DU CHOIX DES PLAQUES ET DE LEUR POLISSAGE
III, Poli à l’acide sulfurique ou nitrique mélangé d’huile , par M. Daguerre.
23. Dans la polémique qui s’est élevée entre M. Daguerre et MM. Belfied et Foucault, relativement au poli à l’essence de térébenthine, le célèbre inventeur, après avoir combattu la théorie présentée par ses adversaires (i), s’est cru obligé | de proposer un autre mode de polissage des plaques, auquel
Iil attribue la propriété de donner des images plus promptement, et d’éviter la solarisation des parties les plus claires, en établissant une sorte d’harmonie dans la reproduction de toutes les teintes.
S’il en était ainsi, M. Daguerre aurait ajouté un immense | perfectionnement à l’art dont il est le créateur. Mais, au risque | «le nous attirer une de ces mercuriales que le maître distribue, 1 un peu trop facilement peut-être, aux adeptes de sa découjj! verte qui ne partagent pas ses opinions, lorsqu’ils n’ont pas l’honneur d’être des savants distingués, nous nous exprimerons avec franchise sur le polissage au moyen des acides mélangés d’huile. Nous avons expérimenté cette nouvelle méthode sous l’influence d’une prévention favorable, et avec tout le soin f que nous commandait le nom seul de l’auteur ; et nous n’avons ij pas trouvé qu’elle réalisât les avantages promis par M. Da- [ guerre, ni sous le rapport de la promptitude, ni pour éviter
|j la solarisation. Plusieurs amateurs de photographie, que nous avons consultés sur ce point, ont exprimé le même avis et donnent la préférence au polissage par les essences.
[ Quoi qu’il en soit, comme nous n’avons pas la prétention |i d’imposer à personne nos opinions personnelles; comme il est | possible, d’ailleurs, qu’èu d’autres mains le polissage par les I acides mélangés d’huile arrive à un état de perfectionnement i. dont M. Daguerre lui-même exprime le désir et l’espoir, nous | allons reproduire la description du procédé telle que l’in- ! venteur l’a publiée.
« On mêle dans un flacon une huile fixe (l’huile d’olive j m’a paru préférable) avec de l’acide sulfurique du commerce, S et en égale quantité (2). ,
» Au moment du mélange , il s’opère une action très-vio -
(1) On se rappelle que nous n'adoptons pas lu théorie de Mit. Belfied et Foucault, et B que nous avons essayé d'en donner une explication qui rentrerait dans les idées de 1| M. Daguerre.
(2) La dose d’acide sulfurique pourrait être augmentée, car la proportion que j’inlii dique ici n’est que pour faciliter l’emploi de cet acide.
4l4 LIVRE II. CHAPITRE I.
lente, et le flacon s’échauffe vivement. Il faut, avant de s’en
servir, le laisser refroidir.
» Alors on prend avec du coton un peu de ce composé , et on l'étend promptement sur la plaque; puis on frotte avec de la poudre de ponce jusqu’à ce que l’argent ait pris un poli bien noir. Il est important que cette couche d’huile et d’acide soit très-mince, quoiqu’elle ne s’oppose pas au contact de l’iode et de l’argent.
» On peut encore employer le mélange suivant, auquel je donnerais peut-être la préférence s’il ne fallait, avant de s’en servir, toujours avoir soin d’agiter le flacon.
» C’est une partie d’acide nitrique du commerce avec cinq parties d’huile d’olive. Après avoir bien remué ce composé, on peut l’employer immédiatement de la même manière que le précédent.
» On pourra sans doute faire des composés à l’aide de substances autres que l’huile d’olive et que l’acide sulfurique ou nitrique.
» J’ai remarqué qu’avec ces composés on obtient plus de promptitude qu’avec les essences, mais encore que les parties lumineuses se solarisent moins; ce qui donne lieu d’espérer qu’en persévérant dans cette voie, on arrivera bientôt à obtenir des épreuves dans lesquelles la végétation verte pourra être faite sans que le ciel ait pu dépasser son maximum de lumière, car tout le monde sait qu’au-delà de ce point les grands clairs deviennent bleus. Je crois que , pour parvenir à ce but, il est indispensable d’employer un acide.
» On peut ajouter à ces mélanges une petite quantité d’iode qu’on fera dissoudre préalablement dans l’huile avant d’y ajouter les acides. Il faut mettre dans l’huile assez d’iode pour la colorer fortement. »
IV. Nouveau mode de polissage des plaques , adopté pur M. Claudet.
•24- Notre ami M. Claudet, dont les épreuves toujours progressives excitent de plus en plus l’admiration des connaisseurs, a bien voulu nous communiquer le mode de polissage des plaques auquel il s’est arrêté en dernier lieu, et qui est suivi exclusivement dans le vaste établissement qu’il dirige.
Le principal but de M. Claudet a été d’écarter de la préparation des plaques l’emploi du coton, qui, comme on le sait, laisse toujours une couche limoneuse à la surface de l’ar-
IDU CHOIX DES PLAQUES ET DE LEUR POLISSAGE. 4 j 5 ent. Pour arriver à cet important résultat , les plaques sont 3umises à trois opérations successives : le douci ou poli préaratoire, le décapage et le brunissage.
Nous décrirons d’abord chacune de ces opérations, ainsi u’elles se pratiquent dans les ateliers de M. Claudet ; nous fidiquerons ensuite les modifications que nous avons cru deoir y apporter.
i° Poli préparatoire des plaques.
Cette première opération a pour but, soit d’enlever les >attitures que le planage a laissées à la surface de l’argent, oit de faire disparaître jusqu’à la dernière trace d’une preuve qui n’a pas réussi, quelle ait été fixée ou non au chlorure d’or.
Le premier poli exige qu’on ait à sa disposition un tour in l’air (i) ; on montera sur les mandrins de ce tour un disque ,1e bois de 12 à i5 millimètres (S à 7 lignes) d’épaisseur, et le 20 à 3o centimètres (7 pouces 5 lignes à 1 1 pouces) de diamètre , suivant la dimension des plaques qu’on aura à polir. Ze disque sera d’abord recouvert d’une étoffe épaisse de laine bu de coton , et par-dessus cette première étoffe on tendra exactement un morceau de velours de coton blanc (2), sans apprêt et sans teinture, et qu’on aura fait bouillir pendant une (heure dans de l’eau bien propre, et parfaitement sécher.
On prendra alors la plaque à polir, on y versera quelques gouttes d’huile d’olive, et on y saupoudrera un peu de poudre de ponce ou de tripoli ; on appliquera la surface de l’argent contre le velours du disque , et on la maintiendra dans cette position au moyen d’une planchette de bois garnie d’une Icouehe de caoutchouc, qu’on pourra amollir à l’aide de la chaleur ou de quelques gouttes d’huile essentielle , pour la faire adhérer sur le cuivre de la plaque. On mettra alors le tour en mouvement, et on fera parcourir successivement à la iplaque toute la superficie du disque de velours, afin que, par l’effet de l’excentricité , les traits du poli se trouvent croisés dans tous les sens. O11 aura soin de ne pas appuyer trop fortement, dans la crainte d’amincir à l’excès la couche d’argent et de rendre le poli trop rude. En très-peu de temps la sur- | face de la plaque sera parfaitement dressée , très-unie et réj gulièrement doucie.
(1 ) Le tour horizontal employé par les opticiens est également propre à cet usage. (2) Ces étoffes seront facilement tendues sur le disque de la même manière qu’un i( bouton l’est sur son moule.
2° Décapage des plaques.
Il s’agit maintenant de débarrasser les plaques de la couchlj d’huile adhérente à leur superficie , qui ternit leur éclat, <3 qui présenterait un obstacle à l’action photogénique. On parvient facilement en les faisant bouillir pendant enviro ; une demi-heure dans une dissolution saturée de sous-carbo: nate de soude. On les en retire ensuite une à une, on lelî plonge dans l’eau bouillante, et on les essuie à mesure sur u morceau de calicot très-propre, que l’on maintient tendu su | la cuisse. Les plaques sont alors prêtes à subir le dernier po! dont nous allons nous occuper.
3° Brunissage des plaques.
On monte sur le tour en l’air un autre disque garni de ve; lours de coton parfaitement propre ; on y saupoudre une très petite quantité de rouge d’Angleterre , on y applique la suri face argentée de la plaque , et en quelques tours elle acquie" j un bruni parfait et d’un noir remarquable.
Pour terminer, il ne reste plus qu’à rétablir la directioi, transversale du poli, qui , comme on le sait , doit être perpen diculaire par rapport à l’image qu’on veut obtenir. On aura à cet effet, une polissoire eu bois ayant un manche qu’ot puisse tenir à la main, et rappelant, dans de plus grandes di mensions, la forme d’un cuir à rasoirs. Cette polissoire sert garnie d’une ou deux épaisseurs de drap, et recouverte dé velours de coton. On y saupoudrera quelques atomes de roug( d’Angleterre ; prenant alors d’une main la polissoire, et main tenant la plaque avec l’extrémité des doigts de l’autre main , on frottera vivement, mais très-légèrement, jusqu’à ce que le poli ait pris la direction voulue.
Le procédé de polissage des plaques indiqué par M. Claudel nous paraît excellent. Nous approuvons surtout ces frottements vifs et répétés, exercés sur la plaque , parce que nom les croyons de nature à y développer une sorte d’électricite qui, dans les idées de MM. Moser, Daguerre et autres personnes, doit favoriser l’action photogénique. Ces frottement.* ont, en outre, l’avantage , en échauffant la plaque, de rendre l’iodage plus prompt, plus facile et plus égal.
Toutefois, plusieurs des opérations que nous venons de décrire ne peuvent être convenablement exécutées qu’en grand et dans un atelier. Nous avons donc, pour notre usage, mo-