EXPÉRIENCE DO 27 SEPTEMBRE 18^7» * BRUXELLES
Ver» la fin de l'année 1 8,j6*,une Société générale de navigation aérienne se formait en Belgique. Son programme était formidable. De gros banquiers, disait-on, parmi lesquels se trouvait M. Couteaux, fils d'un ancien fabricant français de toiles gommées, patronaient l'œuvre, ou tout au moins leurs noms placés à la suite d'un acte de société passé devant notaire, ma foi ! imprimé avec le plus grand luxe et répandu à profusion, semblaient donner à cette entreprise l'importance qu'elle méritait, d'adleurs, d'obtenir. Son capital, selon le prospectus, était de deux millions de francs.
Le fondateur de celte société était M. te docteur Van Ilecke, inventeur d'un procédé véritablement ingénie**, pouvant procurerà volonté, sans l'emploi de lest ni de la soupape, l'ascension ou la descente d'un ballon, mis préalablement à terré ou dans l'air, à l'état d'é(|uilibre.
M. Jobard, le directeur du minée de. l'industrie de Bruxelles, dont chacun connaît l'esprit éuiiuent, avait assisté aux
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expériences démonstratives du docteur Van-Heclié , et ît avait accordé sa protection au novateur hardi, qui promettait de réaliser enfin, ou tout au moins de faire faire uo pas à la navigation aérienne. C'est par lui , et à la suite du rapport de l'Institut de France sur le système de M. Van-Hecke, que je fus mis en rapport avec ce dernier.
Appelé à llruxelles pour concourir aux travaux préliminaires, et pour diriger l'ascension dans laquelle devaient se faire les essais en grand , je fus accueilli avec distinction par les principaux actionnaires-fondateurs de cette entreprise, MM. Félix de Contreras, secrétaire de l'Université ; IlouiHet, employé supérieur des chemin: de fer ; Huens, courtier d'affaires; L. Engels, négociant ; Gossey, tiésorier de la société nationale de Belgique et d'autres encore, hommes très -honoraires , mais qui n-e parurent tout d'ahord ne s'être pas bien rendu compte des difficultés à vaincre pour atteindre au but qu'ils se proposaient. Leur plus grand tort, cependant, a été de compter obstinément suc les capitalistes français et anglais, pour réaliser les deiiï millions annoncés. i,n définitive, à part une très-belle expérience faite par le docteur Van-Hecke et moi , à Bruxelles, le 17 septembre 1847. qui »'est terminée pour le docteur, dont le cœur a légèrement failli dans cette première ascension, à Charleroy; mais que j ai poursuivie jusqu à la frontière de France, 4 travers tout le territoire belge, cette société dont j'ai été nommé pour quinze ans , et dont je suis encore in partibus, l'ingénieur et le secrétaire général, a été obligée', faute [d'argent, de suspendre ses opérations,
jkClDKUIE DES SCIENCES UE PARIS,
Rapport sur un Mémoire de M. le docteur l'un Becke, ayant pour titre : fiouveau système de locomotion aérienne. Commistains, MM. l'oucelet, Seguier, liabiuet, rappor-
■ L'Académie nom a chargés, MM. Toncelet, Segaier et raoi, de lui faire un rapport sur un Mémoire de M. le docteur Van Hecke, de lirunelles, intitulé : iïoiweau système dâ locomotion aérienne. Dans un sujet qui a si souvent occupé l'activité de l'wprit humain , tant pour la théorie que pour la pratique, notre Happort a dû se borner à vous faire connaître les résultats des expériences que l'auteur a mises sous les yeux de la Commotion.
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ntedocleur Vu llecke renonce formellement 1 l'idée de prendre un point d'appui sur l'air pour si! mouvoir en sens contraire du vent : son système i:uiisi»le, connut; celui de Meusuier, à chercher à Ji verses hauteurs des courants favorables à la direction qu'il veut suivre; ni:iis sou procède dilïï:ru île celui de Meunier, qui voulait comprimer ou dilater l'air dans une capacité intérieure au ballon. La. question que s'est proposée M. Van Hetke se réduit donc à trouver un moyen facile de monter et de descendre verticalement sans employer, comme on le fait ordinairement, une perte de Irst du une perte de gai, l'une et l'autre évidemment irréparables.
■ M. Van llecke a cherché, dans un moteurartiliciel , une force capable d'élever ou de déprimer l'aérostat à volonté, et il s'est adressé naturellement à l'un Jetés moteurs qui, tels que les ailes du moulin à vent, l'hélice, les turbines, etc., transforment, sans r^aclt'm l,i'.r:ra!e, un mouvement rotatoira
Vu appareil analogue, à ailes gauches, a été mis sous les yeux: de votre Commission, et, par sa réaction sur l'air, a produit facilement une force ascensionnelle ou descensionnelle de a à .i kilo|;iainmea, ce qui, avec les quatre moteurs pareils que M. Vau llecke adapte à sa nacelle, constituerait une force d'environ io à i ; ki]n,;r. mimes. Ajoutons que cet effet, loin d'être exagéré, a été obtenu, sans ;;rand effort, avec des ailes à peu près carrées, dont la dimension était seulement d'un demi-moire de coté; ainsi , rien n'empêche d'admettre qu'avec une puissance suffisante, ou pourrait arriver àse procurer, par ce procédé, 5o, 60 ou même 100 kilogrammes de
» L'estimation de la pression d'un courant d'air d'une vitesse donnée, sur une surface d'une étendue et d'une inclinai- Son connues, pouvait sans doute, approximativement, conduiie par le calcul à l'effet de l'appareil de M. Van llecke; mais l'Académie sait trop combien les aperçus mécaniques les plus probables ont besoin de confirmation pratique, pour ne pas juger indispensable que ses commissaires aient été témoins de l'action dn moteur de M. Van llecke.
■ 11 reste à savoir si la force obteuue sera, dans tous les cas, Influai Lie pour faire monter on descendre l'aérostat. Or, dans ou ballon ordinaire, c'est Pactisa des rayons solaires qui détermine les plus subites variations de légèreté spécifique. Kotre aéronaute expérimenté, M. Dupuis-Uelcourt. n'esiime pas
Jèroslation. «3
ï66 z&hmtat a niiuXELtEi»
que l'action du soleil puisa dépasser te à iî kilogrntirae*; et encore dans un «pace .le te...," nw» W.. G . Ainsi le moteur de M. Van Hecke serait suffisant dans ce cas extrême; et, d'ailleurs le procédé (l'ascension et de descente tac.le de 1 auteur en permettant de taire osciller le ballon de haut en bas et dë bas en haut, renouvellerait le contact de l'enveloppe avec l'air ambiant, et préviendrait, en grande partie, 1 effet de l'échauffement direct produit par les rayons solaires.
. ta Commission , qui a constaté l'efficacité du moyen etn- S W P« M. le docteur Van Hecke , vous propose de donner acte à l'auteur du résultai favorable de ses expérience», sans
rien préjugerf -UJ-W" ™* f ^^ a m i ' li0 Le5condasions de ce rapport ont été adoptées.
Au moment où le docteur Van Hecke allait commencer, à Bruxelles, ses expériences, alors qu'on pouvait croire au suc-
s de son entreprise, un compétiteur se révéla. Le docteur ™ir dix ans auparavant, des pourparlers relatifs aux baliT, avec l'un de m» compatriote, M. Van E«rJien,etce derl Z' réclamait avec force contre le procéjfc" de M Van Hecke. « voulait sa part de gloire et de profit. Il demanda.! le par- ÎL7d« bénéfices de la future exploitation des a.rs. Ces Mes- S on le voit , se donnaient en spectacle et ne represen-
• ! « iron mal à eux d'eux, es chasseurs de la fable se
SteoOUà... p.1» tournantes, que « > « J™' *
■Tuon, de ir»» commissaire, par ,11. :
Bannorl sur tes systèmes de (wwnolfcn aérienne, de MM. Kun
G. «Van EsscAeu. ( Cl..l H lll lM I. MM.
Quetelel et Ad. Devaux, rapporteur)
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terreur dans sa dépêche du 5 juin i S4 7 , nous avons procède à Pètud'e des systèmes de lueomolion aérienne de MM. Van Hecke et Van Ksscuen, en nous attachant à constater la dispo- .itiou matérielle et le mode d'action de leurs appareils respec.
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tifs , ainsi que Je résultat pratique obtenu par chacun des in. venteurs.
L'enquête à laquelle nous nous sommes livré? , nous permet de répondre ainsi qu'il suit aux diverses questions qui nous Bout posées :
Systèmes de navigation. — Les deux systèmes de navigation dont il s'agit sont essentiellemmit différents , en ce sens , que M. Van Hecke renonçant à toute tentative de résister à l'impulsion des courants , un de modifier la direction qu'ils font prendre au ballon , ue vise qu'au moyen de s'élever ou de s'abaissera volonté dans l'atnn^plii're, pour se porter et je maintenir dans un courant qui le rapproche naturellement du point où il veut aborder ; tandis que M. Van Esschen, comptant aussi I ■ ■- •->■ l'eiiiteoce de courants favorables que sur le secours <ju'ils peuvent offrir â l 'arrimante, persiste a touloïr imprimer à son vaisscan une direction constante, h se diriger ou se maintenir dans la route qa'il vent «livre, quelles que soient la hauteur, la direction et l'iuteu&ité des Cuurauts naturels dam lesquels ils se ironie.
Celle dillérence dam If principe de la navigation doit nécessai retuent se manifester dans la disposition matérielle des appareils propulseurs ; e'est , du reste, ee que nous3vons égalemeut constaté et ce qui résulte de la description ci-après : Disposition matérielle des appareils.
i° Appareil Van Recke. — Le docteur Van Ilecke place ses
i n ,5o de long sur i", iS de large, snsfiendue à quelques mètres au-dessous du ballon, et aux angles de laquelle sont fixés (juatre appareils locomoteurs.
Chacun de ces appareils consiste en un axe de rotation vertical , traveisé par deux tiges en acier qui se coupent à angle droit flans un plan perpendiculaire à l'aie. Deux ailes en, soie, fortement tendues sur un encadrement carré en acier, de 5o centimètres de côté , sont attachées aux tiges susmentionnées, symétriquement de part et d'autre de l'axe, et dans une situation oblique à celui-ci. Le coté supérieur de ces ailes est fixé le long de lune des tiges; le troisième angle est retenu à distance de l'autre tige par un lieu inextensible, et le quatrième, c'est-à-dire l'angle inférieur le plus rapproché de l'axe, n'est attaché à celui-ci que par un lien élastique, qui peimet à l'aile de varier, dans certaines limites, en inclinai-
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son et en courbure, suçant la vitesse Je rotation et la força
qu'il est nécessaire Je développer.
Nous devons remarquer en passant que cette élasticité dans tout le système ; cette liberté limitée laissée aux ailes pour . changer Jt forme et d'inclinaison dans les conditions diverses \
des roues à réaction, et, peut -.'■Ire, im prrteelimiiiement dans ]';i]>|ili['iiiioti que vent en faire ici M. Van Ilecke.
Le mouvement rotatoire est imprimé à la fois ani axe* de deux de ces appareils , par l'intermédiaire d'une courroie sans fin qui s'applique, d'une part, sur la gorge de deux petites roues horizontales respectivement calées sur chacun des deux
cale à laquelle esl'adaptée une" manivelle.
Selon le sens dans lequel on fait tourner la manivelle, faut le système tendra à s'élever ou à descendre , sans modifier
a" Appareil fnn fii.tr/iett, — Il résulte des déclarations de M, Van Esschen et de ce qu'il nous a fait voir dans lesate-
porte du rivage près llruxelles, qu'il établit ses navigateurs dans un panier cylindrique , de t",3o de diamètre et à peu près autant de hauteur, suspendu à distance au-dessous du ballon. A cette espèce de nacelle sont adaptés lus accessoires
1° Au centre, un 3Xe vertical ou m:lt en fer, de i centimètres d'épaisseur sur 3 m ,5o centimètres de longueur, pouvant tourner sur pivot, et traversé vers son milieu par l'axe d'une roue motrice à gorge de o n , 84 centimètres de diaroÈtre, munie de sa manivelle ;
a* Plus haut et dans le plan vertical de cette roue , sont montées sur On chAssis, symétriquement de part et d'autre du màt, deux petites roues a gorge, reliées à la roue motrice par une courroie sans fin, et dont les ases , tournant horizontalement, doivent entraîner dans cette rotation les ailes ou voiles à réaction.
Ces ailes manquaient à l'appareil qu'on nous a montré, mais nous avons appris qu'elles devaient être en soie, au nombre de trois sur chaque aie, et disposées de manière à pousser toujours le vaisseau du même coté, quel que suit le sens dans, lequel ou fasse tourner la ui juive lie et les axes.
Nous avoni remarqué aussi que , prévoyant le cas où il-se- 'aïl accidentellement utile de sï-levcr ou de s'abaisser dans 'atmosphère. M. Van Esschen avait monté à charnière cette
deus petites roues à gorge l'écartant du plan de la grande roue motrice qui reste toujours verticale, ce qui iletern.ine dam la courroie une tr.icti Ijliqiie qui tetut ;t la l'aire sortir île la gorge de ces roues, et augmente les frottements.
3° Au bord supérieur du panier est appliquée une roue dentée , ou crémaillère circulaire, sur laquelle engrène un petit pignon à manivelle , destiné à changer a volonté la direction de tout le système propulseur, en I* faisant pivoter avec le mât auquel il est invariablement fixé.
M. Van Esschen nous a fait observer que, dans son système primitif, il suspendait au ballon une nacelie ordinaire, muuie d'un long gouvernail, ainsi qu'où le voit aux dessins et à la description qu'il a reproduits en copia chambres législatives belges , sous la date du 18 lévrier [8.(7 ( litt. D du dossier); ajoutant que, d'après les conseils de M. l'ingénieur Maus.il avait cherché à .supprimer le gouvernail, ce à quoi il était parvenu par la disposition ci-dessus décrite et que représente assez bien le dessin au crayon produit au dossier sous la lettre /.
Morfe ttaclinn des appareils.
Ainsi que nous l'avons déjà fait observer, la divergence dans le but en nécessite une daos les moyens, c'est-à-dira dans le mode d'action :
i° M. Van Hecke, qui ne vent que monter et descendre à volonté, dirige invariablement sa force propulsive dans le sens vertical; taudis que M. Van Essçlien dispose ses appa-
avuir avisé à un moyen d'incliner légèrement son système propulseur dans un sens un dans l'autre , que pour se ménager la faculté d'éviter au besoin d'être aeriilen tellement ramené trop près on emporte trop loin de la surface de la terre.
3° L'appareil Van Hecke, composé d'ailes files, agit, comme dit l'auteor, en sens réapinque , c'est-à-dire qu'il tend.
à faire monter ou /tt-sceiuim v.rticalement , et à peu près avec la même force, selon le sens liant lequel ou tourne à la manivelle de la roue motrice; tandis que l'appareil Van Fischeri, composé d'ailes flottantes, transmet toujours son action dans ta même sens , eu égard aux axes de cotation , de quelque coté que l'on fasse tourner ces aies.
3° Le mode d'action de l'appareil de M. Van Heeke, indépendant de la direction des vents , est simple, régulier, et ne réclame point l'emploi d'un gouvernail. Celui de M. Van Esschen, au contraire, qui. doit tendre à modifier favorablement l'impulsion des courants , exige un gouvernail puissant, ou, pour en tenir lieu, des changements fréquents dans la direction des axes du propulseur. Nous douions, à cet égard, que la disposition adoptée par M. Van Esschen, pour faire voyager un pignon sur une crémaillère circulaire, puisse le conduire à son but,
Résultats pratiques obtenus.
Quant aux résultats pratiqua obtenus, nous devons dire qu'ils se réduisent à liii-n peu <le cliosc , puisqu'il il*a été fait jusqu'ici aucuns expérience directe en ballon, et que les inventeurs se sont borné; à constater le fait et à apprécier plus ou moins exactement l'intensité de la réaction produite dans leisens-d'un axe de rotation, par le mouvement dans l'air d'ailettes inclinées par rapport j cet aie.
Ainsi M. Van Esschen , opérant avec tn modèle en petit de son propulseur, l'a fait manœuvrer en tous sens autour d'un axe et à l'extrémité d'un balancier, sans chercher à évaluer la puissance développée. M. Van Heeke, de son coté, se servant de deux ailettes gauches en soie , de ii centimètres de surface, a répété en notre présence les essais mentionnés dans le rapport de la cunimiisiou de l'Institut royal de France, en date du 1" février 18^7, d'où il résulte que, par leur réaction sur l'air, ces deux ailettes accomplissant quatre tours l>ar seconde, déterminaient dans le sens de l'axe de rotation one force de 2 lja à 3 kilogrammes.
Nous eussions désiré pomoir apprécier en même temps la travail dynamique iiéccs^nre pour produire cet effet, niais les appareils n'étaient ni assez parfaits ni convenablement disposés pour cette appréciation.
Ko résumé, sans toucher en rien au côté moral de la question, sur lequel nous ne sommes pas appelés à nous prononcer,