EMPLOI DE L’ACIDE CHLOREUX
nous savons être composée de carbure d hydrogéné et d iodure d’argent, le gaz acide chloreux pur ne peut réagir directement ni sur l’un ni sur l’autre de ces deux éléments distincts. On conçoit, dès-lors , que la couche iodurée puisse être æxposée à un excès de gaz acide chloreux, sans que l’on ait à redouter les accidents que détermine l’excès de chlore ou de [brome libres, et qui tiennent à ce que ces substances, employées pures, réagissent sur le carbure d’hydrogène pour jformer des hydracides, et sur l’iodure d’argent pour former jdes chlorures et des bromures. La substitution d une combinaison oxygénée de chlore au chlore lui -même permettra donc toujours d’atteindre au maximum de sensibilité de jla couche impressionnable, et ce maximum sera une quantité |à peu près constante.
Soumis à l’action de la lumière, l’acide chloreux et le carbure d’hydrogène réagissent l’un sur l’autre par voie de double décomposition. Le chlore de l’acide brûle tout 1 hydrogène du carbure pour former de l’acide chlorhydrique, et 1 oxygène brûle une portion du carbone, tandis que le résidu du carbone forme un carbure d’iode aux dépens de l’iodure d argent réduit. Le point de départ du phénomène est donc la tendance de l’acide chloreux à se décomposer en présence d’un carbure d’hydrogèue et sous l’influence de la lumière solaire : le résultat définitif, c’est la réduction de 1 iodure d’argent à l’aide du carbone naissant. La rapidité extrême avec laquelle l’image se forme nous paraît ainsi suffisamment expliquée.
Pour que le résultat soit atteint avec certitude, il faut, et il suffit , que la quantité de chlore absorbé puisse brûler tout l’hydrogène du carbure. Un excès réagirait, sous 1 influence de la lumière, sur l’iodure d’argent, et cet excès se traduit sur l’épreuve par une tache blanche , nacrée, chatoyante et limitée par les lignes mêmes de l’image.
Nous avons avancé que , dans la formation de 1 image daguerrienne, il y avait à la fois oxydation ou résinification de la couche organique superficielle, et réduction de la couche profonde. En substituant au chlore ou au brome une de leurs combinaisons oxygénées, on transforme, et cela doit être, l’oxydation de la matière organique en une combustion complète. Cette modification dans l’action chimique entraîne nécessairement des modifications correspondantes dans 1 image produite. Et en effet , dans les procédés ordinaires , lors»
que l’image est formée par l’action de la lumière dans la chambre noire, il reste à la surface de l’iodure partiellement réduit, une résine pulvérulente qui complétera l’œuvre de la réduction si l’exposition se prolonge; et, lorsque la vapeur de mercure se condensera sur l’épreuve, cette résine, interposée entre elle et l’iodure d’argent, retardera pendant un temps la réaction. En substituant l’acide chloreux au brome, et, par suite, la combustion du carbure d’hydrogène à son oxydation, il doit en résulter que la réduction de l’iodure d’argent, dans la chambre noire, s’arrêtera dès-lors qu’il n’y aura plus de carbone libre pour l’effectuer, et que l’image apparaîtra sous la vapeur du mercure dès l’instant où celle-ci sera condensée à la surface de l’épreuve. Et c’est bien là, en effet, ce qui a lieu.
Voici une méthode que l’on peut suivre dans l’emploi du gaz acide chloreux.
« On fait fondre dans une capsule de porcelaine, et à une douce chaleur, du chlorate de potasse cristallisé. Lorsque la masse vitrifiée est refroidie , on en introduit quelques grossiers fragments, 4 à 5 décigrammes (739 grains) peut-être, dans un flacon de la contenance de 1 centilitre environ : on verse sur ces fragments 4 à 5 grammes à 92 grains) d’acide sulfurique pur et concentré, et on conserve le mélange soigneusement abrité de toute lumière. Le flacon ne tarde pas à se remplir de gaz acide chloreux , que l’on peut y puiser avec une petite pompe en cristal, pour l’injecter ensuite dans la capsule à brome, suivant l’ingénieux procédé indiqué par M. Choiselat pour l’emploi du brômoforme. Un centimètre cube de gaz , pour une surface iodurée de 1 décimètre carré, sera un dosage approximatif assez exact. »
Le gaz acide chloreux ne nous a pas paru présenter des résultats comparables à ceux fournis par le brômoforme; il répand, en outre, une odeur très-désagréable, qu’on doit éviter de respirer trop longtemps.