JO «APPORT MIT
mais expérience ne se lit avec autant d'éclat et autant de
pompe, et n'eut d'anssi illustres spectateurs, ni en pins grand nombre. Il est important même de rapporter ici qu'avant l'expérience, le roi daigna se rendra dans le lieu où la machine aérostatique était établie, et qu'il prit la peine de passer sous l'estrade , dans l'en droit où était le réchaud , pour voir les préparatifs, et se faire expliquer par M. de Montgolfier les moyens qu'on allait employer pour développer cette grande masse, si informe pour le moment, et la faire élever et monter dans les airs; la reine et la famille royale suivirent l'exemple de sa majesté.
Après des expériences aussi multipliées, il n'était plus poslible de douter des effets de IM^nutaf de MM. de Mantgolfierï mais il était important de connaître plus particulièrement la nature de leur procédés pour faire élever cette machine, et de constater surtout si, avec un aérostat d'une capacité suffisante, on pourrait enlever des hommes, et à quel point ils pourraient le gouverner, en observant cependant de le retenir jusqu'à un certain degré par deî cordes, afin de ne rien hasarder dans ces premières expériences. M. de Moulgolfier fit faire, pour remplir cet objet, un nouvel aérostat, plus grand encore que celui de l'expériencede Versailles, ayant quarantecinq pieds de diamètre, et soixante-dix pieds de liant : il était composé, en quelque façon, de trois parties : d'un cylindre, qui en faisait le corps du milieu, d'nne portion de coue placés au-dessus, et d'une autre partie conique, dans une situation renversée, qui était au-dessous; le petit diamètre de cette portion de câne était de quatorze pieds. A cette partie était adapté un cylindre en toile, autour duquel M. de Montgolfier fit attacher extérieurement une galerie d'osier, de deux pieds et demi de large, avec des appuis de trois pieds de haut ; il y avait en outre au milieu du vide formé par cette galerie, une espèce de panier de fil-de-fer, formant un récliaud, pour y briller de la paille, ou tout autre combustible, lorsque la machine serait en l'air. En cet état, l'aérostat pesait aux environs de quatorze à quinze cents livres. Nous ne parlerons pas de quelques expériences préliminaires; nous passerons tout de suite à celle qui fut faite eu notre présence le i5 d'octobre.
M. Pilastre de ltosier, qui le premier a proposé de monter dans la machine aérostatique abandonnée à elle-même, et qui en a fait publiquement la demande à l'Académie, le 3n du mois d'août, pour l'expérience qui devait s'en faire
* 1. A.' Mi! » if- DES SCIENCK DE PARIS. ■}!
i Versailles les jours suivants ; enfin, qui a montré tant d'activité et de courage dans toutes les espariences qu'an eu a faites depuis; M. Pilastre de Rosier monta ce jour-là dans la galerie du nouvel Aérostat; on l'enleva à une hauteur de cent pieds, ou au* environs, la machine étant retenue à cette élévation par des cordes. 11 nous parut entièrement le maître
grande de feu qu'il entretenait dans le panier ou le réchaud de fer dont nous avons parlé; niais l'expérience du dimanche suivant démontra d'une manière encore plus sensible, com-
l'Aérôstat pour s'élever ou s'abaisser. M. Pilastre s'y étant placé , on mit un contre-poids dans un panier d'osier attaché à l'opposite, parce qu'on avait supprimé une partie de la galerie à cause de sa pesanteur. La machine s'éleva promptement à la hauteur que permettait la longueur des cordes. Apre» y être restée quelque temps, on la vit redescendre , parla cessation du feu. Ayant élé poussée par le vent sur les arbres d'un jardin voisin, on s'empressa de dégager les cordages qui la retenaient, et M. l'ilastre ayant renouvelé en même temps le feu, il la fit relever promptement, et on la ramena avec la plus grade facilité dans le jardin de M. Réveillon. Encouragés par des effets si propres à rassurer contre les dangers qu'on pouvait courir dans l'Aérostat ainsi élevé en l'air, M. Giroud de Villette et M. le marquis d'Arland*» y montèrent successivement. Il est nécessaire de faire observer que, dans ces expériences, la machine fut élevée à trois cent vingt-quatre pieds, c'est-à-dire, près de la moitié plut haut que les tours de Notre-Dame, et que M. Pilastre de Rosier, par son activité et par son adresse à bien ménager le feu, la faisait monter , descendre, raser la terre, remonter encore; enfin, lui donuait tous les divers mouvements de ce genre qu'il désirait.
lies eïpériences de celte nature, et que nous avons cru j>ar là devoir esposer en délai! , étaient bien propres à convaincre de la possibilité d'employer sans danger cette machine à transporter des hommes, surtout quand on se rappelle comment, dans l'es périeuce de Vcr^i Iles, la machina tomba doucement, quoique d'une hautenr déplus de deux cents toises. Aussi, M. de Moiitgolfier, qui nous parait n'avoir procédé dans tout ce qu'il a entrepris à ce sujet, qu'éclairé par la théorie, et appuyé par la pratique, ne fut- il
ft RAPPORT FAIT
plus incertain sur la possibilité de transformer son Aérostat en un véritable char aérien ; mais il fallait qu'on en fit l'expérience pour consacrer à jamais cette découverte; et cette expérience a été faite la n du mois dernier.
Ce fut dans les jardins de la Muette, devant monseigneur ]« dauphin, accompagné de toute sa cour, et environné d'une foule de spectateurs : le temps étant des plus favorable, on vit partir, vers une heure trois quarts, l'Aérostat de M. de Montgoliîer , moulé par M. le marquis d'Arlandes et par M. Pilastre de Rosier; ils s'élevèrent, selon l'observation de M. l'abbé Rochon, à une hauteur de plus de trois cent soixante-sept toises, et à peu-près à celte hauteur, traversèrent la Seine, passèrent sur la partie du sud-ouest de celle ville, et allèrent descendre prés du chemin de Fontainebleau, après avoir parcouru uu espace de près de quatre mille toises, el être restés en l'air pendant pins de dix-sept minutes. Ils s'élevaient ou s'abaissaient, selon qu'ils excitaient ou ralentissaient le feu; et par cet unique moyen, ils évitèrent, u cela peut Se dire, dans uni.- pareille liai ijjalioti , les écueils qui leur parurent à craindre, et allèrent descendre doucement OÙ ils voulurent arriver- Mail il serait inutile de pousser plus loin ce détail, l'Académie ayant entendu de la bouche même de M. le marquis d'Arlaudes, le récit de ce voyage, qui sera à jamais célèbre chei la postérité, comme le premier que les hommes aient osé entreprendre à travers les airs.
l'our ne point interrompre le récit de ces différentes expériences, n nui avons remis à ce moment à parler plus en détail de ce qui concerne la manière dont MM, de Monlgolfier s'y prennent pour enlever leur aérostat.
Ou b vu qu'ils font brûler dans un réchaud à claire-voie, de la paille el des matières animales ; et qu'il s'ensuit de cette combustion et de la chaleur nui s'excite en conséquence dans l'intérieur delà machine, quelle se développe, s'enlève, et monte dans l'air. Il est naturel de demander ce qui se passe dans cette combustion, et si c'est par l'effet de gaz pluslégers que l'air atmosphérique, dont elle occasionne le dégagement, que l'aérostat parvient ainsi à s'élever.
Nous pensons qu'il serait fort difficile, pour ne pas dire impossible, de bien slaluer sur la nature et le nombre des différents gaz ou vapeurs qui se développent dans cette combustion ; mais ce qui prouve que cet effet tient uniquement à la raréfaction de l'air intérieur de la machine, occasiouée par la chaleur
qu'on V «cite, c'est qu'à l'instant où , par la diminution decette citent 1. raréfaction diminue aussi, l,i,„, u , de,. ™,fr''rë , V ■•»«»»■ la même hauteur, et qu'an, ^fi™ 1 n ,. i° Q ■ rall ! me ' 11 remonte. Ce qn, confirme encore cette explication , c est que MM. de Montgoluersont obliges de tenir leur aorost.t ouvert par eu l„. effet, quarrive-t-ll parla? Dan. l'instant où, eu excitant le, teu, on augmente la chaleur dans cette machine, une partie, plus on moins coosidérahle de l'air qui y est contenu esc obligée de sortir par l'ouverture d'en bas. Or, si on suppose ■ par exemple, cette chaleur suffisant, pou, raréfier l'ai, de, moitié , voila dans un moment le poids de la machine plutôt de l'air qu'elle renferme, diminué daus celle oro'nor tl.n, .i ce volume „ trouve dan, uu grand «pp. 1 ,,
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rions pouvoir nous en assurer expérimentalement .-i™, moyen de déterminer la pesanteur spécifi. .Ki&i afriformes contenus dans la machine.
l'expérience qu'on fit Je ,y octobre* - cejour-la elle resta stationnaire à était facile de conclue qu'elle, spécifique que r a , r de l'atmos-
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qui Était dedans contenait soixante mille pieds cubeî d'air, et que ce jour-là le poids d'un pied cube d'air était de ! once 3 gros 10 grams, il en résulte que l e poids de l'ai Jêrostalion, ^
qu'elle déplaçait, était de cinc| mille déni cent quatre- vingtsix liTres ; d'où déduisant dix-sept cents livres pour le poids total de la machine, on a pour celui de l'air, ou des airs qu'elle renfermait, trois mille huit cent cinquaote.six livres, c'est-à-dire à-peu-près les deux tiers du poids de l'air atmosphérique. Ainsi, dans celle expérience , l'air de la machine etajt raréfié d'un tiers ou aux environs, et dam les autres, on trouve encore à-peu-près le même résultai, excepté cependant que, comme la machine tendait à s'élever, l'air devait y être un peu plus raréfié. Quant à la chaleur intérieure de l'aérostat, propre à dilater l'air d'un liers, il serait difficile de la déterminer avec précision ; cependant il y a tout lieu de croire qu'elle ce différait pas beaucoup de celle de l'eau bouillante : car, suivant la règle de M. de Luc sur la dilatation de l'air, selon les différents degrés du thermomètre, il parait qu'use chaleur de soixante-ome degrés un tiers suffit pour dilater Ya\r d'une troisième partie. Or, comme celui de l'aérostat s'est dilaté à-peu-près de cette quantité, la chaleur de l'intérieur oe celte machine n'a pus dû s'éloigner beaucoup, comme nous venons Je le dire, de celle de l'eau bouillante.
Mais n faut en revenir au moyen que MM. de Montgolfiei emploient p<m r enlever leur aérostat : on ne peut disconvenir qu'il ne soit t«-t simple, peu dispendieux, et fort eipéditlF, puisque , dans T'en. prience de Veisailles, par la combustion de quatre-vingts livres J e paille et de sept à huit livres de lainage, on en a enlevé, en rbv„, s de dix minutes, unaérostat contenant au-delà de trente sept .->;i| e pieds cubes, et pesant sept à huit cents livres, indépcndamiiient de deux cents livres de poids étrangers dont il était chargé : A semble en conséquence que ce soient ces avantages qui ont déiëtmiué MM. de Montgolfier à employer ce moyen de préférence à tous les autres. En effel, selon ce que M % de Moulgolfier Je jeune expose dans le mémoire qu'il a lu à l'Académie, idepuja la rentrée, comme nous l'avons dit, il n'y a point de fluide d'one pesanteur spécifique beaucoup plu- léjjùre que l'air atmosphérique, auxquels lui et son frère n'aient pensé : ainsi , Veau réduite en vapeur, l'air inflammable et d'autres fluides
Îroduits par la combustion, ont éii: successivement l'objet de :ur attention ; mais l'embarras d'employer les uns, les dc-
Enses qu'auraient entraînées les autres, et particulièrement ir inflammable, les ont empêchés de s'en servir, se proposant particulièrement de rendre leur opération aussi simple qu« peu coûteuse, et il n'est pas élonnant qu'éloignés des secours
* l/âCADÉMIl DES SCIENCE! DE Pi RIS. ;5
et des ressources de h capitale, les difficultés d'employer do l'air inflammable ne se soient multipliées à leurs yeuï, et na les aient encore confirmés dans l'usage d'un moyen aussi facile que celui qu'ils avaient imaginé. Mais, sans nous étendre davantage sur ce sujet, nous nous bornerons à faire observer comme un fait certain, qu'au moment où la nouvelle dé l'expérience d'Annonay arriva ici, tes physiciens et les chimistes, instruits île la théorie des nouveau* uirs, indiquèrent d'une MHI générale l'air in Ha minable comme tris-propre à Faire la fonction de celui que MM. de Montgolfier niaient employé pour enlever leur aérostat, et sur lequel ils ne s'eipliq liaient pas. Au reste, ou a vu avec quel succès MM. Charles et llohert s'en sont servis dans l'expérience faite au Champ-de-Mars le 17 du mois d'août dernier, et comment ils l'ont employé tout
périence mémorable du premier de ce mois.
Tout Paris les a vus portés dans un char soutenu par un Globe de vingt-six pieds de diamètre, et rempli d'air inflammable, s'élever du milieu du bassin des Tuileries, et monter successivement à une hauteur de plus de trots cents toises. De là poussés par un veut de sud-est, ils ont parcouru ensuite, à travers les airs, un espace de plus de neuf lieues avant de descendre; et M. Charles resté seul dans le diar après ca voyage, animé par un nouveau courage, s'est élevé jusqu'il une hauteur de près de dix-sept cents toises , et a montré aux physiciens comment on pouvait aller jusque dans les nuages, étudier les causes des météores.
On demandera sans doute lequel du moyen de MM. da Montgolfier ou de celui qu'ont employé MM. Charles et Robert, est préférable pour soutenir en l'air les aérostats; niai» il y aurait véritablement de la témérité à prononcer sur cette question, dans un moment où cette découverte est encore si nouvelle, qu'on n'a pas t'ait la millième partie des recherche! qu'où pourra faire pour la perfection uer. MM. de Montgolfier entrevoient déjà beaucoup de moyens de simplifier leur apiration, et ils en ont indiqué plusieurs : d'un autre côté, qui sait les découvertes qu'on pourra faire pour obtenir de 1 air inflammable en bien plus grande quantité, ou beaucoup plus facilement qu'on ne l'a eu jusqu'ici par les moyens connus? Qui sait si l'on ne trouvera pas quelque nouveau fluida plus léger encûre que cet air inflammable? On a regardé longtemps l'esprii-de-vin comme la pins légère de toutes les liqueurs, et ensuite oh «découvert l'éther, qui l'est encore da-
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Vantage. La srience des airs est encore trop nouvelle, pour pouvoir rien affirmer sur ces différents objets. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que la simplicité du moyen de MM. de Montgolfier, sa facilité, et la promptitude a vee laquelle on peut l'employer, paraissent- lui donner de grands avantages dans beaucoup d'usages de la vie civils; mais celni de l'air inflammable ayant l'avantage de diminuer considérablement le volume des aérostats portant le même poids , et ne demandant aucun soin ni aucun approvisionnement de la part de ceux qui sont portés par cette machine , semble par là beaucoup plus propre à un grand nombre d 'mages physiques. En effet, sans parler de beaucoup d'autres, M. Charles a montré ■comment, avec un aérostat , on peut s'élever jusque dans les nuages pour y faire des observations; et tout annonce <jue , par ce moyen , on pourra en faire un grand nombre qui nous mettront sur la voie pour expliquer beaucoup de phénomènes de météorologie, qui jusquici ont été autant de mystères pour nous.
Attendons ainsi, du temps et des recherches postérieures, ïa décision de cette question , sur la préférence que l'on doit donner au moyen de MM. de Montgolfier, ou à celui de l'air ïuflariimahle p 0llr enlever les aérostats.
11 faut en venir maintenant aux applications et aux usagée de la machine aérostatique ; mais ici nous sommes arrêtés par la multitude de ceux qui se présentent; car il faudrait un volume pour exposer en détail tous ceux où on peut les employer. Nous nous contenterons de dire qu'on pourra s'en servir pour élever des poids à une certaine hauteur,^ pour passer des montagnes, pour monter sur celles où jusqu'ici personne n'a pn arriver, pour descendre dans les vallées ou des lieux inaccessibles , pour élever des fanaux pendant la nuit à une trèsgrande hauteur, pour donner des signaux de toute espèce, coit à terre, soit à mer. Or, tous ces usages, on au moins une grande partie, avaient déjà été imaginés par MM. de Monlgolfier. L'aérostat pourra être employé encore dans beaucoup d'usages pour la physique , comme pour mieux connaître les vitesses et les directions des différents vents qui soufflent dans l'atmosphère ; pour avoir des électroscopes porles à une hauteur beaucoup plus grande que celle où on peut élever des cerfs-volants; enfin, comme nous l'avons déjà dit, pour s'élever jusque dans la région des nuages, et y aller obeorver les météores.
D'ailleurs, on sent que tous ces usages se multiplieront en-