CHAPITRE II
DE L’iODAGE ET DES SUBSTANCES ACCÉLÉRATRICES.
ARTICLE Ier. — de l’iodage.
lodage simplifié, 27. — Diverses boîtes à iode, 28 ; — Soins à donner à la boîte, 29-30 — Epoussetage de la plaque, 31. — Manière d’ioder, 32, — De la teinte convenable,. 33. — De l’iodage fait à l’avance , 34.
27. Les plaques une fois polies , il s’agit de les revêtir de la couche sensible qui , impressionnée diversement par les intensités différentes de la lumière , reproduira l’image reçue dans la chambre noire. On y parvient au moyen de l’iodage. Cette opération , autrefois assez difficile et assez compliquée, est devenue extrêmement simple, par les perfectionnements qui ont été faits à la boîte à iode.
Les difficultés qui se présentaient pour apprécier dans l’obscurité les teintes successives de la couche d’iode, n’existent plus depuis qu’on a reconnu la possibilité d’ioder la plaque à la lumière diffuse. Il devient alors très-facile de s’arrêter à la nuance exigée pour la réussite du procédé.
Toutefois il ne faut pas oublier qd’un bon iodage est la base de toutes lesopérations subséquentes ; on doit donc y apporter tous ses soins, et prendre toutes les précautions nécessaires pour obtenir une couche d’iode homogène et répartie également sur toute la surface de la plaque ; car tel est l’iodage t, telle est la couche de substance accélératrice.
28. Nous avons dit que la boîte à iode de M. Daguerre avait subi de notables perfectionnements. On les doit surtout à MM. Séguier et de Brébisson. Les appareils imaginés par ces deux amateurs éclairés de la photographie sont maintenant
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connus et adoptés par tout le monde. Nous en donnerons donc me description très-succincte.
Dans la boîte à iode de M. Séguier, l’iode en grains est disiéminé entre deux cardes de coton recouvertes d’une plan- :hette qui s’imprègne constamment des vapeurs de l’iode et es communique à la plaque métallique lorsqu’on les place eu
I egard. Il est évident que chaque côté de la planchette est lternativement saturé d’iode, puisque chacun d'eux se trouve xposé tour à tour aux vapeurs de l’iode pendant que l’autre egarde la plaque. Dans les appareils de M. Lerebours, la planhette de bois de M. Séguier est remplacée par une feuille de arton qui produit le même effet. (PL 1 Te,fig- 7 et 20.)
Le système de M. de Brébisson diffère peu de celui de M. Séiuier ; seulement , au lieu d’iode en grains , M. de Brébisson fmploie une solution éthérée d’iode qu’il applique avec un lûnceau doux sur une feuille de papier ou de carton qu’il colle llle-même sur une feuille de verre.
- MM. Ch. Chevalier et Foucault ont combiné d’une manière heureuse les systèmes de boîte à iode de MM. Séguier et de Brébisson. Dans cette nouvelle disposition , la couche d’iode Ist collée avec de la gomme arabique surlune feuille de verre Lui forme le fond de la boîte. Les vapeurs d’iode sont reçues ur une feuille de verre revêtue de papier des deux côtés, et e là transmises à la plaque. On retourne cette planchette de erre lorsque l’iodage ne marche pas assez rapidement. On jeut encore, suivant l’indication de M. Daguerre, remplacer 3 planchette de verre par une tablette de faïence dont on a Isé l’émail , ou enfin par une planchette en plâtre.
! Quel que soit le système adopté, la boîte à iode doit toujours !tre entièrement doublée en verre.
j 29. On peut adopter avec avantage l’une ou l’autre méthode , iais dans tous les cas on aura soin, pour éviter l’évaporation fe l’iode , de tenir la boîte qui le renferme exactement fermée I vec un refouloir en verre qui comprimera le coton cardé, ou ip carton. Quoiqu’il soit avaiitageux, surtout en voyage, de Pouvoir ménager l’espace, 011 évitera, autant que possible, de jenfermer la boîte à ioder dans la chambre noire : sans cette précaution, il pourrait arriver que les parois du daguerréotype Imprégnées des émanations de l’iode exerçassent une influence |acheuse sur la plaque lors de son exposition aux rayons lumijleux. C’est ainsi que l’on a vu des daguerréotypes donner con-
stamment des résultats nuis , sans qu’on pût d’abord déterminer
la cause de cette singularité.
S’il arrivait que la chambre noire se trouvât imprégnée d’é- t rnanations iodiques , on y remédierait par une exposition prolongée à l’air et à la lumière.
3o. Avantde procéder à l’iodage,il est essentiel de prendre quelques précautions indispensables pour la réussite de cette opération. Quelque soin que l’on ait apporté à la construction de la boîte à iode, les vapeurs qui se dégagent incessamment à l’intérieur finissent par saturer ses parois, même lorsqu’elles sont garnies de verre, et il en résulte une grande tendance à ioder plus fortement les bords de la plaque. On remédie à cet inconvénient en essuyant parfaitement les bords et les parois de la boîte à iode avec un tampon de coton légèrement humecté d’hyposulfite. Nous recommandons de ne jamais omettre ce soin au commencement des opérations, surtout lorsque la boîte à iode est restée plusieurs jours inactive, parce qu’il s* ij trouve alors une plus grande quantité d’iode accumulé sur le parois. Quelquefois, malgré cette précaution, la boîte persiste encore à ioder plus fortement les bords que le centre de la plaque. Il faut alors avoir une feuille de carton de la même grandeur que la planchette saturée d’iode. On découpe le milieu de ce carton de manière à en faire une espèce de cadre ayant tout autour un bord de io à i5 millimètres (5 à 7 lignes). Ce cadre, après avoir reçu deux ou trois couches de vernis pour l’empêcher d’absorber l’iode, est placé sur la planchette iodée en même temps que l’on expose la plaque audessus de la boîte. On comprend qu’à l’aide de cet artifice, les vapeurs latérales de la boîte sont interceptées et n’arrivent plus qu’affaiblies sur les bords de la plaque, ce qui rétablit l’équilibre de l’iodage. Toutefois, si en regardant la plaque on s’apercevait que ses bords se trouvassent en retard, il faudrait se hâter d’enlever le cadre de carton et continuer l’iodage. D’autres fois, mais plus rarement, c’est le milieu de la boîte qui iode trop fortement. On pourra encore corriger ce défaut par un moyen analogue, mais en sens inverse; c’est-à-dire qu’il faudrait masquer le milieu de la planchette iodée en y plaçant momentanément un ovale de carton verni. Ces moyens, combinés et appliqués avec discernement par un opérateur intelligent, permettront d’amener à bien beaucoup d’iodages qu’il aurait fallu recommencer.
On avait conseillé, dans l’origine du daguerréotype, de chauf-
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\ fer légèrement le milieu de la plaque pour neutraliser la tenij dance de l’iode à se porter sur les bords ; mais ce procédé est loin detre aussi efficace que ceux qui viennent d’être indiqués.
31. Une autre précaution qu’il ne faut jamais négliger, c’est d’enlever avant l’iodage tous les petits corpuscules ou filaments qui peuvent rester adhérents à la surface de la plaque après le poli. On arrachera à cet effet une forte pincée de coton neuf à la carde, et on époussetera légèrement la plaqueen la tenant l’argent en dessous, jusqu’à ce quelle soit parfaitement nette ; car s’il restait à sa superficie les moindres particules de poussière, elles s’opposeraient à l’absorption de l’iode dans les
■ points quelles occupent, et la plaque, demeurée inerte en ces ; endroits, conserverait son poli qui se traduirait, lors de l’exposition à la lumière, par des points noirs indélébiles. S’il arrivait, lorsqu’on examine la plaque pour constater les progrès de S l’iodage, qu’on aperçût encore quelques corpuscules à la superficie, il ne faudrait pas craindre de les enlever sur-le-champ par un nouvel époussetage avec un pinceau de coton. On peut encore faire disparaître toute espèce de poussière en agitant j vivement la plaque en l’air, l’argent en dessous. Au surplus, on pourra toujours, sans aucun inconvénient, épousseter très-légèrement la plaque avec du coton, toutes les fois quelle en aura besoin, pendant l’iodage et même pendant son exposition aux j substances accélératrices. Il ne faut pas croire, en effet, suivant une erreur encore très-répandue parmi les personnespeu j instruites, que l’iodage existe en couche superposée à la surface de l’argent ; il se forme au contraire à la superficie de la plaque ' une véritable combinaison de l’iode avec l’argent, un iodure I d’argent , qui peut très-bien supporter sans altération un léger j frottement, et qui n’est détruit que par un poli énergique. Ce ! fait devient d’une évidence manifeste par la . difficulté qu’on éprouve à enlever la couche sensible sur une plaque déjà impressionnée.
32. Passons maintenant à la manière d’ioder. Après avoir fixé la plaque sur sa planchette et l’avoir bien époussetée, ainsi que nous venons de le dire , on placera cette planchette sur
I la boîte à iode , de manière à ce qu’elle la recouvre le plus herj métiquement possible ; car, si par quelqu’ouverture le moindre courant d’air pouvait pénétrer dans la boîte, il en résulterait I nécessairement un iodage inégal. On retournera souvent la j plaque bout pour bout, afin d’égaliser autant que possible l’é- Galvanoplastie. 36
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mission des vapeurs d’iode; on regardera aussi de temps eii temps la plaque en interposant entre elle et la lumière une feuille de papier blanc, pour constater, par les diverses nuances quelle prendra, les progrès de l’iodage et surtout sa régularité. Nous avons indiqué, N° 3o, les précautions à prendre pour égaliser Ja couche d’iode, il est inutile de revenir sur ce point.
33. Au bout de quelques instants l’argent prendra une légère teinte jaune-paille, à laquelle succède le jaune citron, puis le jauue d’or, le jaune orangé, le jaune mêlé de rose, le rose tendre, le rose velouté, le rose rouge, le rose pourpre, le rose violâtre, la nuance gorge de pigeon, le bleu, le bleu foncé, enfin le vert foncé.
Mais à laquelle de ces nuances faut-il s’arrêter? C’est une question sur laquelle les avis sont bien partagés, les uns se prononcent pour les iodages pâles, les autres pour les teintes foncées. Toutefois on ne discute ici que faute de s’entendre, et il y aurait un moyen facile de mettre toutle monde d'accord, puisqu’en effet il n’est pas une seule des nuances indiquées plus haut qui ne doive être tour à tour préférée, suivant la nature de la substance accélératrice qui doit être appliquée après l’iodage. C’est donc en parlant des substances accélératrices que nous spécifierons la nuance d’iodage qui convient à chacune d’elles. Toutefois nous devons dès à présent poser comme un principe constant en photographie, que les plus belles épreuves sont toujours obtenues sur des plaques qui portent une couche sensible plus épaisse et par conséquent plus foncée en couleur. La raison en est facile à concevoir: une image daguerrienne n’est pas autre chose que le résultat de l’altération , à différents degrés de profondeur, de la couche impressionnable à la lumière; or, si cette couche est infiniment mince, ou n’obtiendra évidemment que les teintes extrêmes, et la vigueur du tableau ira souvent jusqu’à la sécheresse (1); mais, si, au contraire, on opère sur une couche d’une richesse suffisante, il y aura place sur l’image pour toutes les dégradations déteintes, les contours seront adoucis, les nuances admirablement fondues, le modelé irréprochable; en un mot, l’image présentera un ensemble harmonieux , bien préférable à ces oppositions heurtées, si fatigantes pour les yeux, surtout dans les portraits photographiques.
(i) On s’exposera en outre à solariser les épreuves; car, plus la couche impressionnable est uiince, plus vite elle est traversée par la lumière; or, ou sait que la solarisation arrive lorsque l'action lumineuse, ne trouvant pas à pénétrer plus avant, s'étend iatéralomeet et confond tous tes traits dans une même teinte.
DES SUBSTANCES ACCELERATRICES. 4*3
34. Il est aujourd’hui démontré qu’une plaque iodée plusieurs heures et même un jour à l’avance , et tenue avec soin à l’abri delà lumière, est tout aussi sensible à l’action photogénique que celle quia reçu l’iodage quelques minutes avant d'opérer. IL en serait encore de même d’une plaque qui, après l’iodage, aurait été soumise à l’action des substances accélératrices, elle pourrait également être employée plusieurs heures après sa préparation , sans avoir rien perdu de sa sensibilité. Sans doute cette propriété pourra être mise à profit toutes les fois qu’allant travailler dans la campagne , on sera bien aise d’emporter avec soi des plaques toutes préparées. Mais dans l’usage ordinaire, il y aura toujours un grand inconvénient à préparer les plaques à l’avance, car on a beau les soustraire à l’influence de la lumière, on a beau les serrer dans des boîtes pour les mettre à l’abri de la poussière, elles se recouvrent en peu de temps d’une infinité de taches auxquelles il est difficile d’assigner une cause , mais qui déshonorent les plus belles épreuves.