DE LEXPOSIUON A LA CHAMBRE OBSCURE
« Pour reproduire un monument, il faut pouvoir se placer à une certaine distance du modèle et au niveau du centre de i l’élévation. L’iutervalle qui existe entre la chambre obscure et l’édifice doit égaler environ deux ou trois fois la hauteur de ce dernier. Si l’on se plaçait trop près et sur le sol , on ne pourrait obtenir que la moitié inférieure du monument, et si l’on inclinait la chambre obscure de manière à comprendre la totalité du modèle dans le champ de la glace dépolie , les parties les plus élevées ne seraient pas nettes, et la masse entière semblerait tomber à la renverse. Règle générale : l'ob- \jectif doit toujours être parallèle au plan du modèle. (Voyez r! N° 76.)
» Quand on veut copier des détails d’architecture, on se place plus près du monument.
1 » Si l’édifice qu’on cherche à reproduire est blanc ou ré¬
cemment construit, la lumière diffuse sera préférable aux | rayons solaires directs. Sous l’iufluence d’une lumière trop ' vive , on est presque toujours sûr, en pareille circonstance, de l solariser les épreuves.
» Mais, lorsque la couleur du monument est sombre, et 3 surtout quand les détails sont d’une grande richesse, il faut, i autant que possible, attendre que le soleil l’éclaire horizontalement. On trouve un exemple frappant du précepte que j nous venons d’exposer, dans la belle cathédrale de Paris, dont J les fines découpures seraient effacées par des flots de lumière, tandis que, vers deux ou trois heures, elles se détachent avec une admirable netteté.
» U faut éviter de réunir sur la même plaque des édifices neufs ou récrépis et de vieilles constructions, surtout quand \ ces dernières forment le sujet principal du tableau. Le temps S nécessaire à la reproduction des objets lumineux serait dépassé ti de beaucoup, avant que la lumière eût traduit sur la plaque tous les détails des vieux bâtiments; et, d’une part, on n’au- I rait que des masses bleues et confuses, tandis que , de l’autre,
I on ne distinguerait qu’une silhouette sans détails. Lorsqu’un monument, une réunion d’édifices, présentent plusieurs plans, toutesjeurs images ne se peignent pas avec la même netteté sur la glace dépolie, en raison de la multiplicité des foyers. Il faudra dpnc choisir un terme moyen pour la mise au point, et se régler sur une partie située vers le centre de la per- ! spective.
» Le paysage sera copié pendant un jour pur et calme ; le
moindre vent agite les eaux et le feuillage des arbres; les premières perdent leur transparence sur l’épreuve, tandis que les autres forment des touffes sombres et cotonneuses qui nuisent singulièrement à l’effet général. Rien n’est plus admirable qu’une belle perspective reproduite au moyen du daguerréotype ; mais il faut bien se garder de vouloir donner la même netteté aux premiers et aux derniers plans ; ce serait dévoiler une ignorance complète des plus simples notions artistiques. Les lointains doivent se fondre, en quelque sorte, avec l’horizon, et toute la vigueur sera réservée aux plans antérieurs. C’est donc sur ces derniers qu’on se réglera pour la mise au point.
» Autant que possible , on choisira un objet à tons chauds et vigoureux, pour en former le premier plan. Il agira, suivant l’expression artistique, comme repoussoir, donnera de la solidité au tableau et augmentera l’effet des lointains et la lumière des plans moyens.
» Les groupes d’objets d'art forment des tableaux très-gracieux, et sont faciles à reproduire. Qu’on ne s’imagine cependant pas qu’il suffise de les placer au hasard sur une table ; ils doivent être disposés dans le même plan sur des tablettes, ou accrochés contre un mur recouvert d’une tapisserie en laine ou en soie tendue ou élégamment drapée. On cherchera les oppositions, en plaçant les objets d’un blanc mat à côté de ceux qui réfléchissent la lumière, ou dont la couleur est sombre. Il est facile de varier les teintes en colorant des plâtres de différentes manières. On évitera d’employer un fond blanc , qui ne ferait pas ressortir les statuettes et les objets brillants ; un rideau bleu foncé ou violet produira un fort bon effet. On ne saurait choisir de meilleurs modèles, en ce genre, que les belles épreuves deM. Hubert et du baron Séguier. Ce dernier a bien voulu nous donner un de ses groupes, qui, bien qu’exécuté depuis fort longtemps et par les anciens procédés, excite toujours l’admiration des artistes.
■* Choisit-on pour modèle un buste ou une statuette isolée, on obtiendra un effet admirable en plaçant l’objet devant un rideau noir bien tendu. Mais il faut que l’étoffe soit d’un noir bien mat, car la moindre réflexion produirait un clair sur l’épreuve, et l’effet serait manqué. On doit préférer le s’êlours à toutes les autres étoffes.
» Les groupes se font en plein air, dans un jardin ou sur une terrasse ; cependant on peut opérer dans un atelier, en