CONCLUSIONS
* La Commission , qui a constaté l'efficacité du moyen employé par M. le docteur Van Hecke , vous propose de donner acte à l'auteur du résultat favorable de ses expériences, sans rien préjuger d'ailleurs sur toute question de priorité d'invention ou d'application de son mécanisme. «
Les conclusions de ce rapport ont été adoptées.
Au moment où le docteur Van Hecke allait commencer, à Bruxelles, ses expériences, alors qu'on pouvait croire au succès de son entreprise, un compétiteur se révéla. Le docteur avait en, dix ans auparavant, des pourparlers relatifs aux ballons, avec l'un de ses compatriotes, M. Van Esschen ; et ce dernier réclamait avec force contre le procédé de M. Van Hecke. Il voulait sa part de gloire et de profit. Il demandait le partage des bénéfices de la future exploitation des airs. Ces Messieurs , on le voit , se donnaient en spectacle et ne représentaient p'ù5 trop mal à eux d'eux, les chasseurs de la fable se dispuUnt la peau de l'ours avant de l'avoir jeté par terre.
L'Académie des Sciences de Bruxelles , appelée à juger du mérite du double procédé de M. Van Hecke; tant physique, relativement à ses pales tournantes, que moral, k l'endroit de son compétiteur M. Van Esschen, formula le rapport suivant au nom de trois commissaires nommés par elle :
Sapport sur les systèmes de locomotion aérienne de MM. Wan. Hecke et Van Esschen, (Commissaires: MM. Timmennans, Quetelet et Ad. Devaux , rapporteur.)
Conformément au désir exprimé par M. le ministre de l'intérieur, dans sa dépêche du 5 juin 1847, nous avons procédé à l'étude des systèmes de locomotion aérienne de MM. Vao Hecke et Van Esschen, en nous attachant à constatera disposition matérielle et le mode d'action de leurs appareils respec»
EXpéRIKNCB ▲ 9RVXSLI.BS. S^^
tife , ainsi qae le résultat pratique obtenu par chacun des iu« Tentears.
L'enquête à laquelle nous nous sommes livrés , oous permet de répondre ainsi qu'il suit aux diverses questions q?Û nou9 sont posées :
Systèmes de navigation. — Les deux systèmes de navigation dont il s'agit* sont essentiellement différents, en ce sens, que M. Van Hecke renonçant à toute tentative de résister à l'impulsion des courants , ou de modifier la direction qu'ils font prendre au ballon , ne vise qu'au moyen de s'élever ou de s'abaisser à volonté dans l'atmosphère, pour se porter et se main* tenirdans un courant qui le rapproche naturellement du point où il veut aborder ; tandis que M. Van Esschen, comptantaussi peu sur l'existence de courants favorables que sur le secours qu'ils peuvent offrir à l'aéronaute, persiste à vouloir imprimer à son vaisseau une direction constante, à se diriger ou se maintenir dans la route qu'il veut suivre , quelles que soient la hauteur, ki direction et l'intensité des courants naturels dans lesquels ils se trouve.
Cette différence dans le principe de la navigation doit nécessairement se manifester dans la disposition matérielle des appareils propulseurs ; c'est , du reste , ce que nous avons éga-* lement constaté et ce qui résulte de la description ci-après :
Disposition matcrielie des appareils.
lO Appareil T^an Hecke . — Le docteur Van Hecke place ses aéronautes dans une caisse rectangulaire, à claire voie, de i",5o de long sur i",i5 de large, suspendue à quelques mètres au-dessous du ballon, et aux angles de laquelle sont fixés quatre appareils locomoteurs.
Chacun de ces appareils consiste en un axe de rotatioa "vertical , traversé par deux tiges en acier qui se coupent à angle droit dans un plan perpendiculaire à l'axe. Deux ailes en soie, fortement tendues sur un encadrement carré en acier, de 5o centimètres de côté, sont attachées aux tiges susmentionnées, symétriquement de part et d'autre de l'axe, et dans une situation oblique à celui-ci. Le côté supérieur de ces ailes est fixé le long de l'une des tiges ; le troisième angle est retenu à distance de l'autre tige par un lien inextensible, et le quatrième, c'est-à-dire l'angle inférieur le plus rapproché de l'axe, n'est attaché à celui-ci que par uu lien élastique, qui pecniet à l'aile de varier, dans certaines limites , en inclinai*
^68 xxpÉ&iCNCtt ▲ BRirmtEs,
son et en conrbara» suivant la vitesse de rotation et la força
qu'il est nécessaire de développer.
Nous devons remarquer en passant que cette élasticité dans tout le système , cette liberté limitée laissée aux ailes pour changer de forme et d'inclinaison dans les condition3 diverses de leur action , constitue une innovation réelle dans l'emploi des roues à réaction, et, peut-être, un perfectionnement dans Tâpplication que veut en faire ici M. Van Hecke.
Le mouvement rotatoire est imprimé à la fois aux axes de deux de ces appareils , par l'intennédiaire d'une courroie sans fin qui s'applique, d'une part, sur la gorge de deux petites roues horizontales respectivement calées sur chacun des deux axes , et d'autre part , sur la gorge d'une grande roue verticale à laquelle est adaptée une manivelle.
Selon le sens dans lequel on fait tourner la manivelle, tout le système tendra à s'élever ou à descendre , sans modifier en rien la marche que lui impriment , dans le sens horizontal , les divers courants que l'on est obligé de traverser.
a^ Appareil Fan Esschen. — Il résulte des déclarations de M. Van Esschen et de ce qu'il nous a fait voir dans les ateliers de construction de M. Liber t, mécanicien, hors de la j^orte du rivage près Bruxelles, qu'il 'établit ses navigatenis dans un panier cylindrique , de i"',3^o de diamètre et à pen près autant de hauteur, suspendu à distance au-dessous du ballon. Â cette espèce de nacelle sont adaptés Içs accessoires ci-après :
I® Au centre, un axe vertical ou mât en fer, de s centime très d'épaisseur sur s^^So centimètres de longueur, pouvant tourner sur pivot , et traversé vers sbn milieu par l'axe d'une roue motrice à gorge de o'*,84 centimètres de diamètre, munie de sa manivelle ;
i^ Plus haut et dans le plan vertical de cette roue , sont montées sur un châssis, symétriquement de part et d'autre du mât , deux petites roues à gorge, reliées à la roue motrice par une courroie sans fin, et dont les axes, tournant horizontale* ment, doivent entraîner dans cette rotation les ailes on voiles à réaction.
Ces ailes manquaient à l'appareil qu'on nous a montré, mais nous avons appris qu'elles devaient être en soie, an nombre de trois sur chaque axe, et disposées de manière à pousser toujours le vaisseau du même côté, quel que soit le sens dans lequel on fasse touroer la manivelle et les axes.
EXPÉRIENCE A BBnXBLLBS. . ^^9
Nous avons remarqué aussi que , prévoyant le cas où il serait accidentellement utile de s'élever ou de s'abaisser dans Tatmosphère, M. Van Esschen avait monté à charnière cette partie du système propulseur. Par ce moyen, il compte pouvoir donoqr, aiî besoin, aux deux axes à ailes, une légère inclinaison qui nous a semblé pouvoir s'entendre en maximum à lo degrés avec l'horizon.
Cette limite étroite résulte de ce qu'en inclinant les axes, les deux petites roues à gorge s'écartent du plan de la grande roue motrice qui reste toujours verticale, ce qui détermine dans la courroie une traction oblique qui tend à la faire sortir de la gorge de ces roues, et augmente les frottements.
30 Auoord supérieur du panier est appliquée une roue dentée , ou crémaillère circulaire, sur laquelle engrène un petit pignon à manivelle , destiné à changer à volonté la direction de tout le système propulseur, en le faisant pivoter avec le xnât auquel il est invariablement fixé.
M. Van Esschen nous a fait observer que, dans son système primitif, il suspendait au ballon, une nacelle ordinaire, munie d'un long gouvernail, ainsi qu'on le voit aux dessins et à la description qu'il a reproduits en copie aux chambres légis«latives belges , sous la date du 18 février 1847 (Ittt. B du dossier); ajoutant que, d'après les conseils de M. l'ingénieur Maus, il avait cherché à supprimer le gouvernail , ce à quoi il était parvenu par la disposition ci-dessus décrite et que représente assez bien le dessin au crayon produit au dossier sous la lettre /.
Mode (faction des appareils.
Ainsi que nous l'avons déjà fait observer , la divergence dans le but en nécessite une dans les moyens, c'est-à-dire dans le mode d'action :
1® M. Van Uecke, qui ne veut que monter et descendre à volonté, dirige invariablement sa force propulsive dans le sens vertical; tandis que M. Van Esschen dispose ses, appareils de manière à avancer horizontalement, et ne semble avoir avisé à un moyen d'incliner légèrement son système propulseur dans un sens ou dans l'autre , que pour se ménager la faculté d'éviter au besoin d'être accidentellement ramené trop près ou emporté trop loin de la surface de la terre.
a° L'appareil Van Hecke, composé d'ailes fixes, agit, comme dit l'auteur, en iens réciproque , c'est-à-dire qu'il teud
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â faire monter on descendre verticalement, et à peu près avec la même force, selon le sens dans lequel ou tourne à la manivelle de la roue motrice; tandis que l'appareil Van Esschen, composé d'ailes flottantes, transmet toujours son action dans Ite même sens , en égard aux axes de rotation, de quelque côté qne l*on fasse tourner ces axes.
3® Le mode d'action de Tappareil de M. Van Hecke , indépendant de la direction des vents, est simple, régulier, et ne réclame point l'emploi d'un gouvernail. Celui de M. Vaa £sschen, au contraire, qui doit tendre à modifier favora«blement l'impulsion des courants , exige un gouvernail puissant, ou, p»ur en tenir lieu, des changements fréquents dans la direction des axes du propulseur. Nous doutons, à cet égard, que la disposition adoptée par M. Van Esschen, peur faire voyager un pignon sur une crémaillèrs circulaire, puisse le conduire à son but.
Résultats pratiques obtenus.
Quant aux résultats pratiques obtenus, nous devons dire qu'ils se réduisent à bien peu de chose, puisqu'il n'a été fait jusqu'ici aucune expérience directe en ballon, et que les inventeurs, se sont bornés à constater le fait et à apprécier plus ou moins exactement l'intensité delà réaction produite dans le !sens d'un axe de rotation, par le mouvement dans l'air d'ailettes inclinées par rapport à cet axe.
Ainsi M. Van Esschen , opérant avec Un modèle en petit de son propulseur, l'a fait manœuvrer en tous sens autour d'un axe et à l'extrémité d'un balancier, sans chercher à évaluer la puissance développée. M. Van Hecke, de son côté, se servant de deux ailettes gauches en soie , de a5 centimètres de surface, a répété en notre présence les essais mentionnés dans le rapport de la commission de l'Institut royal de France, en date du 1" février 1847, d'où il résulte que, par leur réaction sur l'air, ces deux ailettes accomplissant quatre tours par seconde, déterminaient dans le sens de l'axe de rotation une force de 2 ip à 3 kilogrammes.
Nous eussions désiré pouvoir apprécier en même temps le travail dynamique nécessaire pour produire cet effet, mais les appareils n'étaient ni assez parfaits ni couvenabiement dis- * posés pour cette appréciation.
En résumé, sans toucher en rien au côté moral de la qnes* Ition^ sur lequel novs ne sommes pas appelés à nous pronoiicer|
BXPÉRlBNCà À BRUXELl.B9b 97 1?
il Téftolte pour noas de l'étude des appareils qui nous ont été présentés et des explications que nous avons obtenues respectivement de MM. Van Heckeet Van Esschen :
i^ Que ces deux systèmes de navigation aérienne sont essentiMIement différents, quant aux pcincipes admis par Ut auteurs, concernant la constitutions physique de l'atmosphère, quant au but à atteindre, et quant aux conditions de locomotion qai en dérivent ;
1° et 3<> Que les appareils employés et lenr mode d*actioB présentent aussi des différences notables, alors surtout qu'oa ne peut, ainsi que nous nous croyons fondés à l'affirmer, considérer comme un fait récemment acquis à la science et à la pratique, « que la réaction de lair sur des surfaces convenablement inclinées, puisse transformer la résistance opposée à la rotation de ces surfaces en une iorce rectiligne suivant Taxe.
Nous nous garderons bien de conclure des observations qui précèdent, qu'il soit réservé à l'un on à l'autre de ces systèmes d'assurer le progrès de la navigation aérienne ; mais s'il fallait choisir entre eux, nous donnerions la préférence à celui de ]VI> VanHecke, en ce qu'il se présente entouré de moins de difficul|és, et dans des conditions moins décourageantes, pour tenter une étude de la constitution ordinaire ou accidentelle des couches accessibles de l'atmosphère terrestre. »
Depuis que ce rapport est écrit, ajoute le rédacteur du bntletin de l'Académie des Sciences (1), une expérience des appareils de M. Van Hecke a été faite le lundi 27 septembre. Bien que l'Académie n'eût point à se prononcer sur l'efficacité de ces appareils, deux de ses commissaires présents à Bruxelles, MM. Devaux et Quetelet, ainsi que M. le colonel Sabine, secrétaire de la Société royale de Londres et associé de l'Académie de Belgique, assistaient à ce premieressai, qui intéressait }a science sous plus d'un rapport. « Je ne puis, pour ma part, a dit M. Quetelet, que me ranger à l'avis de M. Dupuis>Delcourt qui dirigeait la manœuvre du ballon avec M. Van Hecke: « Ces faits auraient eu besoin d'être constatés terre à terre pour ainsi dire , au moyen d'une ascension à ballon tenu, et c'est même ce qui avait été indiqué et convenu. »
Voici dans son entier le très-court rapport, adressé par moi
(1) talletio de l'Académie royale des SeitoCei, àtê LoUrM ft dM B««a-Artt 4* 9«l8^m , Ii« 10 , «MM JUV, i«6« ^'*
37 a KXPiRRNCES A BBIHCELLES.
au ministre, après reipérience faite en sa.présence à Bnixelles, le 27 septembre 1847, et inséré au Moniteur belge du 3 octobre suivant, n^ 176:
« En npus élevant, vers deuxbeures, de la prairie située près de l'usine àgaz de MM. Semet et C*, à Saiiit-Josse-teu-Noode, , nous avions eu le soin de mettre le ballon à l'état du plus parfait équilibre. Il ne pouvait monter seul, il descendait à peine, et se trouvait dans la position des plateaux d'une bonne balance abandonnée à elle-même. Eu cet état, le ballon était maintenu à la main, par l'une des personnes pr^entes à l'expérience, à un mètre environ du sol. Au moment de partir, M. Van Hecke fit placer près de lui, sur la banquette de sa gondole, un sac de sable pesant deux kilogrammes, et l'on donna à tout l'appareil, en le soulevant, une légère impulsion.
n C'est alors que nous partîmes ; et l'ascension assez accé* lérée qu'on put remarquer à la machine, et avec laquelle cette dernière gagna en dix ou douze minutes la hauteur des premiers nuages (1,100 mètres), fut due à l'effort des pâles.
» Une remarque généralement faite par les nombreux spectateurs de l'ascension , et dont je puis attester l'exactitude, c'est que, ayant arrêté d'un commun accord, M. Van Hecke et moi, le mouvement de la machine quelques secondes avant -notre immersion dans les nuages , nous cessâmes subitement de monter : le ballon oscilla un moment et se mit à descendre. Nous pûmes constater un abaissement d'environ cent mètres, puisque le mercure dans le tube barométrique remonta de 0,01 c. «,«»
• Nous étions encore en ce moment au-dessus de la ville. Je yenaisMe faire remarquer à mon compagnon de voyage le Béguinage, la Grand' Place et le Parc, M Van Hecke insistait pour s'abaisser davantage, mais il y aurait alors eu imprudence à le faire. On ne pouvait pas compter, la suite Ta bien prouvé, sur la solidité d'un apl)areil aussi légèrement construit que l'était celui qui nous portait alors, et je dus, au contraire, reprendre la manœuvre précédente. De nouveau, nous obtînmes un effet ascensionnel, à l'aide duquel nous gagnâmes U partie supérieure des nuages.
Là s'est bornée, pour cette première fois, l'expérimentation des appareils de M. Van Hecke. Ces faits auraient eu besoin d'être constatés terre à terre pour ainsi dire, au moyen d'une ascension à ballon tenu, et c'est même ce qui avait été indiqué et convenu. Une très prochaine expérience, toute démonstra-
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tive» viendra fournir au public une preuve décisive et claire, dont le gouvernement et M. le docteur Van Hecke lut-méme ont également besoin, on le comprend.
» Le priacipe de l'invention du docteur Van Heckeest exact et n'a plus besoin d'aucune approbation, puisque les Académies des Sciences de France et de Belgique l'ont constaté; rapplicatiou en est certaine ; mais nous avons reconnu le trop de fragilité et l'insuffisance des moyens adaptés à l'élégante et trop faible embarcation du docteur Van Hecke, La nouvelle nacelle mécanique don^ il s'occupe en ce moment devra réunir les conditions de solâité et de puissance nécessaires. >*
La Société de navigation aérienne belge, personne ne voulant fournir de fonds, en est demeurée là de ses expériences; au grand regret du docteur et de moi, qui avions le sincère désir de les continuer.
L'ascension de Bruxelles, et la réascensioif à laquelle elle a donné lieu dans les plaines de Charleroy, est l'une des plus intéressantes expériences que j'ai faites. Il ne m'a pas été possible encore d'en publier la relation ; je le ferai plus tard. Lors de notre départ de St*Josse'ten-Noode, près la station du chemin de fer du Nord, M. le docteur Vad^ Hecke et moi , après avoir plané quelque temps, nous nous sommes succesr sivement élevés, mais sans dépasser la hauteur de 5,6oo mè-^ très, rigoureusement mesurés par la colonne barométrique. Dans ma réascension subite k Charleroy, délesté inopinément d'un poids de soixante-quinze kilogrammes, je fus porté du premier coup à environ dix mille mètres. Je rendrai compte du phénomène physiologique que je crus remarquer s'accomplir alors en moi ; et je donnerai les détails intéressants de l'observation à l'aide de laquelle je pus déterminer apr proximativement ma hautedr. Vers la tombée du jour, alors qu'en raison de mon élévation, j'étais encore environné^d'nn océan de lumière, mais que la nuit se faisait sur la surface du sol dont l'assombrissement dlèvenait de plus en plus prononcé, je fus longtemps retenu' par un calme plat au-dessus d'une contrée qui m'était inconnue. JJn terrain accidenté, des cours d'eau, du bois, des habitations isolées, me donnaient une idée confuse de la Suisse en petit, et de ces montagnes de la .Savoie, que je connais si bien pour les avoir babitées et visitées journellement pendant quinze mois. Au milieu de ce fouilli, une chose cependant attirait mes regards ] et pendant l'espace df
274 BZPéRItNCfi A BHUXELLfiS.
près d'ane demi-heure , je pus la considérer à loisir. C'était un ouvrage régulier, des lignes bien tracées, des angles rea- j trants et sortants; au milieu une place: évidemment, c'était | une ville, un fort ; quel était- il? j'aurais voulu pouvoir m'en approcher, mais j'avais de grands ménagements à prencbe I pour assurer ma descente , ma consommation de lest , à la 611 | de cette expérience, étant extrêmement restreinte : la conden- 1 sation de l'hydrogène ne devait pas tarder à se faire sentir. | Je dus par prudence rester tranquille et demeurer en panne. !
J'ai su, au moment même de ma descente qui s'est eflectnée j une heure plus tard dans les meilleures conditions, à rextrémité | de la frontière belge, en vue de Rocroy etGivet,que j'avais ainsi traversé la province de Namur. Le travail régulier que j'avais eu si lontemps en vue était Mariembonrg, si célèbre dans les guerres de Louis XIV. En regagnant Bruxelles le lendemain, j'eus la curiosité de repasser à pied par cette ville, où je fus ac« cueilli par M. le major Lenaersy avec une distinction et bm cordialité dont j'ai conservé le meilleur souvenir.
Je ne saurais mentionner cette expérience, sans remercier publiquement M. Quetelet, directeur de l'Observatoire de Brnxelles et secrétaire perpétuel de l'Académie royale des Sciences de Belgique, de la bienveillance avec laquelle, sur le terrain même de l'ascension et au moment du départ, il voulut bien *me présenter à M. le colonel Sabioe, secrétaire de la Société royale de Londres et à M. Rogier, ministre de l'intérieur de S. M. le roi des Belges. Un peu d'incrédulité, quelques doutes sur le résultat possible ou probable des expériences du docteur Van Hecke, n'ont point empêché le savant M. Quetelet de rendre justice à mes études spéciales, à mon dévouement pour l'art aérostatique. Encourager un homme sincère, lui té> moigner de la bienveillance, c'est encore travailler à l'avaDcement des sciences. Un peu de sympathie est une chose si douce au cœur de l'artiste^
Procèsmverbal constatant U passage du ballon 4 Mariembourg^
« Le soussigné, major, commandant la place de Marîembourg, certifie que M. Dupuis-Delcourt, ingénieur aéronaate» est arrivé hier, vers les 6 heures du soir, avec son ballon et accessoires, avec lequel il a fait son ascension le a 7 de ce mois^ à Bruxelles, pour se rendre le plus tôt possible dans cettt ville.
» Que le ballon que montait M. Tingénieur Dupuis-Delcourt a été vu hier sur les 5 heures du soir, planant au-dessus de la Roche à l'homme.
Mariembourg, le a8 septembre 1647.
Le commandant sus dit, Lbnabrs.
La figure 52, planche 15, offçe la vue de l'expërience comme •lie devait être faite. 11 s'agissait, on le voit, d'un système de jallons conjugués, superposés, sur le mérite desquels nous l'avons pas à nous prononcer ^^ ce moment. — On n'a pas -éalisé, cet appareil assez coûteux; et rex|r»érience du 27 sep- :embre 1 847 a été exécutée avec un ballon de forme à peu près >rdinaire, mais d'assez grande dimension. Il cubait onze cents nètres. Ce qui concerne les pâles tournantes du docteur est suffisamment expliqué dans les rapports précédents, pour qu'il loit inutile d'y revenir ici.