CHAPITRE Vin
DE LA DOBUHB PAR IMHEBSION.
Notùmi aniérieuret à la dorure par iimple immenton; — Mlkington applique le premier Vaurate de potatte d la dorure au trempé; — Préparation du liquide aurifère; Précautions pour obtenir une bonne dorure; — Choix des vatei; — Décapage det objets; — Son influence; •— Phénomènes que présente la liqueur après avoir servi pen-dant quelque temps; — Dorure par simple immersion avec des doubles cyanures; — Indication d'Blkington ; •^' Expériences de Levol avee les sulfo^eyanures ; — Expé^ riences du Prince Bagration, et observations sur la redis * solution d» Vor dans les liquides cyanures»
Je doif dire que H. Ëlkington est le premier qui ait fait connattre qne Ton pooTait sabititaer, daiié la dorure par la Toie humide , an ehlonire d'or, un autre m1 d'or, l'aurate de potasse, ce qui est déjà un grand perfectionnement.
Becquerel.
La dorure par immersion , applicable aux petits objets sor lesquels ob veutdéposer une légère coucbed'or, fàt connue imparfaitement dès le siècle dernier, et les mtfriers savaient dorer la menue bijouterie de cuivre, par une immersion dans une solution d*or, par l'eau régale. Il en était déjà ainsi du temps de Baume, qui leur enseigna à évaporer la liqueur acide, à recueillir le chlorure d'or neatre , et à l'employer en dissolution pour éviter la corrosion des d>jets par un excès d*adde.
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Proust avait déjà remarqué qu'en traitant une solution de chlorure d'or avec un alcali , elle ne forme pas toujours un précipité, mais, qu'au contraire, elle dépose quelquefois une couche d'or sur les parois du rase où elle est contenue.
De plus, Duportal et Pelletier, pour connaître si on liquide alcalin contenait de Tor, avaient coutume d'y plonger une lame d'étain qui indiquait la présence de ce précieux métal , par la couche dont elle se couvrait.
On connaissait encore un moyen de dorer l'acier poli par immersion , en le plongeant dans une solution éthérée de chlorure d'or bien neutre, et en l'essuyant au sortir de ce bain avec un linge fin.
Enfin , en 1830 , le Journal des Connaissances usuelles fit connaître un procédé pour dorer le cuivre an trempé. On le plongeait dans un liquide composé de 1 partie de zinc et 2 de mercure dissous dans l'acide hydrochlorique , avec un peu d'or et de crème de tartre. Suivant le journal qui indique cette formule » les objets de cuivre polis prennent ainsi une assez belle dorure.
A dire vrai, les observations précédentes, et les résultats peu satisfaisants obtenus jusque là , n'étaient point de nature à encourager personne à substituer la dorure par immersion à celle par amalgame. D'ailleurSi il n'était pas encore venu à l'esprit d'aucun chimiste, la pensée de chercher à appliquer directement à l'industrie des liquides à dorer par immersion.
Elkington fut le premier qui tourna son attention vers ce but, et après être parvenu à satisfaire à toutes les conditions indispensables , pour rendra 9oa pro-
cédé complet, il prit une patente en Angleterre, sa patrie , et depuis , en 1836 , un brevet en France. . Après avoir obtenu ces privilèges, il publia son procédé dans le London journal of Arts , mai 1837 ; Berzélius le rapporte dans son Annuaire des progrès de la Physique et de la Chimie (1839), et Schubert Ta donné en détail dans un Mémoire de l'union des progrès des Arts en Prusse ( 1837 ) , page 152. Il rapporte même les résultats qu'il a obtenus en répétant ce procédé pour le confirmer.
§ 1er. MÉTHODE D'ElKINGTOIC.
Elkington enseigne à préparer son liquide de la manière suivante : on prend 77 grammes ( 2 onces Va) d'or pur (i) pour 738 grammes (1 livre 8 onces) d'eau régale composée de : acide nitrique pur, 298 grammes (9 onces 6 gros); acide muriatique^ également pur, 241 grammes (7 onces 7 gros) ; eau, 198 grammes (6 onces 4 gros). L'or est dissous dans le mélange acide , jusqu'à cessation de dégagement de vapeurs rouges , et jusqu'à réduction du liquide à moitié. On laisse déposer au fond une portion très-minime de chlorure d'argent, qui se. forme pendant la réaction; OQ décante la solution claire, et on obtient ainsi un chlorure d'or aussi pur et aussi neutre qu'il est nécessaire pour composer le bain aurifère.
Cela fait, on verse la solution dans un vase de porcelaine contenant 2 litres d'eau bouillante, et on y ajoute y par petites portions , 5 kilog. ( 10 livres ) de bi-
(1) Le titre de cet or doit être de 997 millièmes, c'est-à-dire qu'il doit contenir «a plos 3 millièmes d'argent en alliage.
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carbonate de soude cristallisé pour 77 graimnês (2 onces Vj) d'or. Il faut avoir soin d'éviter que îe fiquide ne se répande par suite de refTervescence causée par Tacide carbonique rendu libre ; c'est pour cela qu'on devra faire attention de ne mettre que très-peu de carbonate de potasse à chaque nouvelle addition. On ajoutera au liquide 3 autres litres d'eau bouillante ; le Tase sera placé sur le feu , et on aura soin d'allonger le fi* quide avec deux autres litres d'eau , à mesure de Tévaporation. Les bulles qui se dégagent du bi-carbonate de potasse , sous l'influence de la chaleur, viennent crever à la superficie du liquide. Au bout de deux heures d'ébullition modérée, on retire le vase du feu, le liquide se trouve réduit d'un cinquième ; on le laisse en repos, afin qu'il se clarifie en déposant un limon d'oxyde et de carbure d'or, et aussi quelques substances étrangères qui sont dues à l'impureté du bicarbonate de potasse. La portion limpide sera versée dans un vase de fonte, soigneusement tourné à l'intérieur, et dans lequel on aura , à l'avance , déjà fait bouillir une solution d'or épuisée par l'usage , afin que le fer se recouvre d'une légère couche d'or. On met au feu le vase de fonte , on chauffe jusqu'au point de l'ébuUition , et le liquide est propre à dorer la bijouterie de cuivre. Les objets à dorer, enfilés sur un fil de cuivre , seront plongés dans le bain , on les agitera fréquemment pendant l'immersion, et on les retirera lorsqu'ils se seront couverts d'une couche d'or.ïoutefois , la bijouterie de cuivre ne pourrait pas prendre la dorure, sans avoir subi certaines préparations préliminaires.
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Lersipie ces sortes d'objets sortent des mains des oavriers, ils sont nécessairement couverts d'une couche de matière graisseuse qui nuirait sensiblement à la dorure en 6*opposant à Tadtérence de Tor. On les en débarrasse complètement à l'aide d'un recuit ou dérocfaage. Le recuit des bijoux de cuivre s'exécute ordi-^ nairement en les disposant dans une petite caisse de fer à bords étroits^ que Ton place sur des charbons ardents, et que l'on recouvre également de charbons pour rendre la chaleur égale en-dessus et en-dessous. La température élevée du feu dissout les substances grasses et fait apparaître sur la bijouterie une espèce de croûte grise que les doreurs appellent calamine de cuivre, et qui se compose d'une certaine quantité des métaax les plus fusibles de l'alliage. En refroidissant , la surface devient d'un gris de plomb uniforme. La oroâle s'enlève en plongeant la bijouterie, encore efaaude , dans un mélange d'eau et d'acide sulfurique et nitrique (i); on fait bouillir ce liquide, jusqu'à ce ^e les objets aient pris une belle couleur de cuivre roc^e et qu'on ne voie plus de trace de calamine. L'acide agit comme dissolvant dé tous les oxydes qui s'étaient formés pendant le recuit, et fait revenir la couleur propre à l'alliage. Alors , on décante la liqueur acide, les bijoux sont lavés à 'grande eau dans une passoire de fer, et , pour terminer, on les laisse quelque temps soust'eas.
Après ce lavage, on passera au décapage , qui nettoie le enivre comme par un effet magique, et le rend
(i) L'opération dU dérocbage est expliquée plus en détail à l'Appendice, page 152.
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propre à recevoir la dorure. Ce décapage s*exécate en plongeant les bijoux dans un mélange acide et corrosif , composé de : acide sulfurique , 4 kilogrammes 133 grammes ( 8 livres 9 onces ) ; acide nitrique , 1 kilog. 330 grammes (2 livres 11 onces); sel marin, 42 grammes (lonc.3gros); eau, 1 kilog. 330 grammes (2 livres 11 onces). Lorsque tons les objets sont bien décapés , on les lave de nouveau à grande eau, et ensuite on les enveloppe séparément l'un de Tantre, dans la sciure de bois et surtout de buis ; on les fait alors chauffer sur un réchaud pour lès sécher, et faire disparaître jusqu'à la dernière trace d'acide qui pourrait y adhérer. Les objets sont alors prêts à être dorés.
Lorsqu'ils ont pris la dorure , on les lave de nouveau à grande eau , on les fait sécher à la sciure de bois, et on peut ensuite les livrer au commerce.
Quelquefois , dans certaines immersions , les bijoux prennent une dorure pâle à leur superficie , ou bien ils présentent des taches d'oxyde d'or ou de cuivre qui les déprécient. Pour remédier à cet inconvénient , on les plonge dans un mélange liquide et bouillant , composé ordinairement de sulfate de fer, sulfate de zinc, nitrate de potasse, alun et sel marin, par portion égale de chacun. On les enlève de ce bain, on les fait sécher sur des charbons ardents , jusqu'à ce que ceux-ci s'éteignent. On les jette alors dans de l'eau acidulée par l'acide nitrique , on les lave ensuite à grande eau , et on les fait sécher dans la sciure de bois. Pour faire évaporer le mélange des sels , on peut encore se servir d'une moufle ou d'un grand cylindre de terre cuite contenant un autre cylindre de fer, plus petit et percé à jour. L'es-
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pace qaî se trouve entre les deux cylindres est rempli de charbons ardents , et les bijoux sont suspendus dans le cylindre du milieu , jusqu'à ce que le mélange adhérent à leur superficie soit transformé en une croûte d'un rouge d'ocre ; au moyen de cette dernière opération , les objets se trouvent complètement terminés (i).
Le vase de fonte , dans lequel on fait bouillir le liquide aurifère, parait indispensable /suivant Topinion d'EU kington , pour maintenir plus aisément la température au degré de Tébullition, parce que le fer est plus prompt à s'échauffer que la terre. Mais , dans les idées de M. Raspail , il sert en outre à déterminer la précipitation y parce que, selon lui , il constitue, avec l'objet à dorer et la solution aurifère, un véritable couple galvanique. Les parois du vase représentent un des éléments, la bijouterie forme l'autre , et la solution se comporte à la fois comme liquide excitant et condensateur.
Le même Raspail pense que le séchage des objets dans la sciure de bois n'est pas sans influence sur la réussite delà dorure ; il reste, en effet» à la superficie du cuivre des particules de bois très-menues, qui ne sont pas complètement enlevées par le second décapage, et qui, en facilitant la décomposition de l'aurate alcalin, favorisent ainsi la formation du dépôt. Celte opinion
(1) Cette dernière opération, qae les doreurs appellent la mise en eouleurf est indispensable dans presque tous les genres de dorure. M. Becquerel donne les proportions suivantes , pour le mélange des substances qui servent à la mise en couleur : nitrate de potasse , SSO'* grammes {Ifi livre); alun, 350 grammes ( i}3 livre) ; sulfate de sine, 135 grammes (4 onces) ; salfate de fer, J 35 grammes (4 onces). Voir à l'Appendice.
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de Rdspail semble confirmée par une expérience, dans laquelle , ayant fait bouillir Faurate alcalin avec de la sciure de bois, Tor fut complètement précipité, et, après deux ébuUitions , le protochlorure d'étain n*aocusa plus dans le liquide la présence de For.
La dorure par simple immersion est une conséquence de la dissolution du cuivre et du dépôt de For, équivalent pour équivalent, sur Fobjet immergé. Il est donc évident que le liquide aurifère doit s'emparer d'une portion de cuivre proportionnée à For qu'il cède, et la teinte bleue qu'il prend lorsqu'on s'en est servi pendant quelque temps , vient encore à l'appui de celte hypothèse. L'expérience démontre, toutefois, jqu'il reste bien peu de cuivre dissous, et, qu'au bout d'un certain nombre d'immersions , ce n'est plus de l'or pur qui se dépose sur les objets, mais bien un alliage d*or et de cuivre, qui finit par avoir une couleur trop rouge pour produire une belle dorure. La teinte bleue semble donc moins une indication de la présence de la portion de cuivre dissous, qu'une disposition particulière des molécules survenues dans les corps dissous par suite des différentes réactions qu'ils éprouvent (i).
Quelquefois, un liquide qui fournit une dorure rouge, peut facilement reprendre ses qualités, comme Font remarqué Simon et Bedier, en y ajoutant une petite quantité de nitrate d'argent, et en le faisant bouillir de nouveau. Si, après cette ébullition, on le laisse reposer, on le voit se troubler, et il dépose , en se re-
(1) Cette opinion a déjà été émise par Bf. Beoqnerel, dans ses Êlé^ ment* d'Eleetro'Chimie , page 332. Paris 1843.
( Note du traducteur» )