de son Voyage en Amérique : « Il faut re* marquer une chose particulière à la France, la plupart dé ses voyageurs ont été des hommes isolés , abandonnés à lèui» propres forces et à leur propre génie ; rarement le gouvernament on des compagnies particulières les ont employés o» secourus. Il est arrivé de là que des peuples étrangers « mieu^ avisés , ont fait , par un concours de volontés nationales , 00 que des individus français n'ont pn achever. En France , on a le courage ; le courage mérite le succès , mais il ne snf^ pas toujours pour l'obtenir. »
On a proposé depuis soixante ans un grand nombre de moyens différeuts pour diriger les ballons, lU peuvent se gé^ néraliser et se classer ainsi :
Réaction d'un air dilaté sur l'air dense de Fatmosphère, a* moyen .d'ouvertures ou de soupapes latérales pratiquées si(t les flancs des ballons à feu, ou Montgolfières*
Agents cUimico-physiques, ou agents purement mécaniques^ pour les ballons à gaz hydrogène.
Remorquage, ou machines à pointes fixes ; — moyen en^ trevu par Thilorier, et qui, pour n'être pas brillant, est néanmoins susceptible de recevoir , dans certains «as , d'importantes et utiles applications.'
Ces différents procédés se subdivisent en quatorze classea^ Les voici à peu près dans l'ordre où ils ont été connus :
{Voir le Tableau suivqntfpage i5o.)
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