RAPPORT
rejettent craelquefois bien loin de sa ronte le navigateur ; combien de relâches forcées^ de périls, d'écueils ! Pour laéronaute, les airs seront toujours tenables. Dans les hauteurs, d'ailleurs, bien modestes, dont le parcours lui est permis, entre six et huit mille mètres , en toutes saisons , sons toutes les latitudes , on trouve habituellement une température égale , et le plus souvent te calme et l'équilibre. De larges vents alizés y sont en permanence ; et l'atmosphère^ bien miienz que les mertf les plus tranquilles, méritera véritablement le beau nom jtTOcéan pacifique. Que seront, pour le navigateur aérien, les trombes, les orages? Ces phénomènes ont la terre pour base, le sol ou la surface des mers pour point d'appui. Déjà Taéronaute, malgré la faiblesse des machines acthellement en usage, voit sans inquiétude, du haut de sa nacelle, et comme les tourbillons de poussière, que le voyageur à cheval fait naître et mourir sous ses pas , l'agitation des régions inférieures de l'air. Les pressions et dépressions de l'atmosphère se font à peine sentir dans les hautes régions; elles seront un spectacle curieux pour le voyageur aérien. — Rien de plus.
En Haute pratique, il ne faut pas donner plus d'importance qu'elle n'en mérite à cette question , ou plutôt à ce mot de point cC appui dans tàir, sur lequel on s'entend si peu. Meusnier a supérieurement traité cette question ; il a parfaitement analysé, dans l'un de ses mémoires, les conditions d'existence d'un ballon, et démontré que s'il y avait peu d'équilibre permanent dans l'air pour un globe de soie, pour un ballon qu'il ne faut considérer dans l'atmosphère que comme une bulle de savon, il n'en serait pas de même pour une machine aérostatique résistante, solide, fortement constituée et disposant de grandes forces. Ne sait-on pas que la stabilité, l'équilibre des corps sur la terre, dans l'air ou dans l'eau, est en raison de la masse, du. poids, du volume?
Le point d'appui dans l'air existe; Toiseau n'en a point d'antre pour s'élever et se maintenir dans l'atmosphère, et le parachute ne ralentit la chute des corps pesants que parce qu'il trouve dans l'air une force de résistance, un véritable point d'appui. Le poisson nage, comme l'aérostat, dans un fluide et s'y meut avec la plus grande facilité ; comme l'aérostat dans l'air, il se soutient dans l'eau par sa légèreté spécifique, s'élève ou s'abaisse en changeant sa pesanteur par la dilatation ou la contraction d'une poche remplie d'un fluide aérien. Les rivières» les eaux de la mer ont aussi des courants ; et si le
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poisson, par sa forme et les agents que la natare lui a donnéi, parvient à les vaincre , pourquoi serait-il impossible à Taérostat de vaincre ceux des airs ?
Aussi voyons-nous que la forme du poisson a été souvent indiquée en aérostation. Le baron Scott « dans son beau projet de navigation aérienne, créait, sur une grande échelle, un véritable poisson aérien , muni de sa vessie natatoire, articulé , devant offrir par sa marche dans lair l'image parfaite du poisson dans, l'eau. (Voyez PL Itt^fig. 50). Pauly, de Genève , l'inventeur du fusil à piston , auteur d'une belle expérience aérostatique faite en i8o4, sous les auspices du maréchal Ney , avait aussi donné à sa machine la forme ovoïde et allongée du poisson; et quand il voulut, en 1816, établir à Londres des transports par air , en société avec M. Egg^ Tarmurier de Georges IV, le colossal ballon dont ils commencèrent en commun la construction, était une sorte de baleine, dont le volume n'était guère moindre que celui du plus gros de ces cétacés.
Nou8-méme , enfin, dans le travail que nous avons donné en 1829, nous comparions au poisson notre longue et étroite pyrogue aérostatique. Au nombre des projets faisant partia de la curieuse collection imprimée et manuscrite que nous possédons, il y a aussi sept ou huit de ces ballons, ayant une forme analogue à celle du poisson. {OrbU echinatus. — Comte deMilly; 1783, Faujas.) ^
La conformité de position du poisson dans Feaa , et celle de l'aérostat dans l'air, n'est point parfaite, on le sait ; néanmoins c'est une comparaison qu'on peut faire; il y a similitude , et la différence de densité des deux fluides ne peut rien lui ôter de sa justesse.
Cette différence de densité est considérable : quand le mètre cube d'eau pèse huit cents, le mètre cube *d'air pèse un seulement. On voit tout de suite quels doivent être le rapport respectif, les dimensions, le volume comparé des machines destinées à l'une ou à l'autre navigation. — Pour arriver à la même puissance, la capacité doit varier comme le poids des deux fluides ; aussi voit-on que la chaloupe aérostatique, l'embryon de navire aérien que nous voulons établir, affecte déjà les dimensions d'un vaisseau. La hauteur, la largeur, la longueur en sont les mêmes. Il est aussi à remarquer que la surface de notre chaloupe, le développement de son envergure» si l'on peut s'exprimer ainsi, est de deux milfe cinq cents mètres environ, comme la voilure d'un vaisseau de baot-bord.