SECTION II. — DU BROME ET DE SES COMBINAISONS
Application de cette substance à la photographie, 52.
52. Il résulte d’une communication faite à l’Académie des Sciences par M. Fizeau, le 2 1 juin 1841, que, dès cette époque, de nombreux essais avaient été tentés en Angleterre, pour appliquer le brome à activer la sensibilité des plaques daguerriennes ; un peu plus tard , le 1 8 octobre de la même année, M. T. Gaudin présenta à ce corps savant de fort belles épreuves obtenues très-rapidement à l’aide d’un bromure d’iode qu’il avait préparé. Enfin, dans la brochure publiée parM. Ch. Chevalier, en novembre 1841, on trouve un article de M. Léon Foucault , contenant les premiers renseignements qui aient été donnés sur l’emploi de l 'eau brômée, nouvelle préparation dont la decouverte était due à M. Fizeau. Depuis cette époque , le brome, àcause de ses qualités éminemment photogéniques , a formé la base de toutes les préparations accélératrices , et on
j l’a même fait entrer dans celles qui renferment déjà du chlore, comme nous l’avons vu Nos 49 à 52. Les composés de brome méritent donc un examen attentif auquel nous al- [lons procéder.
§ V. DE l’eau BRÔMÉE.
Ses avantages; — Difficultés de son emploi, 53 ; — Diverses méthodes, 54; — Préparation d’après M. Fizeau, 55; — Id. d’après M. Foucault, 56; — Manière d’em- | ployer l’eau brômée; — Cuvette à brome , 57 ; — Procédé de M. Middletton , 58 ; S — De la proportion du brome, du maximum de sensibilité, et du voile de brome, 59.
53. L’eau brômée est sans contredit la substance accélératrice la plus simple , et la plus prompte qu’on ait encore employée en photographie , et je n’en excepte même pas les ïîiouveaux composés qui ont été proposés récemment ? et dont
on se sert sous la forme de vapeurs. C’est à M. Fizeau que l’on doit cette précieuse découverte qui fut accueillie à son origine avec un véritable succès d’enthousiasme. C’est aussi à partir de cette époque que l’on vit apparaître ces magnifiques épreuves si supérieures à toutes celles qu’on avait faites jusqu’alors, et qui ne le cèdent en rien à tout ce qu’on a fait depuis. Pour justifier cette assertion , il nous suffira de citer les admirables résultats obtenus alors par M. Foucault et par M. Lerebours. Bientôt l’eau brômée compta un grand nombre de partisans, et elle aurait fini par détrôner toutes les autres substances accélératrices, si, à côté de ses avantages incontestables, elle! ne présentait des difficultés capables de rebuter les adeptes les plus fervents de la photographie.
Disons-le donc avec franchise, quelque parfaites que soient les méthodes proposées par MM. Fizeau et Foucault , quelques soins minutieux quël’on prenne pour l’emploi de l’eau brômée, t cette substance demeure sujette à un grand nombre de décep i tions, dont il est plus facile d’indiquer la cause que de trouver le remède.
Et d’abord, comment réussir à préparer en tout temps et en tous lieux une solution d’eau brômée, d’un titre toujours identique et déterminé? La nature si différente de l’eau , suivant les localités ou les sources diverses où elle est puisée, la rend propre à absorber une plus ou moins grande quantité de brome, en sorte qu’on n’est jamais certain d’arriver à uni dosage d’une précision rigoureuse (i). Mais en supposant qu’on soit parvenu à remplir cette condition si difficile, la provision! d’eau brômée qu’on aura préparée pourra-t-elle se maintenir, jusqu’à son entier épuisement, au même degré qu’elle avait! dans l’origine? L’extrême volatilité du brome et l’obligation on l’on est d’ouvrir le flacon à chaque fois que l’on veut en extraire l’eau brômée, tendront nécessairement à appauvrir celle-ci, et les dernières doses seront loin d’avoir la même force que les premières. Sans aucun doute, l’ingénieux moyen proposé par M. Middletton pourra remédier, jusqu’à un certain point, à cet inconvénient , mais il ne le détruira pas complète^ ment ( voyez IN0 58).
Une autre difficulté qui résulte de l’emploi de l’eau brômée, consiste dans l’impossibilité de constater, par l’examen de la
(i) Il est bien vrai que M. Fizeau conseille l’addition de quelques gouttes d’acide pour neutraliseï l’influence des sels calcaires ordinairement contenus dans les eaux courantes. Mais pour rendre ce moyen suffisant, il faudrait pouvoir préciser avec exactitude la quantité d'acide nécessaire.
couleur de la plaque, si elle a absorbé la quantité de brome nécessaire, car la sensibilité communiquée à l’iodure d’argent par le brome est telle, que l’influence même d’un demi-jour modifierait ses conditions , et produirait infailliblement une épreuve voilée. Mais en admettant, comme l’ont fait à tort MM. Montmirel et Queslin (i),que l’on pût, sans inconvénient, examiner la couleur de la plaque, la teinte de l’iodage modifiée par l’évaporation du brome , serait encore un guide bien trompeur ; car, d’une part, la couleur de l’iodage change fort peu sous l’influence du brome, et, d’un autre côté, comme il est nécessaire de brômer la plaque en proportion de la quantité d’iode qu’elle a absorbée préalablement ; comme on n’est pas sûr de s’arrêter toujours à la même teinte d’iodage, il faudrait se mettre dans la tête une foule de nuances , dont la différence deviendrait inappréciable à l’œil le plus exercé.
Il existe une troisième cause d’incertitude dans l’emploi de l’eau brômée , et quoiqu’on l’ait regardée jusqu’ici comme d’une importance secondaire (2), nous pensons quelle exerce une grande influence sur la réussite du procédé : nous voulons parler de la température atmosphérique. Tout le monde a pu remar quer, en effet, que suivant les différentes saisons de l’année, et suivant l’exposition de l’endroit où l’on opère, une dissolution de brome dosée avec soin au même titre, se comporte d’une manière toute différente ; en sorte que tel jour une plaque sera convenablement brômée en 3o secondes, etquele lendemain il sera quelquefois nécessaire de prolonger l’opération pendant i 40 et 5o secondes. Et ce n’est pas seulement sous le rapport de la promptitude que l'action de l’eau brômée se trouve modifiée j par la température , c’est encore relativement à son mode d’é- | vaporation. Dans les saisons froides, et, en général, toutes les fois que le thermomètre ne s’élève pas au-delà de o -j- io°, les | vapeurs du brome se dégagent avec lenteur et uniformité et se répartissent également sur la surface delà plaque; dans les grandes chaleurs, au contraire, l’évaporation devient inégale, ! irrégulière; et, malgré l’uniformité de la couche d’iode, la plaque 1 se recouvre çà et là de nuages ou buées qui empêchent la i réussite des épreuves. Il fallait donc modifier la force de l’eau j brômée et la durée de l’évaporation, en tenant un compte [j exact des différences de température, et c’était chaque jour de
f (1) Ces Messieurs ont proposé chacun une méthode d’application de l’eau brômée en |i se guidant sur la couleur de la plaque ; mais ces méthodes n’ont jamais fourni que des IJ résultats problématiques et soumis à toutes les chances du hasard,
|j (2) Voir le Mémoire jie M. Fizeau , note 4.
nouveaux] tâtonnements et de nouvelles expériences pour retrouver le point précis où l’eau brômée donne à la couche d’iode le maximum de sensibilité.
M. le lieutenant Bequet, vivement préoccupé de cette cause ; d’incertitude et d’insuccès, s’est livré à des recherches qui l’ont conduit àla découverte d’un appareil destiné à y apporter remède. Cet ingénieux appareil sera décrit à la fin du présent i chapitre . N° y3.
Nous avons présenté dans toute leur force les objections que l’on peut faire contre l’emploi de l’eau brômée; qu’on n’aille pas en conclure que nous proscrivons l’usage de cette substance; nous la recommandons au contraire avec instance à tous ceux qui veulent faire de véritables progrès dans l’étude de la photographie, car une fois qu’on aura triomphé des difficultés que présente son emploi, on sera amplement dédommagé de ses peines, on pourra mettre à profit ses qualités éminemment photogéniques , et l’étude des autres substances accélératrices ne sera plus qu’un jeu.
54. Les deux seules méthodes praticables qui aient été : indiquées pour l’emploi de l’eau brômée , sont celles de MM. Fizeau et Foucault. Au reste elles ne différent entre elles que quant au mode de préparation de la solution de brome. Nous les examinerons d’abord séparémentsous ce rapport ;nous présenterons ensuite quelques observations relatives à la manière d’opérer , et qui peuvent être regardées comme communes aux deux procédés.
Méthode de M. Fizeau.
55. La méthode de M. Fizeau est fondée sur les principes suivants :
i° Faire une dissolution «attirée de brome dans l’eau distillée.
a0 Prendre un volume fixe et déterminé de cette dissolution et l’étendre dans un volume constant d’eau de rivière (1).
3° Prendre de cette dernière solution une quantité constante et suffisante pour recouvrir de 6 à 8 millimètres (3 à 4 lignes) le fond de la capsule à brome.
4° Exposer la plaque convenablement iodée aux émanations
(1) M. Fizeau conseille de mêler une partie en volume d'eau saturée de brome dans trente Ibis son volume d’eau de rivière; mais cette proportion est beaucoup trop forte, et on réussit beaucoup miens en employant l’eau brômée dosée au cinquantième et même au soixantième.
DE LEAU BROMEE. 439
de l’eau brômée, pendant un espace de temps qui ne peut être déterminé que par l’expérience.
5° Renouveler la dose d’eau brômée à chaque épreuve.
Ainsi qu’on le voit, M. Fizeau prend pour point de départ l’eau distillée saturée de brome. On la prépare facilement en versant dans un flacon contenant de l’eau distillée, une quantité de brome suffisante pour qu’au bout de 24 heures il reste au fond de ce flacon un grand excès de brome non dissous.
Ces moyens seraient, sans aucun doute, suffisants pour satisfaire à toutes les exigences du procédé, si l’on pouvait considérer l’eau brômée saturée comme un type constant et invariable. Mais , outre que le brome se combine à l’eau en proportions différentes, suivant le degré de pureté de celle-ci, la présence d’un excès de brome en contact avec l’eau finit par déterminer la formation d’un acide brômhydrique, qui change la nature de la liqueur normale. Si donc le point de départ est variable, les dissolutions étendues le seront également, ainsi que l’a judicieusement fait observer M. Foucault. Mille autres causes purement mécaniques peuvent modifier les conditions de l’eau brômée saturée: si, parexemple, elle est tout récemment préparée, si on l’a fortement agitée, ou si elle a été transportée en voyage, elle contient nécessairement en suspension des particules de brome non dissoutes, et si on s’en servait alors pour préparer une solution étendue, cette dernière se trouverait à un titre plus élevé que de coutume, et il faudrait se livrer à de nouveaux essais pour déterminer le temps d’exposition de la plaque à l’évaporation du brome.
Les mêmes causes d’incertitude se reproduiraient, si l’on employait tour-à-tour, pour étendre la solution saturée, des eaux puisées à différentes sources. Enfin , pendant le temps qui s’écoulait depuis le moment où l’eau brômée était versée dans la cuvette , jusqu’à celui où l’on replaçait le couvercle sur cette cuvette, il s’opérait une évaporation de brome dont rien ne pouvait faire apprécier exactement la quantité.
Sous ces divers points de vue, la méthode de préparation de l’eau brômée, indiquée par M. Fizeau, laissait beaucoup à désirer. Nous allons voir maintenant comment M. Foucault est parvenu à remédier à la plupart de ces inconvénients.
Méthode de M. Foucault .
56. M. Foucault s’est proposé le même but que M. Fizeau ; mais, pour y parvenir, il prépare la solution d’eau brômée d’une manière toute différente. Voici sa manière d’opérer;
On verse dans un grand flacon un litre d’eau de rivière, on aspire ensuite, avec une petite seringue de verre graduée à cet effet , 5 décigrammes (9 grains) de brome pur que l’on mêle à l’eau du flacon (1) ; on agite vivement, et au bout d’un quartd’heure la solution de brome qui en résulte, peut être employée.
En procédant de cette manière , on n’a plus à craindre les variations si fréquentes de l’eau brômée saturée.
Manière d'employer l'eau brômée. — Cuvettes à brômer. — Procédé de M. Middletton.
57. La solution d’eau brômée étant préparée par l’une des méthodes indiquées ci-dessus (55,5 6), on iode la plaque en se conformant à ce qui a été dit au chapitre de 1 ’lodage, Nos 27 à 34. La nuance d’iodage, qui, après bien des essais, nous a paru la plus convenable, est celle qu’on appelle rose vif ou velouté (N° 33). Cette teinte, indiquée en premier lieu par MM. de Brébisson et Buron, ralentit un peu la production de l’image, mais elle est infiniment préférable à la teinte jaune d’or, qui a le défaut de solariser les blancs, et de donner des épreuves où les oppositions sont trop tranchées.
Ces dispositions prises , on enlève le couvercle de la cuvette à brome qui a été d’abord placée bien de niveau (2) ; on remplit la mesure d’eau brômée , et on la renverse rapidement dans la cuvette, sur laquelle on replace v ivement le couvercle. La capacité de la mesure doit être calculée proportionnellement à la grandeur de la cuvette , et de manière à ce que le fond soit entièrement recouvert d’eau brômée, à une épaisseur de 6 à 8 millimètres (3 à 4 lignes). On laisse ensuite écouler 3o secondes pour donner aux vapeurs du brômé le temps de se développer et de remplir l’espace vide de la cuvette ; on enlève alors le couvercle d’un mouvement prompt, et on le remplace aussitôt par la planchette qui porte la plaque iodée. On compte un certain nombre de secondes, qui ne peut être déterminé d’une manière rigoureuse, parce qu’il faut avoir égard au titre de l’eau brômée, à la capacité de la cuvette, au plus ou
(1) Il faut bien se garder d'aspirer le brome avec une pipette, ainsi que l'a recommandé M. Foucault, car si uue aspiration trop forte déterminait l’ascension d’une seule goutte de brome dans la bouche , il pourrait en résulter les accidents les plus graves ; la vapeur seule du brome introduite dans les poumons exercerait sur l’économie une influence délétère.
(2) M. Lerebours a eu le premier l’idée de faire construire des cuvettes plates qui sont extrêmement commodes, surtout pour les substances autres que l’eau brômée, fia. 22 et 23, Pl.I.
DE LEAU BRÔMÈE. 44 1
moins d’intensité de l’iodage préalable, et surtout à la température atmosphérique. Au reste, ce temps d’évaporation peut être limité entre 20 secondes et une minute , et quelques expériences d’essai l’auront bientôt fixé une fois pour toutes. Ce temps écoulé , on ôte la plaque que l’on renferme avec soin dans son châssis, et on jette la dose d’eau brômée, qui devra être remplacée lors d’une nouvelle opération.
Pour compter les secondes, nous employons soit un pendule composé d’une balle de plomb attachée à un fil de 1 mètre (3 pieds) de longueur, soit une horloge dite coucou , à laquelle nous ajustons un balancier de la même longueur. On pourrait encore se servir d’un métronome , d’une montre à secondes , ou d’un de ces compteurs construits tout exprès pour l’usage du daguerréotype.
On comprend facilement que pendant le temps nécessaire pour ôter le couvercle et placer la planchette sur la cuvette , une portion indéterminée delà vapeur de brome amassée dans la cuvette, s’échappe et devient inutile à l’opération. Cette déperdition irrégulière de brome méritait d’être prise en considération; M. Foucault est parvenu à écarter cette. cause d’incertitude en construisant la boîte à brome que nous allons décrire. Cet appareil , aussi simple qu’ingénieux, est applicable non-seulement à l’eau brômée, mais encore à toutes les autres substances accélératrices; il est surtout indispensable lorsqu’on emploie le brômoforme et les autres vapeurs dont nous traiterons ci-après (section III).
B [fig. 25, PL I) est une boîte de bois dont le fond est garni d’une cuvette de porcelaine ; uu plateau de glace bien dressé ( D ) glisse sur les bords rodés de la cuvette et la ferme hermétiquement. Trois vis calantes, dont deux sont apparentes en c c, servent à mettre la boîte dans une position parfaitement horizontale, à l’aide d’un niveau à bulle d’air qu’on place d’abord dans un sens , puis dans l’autre, sur la glace qui recouvre la cuvette, en faisant jouer les vis calantes suivant les indications données par le niveau. Sur un des côtés delà boîte , est un tube recourbé T , qui communique avec l’intérieur de la cuvette de porcelaine , et sert à introduire l’eau brômée dans cette cuvette, à l’aide del’entonnoir e,fig. 26, PLI, sans être obligé d’ouvrir le couvercle. Le flacon mesure a , fig. 26, contient juste la quantité d’eau brômée nécessaire pour une épreuve, suivant la capacité delà cuvette. Enfin, sur un des bouts de la boîte, il existe un petit orifice extérieur, com-»
muniquant avec le fond de la cuvette, et qui sert à faire cou» 1er l’eau brôméeavant derecommencer une nouvelle opération; ou à introduire la vapeur dans la cuvette, lorsqu’on emploie les substances accélératrices sous cette dernière forme.
La simple description de la boîte à brome de M. Foucault indique assez la manière d’en faire usage. On voit, qu’après avoir iodé la plaque et posé la cuvette bien de niveau, on place au-dessus de cette cuvette la planchette qui porte la plaque. On verse aloi's l’eau brômée par le tube T , et on laisse écouler 3o secondes. Au bout de ce temps, on ouvre la glace qui sert de couvercle , et lorsqu’on juge le temps de l’évaporation suffisant, on repousse la glace, et la plaque est prête à recevoir l’impression lumineuse ( voir le N° 5g).
58. L’emploi de l’appareil de M. Foucault ne suffisait pas pour remédier à une des causes d’incertitude que nous avons signalées N* 53. Lorsqu’on a puisé plusieurs doses d’eau brômée dans le flacon qui renferme la provision, les vapeurs du brome se développent dans l’espace vide de ce flacon, et chaque fois que l’on prend une nouvelle dose, elles se dissipent dans l’air, en sorte que la solution de brome va s’affaiblissant de plus en plus. L’ingénieux expédient imaginé par M. Middletton fait disparaître cet inconvénient. Aussitôt que la solution de brome est préparée , on la répartit dans un certain nombre de petits flacons, ayant tous la même capacité, et contenant la quantité juste d’eau brômée nécessaire pour une expérience. Il faut avoir soin de remplir ces flacons jusqu’à l’orifice , de manière à ce que le liquide déborde quand on les bouche. Il ne reste ainsi aucun espace vide dans le flacon , qui se trouve fermé hermétiquement.
5g. Nous avons déjà dit, N° 53 , que la proportion de brome doit être en rapport exact avec la quantité d’iode absorbé d’abord par la plaque ; nous ne saurions trop insister sur ce point important; car c’est là toute la difficulté de l’application des substances accélératrices. Ainsi, pour une certaine quantité d’iode, il existe une quantité relative de brome qui donne le maximum de sensibilité , et en-deçà ou au-delà de laquelle l’épreuve est ou incomplète ou voilée. Malheureusement, il n’existe aucun signe certain auquel on puisse reconnaître à l’avance qu’on a atteint le point convenable, et ce n’est qu’en se guidant sur les données des expériences antérieures qu’on peut en tirer des indices pour les opérations subséquentes. Examinons donc les divers aspects que peut présenter la pla-
FORMULE DE BROMURE D’iODE. 44^
[ue, au sortir de la boîte au mercure ; cette observation attenive nous conduira à constater le défaut ou l’excès du brome.
Si la plaque, après une exposition suffisante aux radiations umineuses, présente partoui une teinte uniforme et transpaente, mais qu’il y ait absence d’image, ou que cette image oit restée confuse, mal définie, accusant seulement les teintes es plus claires, tandis que les noirs seraient à peine indiqués , n peut être assuré que la quantité de brome n’a pas été sufsante, et il faudrait l’augmenter.
Mais si , au contraire , malgré l’uniformité de la couche primitive d’iodure d’argent, la plaque avait perdu sa transpaence , si sa surface était voilée par des nuages opaques d’un spectdoré, qui masqueraient tout ou partie de l’image, il a alors excès de brome, et l’on doit diminuer progressivement 3 temps de l’évaporation, jusqu’à ce qu’il ne se forme plus, la surface de la plaque , de ces buées auxquelles on a donné e nom de voile de brome.
Entre ces deux extrêmes il existe un terme moyen que l’on appelé maximum de sensibilité. C’est le point où la plaque absorbé juste la quantité de brome nécessaire pour fournir me épreuve complète. L’expérience seule permettra d’attein- Ire cette limite si délicate, sans jamais la dépasser.
§ VI. FORMULE DE BROMURE D’iODE COMMUNIQUEE PAR M. Claudet.
Préparation, 60 ; — Manière de s’en servir, 61 ; — Autre formule , 62.
centil.
6o. Eau distillée saturée de brome (i). . . . 7 à 8
Alcool absolu saturé d’iode . i
Eau de rivière filtrée . 60
On verse d’abord l’eau brômée saturée dans un flacon d’une ontenance de 80 à 100 centilitres ; on y mêle ensuite la solution Icoolique d’iode, on secoue vivement le flacon pour faciliter ; mélange ; enfin on ajoute l’eau filtrée, et le bromure d’iode
Iui en résulte peut être employé immédiatement.
(1) On sait que pour obtenir une solution saturée de brome , il est nécessaire que :au distillée soit demeurée en contact au moins pendant vingt-quatre heures avec un and excès de brome.
11 en est de même pour la solution alcoolique d’iode.
Ces solutions une fois obtenues au degré de saturation convenable, on se gardera en d’agiter le flacon qui les renferme, au moment de composer le bromure cl’ iode; r si l’on négligeait cette précaution , les particules du brome ou d'iode, tenues moentanénient en suspension dans un liquide agité, changeraient notablement les condi- :ms de saturation.
444 LIVRE H. CHAPITRE î|.
Manière de s’en servir .
6 1 . La plaque étant iodée jaune citron, N° 33, on verse le bromure d’iode dans la cuvette à une épaisseur d’un centim. (5 lig.) environ. On laisse reposer une ou deux minutes, pour éviter que les pétillements du bromure n’occasionnent des taches en rejaillissant sur la plaque. Ce temps écoulé, on expose la plaque au-dessus du bromure jusqu’à ce qu’elle ait pris une teinte roserouge foncé, sans néanmoins atteindre la couleur violette ou bleue. Cet effet doit être obtenu en 2 à 5 minutes, suivant la température de la saison et de l’endroit où l’on opère.
La plaque ainsi préparée, est douée d’une sensibilité à peu près égale à celle que donne l’eau brômée.
Si, après avoir pris une belle teinte uniforme, dans le temps indiqué, la plaque donnait une épreuve noire et mal venue, quoique l’exposition à la chambre obscure ait été prolongée proportionnellement à l’intensité de la lumière, ce serait une preuve que l’iode domine dans le composé, et l’on y remédierait soit en iodant moins fort, soit en poussant la teinte donnée à la plaque par le bromure, jusqu’au violet foncé et même jusqu’au bleu.
Si, au contraire, au lieu de prendre une teinte homogène, la plaque se couvrait de îluages , de taches ou de rayures inégales , jaunes , roses et violettes , accompagnées de petits points blancs, 011 peut être assuré que le bromure d’iode contient un grand excès de brome. Il en est de même si la plaque, quoique se colorant également, n’arrive à la teinte rose qu’au bout de 6 à 10 minutes d’exposition au-dessus de la cuvette ; car l’excès de brome a aussi pour effet de ralentir l’activité du bromure. Lorsqu’un de ces cas se présente, il faudra, à une épreuve suivante, ioder la plaque plus fortement, par exemple, jusqu’au jaune d’or et même jusqu’au rose plus ou moins foncé.
Enfin, si la plaque mettait trop de temps à prendre la teinte voulue, on renforcerait la liqueur en y ajoutant un peu d’eau brômée saturée, et de solution alcoolique d'iode, combinées ensemble dans les proportions indiquées plus haut, N° 60. Si, au contraire, la couleur venait trop vite, il suffirait d’ajouter au bromure un peu d’eau filtrée, jusqu’à ce qu’on l’ait amené au degré voulu.
On remarquera que ces modifications n’apportent aucun changement à la combinaison relative et proportionnelle du brome et de l’iode, qui reste toujours la même, quel que soit le volume d’eau dont elle estétendue.
FORMULE DE BROMURE D’iODE. 44^
On doit bien se garder de retoucher le bromure d’iode, une fois préparé, en y ajoutant isolément soit du brome, soit de l’iode par voie de tâtonnement, parce qu’on le mettrait ilors dans des conditions inconnues, et qu’il serait impossible de reproduire identiques, lors d’une nouvelle préparation.
Ces détails paraîtront peut-être minutieux, mais nous avons dû prévoir tous les cas qui peuvent se présenter, et signaler es causes d’erreurs malheureusement trop fréquentes en phoographie.
j Au reste, si le bromure d’iode a été préparé avec tout le feoin que nous avons recommandé , si les solutions de brome 2t d’iode ont été convenablement saturées, et les doses exactenent mesurées, on peut être assuré de réussir du premier :oup , et les imperfections que ce composé pourrait présenter, seront toujours assez légères pour être facilement corrigées en augmentant ou en diminuant l’intensité de l’iodage préalable, mivant que le bromure accusera un excès de brome ou d’iode.
Si l’on nous demande maintenant quels sont les avantages lu bromure d’iode, nous dirons qu’après avoir été longtemps prévenu contre ce composé, qu’après l’avoir même abandonné, le nouvelles expériences nous ont convaincu qu’il peut prendre ’ang à côté de l’eau brômée. En effet le bromure d’iode donne iux épreuves photographiques des teintes au moins égales à :elles de l’eau brômée, et les admirables résultats obtenus par d. Claudet ne laissent aucun doute à cet égard.
Toutefois, à côté de ces avantages, il existe plusieurs inconvénients, et nous ne les dissimulerons pas. Le bromure d’iode, [uelque soin que l’on ait apporté à sa préparation, est un omposé peu stable; et au bout de io à i5 jours, il commence i perdre progressivement ses qualités. Lorsqu’on s’apercevra [ue ses effets se modifient, il faudra diminuer progressivement intensité de l’iodage préalable; et alors si on n’obtient pas de onnes épreuves, il vaudra encore mieux en préparer à neuf ne nouvelle dose, plutôt que d’essayer de le remettre dans on état primitif, en y ajoutant de l’eau brômée, suivant le onseil de M. Gaudin; ce serait s’exposer à de longs et presque oujours inutiles tâtonnements. Car, dans notre opinion, le brôlure d’iode ne se détériore pas seulement par déperdition de rôme, mais aussi par une perturbation générale survenue dans on ensemble, et par une nouvelle combinaison chimique des léments qui le constituent. L’alcool qui entre dans ce composé, ous paraît de nature à y déterminer, au bout de quelque
Galvanoplastie. 3S
temps, la formation des acides brômhydrique et hydriodique, causes probables de la décomposition du bromure.
Un autre inconvénient résulte de la lenteur du bromure d’iode. Il faut en effet de 3 à 5 minutes pour qu’une plaque soit brômée convenablement par ce procédé. Or, pendant cet espace de temps, les circonstances atmosphériques ont pu se modifier d’une manière notable, et il faut une bien grande habitude pour apprécier exactement les variations de la lumière et pour en tenir un compte juste, lors d’une nouvelle exposition à la chambre obscure. Lorsqu’au contraire les épreuves se succèdent rapidement, il est plus facile de corriger, dans une autre expérience, les erreurs qu’on a pu remarquer lors de l’expérience qui a précédé.
Malgré ces désavantages , le bromure d’iode est encore employé exclusivement par des personnes habiles à faire de belles épreuves; il suffira de citer M. Claudet.
Autre formule de M. Claudet.
6 2. Le bromure d’iode peut encore être préparé de la manière suivante :
Dans un flacon contenant 3 à 4 décilitres d’eau de rivière filtrée, versez goutte à goutte de la dissolution alcoolique d’iode, agitez souvent le flacon , et continuez l’addition d’iode jusqu’à ce que l’eau ait pris une teinte jus de tabac foncée. Le liquide doit présenter un aspect trouble et bourbeux. On y ajoute alors par petites portions, et en agitant continuellement le flacon, de l’eau distillée saturée de brome, jusqu’à ce que la liqueur reprenne sa limpidité, et devienne d’une couleur jaune foncé. Arrivé à ce point, on continue d’ajouter goutte à goutte de l’eau brômée saturée , la teinte du liquide s’éclaircira de plus en plus, et lorsqu’elle sera devenue d’un beau jaune plutôt clair que foncé, on cessera toute addition d’eau brômée.
Cette formule ne diffère de la précédente que par le mode de préparation , la liqueur obtenue s’emploie de la même manière et fournit les mêmes résultats.
g VII. PREPARATION d’üN BROMURE D’iODE A EFFETS constants, par E. DE Valicourt.
Ses avantages et sa préparation , 63 ; — Manière d’en faire usage, 6t.
63. On sait que le bromure d’iode préparé suivant la formule deM. Gaudin, est un composé très-peu stable. Lorsqu’on
PRÉPARATION d’üN BROMURE D’iODE. 447
s’est donné beaucoup de peine à le faire par voie de tâtonnement, à défaut d’un dosage certain, qui aurait du être indiqué par l’inventeur, il donne à peine, pendant huitjours de suite, des résultats identiques. Il faut ensuite, pour le ramener à son état primitif, y ajouter tantôt de l’iode, tantôt du brome; ce sont encore de nouveaux tâtonnemeuts qui font perdre beaucoup de temps et qui trop souvent n’aboutissent à aucun résultat.
Frappé de ces inconvénients , j’ai recherché s’il n’existerait pas une autre combinaison de brome et d’iode qu’on pourrait facilement préparer toujours dans les mômes proportions , et invariable dans sa composition.
Ce n’est qu’après une expérience de six mois que je me décide à publier la formule à laquelle je me suis arrêté. J’y suis surtout déterminé par l’espoir de mettre un terme à l’empirisme avide de certains spéculateurs qui, faisant mystère de leurs recettes, exploitent la crédulité des amateurs de photographie , en leur vendant de prétendues liqueurs accélératrices ou photogéniques, dont le principal mérite est de rapporter de gros bénéfices à ceux qui les composent- Ces préparations ont toutes pour base le chlorure ou le bromure d’iode ; quelquefois on y ajoute d’autres substances tout-à-fait inertes, souvent même nuisibles à l’action photogénique. Elles ont en outre le défaut d’être plus lentes que l’eau brômée, et de se décomposer en peu de temps , en sorte qu’on devient de nouveau tributaire de ceux qui les ont fournies.
Notre bromure d’iode nous paraît exempt de tous ces défauts.
La préparation en est si facile qu’elle peut être faiteen tous lieux, sans poids ni mesures, et par la personne la plus étrangère aux manipulations chimiques.
Les plaques sont convenablement brômées en une minute au plus.
Quanta la promptitude des résultats, elle égale celle de l’eau brômée.
Les teintes des épreuves obtenues à l’aide de ce composé sont aussi riches et aussi vigoureuses qu’en employant toute autre substance, pourvu toutefois que l’iodage soit poussé jusqu’à l’intensité convenable; il donne surtout de très-beaux blancs, rarement solarisés.
Cette liqueur peut se transporter facilement en voyage sous un très-petit volume.
Enfin , sa constance est tellement remarquable , qu’un flacon d’un décilitre nous a servi pendant près de six mois , et donne encore de très-bons résultats. J’attribue ces effets à la suppression de l’alcool qui , dans le bromure d’iode de M. Gaudin , me paraît, comme je l’ai déjà dit, une espèce de ferment capable d’y déterminer la fermentation alcoolique, et la formation des acides brômhydrique et hydriodique.
Voici notre formule, que nous communiquons sans aucune restriction ni réticence ; les amateurs, seul public compétent , compareront et jugeront.
Préparation du bromure d'iode constant.
Dans un flacon d’une contenance d’environ 5 centilitres, on verse 3o à 4o gouttes de brome; la quantité n’a aucune espèce d’importance. On y ajoute ensuite , grain à grain, autant d’iode que le brome en voudra dissoudre jusqu’à parfaite saturation.
On sera assuré d’être arrivé à cette saturation dès qu’il restera dans le brome quelques grains d’iode non dissous. On peut les laisser impunément dans le flacon sans compromettre en rien le succès de la préparation.
Le bromure d’iode, ainsi préparé, tient fort peu déplacé et peut se transporter facilement; mais il serait beaucoup trop concentré pour pouvoir être employé dans cet état (i). Lors donc qu’on voudra s’en servir, on en versera une petite quantité, par exemple i gramme (18 grains), dans un flacon, jet on y ajoutera environ 200 à 25o grammes (6 à 8 onces) d’eau de rivière filtrée. On conçoit facilement que le bromure d’iode pourrait être étendu d’une quantité d’eau plus ou moins grande, sans changer le rapport qui existe entre le brome et l’iode. ISous donnons cette proportion, parce qu’elle nous a paru la plus convenable pour la prompte préparation des plaques, et pour conserver au composé toute sa constance pendant un temps indéfini.
Mànière d'en faire usage.
64- Le bromure d’iode étendu d’eau, ainsi que nous venons de l’indiquer, jouit de toutes les propriétés de l’eau brômée, et peut, suivant la judicieuse remarque de M. Buron , donner des épreuves à toutes les couleurs d’iodage , pourvu que la durée d’exposition au-dessus du bromure soit proportionnée à
(1) On peut néanmoins s’en servir ainsi sous forme de vapeur, suivant la méthode de SIM. Ghoiselat et Rate! {voyez Nos 67 , 68 , 6g 1.