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Mais cra'importe les dimensioDS auxquelles il faudra atteindre dans fa nautique aérienne? La puissance ne manque Sas pour vaincre la résistance des surfaces, et le déplacement e Tair s*opèrera toujours d'une manière certaine, et avec la plus grande facilité, soit dans les enveloppes flexibles, à la ma* nière actuelle, soit dans des enveloppes ou corps de bâtiment rigides, par la méthode si simple du diaphragme mobile. L'atmosphère est large et haute, on peut y développer à l'aise les machines aux flancs larges, aux plus vastes proportions.
Le détail de l'aérostat que je propose est une bien faible esquisse de ce que seront un jour les machines destinées à la navigation aérienne. Je ne parle point de vaisseaux en fer i>attu, en cuivre laminé , et cependant il est certain que, par la saite , la navigation dans 1 air , à Tinstar de celle sur les eaux, emploiera pour ses constructions les métaux. Le simple globe de soie, la nacelle en osier deviennent insuffisants pour passer sans danger les mers et faire un séjour prolongé dans l'atmosphère.
J'ai dû me restreindre , toutefois, et i»e préseater que l'idét d'une machine de facile exécution* Le détail d'an aérostat complet, tel qae je l'entende, paraîtrait à eonp aûr gigantesque et forcé dans ses proportions. C'est l'effet naturel que produit ewr nous la première impression d'objets que notre esprit n'avait point encore aperçus : nos idées se refusent d'abord à concevoir un plan si vaste , et de méme^ que passant d*nne obscurité profonde à un jour éclatant, nous n'ouvrons que peu à peu les paupières , afin de n'être point blessés d'une trop vive clarté, de même notre esprit, ne s'ouvrantque peu à peu aux idées nouvelles qu'on lui présente, a besoin de se familiariser avec elles pour les adopter. Quel effet produirait sur un sauvage, qui ne connaîtrait pas la marine européenne, la destriptioB d'un vaisseau de haut- bord? Très-certainement le doute entrerait dans son âme, et sa faible conception comparant toujours son canot on sa pyrogue au vaisseau dont on lui donnerait l'idée , se refuserait à croire tant de merveilles l
Mensnier, le comte de Mîlly, Scott, Pauly ne ponvaieut guère songer de leur temps à l'application du métal aux machines aérostatiques. A l'époque à laquelle remontent leurs travaux, on ne connaissait pas encore les moyens d'étendre et de ductiliser le fer et le cuivre, comme depuis on Ta fait. Onyton-MorTeaa voulant, dès 1783, calculer ce que serait un
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Ballon en cuivre , arrivait à cette conclasion , qu'il était dèslors possible de rétablir, mais très-désavantageasement, en raison du poids énorme dont aurait été la machine et de son haut prix de revient. En effet, le cuivre que le commerce pou- Tait lui fournir était cher et d*nne épaisseur telle, que le mètre carré superficiel ne devait pas peser moins de vingt-trois tilogrammes.
Le cuivre jaune, le laiton laminé, qui a servi à la confection du ballon de enivre, construit il y a deux ans à Paris , était au contraire fort bon marché. Le poids du mètre carré superficiel était de un kilogramme avec les recouvrements et la soudure, et son prix de revient de cinq francs seulement, c'est-à-dire moitié moins cher que les étoflres de soie ordinairement employées aux travaux de ce genre. J'ai conservé cette machine tant qu'il m'a été possible de le faire; et je Tai vue avec bien du regret périr dans mes mains, faute d'avoir pu trouver les ressources suffisantes pour la terminer. L'expérience qui en a été faite, malgré les pauvretés d'exécution dont elle a été environnée, n'en prouve pas moins l'économie et Texcellenea de l'application des enveloppes métalliques aut besoins de la grande aérostation.
Le poids de l'air est la seule hase des forces aérostatiques, et ce poids est invariable; il n'est pas au pouvoir de l'homme d'y rien changer. Mais ^uel vaste champ il ouvre cependant à eon esprit de conquête et d'envahissement !
Si les effets de la pesanteur de Tair eussent été connus du temps d'Archimède, cet homme illustre aurait pu trouver dans l'atmosphère elle-même le point d'appui qui seul manquait à ses combinaisons, et qu'il demandait pour soulever le monde.
En déplaçant de Fair, en en déplaçant encore, toujours, on peut arriver, en aérostation, à une puissance aussi développée qu'il soit permis k l'audace et au génie humain de le concevoir.
Un kilogramme de puissance utile par mètre cube (tairdé^ placé, voilà le point de départ de la navigation atmosphérique; il est immense! L'aéronaute, dans ses frètes conceptions, s est borné jusqu'ici à déplacer des quantités d'air insignifiantes. Deux ou trois cents mètres cubes d'air remplacés par l'hydrogène , voilà à quoi s'est bornée généralement la science de Taéronaute. Le ballon-monstre que nous avons vu à Paris, en 1887, cubait deux mille cinq cents mètres environ; misère eneore! Certes , c'était au bel instrument d'observation^
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avec lequel on pouvait tenir l'air quarante-huit heures, ^airé trois cents lieues sans toucher le sol ; traverser au hasard la mer et une partie du contioent européen, comme l'ont prouvé MM. Green , Monck Masson et Hollaud , par leur trajet de Londres à Weiiburg; mais comme vaisseau aérien ce serait trop peu.
Le principal mérite de ce ballon était néanmoins dans sa dimension cinq ou six fois plus grande, on le voit, que celle d'un ballon ordinaire. L'aéronaute anglais avait pu tailler en plein drap; il avait eu le bonheur de rencontrer à Londres, parmi ses compatriotes, les ressources et l'appui que nous n'avons pas encore trouvés en France.
Notons, d'ailleurs, en passant, que ce ballon n'est pas, comme on l'avait avancé, le plus grand qui ait été construit.
En 1784» à Lyon, J. Montgolfier , Pilastre de Rosier, le
{>rince Charles de Ligne, le comte de la Porte d'Anglefort, e comte de Lorencin, le comte de Dampierre, et M. Fontaine montaient l'aérostat le Flesselles, dont le diamètre était de plus de quarante mètres dans le sens vertical. Cette vaste enveloppe, au lieu de deux tonneaux et demi, seule puissance du ballon anglais^ déplaçait au-delà de vingt mille mètres cubes d'air. En d'autres termes , son port était d'environ vingt tonneaux.
Le tonnage d'un navire aérien sera facile à établir. Chaque tonneau sera représenté par le déplacement de huit cents ou mille mètres cubes d'air, opération facile et sûre, toujours à la portée de l'ingénieur aéronaute. En multipliant par huit cents ou par mille le nombre de tonneaux qu'on aurait à transporter, on aura le chiffre de la masse d'air à déplacer, ex- {)rimée en mètres cubes. En divisant au contraire par mille a masse de ce dernier volume, on obtiendra, en nombres ronds, l'évaluation directe de la force du vaisseau, le ton^ nage du navire aérien.
La dépense nécessaire à la construction et à l'équipement d'un premier ballon dirigeable , ne s'élève pas à une somme considérable. Cent quatre-vingt mille francs suffiraient pour cette grande expérimentation , en se contentant d'abord d'une machine comme celle que j'ai proposée^ d'environ soixante mètres de longueur, et qui devrait être considérée comme une chaloupe pouvant élever quatre ou cinq hommes , et des provisions pour un jour ou deux; car il suffirait , dans un pre* foier essai, de tenir Tair ^oarante-buit heureaet depaxcon^
SUR l'air aérostatique. iSj
rir quelques myriamètres sur une ligne donnée, pour avoir atteint le but qu'on se serait proposé, celui de démontrer la possibilité de naviguer dans l'air.
En définitive , les obstacles qui s'opposent aux progrès de l'art aérostatique, sous quelque point de vue qu'on les considère, ne sont point assez grands pour qu'il soit impossible de les surmonter. Que n'a-t-on pas vaincu déjà? Les aérostats seraient-ils donc la seule chose que l'homme ne pût perfectionner !
Il serait difficile, impossible peut-être , de rencontrer en France un homme qui voulût ou qui crût pouvoir donner cent mille francs en pareille occurrence. C'est au gouvernement qu'il appartient d'instituer, pour en doter ensuite le pays, ces transports par air qui fermeraient le gouffre béant qae les chemins de fer ont ouvert à nos finances. Une seule machine aérostatique , un seul vaisseau aérien véritablement digne de ce nom, et dont le prix ne dépasserait guère trois Itiillions de francs, rendrait assurément autant de services, et des services moins dangereux peut-être, non pas que trois tieues parcourues par les lignes de fer dont les trois millions de francs forment réqaivafenrt, mais que te chemin de fer de cent myriamètres de parqoars le mieux situé.
Longtemps la sublime invention de Montgolfier a été dé* laissée, oubliée, méconnue ; elle doit cesser aétre considérée comme une idée seulement curieuse et toute spéculative, pour prendre le rang qui lui appartient dans les applications fes plus utiles de ki science et de l'industrie humaine, aux besoins généraux marqués par la marche civilisatrice des siècles.
Les Etats-Unis, rÂlleroagne, l'Angleterre ont été tour k tour, dans ces derniers temps, le théâtre de travaux importants, et qui tous tendaient plus ou moins dnectement à la réalisation du problème. Il serait temps de nous mettre à l'oeuvre, si^ons ne voulons pas nous laisser devancer dans cette voie comme nous l'avions été daiié tant d'aètrés. Ne serait-ce pas, d'ailleurs, un beau spectacle à donner au monde, que d'ouvrir utilement le domafine ées àirs et d y transporter cette lutte industrielle et scientifique, lice ouverte à chacun, rivalité noble et digne, où tous doivent gagner, où nul ne doit perdre ; car il y a toujours à glaner dans le champ de l'expérience et des recherches.
C'est à vous, monsieur le ministre, dans le département ^oquel sont placés hi science > les beaux-^arts et la direction
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à leur donner j que je m'adresse pour obtenir les moyens de développer un art, l'un des plus beaux sans contredit, dans sa grande et pure acception , l'un des plus fertiles, dans l'avenir, en applications honorables. Quel service n'aurait-on pas rendu à la France, si, en i8o4, quand Fultoa proposait sa marine à vapeur, on eût, au lien de le découra* ger, retenu chez uous l'invention et l'inventeur.
Il serait digne de votre Excellence, digne de notre époque, de procéder enfin, sous les auspices du gouvernement et dans un esprit d'intérêt public facile à saisir, à une expérience aérostatique utile : vous pouvez l'ordonner. C'est dans ce but, et croyant remplir un devoir, que je viens vous prier, monsieur le ministre, de nommer une commission à laquelle je présenterai, en le complétant, mon travail sur cette importante question.
J'ai la conscience que mes connaissances spéciales^ inon dévoûment de vingt années consacrées à l'application sérieuse des lois de l'aérostatique, peuvent être utiles à mon pays, à mes concitoyens.
Veuillez, monsieur le ministre, prendre ma demande en considération. Les sciences, les arts ont, dans ces derniers temps, devancé le temps même, et le génie inventif et tout positif du xix<3 siècle est bien certainement appelé à réaliser cette grande idée du siècle précédent.
L'aérostation est une invention française ; n'appartient-il point à la France de prendre l'initiative ?
Dupuis-Dblcoitrt,
Irujénieur'Aéronaute,