CHAPITRE XVIII
DES PETITS BALLONS A GAZ irïDROGLNE ; DE LEUR USAGE DANS LES FÊTES ET JEUX DES COLLEGES ET DES INSTITUTIONS.
Itien n'est plus propre à récréer l'esprit et les y eus îles jeunes gens, que l'ascension de petits ballons ou de représentations de divers personnages, animaux, poissons et autres figures, qu'ils peuvent facilement, en s'elerçant un peu, apprendre à tracer, confectionner et enlever euï-mêmes.
Ces sortes de jeun exigent la connaissance et diverses applications très -récréatives {1 ti dessin, de la peinture, et quelques notions en chimie et en physique. Ceux des élèves qui ne sont pas assez avancés dans leurs étuJes pour parvenir à mener à bien ces expériences et ces petites constructions, consulteront leurs camarades; l'émulation naîtra; les professeurs, au besoin, ne dédaigneront certainement pas de renseigner le jeune élève qui viendrait leur présenter convenablement sa requête. C'est toujours un bonheur pour le maître d'avoir à satisfaire au désir de s'instruire, manifesté par ses élèves.
Nous nous sommes déjà élevé en divers endroits de cet ouvrage contre l'emploi du feu en aérostation. Avec les grandes machines aérostatiques à. air raréfié, Iles hommes sont exposés, pour la plupart du temps, à de grands dangers ; plusieurs ont péri de cette manière ; ainsi , Olivari , ainsi Bittorf et d'antres. L'usage des petites Montgolfières ne présente pas moins d'inconvénients. 11 est rare d'abord que ces ballons, s'ils sont d'un très-petit volume, s'élèvent; ils brûlent assez, ordinairement au milieu des efforts, bien souvent infructueux,
s doivent Être
ïi les dimensions sont grandes, on éprouve un extrême
embarras pour les il puis, alors, on les ; quelconque : papier
ceux qui s'y livreut bilité qu'ils encour rien moins qu'innoc souvent feu au mom des balancements o
tombant. En étudinul l'histnirn île l'amostation , nous avons trouvé qu'une foule de ce- int^iiilios siiliin, et dont la cause demeure inconnue, de fermes, de chaumières, de meules de grains, et de forêts, qu'on attribuait, dans l'ignorance d'une cause connue, au hasard ou ù la malveillance, ont été bien souvent occasinnés par la descente des Montgolfières, grandes et petites, qui sont lancées en foule à l'époque des fëtes ou des réjouissances puMiques, sur toute l'étendue du sol
Et que de regrets ne doit-on pas avoir, en pensant qu'un simple amusement peut devenir la cause de malheurs aussi grands que ceux de la ruine d'une famille et quelquefois pis! Nous ne doutons pas que l'intelligence des jeunes lecteurs auiquel s ce chapitra est. tout spécialement adressé, et la prudence des maîtres ebargés de diriger leurs plaisirs, ne préviennent à l'avenir de semblables dangers.
Cela est d'autant plus naturel et plus simple, qu'il y a d'autres moyens de se procurer un divertissement, non pas égal, mais bien plus grand, mais bien plus satisfaisant, en substituant les petits ballons à gaz hydrogène aux ballons à
a4B PETITS BALLONS A C.KX IIYDeOgÈSK.'
Le gaz hydrofione, même très - (u-ossièrement produit {uojct Chapitre XI), est dix t'ois plus léger que l'air échauffé au point le plus élève auquel on puisse arriver dans 'les petites Montgolfière*. On Bagne rarement au-delà d'un tiers de légèreté sur le poids de l'air atmosphérique dans ces dernières machines. Un ballon, ayau! un mitre cube de capacité, rempli d'air échauffé, aura donc à peine, à part le poids de l'enveloppe, quatre h e cl og ranimes de puissance, tandis qu'un liallon de même capacité, plein de gag hydrogène, aurait sur l'air ambiant uu excès de légèreté de plus d'un kilogramme. De là, aussi, la faculté de taire des ballons à gaz hydrogène de bien plus petites dimensions que des ballons a feu, lesquels, le plus communément, ne réussissent que lorsqu'on leur donne déni ou trois mètres de hauteur.
Des feuilles de papier à lettre ordinaire, réunies à la colle de pâle et taillées par fuseau, de la manière indiquée an Chapitre XI [voir fig, 9. Pl. S), puis vernies en dedans et en dehors, soit avec l'huile ijrnsse rendue siccative par la litharge, soit avec l'un des nombreux verni-; gras qu'on, trouve tout préparés chez les fabricants et marchands de couleurs, peuvent constituer un ballon propre à contenir assez parfaitement le gai hydrogène. Pour donner à ce genre de ballons la solidité désirable, on a soin d'introduire en les fabriquant, tin ruhan très-étroit en soie ou en coton, ou même une simple ficelle dans la cohue de chacun des fuseaux, lorsqu'on vient à les réunir pour eu former la sphère. Après ce dernier travail , on ajoute k la tête du ballon , au point de jonction des fuseaux, une pièce ronde, également eu papier verni. On termine le bas par un tuyau également eu papier verni , qui prend le nom d'«//n'tii/iVr, et qui sert à l'introduction du gaz dans le ballon.
Il est nue substance , très-anciennement connue , nommée baudruche , et qui sert à la confection des petits ballons qu'on trouve tout faits chez. les principaux marchands de jouets d'enfants, à Paris. La baudruche est la pellicule intérieure du gros intestin du bœuf. Mie est assez chère; ou se la procure difficilement; son emploi est d'ailleurs trop compliqué pour que nous osions en recommander l'usage à nos jeunes lecteurs. C'est avec cette sorte de peau que les batteurs d'or constituent les gros livrets cuire les touilles desquels ils placent l'or pour l'amincir eu le battant.
Le papier verni a l'incouvénieut de devenir cassant au
Iiont d'un certain temps; il ne peut être employé (pie pour les talions Ou ligures .'"T(.^t:i i iqucs qu'on veut lancer immédiatement. Nous allons indiquer un moyen que nous avons souvent employé nous-même, et qui nous a toujours donné d'excellents résultats. Le seul inconvénient qu'il présente, est de faire des enveloppes un peu pesantes, et qui ne permettent pas de descendre, comme dimension, au-dessous d'un ballon de soixante ou quatre-vingts centimètres de diamètre; mais il est à observer qu'un ballon plus petit serait trop exigu, pour permettre de tenter quelque récréation utile, et qu'il présenterait, en outre, dans sa confection, des difficultés assez compliquées, comme celle de l'emploi de moules, etc.
On prépare les tu seaux en pupier à lettre ou en papier de Chine très-fin. Quand ils ont été taillés graphiquement, comme nous l'avons dit ci-dessus, et en nombre double, c'està-dire, ■que si l'on a fait un patron d'après nos indications, exigeant 8 ou i a de ces fuseaux pour que, réunis, ils forment la sphère, on aura le soin d'en confectionner iC ou 14. et cela parce que .nous allons les réunir deux par deux.aumoyca d'une préparation qui les fait adhérer parfaitement, et rend le papier entièrement imperméable à l'air et au gaz, tout en lui conservant sa souplesse. 11 s'agit, on le voit, d'un contrecollage et de l'établissement d'un ballon en papier double, qui donnera pour résultat une belle et bonne machine conservant le gaz longtemps, et permettant de faire à son aide une foule d'expériences curieuses.
La matière dont il va être parlé est connue des écoliers. C'est la gomme élastique, avec laquelle ou efface si bien les traces du crayon. Celle substance exotique est un suc principalement extrait d'un tri's-^rati J arbre, nommé caoutchouc, dont elle prend le nom dans le commerce. Mlle provient de l'Inde et des Deux.Amcriqfies, principalement de la partie tréridionale. Ce suc, grossièrement recueilli dans le pays, blanc quand il découle de l'arbre , nous arrive noirci par la fumée des bois résineux, au moyen desquels on en fait l'exploitation. Il nous arrive en France sous des formes bizarres, tantôt de poires, tantôt de souliers, etc. Pour les besoins de la papeterie, on le fait dissoudre , ou bien, ce qui est le plus ordinaire, on le lamine à chaud, on l'amalgame et ou eu forme des tablettes régulières.
Le caoutchouc se dissout à chaud , mais à une basse température, qu'on obtient facilement par l'usage du haiu-marie,
l50 PETITS DALLONS À GAÏ. IITDrtOCÈNE.
dans l'essence de thérébentine rectifiée . telle qu'où la trouva dans le Commerce, Voici Gomment ou procède :
Dans un vase quelconque, en terre grossière, on met de l'eau bouillante, à l'instant même où on la tort du feu. Au jnilieu de ce yase, on a installé préalablement un autre vase, eu terre, en verre ou en porcelaine , dans lequel on a mis de l'essence de thérélieulhie et du la ;;omme élastique coupée en Iros-peiits morceaux. Aussitôt <jue la chaleur de l'eau se communique au mélauye, la dissolution commence. On voit la gomme se foudre, devenir liquide, pour ainsi dire, et colorer la (hérebentine. Un agite avec un petit morceau de Lois une sorte de petite palette qu'on se prépare soi-même. ]1 faut, quand l'eau vient a se refroidir, surtout si l'on est ressé, activer l'opération en renouvelant l'eau chaude du
On fait ainsi arriver la solution jusqu'à consistance de sirop. On laisse ensuite reposer la matière jusqu'à parfait refroidissement ; ou décante alors la liqueur dans un autre vase, en inclinant légèrement et peu à peu. On garde pour une autre opération le résidu, qui s.: compose île quelques impuretés et de petits morceaux Je nomme a deuii-dissoute,
La solution de caoutchouc ainsi pic parée, on l'étendra avec un pinceau plat et un peu rude sur chacun des fuseaux couchés sur une table ou des planches soutenues par des tréteaur, et disposées pour les recevoir. Cela bit , et sans attendre que par l'évapo ration, qui est assez rapide, cette substance soit dcsséiitée, ou jum-nose deux luscaus ensemble en réunissant, bien entendu, chacune des laces enduites de
Uir un point solide p.
libre. ' ' '
BOUS disons aiiCt.apitre XI, sur l;i production du gaz 'hydrogène, seront aussi bien renseignés «rue nous-méiue sur la manière de se ie procurer,, l'.l qu'ils se mettront, à cet égard, rapidement en état de ïnliU.iire a luus les besoins de leurs petites «péràm».
honteux de l'indiquer au plus jeûne de nos' lecteurs, donnera
S|ilière qu'ils voudront construire , en procédant toujours du diamètre au du rayon ù la circonférence, au cube et ù la
S'il s'agit d'une ligure autre que la sphère ou le cylindre, d'un poisson-monttie par eïem pte , ou d'un personnage de fantaisie, oh! alors, nous en convenons, remploi de quelques formules géométriques seront nécessaires. Mais où est le mal? Tlh'bien , l'élève qui ne sera pas assez fort pour arriver tout d'abord au but qu'il so propose, se rfiisiv^nera auprès du camarade plus avancé, capulile de l'aider. Il pourra même, ce qui serait mieux encore, chercher dans des livres d'études la science dont ii pourrait manquer.
Une fois la capacité de son ballon connue, rien de plus simple que d'évaluer la quantité des matières à employer pour la production du gaz hydrogène nécessaire à sou remplissage.
Pour procéder & ce remplissage, notre lilùve s'inspirera de l'appareil pneumato-i/hiniique n présenté N. 15, fig. 53. Au milieu de cette formidable reunion de vingt tonneaux, se trouve une grande cuve, dans laquelle un autre tonneau ouvert par eu bas, renversé dans l'eau du [a cuve, fait l'office de cloche destinée à recueillir le g;iz produit dans les lonneaux, et à le transmettre au ballon. Cet ensemble constitue un ap-" pareil propre ù jjénervr en deux lieures 5oo métrés cubes de gaz hydrogène pur; il est. par conséquent, destiné à l'e.tpériencc d'un grand ballon de huit ou dix mètres de diamètre, Capable d'enlever plusieurs personnes.
Prenez seulement un des éléments de ce vaste appareil, ç'est-à-dire un seul tonneau, un seul tuyau, Substitue! à l'iia.
'î5l ÎECIJERCHE DES COUBMitS AERIENS»
même cuve un simple baquet i-t un-tliv nu milieu une cloche en fer-blanc on un entonnoir renveesa, et vous aurez encore un appareil capable de développer vingt ou trente mètres cubes de gai hydrogène ; ce qc.-i tU p;is;ei';dt Je beaucoup encore les besoins que pourraient avoir nos jeunes gens.
Descendons donc encore l'échelle; amoindrissons nos moyens de production ; et an ii uns à n'employer qu'un de ces petits barils de 5o ou 60 centimètres de hauteur , ([u'il est si facile de se procurer ; puis un petit tuyau coudé en ferblanc, puis un entonnoir, un sceau ou tout autre vase, comme réfrigérant, — et nous voilà en mesure! Arrivons même, au besoin, à nous servir de simples- flacons de Woolf, en verre , à deux ou troll tubulures , et de quelques autres vaisseaux de chimie qu'un trmuera d-ins le laboratoire du collège ou du pensionnat. Xuus voici en état de développer maintenant à noire volonté, et scion nos besoins, un décimètre ou un niô tic cube- de liydi o.'éue. Nous aurons aiusi parcouru, eu sens inverse, 1 échelle qu'ont si rapidement franchie, en 1783, Charles et Robert, quand, obligés, pour faire élever leur ballon, d'employer des masses considérables d'acide et de métal, ils ont du substituer, tout d'un coup, aui bocaux et aux vases en verre de l'riestley, le plus aucieu et l'un des premiers manipulateurs des gaz, les énormes appareils composés de cuves, de tonneaux, avec d'immenses Juyaux, que nous employons encore aujourd'hui.