‹ Nouveau manuel complet de galvanoplastie, ou, Éléments d'électro-métallurgie, contenant l'art de travailler les métaux a l'aide du fluide galvanique, pour dorer, argenter, platiner, cuivrer, etc., etcChapitre 113 sur 171 · ARTICLE II. — DES SUBSTANCES ACCÉLÉRATRICES · texte numérisé non relu

ARTICLE II. — DES SUBSTANCES ACCÉLÉRATRICES

Importance des substances accélératrices, 35 ; — Difficultés qui résultent de leur emploi, 36 ; — Inconvénients de leur multiplicité, 37-38 ; — Nécessité de les préparer soimême, 39; — Précautions hygiéniques à prendre, 40; — • Principes généraux pour l'application de ces substances, 41.

35. Nous voici arrivé à la partie la plus importante de ce travail , car la découverte des substances accélératrices a donné une impulsion décisive à la photographie en doublant les ressources de l’appareil de M. Daguerre. Les plaques sont aujourd’hui douées de la sensibilité la plus exquise; on peut donc opérer par tous les temps, et la durée de l’exposition dans la chambre noire ne se calcule plus que par secondes. Enfin , c’est aux substances accélératrices qu’on doit la possibilité de faire les portraits.

36. Toutefois, il faut le dire, l’extrême rapidité qu’on obtient à l’aide des substances accélératrices est venue apporter de nouvelles complications et de nouvelles difficultés au procédé déjà si délicat de M. Daguerre, et l’on peut dire que sur 3o épreuves manquées, il y en a au moins 2 5 où il faut s’en prendre à la substance accélératrice ; car, on comprend facilement que l’exposition de la lumière étant abrégée de 3o à 4° fois le temps ordinaire, les erreurs dans la durée de cette ex*

position deviennent et plus faciles, et plus fréquentes , et plus désastreuses.

Mais ce n’est pas encore là l’écueil le plus dangereux , il faut ! y ajouter la difficulté de préparation des substances accélératrices, et la difficulté, plus grande encore, de les appliquer j sur Ta plaque en quantité convenable et dans de justes proportions avec l’iodage préalable. Ce sont là des obstacles sérieux qu’on ne peut vaincre qu’à l’aide d’une volonté ferme et d’un travail persévérant. Ces obstacles, surmontés sans cesse et sans cesse renaissants , seraient de nature à décourager les adeptes les plus fervents , si la photographie n’était pas un art des plus attachants , peut-être par les difficultés mêmes qu’il présente, et si les admirables résultats auxquels tout le monde finit par arriver ne faisaient pas oublier promptement les ennuis et les contrariétés de l’insuccès. Il n’est personne, en effet, qui n’ait éprouvé ces alternatives de découragement, et ces recrudescences de zèle qui semblent ajouter un nouveau charme aux incertitudes des opérations photographiques. Si le succès étaiv i toujours certain et déterminé à l’avance, le daguerréotype, descendu à l’état de machine inintelligente, tomberait bientôt dans l’oubli; mais ici la réussite est toujours problématique , même entre les mains des plus habiles, et il en résulte pour chacun le même intérêt, le même attrait qu’excite la solution d’un problème algébrique.

3y. Une des choses qui a peut-être le plus contribué à décourager les amateurs de photographie, à jeter la perturbation et l’incertitude dans leurs idées, et à retarder les progrès de l’art lui-même , c’est l’immense variété des combinaisons accélératrices qui ont été tour à tour proposées, adoptées avec enthousiasme, puis remplacées par d’autres plus nouvelles. A peine avait-on eu le temps de se familiariser avec une de ces substances, que l’apparition d’un nouveau composé venait détruire tout le fruit d’un long travail, en soumettant l’élève à de nouveaux essais. Que de controverses n’a-t-on pas soutenues pour la défense de telle ou telle de ces substances! Combien de lances chaque inventeur ne s’est-il pas cru obligé de rompre en faveur de son procédé ! Les uns, dans le seul intérêt du progrès de l’art , et n’ayant en vue que la gloire d’attacher leur nom à une découverte, ont publié de bonne foi les formules qui leur paraissaient donner les plus beaux résultats. D’autres , plus avides d’argent que de renommée , se sont mis à prôner et à exploiter, aux dépens du public, de mystérieuses

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j recettes, de prétendues liqueurs photogéniques, de soi-disant I merveilleuses \sauces (i) vendues par eux au poids de l’or, et I auxquelles ils attribuaient des résultats fabuleuxqui cessaient de se reproduire entre les mains de l’acheteur moins expérimenté. Et si , par hasard , la merveilleuse liqueur produisait pendant quelques jours de bonnes épreuves, il survenait bientôt une série d’insuccès qui forçait l’acheteur trop confiant de recourir de nouveau à l’officine du vendeur. Nous ne prétendons pas il dire, néanmoins, que ces liqueurs , dont on a si scandaleusement trafiqué, soient toutes essentiellement mauvaises; mais (les présenter comme supérieures à toutes celles dont la for- Imule est connue, affecter un secret qui n’existe pas dans leur préparation , et profiter de la crédulité du public pour les lui | vendre dix fois leur valeur, voilà le charlatanisme, voilà la f déception !

I 38. Les amateurs de photographie ont été trop longtemps jj tributaires de ces spéculations éhontées. Il faut enfin qu’on le ( sache, presque toutes les substances accélératrices, convenait, b lement préparées et employées à propos , donnent des résultats là peu près égaux ; et nous avons vu de très-belles épreuves pro- 1 duites et par le chlore, et par le brome, soit isolément (2), soit | combinés entre eux et avec l’iode, tant à l’état de dilution que sous la forme de vapeur. La seule différence bien appréciable qui existe entre les diverses substances, ne consiste que dans le plus ou moins de facilité de leur préparation ou de leur emploi, i et surtout dans la promptitude, plus ou moins grande, dont elles sont douées. On peut donc, en toute sécurité, sous les autres rapports, professer un indifférentisme à peu près absolu (entre ces différentes substances. C’est en partant de ce principe , que nous nous croyons obligé d'indiquer avec soin la jjpréparation de toutes les combinaisons que nous avons expérimentées par nous-mêine, et d’indiquer minutieusement la ;!manièrede les employer.

39. Les deux seuls corps qui , jusqu’ici, aient été reconnus propres à stimuler la lenteur de l’iode, sont: le chlore et le

I brome. Ils ne sont point photogéniques par eux-mêmes, c’est-àdire, qu’employés seuls , ils ne formeraient point avec l’argent ■une combinaison capable de recevoir l’impression lumineuse,

!j (1) En quelles mains le daguerréotype est-il donc tombé, pour qu’on en soit venu A jtemployer un pareil argot ? A-t-on dont oublié que cette admirable découverte, fille de la chimie et de l'optique, ne doit emprunter ses termes qu’à la nomenclature scientifique y 1 (2) Mais toujours après un iodage préalable.

Mais si on s’en sert après avoir déjà formé sur la plaque une couche d’iodure d’argent , cette dernière acquiert aussitôt une i sensibilité exquise. On a donc appelé substances accélératrices, ! tous les composés de chlore et de brome avec l’iode ; et comme ces trois substances peuvent être mélangées dans une foule de conditions ou de combinaisons différentes, il en est résulté un grand nombre de substances accélératrices qui ont reçu diverses dénominations , et dont nous traiterons successivement.

Mais nous devons auparavant insister d’une manière toute particulière sur un point qui nous paraît de la plus haute importance. La plupart des amateurs se contentent d’acheter leurs substances accélératrices toutes préparées, soit au moyen de formules connues, soit par voie empirique. Cependant il est tout-à-fait indispensable , pour plus d’une raison , que chacun sache préparer lui-même les combinaisons qu’il emploie, et et i n’est qu’à cette condition qu’on peut espérer de triompher entiè-i rement des difficultés que présente la photographie. On sa' que tous les composés de brome, de chlore et d’iode , sont de leur nature peu stables , c’est-à-dire que leur composition se! modifie spontanément, de sorte qu’en peu de temps et dans les mêmes conditions , ils cessent de produire les effets qu’on devait en attendre. Comment pourra-t-on alors rétablir ces composés dans leur état primitif, si, par une étude attentive, on n’est pas arrivé à reconnaître, de prime abord, la nature des modifications qu’ils éprouvent? Souvent, alors, on ne fera qu’augmenter le mal au lieu d’y remédier. Il faudra donc recourir de nouveau au préparateur qui aura fourni cette substance. Mais qui pourra alors garantir que cette nouvelle substance jouira des mêmes propriétés que la première ? N’aurat-ou pas lieu de craindre que, par une préparation anticipée, et par un séjour prolongé en magasin, elle n’ait déjà perdu ses propriétés primitives? Si l’on ajoute à ces inconvénients les difficultés que l’on éprouve à se procurer les substances accélératrices dans un rayon un peu éloigné de Paris, ^t les altérations que ces substances éprouvent nécessairement en voyage, on sera de plus en plus convaincu de la nécessité deii les préparer soi-même, et, avec un peu d’attention et de persévérance , on y parviendra facilement. Enfin , il est de la plus grande utilité pour l’expérimentateur de se familiariser, dès le début, avec l’emploi de toutes les substances accélératrices. Car, si, entraîné par la routine ou par le préjugé, il adoptait une seule de ces substances, à l’exclusion des autres,

DES SUBSTANCES ACCELERATRICES.

il lui deviendrait ensuite très-difficile de se mettre au courant des progrès ultérieurs qui viendront enrichir la photographie. Or, pour employer tour à tour les diverses substances, il faut savoir les manipuler soi-même.

40. Il est de notre devoir de prévenir nos lecteurs que la préparation des substances accélératrices doit être accompagnée de certaines précautions, si l’on veut éviter les dangers

j que pourrait occasioner la manipulation imprudente des | agents chimiques qui les composent. Le chlore et le brome sont de violents corrosifs , il faut donc bien prendre garde d’en répandre sur ses mains, sur ses vêtements, et surtout d’en faire I rejaillir dans les yeux. Si ces accidents arrivaient, il faudrait i laver à l’instant la partie atteinte avec une solution d’hyposulfite de soude que l’on aura toujours à sa portée.

En outre, ces deux corps extrêmement volatils, répandent I des émanations fétides et délétères que l’on doit éviter de resi pirer trop longtemps ; c’est pour cela qu’il sera toujours pré- L férable d’opérer les mélanges à l’air libre, i Mais ce qu’on doit éviter par-dessus tout, c’est un séjour prolongé dans une atmosphère imprégnée des vapeurs conti- 6 nues et presqu’insensibles de brome et d’iode. Telle serait une | chambre dans laquelle il existerait, à demeure, des flacons : remplis de solutions de ces substances. Les vapeurs incessantes j qui se dégagent, malgré lafermeture hermétique des bouchons I ajustés à l’émeri , paraissent innocentes, parce qu’elles sont à ï peine appréciables à l’odorat , mais il n’en est pas moins vrai i qu’elles occasionnent des accidents graves lorsqu’elles sont J passées , en quelque sorte , dans l’économie par une absorption { lente et prolongée. .4 l’appui de cette recommandation , nous pouvons malheureusement citer notre propre exemple; car,

| ayant eu l’imprudence de coucher pendant trois semaines j dans une pièce où séjournaient de nombreux flacons de substances accélératrices, nous avons éprouvé de violents accidents nerveux , suivis d’une névrose qui n’a pas encore cédé à un traitement de plus d’un an.

41. Chacune des substances accélératrices exige, pour son emploi, des soins particuliers que nous indiquerons en leur lieu. Mais toutes les substances sont soumises à des principes généraux que nous allons exposer en peu de mots , afin qu’on les ait toujours présents à l’esprit.

i° L’uniformité de la couche sensible est toujours une con¬

séquence de celle de l’iodage.

2° La quantité de substance accélératrice doit être propor* 1 tionnéeà l’intensité de l’iodage préalable. En-deçà et au-delà d’une juste mesure , on n’obtient rien de bon.

3° Par réciproque, l’iodage doit toujours être réglé sur la ; proportion de chlore ou de brome contenue dans la liqueur >1 accélératrice.

4° Plus la plaque est sensible , plus il est facile de se tromper sur la durée de l’exposition à la lumière. Voir le N° 36.

5° Plus la couche sensible est épaisse, plus l’épreuve offrira de douceur et de modelé.

SECTION lre. — DU CHLORE ET DE SES COMBINAISONS.

Son emploi en photographie, 42.

42. Le chlore est la première substance qu’on ait songé à employer, sans doute à cause des nombreux rapports chimiques qui existent entre lui et l’iode. Toutefois , on s’est rarement servi de cette substance à l’état gazeux, mais, en revanche, on 1 l’a souvent combinée avec l’iode ou avec d’autres corps , et , aujourd’hui même , que l’on a reconnu dans le brome une plus grande énergie d’action photogénique, le chlore a été admis avec avantage' dans plusieurs combinaisons de brome et d’iode.

§ Ier. DU CHLORURE DIODE.

Sa découverte, 43 ; — Sa préparation , 44 ; — Son emploi , 45 ; — Ses avantages et ses inconvénients, 46.

43. C’est à M. Claudet, français, domicilié à Londres, et l’un des cessionnaires, en Angleterre, du brevet de M. Daguerre, qu’on doit la découverte du chlorure d’iode ,1a première en date de toutes les substances accélératrices qu’on ait employées en photographie. La France peut donc encore revendiquer pour un de ses enfants la priorité de ce remarquable perfectionnement qui semble avoir ouvert la voie à tous les autres. Nous insisterons d’autant plus sur les droits de M. Claudet, qu’on n’a pas craint de les lui contester récemment, dans un article d’un journal allemand, signé du Dr Reindl (1).

44- Quoique la préparation du chlorure d’iode soit difficile et dangereuse, et doive être confiée à un chimiste, nous l’indi-

( 1 ) On peut voir la réfutation de cet article dans les Mélanges photographiques de M. Ch. Chevalier (Paris, 1844). Au reste, rien 11e doit plus surprendre de la part de certains Allemands; et il est tout naturel qu’après avoir cherché à confisquer, au profit de MM. Woitglander, Petzval, Ettinghausen et autres, l’invention toute française du double objectif achromatique, ils aient aussi essayé d’attribuer à MM. Kratschville et Natzerer la découverte de M. Claudet,

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