‹ Nouveau manuel complet de dorure et d'argenture par la méthode électroChapitre 6 sur 42 · DE LA DORURE ÉLBCTRO-CHIMIQUE · texte numérisé non relu

DE LA DORURE ÉLBCTRO-CHIMIQUE

de pouvoir opérer en grand , sont néanmoins d'autant plus dignes d'attention, qu'ils s'éloignent davantage des facilités introduites aujourd'hui dans les procédés de dorure électrique (i).

Le professeur de Modène est amené à ces conclusions par les paroles de Brugnatelli lui-même , insérées dans les Annales de Chimie , dont il fut le rédacteur pendant plusieurs années, et bien avant qu'on en ait encore tiré aucune indication an moyen de laquelle on pût dire le problème résolu et la découverte de Brugnatelli vérifiée dans toute son étendue. L'indication expresse qu'en donne le célèbre inventeur dans les termes suivants, servent de complément à un Mémoire qu'il a écrit relativement aux découvertes les plus importantes, faites en chimie pendant l'année 1804 : « Nos recherches nous ont conduit encore , dans le cours de F année dernière, à d'utiles résultats.,*, nous avons démontré que l'ammoniure d'or (â) peut servir à dorer au moyen de la pile voltaïque» (3).

Grimelliydansla suite, rechercha la manière d'ob-

(1) Foglio dLModena (Appendice), No 298, 9 naggio 1844.

(2) BrognatelU désigne, sons le nom d'amnoninre d'or, le liquide résalunt de la soluiion dn dépût qni se forme par l'effet de Tammoniaqw snr le chlorure d'or , dans un excès du même alcali. Il pense que le réritable ammoniure, c'est-i-dire le composé insoluble, forme un oxyde d'or thertnoxyde. C'est pourquoi toutes les recherches faites avec l'ammoninre d'or non dissous dans un excès d'ammoniaque , eurent lieu en dehors dn point de rue de Brugnatelli. Celui-ci, loin d'employer l'ammoniaque comme un simple dissolvant, s'en servit comme d'un composé indispensable è la constitution de son ammoniure d'or.

(3) Annali di chimioa, etc., compilatidal Brugnatelli, tomo XXII, psg. 3â. Pavia, 1805.

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tenir la dorure aa moyen de la pile et de rammoniure préparé suivant la formule décrite dans les Elémenls de Chimie de Brugnatelli , mais il n'obtint aucun résultat satisfaisant ; et en me rendant compte des intéressantes expériences qu*il avait faites dans le louable but de vérifier la découverte de Brugnatelli , il m'engagea à faire de mon côté des recherches pour la reproduire. Mes premiers essais furent entrepris avec Fammoniure primitif de Brugnatelli , préparé comme il renseigne, en dissolvant de nouveau, dans un excès d'ammoniaque, Tammoniurc insoluble précipité du chlorure d'or parle même alcali, puis recueilli sur un filtre et lavé à diverses reprises ; j'opérai cette dissolution tantôt à froid, tantôt à chaud, et je n'obtins qu'un faible résultat. Le liquide aurifère soumis au courant d'une pile électrique simple ou composée, énergique ou faible, ne produisit que la plus petite couche d'or sur une lame d'argent qui y fut plongée en communication avec les deux pôles. L'assertion de Grimelli se trouva ainsi pleinement confirmée. Il me vint alors à l'idée que Brugnatelli avait sans doute opéré avec un ammoniure d'or différent de celui qui est décrit dans ses Eléments de Chimie, avec unammoniure impur, c'està-dire contenant des sels ammoniacaux qui peuvent se former dans une dissolution d'or par l'eau régale avec excès d'acide et d'ammoniaque. Pour vérifier cette conjecture , je recherchai de suite si l'ammoniure était soluble dans un mélange de nitrate et de chlorhydrate d'ammoniaque avec excès d'alcali. En effet, j'observai qu'à froid l'ammoniure se sépare peu à peu au contact de ce liquide , et qu'il se dissout. A chaud, la réaction

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s'opère plus promptement. Les deui^ liquides, devenus jaunâtres par la présence deTor, produisirent la dorure sous l'influence du courant d'un simple couple toItaïqae plongé dans une dissolution de sel marin. Cette dorare se faisait très-lentement, de sorte qu'en une demi-heure , à peine une légère pellicule d*or se faisait remarquer sur l'argent. Au bout de deux heures , la coache d'or paraissait suffisamment épaisse , elle avait une belle couleur jaune d'or , elle était nette et séparée da dépôt d'or réduit. Ayant supprimé le nitrate d'ammoDiaque dans la composition du liquide dissolvant de Tammoniure d'or , jie fis bouillir ce dernier dans une solution aqueuse de chlorhydrate d'ammoniaque avec excès d'alcali, et j'obtins un liquide aurifère qui se comporta comme le précédent; je remarquai avec surprise que dans ce mode de dorure, la couche d'or se montrait toujours plus épaisse sur la lame d'argent communiquant avec le pôle positif , que sur celle qui est attachée au pôle négatif, quelquefois même j'obtins la dorure sur la première , sans que la seconde se soit couverte de la plus petite parcelle d'or.

Après avoir essayé le couple voltaïque, je soumis la liqueur au courant d'un appareil à diaphragme de baudruche de de la Rive. La dorure s'y effectua beaucoup plus vite , la couche d'or prit une épaisseur plus grande , mais la lame d'argent , an sortir du bain , était salie par une couche noire pulvérulente cédant facilement à l'action du frottement et sous laquelle la surface paraissait très-bien dorée. Réfléchissant alors que l'action seule du ehlorhydrate d'ammoniaque sur l'amnioniure s'était opérée par la transformation de ce

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dernier en chloro-ammoniure, et cette sapposition me paraissant confirmée, jusqu'à un certain point, par une odeur bien distincte d'ammoniaque qui se développe en faisant bouillir Tammoniure bien lavé et le chlorhydrate sans excès d'alcali , je voulus connaître si le chlorure d'or dissous avec du sel ammoniac pourrait produire une liqueur à dorer semblable à celle qui vient d'être décrite. J'en fis Tessai, et l'ayant soumis à diverses expériences, j'obtin^ le même succès. Quoique tous ces faits soient de nature à faire adopter Thypo* thèse dont j'ai parlé , je ne puis toutefois l'embrasser, et parce que je n'ai pas de preuves suffisantes pour la démontrer d'une manière irréfragable , et parce que d'autres faits qui seront rapportés plus loin m'ont conduit aune opinion toute contraire. Dans le but d'améliorer le liquide, et pour lui ôter le fâcheux inconvénient de noircir l'objet à dorer , j'y ajoutai une solution de cyano-ferrure de potassium , et je mélangeai avec soin le chlorure d'or et ce double cyanure, le liquide étant rendu plus alcalin par une addition d'ammoniaque. Aussitôt que je versai dans la solution le cyano-ferrure , le liquide se troubla et déposa, au bout de quelques minutes, des flocons d'un vert bleu sale, et prit ensuite une belle couleur jaune foncé (l). J'employais les proportions suivantes : sel ammoniac 10 grammes (2 gros et demi) ; eau 110 grammes (3 onces et demie) ; ammonîure d'or 25 grammes (6 gros); solution de cyanoferrure de potassium , 30 gouttes ; ammoniaque , au-

(!) La forBWkion d'oo dép6t Tart-bten indique sani doute la préaence dn chlorure d'or dans la liquide; car le cyauo -ferrure ne produit auemi effet daoi les liquides qui contiennent lenlement dee chlorures alcaline.

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tant qn'il en faat pour donner au mélange one odeur particulière bien distincte.

Ce bain d'or est d'une grande sensibilité , puisque , après avoir été étendu d'une grande quantité d'eau , et soumis à Faction d'un très-faible courant, tel que pent fournir un tube à diaphragme de 8 centimètres ( 3 pouces) environ de hauteur, sur 2 centimètres (9 lignes ) de largeur, il dépose en moins d'une heure une couche d'or suffisante sur l'argent. La dorure qui en résulte est d'une couleur jaune foncé, et, après avoir subi l'action du brunissoir, elle ressemble beaucoup à la dorure épaisse faite an feu. Mais ce liquide a le grave inconvénient de produire un précipité rougeâtre lorsqu'il a çervi pendant quelques heures à dorer, et ce dépôt une fois formé, la dorure prend un aspect sale. J'ai rapporté la composition de ce bain , qui peut encore être préparé avec le chlorure d'or, non pas que je le regarde comme préférable aux autres combinaisons qui en diffèrent, mais seulement parce que la dorare jaune foncé qu'U produit , peut quelquefois é^e mise à profit par les artistes doreurs. L'addition du cyano-ferrure de potassium parait aider à la transformation en cyanure de la portion de chlorure d'or combiné avec l'ammoniure d'or etle sel ammoniac ; et la présence d'an alcali en excès rend la dorure plus prompte et détermine la formation d'un précipité vert bleuâtre. Si le liquide n'est que légèrement alcalin, la réduction ne réussira pas complètement; s'il est neutre ou acide, eUe prendra une couleur vert sombra , et le précipité sera très-mince , ou n'aura même pas lieu.

Les résultats que j'ai obtenus ont été exposés par

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moi dans une lecjture publique , faite le 25 avril au Lycé^ royal de Reggio ; je les fis conoaitre à Grimelli, qui voulut bien les citer honorablement dans son article inséré dans la feutlledeModène,du9 mal 1841'. Qu'il en reçoive Ici mes reroerciments (i) ! Ce même article contenait une nouvelle publication du procédé original de BrugnatelU, avec tous les détails nécessaires pour le reproduire. Le même procédé avait déjà été publié en mars 1842 » dans le petit jouirnal de Bologne, le Felsineo; il avait même été indiqua , en 1807, dans la Bibliothèque 4^ Campagna de Gagliardo, mais d'une manière trop vague pour être Tobjet d'une attention sérieuse. En effet, on connaissait à peine le livre où ce moyen avait été publié, et Tapnonce faite par Grimelli, que le chimiste de Pavie avait employé Fammoniure d'or, fait bien voir à quel point cette découverte était restée ensevelie dans Tobscurité.

Si, déjà antérieurement, on n'en avait pas eu quelque connaissance, personne ne se serait fatigué à dorer avec

(1) Votoi éêMê qnelt ftanMt 6ritt«IU r«id eo«ple de nef eiMJt : U F. Stlmi a fait aaisi dea eipériancM aor la dorure électrique ; il aa* aaya l'ammoninre d'or à la manière de Brugnatelli, et fit connaître dana pn Mémoire, qu'il lut publiquement, les résultats les plus intéressants. U signale comme nn dea plue importante, la préparation d'un bain d'or avao FanaioBittre d'or que l'on (kit digérer et diasoodre à diaud daia Bpa aoltttioD aqaepae 4e ael aqamoniao, pour arriver à dorer Targent. Selmi trouva aQSf«i que le bain d'or s'améliore en j ajoutant du cyaooferrure de potasaium. »

B'après cet article , il paraîtrait que Grimelli atait auasi, tout réceo^ nant, Tériflé la métbode de dorure de Brqgnatalll, et qu'un habile pr»* faaaeur de chimie à l'Unirersité de Modène, H. Giovanni Gior(^, avait répété avec auccès les mémea eipériencea en diasolvant en oatra l'aminoiiiart d'or dana l'acide bydrochlorique étendu.

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rammonîure d*or dissous dans TammoDiaque liquide ; et en rapportant Tarticle de Grimelli en entier, ou par extrait, dans un autre journal (i) , comme cela arrive , les compilateurs u'ayaient pas oublié de remarquer qa'il avait déjà été indiqué , lors de la publication du proèédé complet. Je suis d'ailleurs assez satisfait d'avoir été conduit par voie d*induction à le deviner et à le reptodaire très-apprbiimativement. Chacun pourra s*eii convaincre en fisant la description tirée de la Bibliothèque de Gagliardo , que je répète ici textuellement :

« Arlê et manufactures, JUaniére de dorer les mé" dailles et les petits objets d'argent du moyen du gai" tantsme, par ^RUGVATELLi, professeur de éhimie à t Université de Pavie, y>

<f Prenez une partie saturée d*or dissous par Tacide hydrochloro^nitriqtie, ajoutez-y six parties d'ammoûiaque liquide , la dissolution s*; décompose , et il se {précipite no thermoxyde d'or, qui se dissout aussitôt eo partie pour former l'ammonioFe d*or. On recueille ce mélange dans un vase de verre. Les objets destinés à être dorés sofit fixés solidement à un fii d*ader otr d'argent que Fon fait ensuite conununiquer au pôle négatif d'une pile voltaîque. L'objet en arj;ent qui doit être doré plonge entièrement dans le Itqiride coiHraant f ammoninre d'or ; te courant galvanique est fermé par une grosse bande de carton mpuillé , qui , de Tammoniure, passe au pôle positif de la pile. En quelques heures l'argent se trouve entièreBoent doré par l'actîoa

(ft) Rêeueit fttédiCëtdeFano, téâa§é fu 1« fwatmêma Midagodi ; — 4'Aoabearg ; — Gaxettt de Lacques, etc.

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galvanique, ta dorure peut être mise en couleur par les moyens ordinaires, et on lui fait prendre le plus vif éclat avec le gratte-brosse des doreurs.» (Biblioiheca di Campagna, etc., tomo X, pag, 185, 186. Milano, ISCT/.)

Je terminerai le présent chapitre, qui était indispensable dans un Bianuel de dorure électro-chimique publié par un Italien , en concluant : que Brugnateili peut revendiquer rhonneur insigne d'avoir le premier produit la dorure par la méthode électro-chimique, et Tboonenr plus grand encore de l'avoir appliquée au profit de Fart; car il ne s'est pas contenté d'une découverte si belle par elle-même, il a encore su la rendre utile au monde civilisé. L'Italie ne s'est pas fait beaucoup d^honneur en négligeant et en oubliant une pareille découverte (1), tandis que si elle avait eu plus à cœur la cause de ses enfants, elle pourrait encore maintenant étaler un pareil avantage sujr les étrangers (2). Et qui

(1) On pourra dire que let malheurs dn temps ont empêché les Italiens de mettre en pratique la déconrerte de Brugnateili;. mais ritalie n'était point alors traTaillée par une guerre intérieure capable d'interrompre le cours de ses études , ainsi que le proure Télat alors si florissant des Unirersités de Parie et de Padoue. Voyez plutôt le lirre XXIII de VHiiloire d^Italie , par Botta , où sont racontés les saraats et iiiles traTanx faits à cette époque dans Tintérét public, travaux que nous considérons comme très-remarfoables pour le progrès des sciences et des beaux-arts.

(â) Je dois prérenir tonte espèce de reproche qu'on pourrait être tenté d'adresser à M. de la RItc , pour n'avoir rien dit de la découverte de Brugnateili dans son Mémoire sur la dorure électro-chimique. Je dirai donc que, bien que cette déconrerte ait été imprimée, conuoe elle a été publiée dans «n journal italien qui a pam il y a plus de 37 ans, il q'i oertainenenlpM puen aroir connaissance. On objectara'peit*

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sait si la galvanoplastie n'est pas sortie de Tltalie à la suite de la dorure électrique? Qui sait si la pile de Bunsen B*a pas été trouvée en étudiant attentivement les propTïéiés électro-négatives du charbon , déjà remarquées par BrugnatelIi?Qm sait enfin...? Que cette leçonqui renferme un grand enseignement serve pour nous et pour ravenir I

^qae e*était pour lai onderoir de consulter leioarrages publiés antéri e we aent, pour t'ranrer qu'il n'arait été préTenu par personne; mais Comment passer en rerue tons les ooTrages et tons les journaux scien» tifiqnes publiés dans toutes les langues? et lorsqu'on a compulsé les on- ▼rages classiques les plus estimés, les traités les plus étendus et les ■ieax faits, cela ne doit-il pas suffire? Il serait bien malheureux que, pour conseryer la priorité d'une décourerte, les savants fussent obligés de peebercber tout ce qui a été publié sur la science à laquelle elle se rattache , et de feuilleter jusqu'aux journaux. La Tie entière ne suffirait pas i un pareil trarail.

D'antres pourront ajouter, que depuis la découverte du document qui p rapport i l'inYention de Brugoatelli , il aurait été couYenable h M. de la Rive d'abandonner la prétention d'avoir opéré indépendamment de toute connaissancei du travail de Brugoatelli. Si M. de la Rive devait renoncer à une prétention , ce serait plutôt à celle de la priorité que de V indépendance; car il est très-probable que les deux gavants, l'un i une époque éloignée, l'autre toat réceaunent, ont eu tous !•• de«x la même idée et sont arrivés à la même découverte, sans avoir connaisssace du travail l'un de l'autre. Celui donc qui a été le dernier à publier cette découverte , tout en renonçant à la priorité^ peut néanmoins eottsenrer la prétention d'inventeur , puisque ses expériences ont été kûm en l'absenoe de tous reoselgnemenu.

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